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CHAPITRE XVI La recoimaisBance de l'est de l'État

l'expédition DELGOMMDNE vers le KATAMGA. — RECONNAISSANCE, PAR LE LIEUTENANT LE MARINEL, DE LA RÉGION COMPRISE ENTRE LE SANKURU ET LE LOMAMI.

La région du Kalanga est située au sud-esl de l'État du Congo : très fertile et surtout très ricbe en productions minéralogiques ; celte contrée n'avait été explorée, jusqu'en 1891, que par un petit nombre d'Européens, à cause de l'hostilité du souverain absolu de cette région, nommé Msiri, à l'égard de tous ceux qui avaient tenté d'y pénétrer. Le Katanga est abondamment arrosé par les branches supérieures du Congo, le Lualaba et le Luapula et leurs affluents ; de grands lacs la couvrent, les lacs Moêro et Banguelo, découverts par Livingstone, formés par le Luapula, et les lacs Upamba et Kassali formés par le Lualaba.

A la fin de l'année 1883, le D'Reichard, membre de l'expédition allemande qui avait séjourné quelque temps à Karéma et à Mpala auprès du capitaine Storms, traversa le Marungu, se dirigeant vers le sud-ouest; il rendit visite au roi Msiri, qui gouvernait toute la contrée. Ce Msiri était un chef nègre, possédant une armée assez bien organisée, et qui exerçait surtout le commerce d*esclaves; très redouté de son peuple, il était astilcieux, fourbe et menteur : « d'une cruauté raffinée, dit M. Reichard, cette Majesté africaine se plaît surtout dans le rôle de bourreau, et l'un de ses divertissements favoris est de faire enterrer ses victimes à mi-corps et de les laisser dans cette posture mourir de faim ». M. Reichard vit les mines de cuivre, dont la réputation de richesse était arrivée jusqu'en Europe, dont les indigènes se montrent très jaloux et dont ils cherchent à cacher, sinon l'existence, au moins les emplacements. Le D' Reichard dut reculer devant l'hostilité des tribus et retourner

en hâte à Mpala, perdant en route le D' Bôhm qui mourut de la fièvre. L'explorateur allemand vante Texcellence du climat de cette partie de rAfrique, où la température baisse parfois jusqu'à 5"* et où un vent humide, passant sur la plaine, procure aux habitants une fraîcheur réconfortante.

Lors de leur traversée complète de l'Afrique, les voyageurs Gapelio et Ivens eurent Toccasion de reconnaître l'exactitude des renseignements fournis par le D' Reichard.

Avant ces voyageurs, le célèbre Cameron avait signalé les richesses de cette portion de TAfrique ; non seulement il y avait découvert du cuivre et de la houille, mais il y révèle même la présence de Tor : « L*or se rencontre dans l'Urua et dans lllakua. Il se rencontre également au Katanga. Hamed-Ibn-Hamed m'a montré une calebasse, d'une contenance d'une pinte, remplie de grains d'or variant de la grosseur d'une chevrotine à celle du bout de mon petit doigt. Je lui demandai d'où lui venaient ces pépites ; il me répondit qu'elles avaient été trouvées au katanga par quelquesuns de ses esclaves qui nettoyaient un puisard et qui les lui avaient apportées, pensant qu'elles pourraient lui servir de balles. Il n'avait pas cherché à en avoir d'autres, ne croyant pas que d aussi petits lingots pussent être d'aucun usage. Les naturels eux-mêmes ont connaissance de l'or, qu'ils appellent cuivre blanc, mais il est si mou qu'ils ne l'estiment pas et lui préfèrent le cuivre rouge. »

C'est la Compagnie du Congo pour le cominerce et Hndustrie qui fut la première à organiser l'exploration du Katanga; elle fut confiée à M. Delcommune, le même explorateur qui avait remonté précédemment le Lomami jusqu'à Nyangué ; il avait sous ses ordres le lieutenant suédois Hakansson, l'ingénieur Diderich, le docteur Briart et le sergent Gassart, commandant de l'escorte. Pendant le séjour de l'expédition dans les régions inférieures du Congo, la Compagnie du Katanga se fonda à Bruxelles et l'expédition passa à son service.

En janvier 1891, l'expédition se trouvait à Bena-Kamba, après avoir surmonté de grandes difficultés dans la navigation sur le Lomami. Le 30 janvier, M. Delcommune se mit en marche, sur les steamers Florida et Ville de Bruxelles; il passa les rapides de

Lissambi au prix de fatigues énormes. Les couleurs sombres sous lesquelles les Arabes lui dépeignaient les hostilités qui l'attendaient parmi les tribus sauvages des Wachenis, ne l'empêchèrent pas de continuer sa marche, et, le 3 mars, il arrivait chez eux : (c Ces indigènes, dit*il, ne sont pas sous la domination arabe. Us constituent une des plus belles races que j'ai vues en Afrique. Ils sont grands et bien faits, les yeux sont bien fendus, le nez souvent aquilin, la physionomie des plus agréable. Ils manient avec une merveilleuse adresse leurs légers et rapides canots. Ils portent les cheveux très longs, souvent en tresse, parfois trois larges plaques recourbées à leurs extrémités et rappelant à s'y méprendre les coiffures des guerriers gaulois. Quoique nous n'ayons vu aucune femme ni aucun enfant, ces naturels ne se montraient pas effrayés et quelques légers cadeaux nous les attachèrent très vite. Plus de cinquante canots nous accompagnaient tous les jours. Puis un matin, cinq jours avant notre arrivée à Lussinga, canots et indigènes disparurent. »

Vers le 4^ parallèle, les rapides occasionnèrent la perte de plusieurs canots, dont l'un fut percé par un hippopotame qui l'avait attaqué et le chef de l'expédition faillit trouver la mort par suite du naufrage de l'allège qui le portait : « Le 31 mars, raconte-t-il, à 4 heures précises (heure où ma montre s'était arrêtée), nous nous trouvons devant un coude du fleuve, où le courant, en vagues furieuses, se jetait avec une impétuosité incroyable le long de la rive formant falaise, boisée en cet endroit. Je tenais la barre et un homme seul se trouvait à l'avant de l'embarcation; tous les autres hommes de l'équipage étaient le long de la rive, passant la chaîne de main en main, s'accrochant aux branches, enlaçant les troncs d'arbre qui surplombent le fleuve.

» Un trop brusque mouvement en avant et que ne sut parer l'homme à la perche, jeta l'allège contre la falaise et la fit incliner vers le large; le gouvernail était impuissant; les vagues, d'un mètre plus haut que les bords de l'embarcation, s'engouffrèrent dans celle-ci, les hommes lâchèrent la chaîne, et je fus lancé dans le rapide en même temps que l'allège sombrait.

» Les grandes bottes que j'avais chaussées ce jour-là m'empê-

chaient de me tenir à la surface, et j'allais y rester, lorsque, revenant pour la troisième fois au-dessus de Teau, *apercus devant moi, à une vingtaine de mètres en aval, Tallège qui flottait.

» Réunissant tout ce qui me restait de forces et emporté par la vitesse du courant, je parvins à saisir le bord de l'embarcation. Par un hasard des plus heureux pour moi, la longue chaîne de l'allège s'était enroulée autour d'un rocher et avait fait Toffice d'ancre. Le boot était rempli d'eau, mais les deux caisses à air l'avaient maintenu à la surface.

» On parvint à remettre l'allège à flot et à la ramener à l'endroit où elle avait sombré, mais là, un nouveau malheur l'attendait : arrivée exactement à la même place, l'allège fut jetée de nouveau contre la falaise, se remplit d'eau et fut emportée avec une rapidité extraordinaire. Cette fois j'étais resté dans l'allège, conflant dans les caisses à air, mais bientôt elle coula à pic et je fus trop heureux de m'accrocher à un morceau de plancher qui s'en allait à la dérive.

» Ballotté par les vagues, heurté contre les rochers, je parvins cependant à me diriger vers la rive et je flnis par arriver, à bout de forées, à un barrage de pêcheurs dont je saisis les pieux et où je restai cramponné. Quelques instants après, je pus me rendre compte de la situation : l'allège et l'équipage avaient disparu. Un quart d'heure après, me trouvant sur la rive, les hommes arrivèrent un à un ; aucun n'avait péri, mais l'allège avait disparu. »

L'expédition atteignit enfin, le 3 mai, Gongo-Lutété, où Delcommune organisa sa caravane, et d'où il se mit en marche le 13 mai.

Quelque temps avant le départ de l'expédition Delcommune, en juin 1890, le lieutenant Paul Le Marinel, accompagné du lieutenant Gillain, avait exploré la région comprise entre le camp de Lusambo, sur le Sankuru, et le Lomami. Son voyage apporta une foule de renseignements sur cette contrée encore inconnue; il servit à démontrer définitivement l'exactitude de l'hypothèse de M. Wauters, qui avait, en 1889, émis l'idée (1) de l'existence de deux Lomami, dont l'un, apergu par Gameron, est le grand affluent qui se jette dans le Congo à âOO kilomètres en aval des Falls et qui fut exploré

(1) Mouotment géographique du 10 février 1889.

par Â. Delcommune et le gouverneur Janssen, — et Tautre, de bien moindre importance, nest qu*un sous-affluent du Lubefu dont les eaux vont gonfler le cours du Sankuru. Tout le pays exploré par Le Marinel est coupé de nombreuses rivières, affluents et sousaffluents du Sankuru et du Lomami; on y rencontre des plateaux élevés ; les productions végétales abondent, et la population est très dense.

Le lieutenant Le Marinel traversa le Lomami à quelques minutes sous le 5*^ parallèle sud, puis il prit la direction du nord : les indigènes qu'il rencontra étaient craintifs et s'enfuyaient à son approche ; pourtant entre Faki, point où la caravane passa sur la rive gauche du Lomami, Le Marinel eut à soutenir une attaque violente; voici de quelle émouvante façon il raconte les incidents auxquels elle donna lieu : « Le 1 juillet. — Marche lente à travers la forêt, le long du Lomami, durant huit heures environ ; quelques petits villages dans les clairières d'où les habitants prennent la fuite à notre approche en poussant des cris de détresse : impossible d'entrer en négociation avec eux.

» Dans toutes les directions, même sur la rive opposée, retentissent les notes graves, mais distinctes de la trompe d'ivoire; Tes battements du tambour de guerre précèdent notre colonne et les échos de la rivière répètent au loin leurs paroles, auxquelles répondent les sons rauques et scandés des appels au ralliement. Ce sauvage brouhaha est la téléphonie primitive de ces habitants des bois.

» Notre guide s'arrête; il se penche, il écoute, il comprend. C'est à Kiasuku qu'ils courent tous : c'est là que nous les trouverons, nous attendant de pied ferme, les armes à la main.

» Nous marchons. Nous n'entendons plus rien que le bruissement des branches qui se heurtent à la caravane ; nous avançons toujours, épiant à chaque pas le moindre bruit. Tout à coup, au sortir d'un épais fourré, une volée de flèches nous arrête et une clameur épouvantable s'élève autour de nous. Les indigènes, embusqués, croient nous terrifler; mais nos soldats, bien groupés, ne s'émeuvent pas; et, obéissant au commandement du clairon, ils font face en bon ordre aux assaillants qui nous entourent. Ce

seul grondement» sourdement terrible, d*une salve qui succède aux éclats du clairon, a bientôt fait de les mettre en fuite et notre détachement de poursuite, désigné d'avance, bondit sur leurs pas.

» Nous entrons ensuite dans le village de Kiasuka, qui est d*une belle étendue et où nous choisissons Tendroit le plus favorable pour établir notre camp et le mettre en état de défense. En moins d*un instant, les pans des huttes d'écorce sont arrachés, fixés sur plusieurs épaisseurs et consolidés par des amas de bananiers, nous formant ainsi un retranchement imprenable. Ensuite nous nous mettons .en devoir de déblayer les abords. Pendant ce temps nos travailleurs sont attaqués par de petits groupes d'indigènes qui prennent la fuite dès qu'ils entendent siffler les balles à leurs oreilles. Un de nos soldats est légèrement blessé à Tépaule. »

Les indigènes ne revinrent pourtant pas à la charge; le lendemain, la caravane rencontra les fuyards qui, à sa vue, se hâtèrent de traverser le Lomami en pirogue.

La marche se termina sans autre difficulté ; Le Marinel rencontra, chose rare, des cimetières : ce Ces populations des bois, dit-il, si farouches, ont cependant un certain culte pour les morts; elles construisent, au-dessus de Tendroit où elles enterrent, une petite hutte d'écorce remarquablement bien faite et tout à fait fermée ; à rintérieur de celte hutte se trouvent le lit et divers objets du mort; ces tombes sont à peu de distance des villages ; elles sont rangées comme dans un cimetière; les abords sont couverts de petits cailloux ou de noyaux enchâssés dans une terre glaise bien battue; souvent l'écorce des parois est ornée de sculptures. »

L'expédition arriva à Bena Kamba le 15 juillet, et, après avoir ainsi mis en communication cette station avec le camp de Lusambo, elle prit le chemin du retour, qui s'accomplit facilement : le 23 août, elle rentra au camp de Lusambo.

CHAPITRE XVII L'exploration de lUbangl, de llJellé et dn nord de l'État.

LE CAPITAINE VAN GÈLE EXPLORE L*UBANGI POUR LA TROISIÈME FOIS. — > CHEZ

LES YAKOlfAS. — VAN GÈLE DANS LE MBOHU. UBANGI-HBOMU OU

UBANGI-UELLÈ? — CHEZ BANGASSO. — DE BANGASSO A DJABBIR. LE CAPI- TAINE ROCET MARCHE VERS L*UELLÉ. TERRIBLES PRIVATIONS.

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