‹ Le CongoChapitre 28 sur 127 · BASOKO. ROGET, MALADE, RENTRE EN EUROPE · texte numérisé non relu

BASOKO. ROGET, MALADE, RENTRE EN EUROPE

Deux expéditions, commandées l'une par le capitaine Van Gèle, l'autre par le capitaine Roget, agirent, de 1889 à 1891, simultanément dans la région nord de l'État, et leurs opérations, menées avec tact et diplomatie, eurent pour résultat d'amener dans le giron de l'Ëtat les chefs soudanais établis dans l'Uellé et dans le Mbomu*

Le 31 mai 1889, le courageux capitaine Van Gèle prenait pour la troisième fois le chemin de l'Ubangi, décidé à pousser cette fois jusqu'à rUellé; il avait sous ses ordres le capitaine du génie Georges Le Marinel, les capitaines de TEn Avant et de tA. I. A., le lieutenant Hanolet, le sous-ofBcier Busine et le sergent Schaak.

Après avoir failli perdre son steamer fA. I. A. dans les rapides de Zongo et passé heureusement les rapides de TEn Avant, Van Gèle s'arrêta à Mokoanghay où il plaça un poste commandé par un noir, puis il fonda à Banzy la station de Banzyville où il laissa le sous-officier Busine. Il explora ensuite le cours de deux affluents de droite, la Kuangu, qui se jette dans l'Ubangi à hauteur du 5*" parallèle nord et le Banghi qui arrive au fleuve un peu en aval de Banzyville.

Le capitaine Le Marinel étant tombé malade, le capitaine Van Gèle jugea prudent, vu son état d'afiaiblissement excessif, de l'envoyer momentanément à Léopoldville. Mais, remis peu après de son indisposition, Le Marinel rejoignit Van Gèle, et, le 12 décembre, conti-

nuant leur route vers le cours supérieur de TUbangi, ils rencontrèrent un nouvel affluent de droite, le Kollo, dans le parcours duquel ils furent arrêtés à quelques kilomètres du confluent par des rapides.

Les Yakomas, auxquels Van Gèle avait été, en 1888, forcé de livrer le rude combat que nous avons raconté précédemment, refusèrent d'entrer en relations avec l'expédition, sans toutefois ouvrir les hostilités. Van Gèle se rendit alors au confluent de TUellé et du Mbomu, puissante rivière qui vient du nord-est et qui avait été découverte par Junker; il constata une largeur de 700 mètres au Mbomu avec un débit de 1,000 mètres cubes d'eau, et à l'Uellé une largeur de 850 mètres avec un débit de 850 mètres cubes à la seconde.

D'après des renseignements fournis par le capitaine Roget, ces chifires ne sont pas absolument exacts, ayant été pris au moment des grosses eaux : le capitaine Roget est d'avis que le Mbomu est la branche principale de l'Ubangi, dont TUellé ne serait qu'un affluent. Nous reviendrons plus tard sur cette hypothèse.

C'est là que Van Gèle eut une première entrevue avec le chef Rangasso, établi dans le Mbomu, qui vint lui-même le visiter.

ce Une favorable réponse ne tarda pas à m'arriver, raconte Van Gèle, et je m'apprêtais à remonter le Mbomu pour me rendre à sa résidence, lorsqu'un bruit de tambours et de trompes d'ivoire m'annonça l'arrivée d'une troupe nombreuse.

» Venait d abord une musique composée d'un tambour, de six trompes et de six flûtes. Immédiatement derrière marchaient deux chefs habillés d'une chemise blanche, d'un pantalon en guinée (coupe turque), d'un veston rouge et d'un fez. Ce sont Rangasso et son frère Lengo. Après eux venaient une vingtaine de chefs vassaux suivis d*une longue flle de soldats. Le cortège formait un superbe tableau .

D Rangasso est un véritable potentat tel qu'on a décrit Munza ou le Muta-Yamvo. J'ai pu m'en assurer par la suite en me rendant à sa résidence. 11 a soumis à ses armes les tribus du Mbomu. Quant aux Yakomas insoumis, il les a refoulés sur la rive gauche de l'Ubangi. Tous les sous-chefs sakaras lui payent tribut en armes,

AH OtLE, IHSPECTEDU D^TAT.

chèvres, poules, etc.... Us l'accompagnent dans ses voyages. Quand Bangasso boit ou fume, tous les chefs, puis les soldats et le peuple battent des mains, la musique joue. Quand Bangasso éternue, c*est un applaudissement général. »

Van Gèle explora ensuite TUellé jusqu'à la chute de Monunga, par environ Sd"" de longitude, à quarante milles du confluent; il pénétra chez des tribus qui n'avaient jamais vu de visages blancs, mais qui ne témoignèrent aucune crainte ni aucun sentiment d'hostilité. Il revint ensuite à Yakoma, puis il rendit visite à Bangasso, en remontant le Mbomu, dont le cours est hérissé de chutes, que Van Gèle a appelées chutes Hanssens, en hommage à la mémoire de son ancien et sympathique chef. L'arrivée au village de Bangasso fut une véritable entrée triomphale : « Nous arrivons vers 5 heures du soir. La berge a été appropriée, le drapeau bleu étoile d*or flotte au haut d'un grand màt; la musique joue; le peuple acclame; la pirogue royale s'arrête tandis que toutes les autres, dans une course folle, défilent deux fois devant elle.

» Après quoi, nous débarquons.

» Au débarcadère ne sont élevées que quelques maisons; la ville est construite à trois cents mètres en arrière; une belle route nous y conduit. Le Roi, précédé de sa garde, marche en tête, suivi par un petit escadron : ce sont ses filles; elles doivent rester célibataires, parce qu'aucun prince n'est assez puissant pour aspirer à leur main ; mais le célibat ne pèse pas à ces demoiselles; par un étrange renversement de nos mœurs, elles ne peuvent pas se marier, mais le Roi leur laisse une liberté complète, dont elles usent.

» Notre cortège débouche bientôt sur une immense place rectangulaire au milieu de laquelle s'élève un grand hall où l'on se réfugie en cas de mauvais temps pour continuer les jeux. Â ce moment, le spectacle qui se déroule à nos yeux est vraiment original : le long des quatre faces de la place sont rangés des guerriers au port d'armes, environ 2,000; le bouclier, touchant terre, est tourné en dehors, laissant voir deux troumbaches identiques et superposées, reluisantes de propreté ; on dirait qu'ils se prêtent à une inspection. Au centre de la place et faisant face à la demeure royale, une ligne

de 30 soldats armés de fusils* habillés comme les Soudanais et qui tirent des salves à notre arrivée.

» Ces hommes sont Zandés; ils sont appelés Niam-Niam par les Soudanais. Ils ont une allure flère, des figures intelligentes et m*ont semblé très dévoués à Bangasso. Je crois que ce sont des transfuges. Le chef leur donne une femme et un esclave, mais pas de solde; ils ont une part à la chasse; ils ne font que le service d*armes .

D Le Roi ne s'avance que lentement; il jouit évidemment de pouvoir déployer sa puissance devant nous. Nous nous arrêtons devant son habitation ; celle-ci est entourée d'une palissade, et nul homme ne peut y pénétrer sous peine de mort. G est là que se trouve le harem.

» Des sièges nous sont apportés et on nous oflfre de la bonne bière de sorgho ; après quoi des guides nous conduisent à notre logement : trois maisons entourées d'une palissade.

» Le soir, Bangasso nous rendit une visite sans apparat, avec deux hommes d*armes, une épouse et le petit escadron de ses filles. Jusque une heure avancée de la nuit, nous avons causé affaires, tout en buvant celte bonne bière de sorgho et en fumant des pipes. Pendant quelques heures, jai oublié que j'étais en Afrique. La conversation s est établie très aisément à Taide des Zandés et de trois de mes Zanzibarites qui parlent l'arabe. La langue sakara est nègre et non bantu.

» La ville de Bangasso est située sur la rive droite du Mbomu, par i"" 49' de latitude et Sd"" 8' de longitude. Elle est formée par une vaste agglomération : je n'en ai pas vu la fin. Les maisons sont groupées par trois, six, dix et entourées par des jardins et par des plantations d'arbres à étoffe ; de belles routes permettent de faire des promenades sans fatigue.

» Les Sakaras sont un peuple puissant et particulier, Bangasso a une généalogie ; il m'a cité une dizaine de ses ancêtres, ce qui peut nous reporter à deux cents ans en arrière. »

Le capitaine Van Gèle passa quelques jours auprès de Bangasso, puis il rentra à Banzyville.

Nous devons, en passant, exprimer notre admiration pour la

façon remarquable dont Van Gèle a acquis à TËtat, sans Teffusion d'une goulle de sang, toute cetle magnifique contrée du Mbomu ; il est parvenu à placer sous le protectorat de TÉtat du Congo un des plus puissants sultans de rUellé, dont le dévouement, jusqu à présent, n'a jamais failli. Aussi ne devons-nous pas nous étonner de voir aujourd'hui la France revendiquer, comme lui appartenant, cette merveilleuse région où, depuis 1890, est planté le drapeau bleu, signe d'occupation effective et de propriété indiscutable.

Pendant ce temps, l'expédition Roget avait, ainsi que nous le verrons plus loin, établi à Djabbir, sur TUellé, une station commandée par le sous- lieutenant Milz : celui-ci, ayant su qu'un blanc avait rendu visite à Bangasso, se rendit dans cette localité, où le chef lui apprit que c'était le capitaine Van Gèle qui était parvenu jusque-là.

L'important était de faire la jonction entre les postes de Yakoma, poste extrême de l'Ubangi vers Tamont, et de Djabbir, poste extrême de l'Uellé vers l'aval; le cours de l'Uellé, obstrué de rochers formant des chutes, infranchissables même en pirogue, ne pouvant servir de chemin direct, Van Gèle se décida à contourner l'obstacle; accompagné de Georges Le Marinel, il remonta le Mbomu jusqu'à Bangasso, et de là il prit la route de terre jusqu'à Djabbir : la région comprise entre la Mbomu et l'Uellé est arrosée par de nombreuses rivières et couverte de bois et de forêts. La population, timorée par les pillages des Arabes, reçut les blancs comme des protecteurs.

Le voyage de Van Gèle dura dix-neuf jours et ne comporta pas moins de 120 milles : la marche fut pénible et, sans les guides mis complaisamment à sa disposition dans les villages qu'il traversa, il lui eut été difficile de ne pas s'égarer : il fut très satisfait de Tétat dans lequel il trouva la station de Djabbir, où séjournaient deux officiers belges, les sous-lieutenants Milz et DejaifTe, qui déployaient une grande activité.

Jusqu'en mai 1891, le capitaine Van Gèle parcourut le pays dans tous les sens, concluant des traités, arborant partout l'étendard étoile, rendant plus étroites les relations de bonne entente entre les indigènes et les stations; puis, après avoir remis le commande*

ment au capitaine Georges Le Harinel, il descendit à Léopoldville, emmenant avec lui le lieutenant Hanolet, dont le terme de service était expiré et qui était remplacé dans son commandement par le lieutenant Heymans; il s*était fait accompagner d'un chef nègre, neveu de Bangasso, nommé Wango, à qui il fit visiter la station de Léopoldville et qui retourna dans son pays, émerveillé des installations des Européens au Pool.

Le nom du capitaine Van Gèle restera éternellement attaché à rOEuvre du Congo, dont il fut l'un des pionniers les plus actifs, les plus intelligents et les plus courageux. Ses belles explorations, où il a obtenu des résultats pratiques considérables. Tout placé au rang des voyageurs africains les plus célèbres ; l'avenir entourera son souvenir de cette même auréole glorieuse quelle mettra au front des Livingstone, des Cameron et des Stanley, et, en attendant, la patrie doit à de pareils hommes de Tadmiration et du respect.

Le capitaine Georges Le Marinel se montra digne de l'important commandement qui lui était dévolu; il parcourut sans cesse les stations qui étaient confiées à sa surveillance; puis, son terme de service étant expiré, il se rendit à Léopoldville. Mais ici le gouverneur général le pria de conserver son poste jusqu'à l'arrivée de son remplaçant et Le Marinel retourna à Yakoma en choisissant cette fois un autre itinéraire : le Congo jusqu'à Bumba, l'Itimbiri jusqu'à Ibembo, dlbembo à Djabbir par voie de terre, et de Djabbir à Yakoma par la rivière. Ce voyage fut exécuté avec une rapidité extraordinaire, puisque le capitaine ne mit que quarante-cinq jours à l'effectuer. Le Marinel fit de nombreuses explorations sur le Mbomu et se rendit avec le lieutenant de la Kethulle chez le sultan Rafaï; il parcourut le pays des Sakaras et reconnut la rivière Bali, affluent de droite du Mbomu, jusqu'au village de Bakuma, sous le 6* parallèle. C'est encore Le Marinel qui institua la résidence de Bangasso, à la tête de laquelle il plaça le sous-lieutenant Mathieu, qui fut dans la suite remplacé par le sous-lieutenant Hennebert. Ce dernier, l'un des officiers les plus distingués au service de l'État du Congo, déploie le plus grand tact dans ses relations avec les chefs de la région, relations dans lesquelles il faut user de la plus fine diplomatie.

L'kxpAdition Rmcet. — Les instruclioDS reçues par le capitaine Roget, ainsi que nous l'avons vu précédemment, lui prescrivaient de créer sur l'Aruwimi une barrière contre les invasions arabes : mais en présence du danger qu'il y avait à affronter directement le choc des bandes arabes qui, sur rAruwimi, au delà de Yambuya, étaient très nombreuses et très fortes, le capitaine Roget décida de

U CAPITAUII QKOBaxa IX KAKOIKL.

suivre une ligne de conduite plus prudente, qui devait in&illiblement amener la réussite des projets royaux. Cette prudence était rendue nécessaire par suite des ordres du gouverneur général et k cause des agissements de M. Recker, trop favorable aux Arabes: mais si, à ce moment, le capitaine Roget avait reçu les instructions formelles que lui communiqua plus tard le vice-gouverneur Coquilhat, il n'aurait pas hésité à attaquer l'Arabe de front et à le

rejeter directement à l'est de rÂruwimi. L*important était donc de réussir tout en respectant la pensée politique du gouverneur, et voici de quelle manière le capitaine Roget comptait s y prendre pour arriver à cette fm : refouler d*abord vers Test les postes avancés des Arabes, qui étaient parvenus déjà vers Tltimbiri ; les rejeter ensuite au delà de la Lulu, en forçant ainsi les masses arabes de l'Âruwimi à reculer, et enfin, en s*établissant solidement sur ce dernier cours d eau, arriver à pouvoir tenir tète aux plus forts détachements arabes.

La situation de l'Âruwimi à cette époque est exactement dépeinte dans lexlrait suivant d'une lettre du Haut-Congo, que nous recevions le 5 décembre 1889 : <c Au camp de Basoko, on est très mal sous le rapport des vivres. Les Arabes ont depuis longtemps ruiné la contrée : plus une poule, plus une chèvre à voir. De la rive gauche de rAruwimi, qui leur était fixée comme limite, ils passent sur la rive droite, et, lorsqu'on demande compte au chef de la bande de cette violation des traités, il répond hypocritement : « Que voulez-vous que j'y fasse? Je ne puis être partout. Mes gens vont chez vous? Tuez-les, vous ferez bien. » Partant de Yambuya, où ils avaient établi un camp à côté de celui du major Barttlot, ils rayonnent vers l'intérieur. Ils sont sur le Haut-Itimbiri, peut-être sur la Mongalla supérieure, ou dans TUellé : ils dévastent le pays, brûlant les récoltes pour empêcher la poursuite, détruisant les villages, tuant les hommes, réduisant femmes et enfants en esclavage, volant l'ivoire qui appartient exclusivement à leur race, disent-ils. Us ont donc tourné le camp de Basoko par le nord et ont donné aux indigènes des flèches empoisonnées qu'ils ont achetées dans le Lomami. L'État n'est pas encore tout à fait en mesure de lutter avec succès contre les Arabes : mais l'établissement prochain d'un camp de 500 hommes dans le Lomami changera la face des choses. L'expédition Roget est un autre pas dans la voie de l'action. »

Vers la mi-décembre 1889, le sous-officier Duvivier prit les devants, chargé d'aller en avant-garde fonder un poste de ravitaillement sur la Loîka (Itimbiri); il découvrit à Ibembo une situation favorable pour ce poste avancé et s'y établit. Ordre lui avait été donné d'arrêter toutes les bandes armées qu'il rencontrerait.

' Le commandant Rogel, profitant de l'absence de Salim (1) qui s'était rendu aux Faits, confia la garde du camp au lieutenant Bodson, et, accompagné du sous-lieutenant Milz, le seul blanc bien portant en ce moment, il descendit le Congo jusqu'à Itembo. 11 remonta Tltimbiri jusquà.Ibembo où il trouva Duvivier qui avait accompli sa lâche avec intelligence. Â Âcuëttana, village situé en amont dlbembo, d'où toute la population avait disparu, il laissa un poste de quelques hommes commandés par un noir. Prenant la route de terre, il suivit, sans pouvoir trouver aucun indigène qui lui servit de guide, la vallée de la Tirida aussi longtemps quelle le conduisit vers le nord : il rencontra partout la forêt brutale, sauvage, où il ne se fraya un chemin quau prix des plus grandes fatigues; toute l'expédition eut à souffrir cruellement de la faim, et, jusqu'à Mpocho, les hommes durent se contenter de manger des feuilles d'arbre bouillies, tandis que les chefs étaient obligés de se nourrir de deux ou trois mauvaises boites de conserves. Â Mpocho, l'expédition se remit un peu de ces privations et de ces fatigues, puis elle continua sa marche vers le nord. Â Likatu, ainsi nommé parce que le village se trouve situé sur la Likati, affluent de l'Itimbiri (tandis que les autres villages portent généralement le nom du chef), il reçut un accueil empressé du chef Unguëtra : pourtant ce dernier, qui aurait souhaité que les blancs s'établissent chez lui au lieu de continuer leur marche, refusa des porteurs au capitaine Rogct. Celui-ci ne s'émut pas de ce contretemps, donna les charges à ses soldats, puis, ayant appris que des Arabes se dirigeaient vers l'ouest avec M. Becker, qui venait de donner sa démission d'agent de l'Ëtat, il forga ses marches et parvint à Djabbir vers la mi-février.

La réception du capitaine Roget par le chef Djabbir ne fut pas moins solennelle que ne l'avait été celle de Van Gèle par Bangasso : Roget raconte qu'il resta émerveillé du spectacle féerique qui

(1) C'est ce même Salim, que Ton voalait charger de conduire le capitaine Roget à rUellé, qui avait armé les indigènes de TÂruwimi de flèches et d*arc8, inconnus jusqu'alors dans ces parages, en leur conseillant de s'en servir contre le camp. Aussi, dons leurs conflits contre les Arabes et les indigènes unis, les hommes de l'Etat furent-ils surpris de se trouver en présence d'hommes' armés d'arcs et de flèches, là où ils comptaient ne trouver que des lances.

s'offrit à sa vue lorsqu'il pénétra sur la place publique, où il fut reçu avec grande pompe.

Djabbir est un nègre, venu du nord, qui a conquis toute cette partie de FUeilé ; il est très intelligent, de même que Bangasso, et la diplomatie du capitaine Roget a acquis à l'État tout son dévouement, en dépit des efforts faits pour détourner ce sultan noir d'une alliance avec TÉtat du Congo.

Le capitaine Roget fonda à Djabbir une station qu'il conQa au sous-lieutenant Milz, qui se vit adjoindre dans la suite les souslieutenants Mahute et De Jaiffe. Puis Roget, qui avait rejoint à Djabbir M. Becker, redescendit à fiumba en compagnie de cet officier, qui rentrait en Europe : il retourna ensuite à Djabbir en suivant sensiblement le même chemin qu*en janvier.

Le 37 mai 1890, il fit une exploration au nord de FUellé; accompagné de Djabbir, il traversa le Gango, puis le Dapa, cours supérieur du Mbomu, et il rebroussa chemin dans les parages de Mbaua : il était forcé dabandonner son exploration, parce que tous les contingents mercenaires dont il disposait, approchant de l'expiration de leur terme de service, devaient être rapatriés, et que, malgré ses efforts, il n'était pas parvenu à les rengager en nombre suffisant.

tf La vallée de TUellé, dit M. Roget, les savanes à deux ou trois heures de chaque rive, ainsi que les vallées du Mbili et du Gango sont fortement peuplées, tandis que les lignes de faite sont incultes et inhabitées. Toute cette population est bandja.

» Au nord du Mbili, l'autorité de Djabbir cesse et les villages sont plongés dans la barbarie. L'état de guerre est normal. Notre arrivée dans ces parages a été un moment la cause d'une indicible frayeur; on croyait au retour des Soudanais par une voie différente de celle connue jusqu'alors. Notre présence a, en réalité, ramené la tranquillité là où il n'y avait qu'anarchie.

)) La caravane a traversé l'important village de Dendumé, composé de fermes éparses entourées de cultures immenses, puis, au delà, passé le Mbili, qui en cet endroit mesure 90 mètres de large et 3 mètres de profondeur.

» Le chemin qui remonte la rive droite du Mbili traverse une

succession de plateaux largement ondulés, qui rappelle assez bien la vallée de la Méhaigne. Une succession presque ininterrompue de petits villages et de cultures séparés par des bouquets d'arbres et dominés par des Ihermitières mène i la résidence du chef Hiranda. »

Le pays traversé par le capitaine Roget est d'une fertilité extrême; les populations ne ressemblent en rien aux races sauvages et brutales de l'Arunrimi ; les villages sont propres, même

DHK FIBOaDt BCR LE HAET-COHOO.

coquets; celui de Basia est décrit de la façon suivante par le capitaine Roget :

« Le chemin côtoie un ruisseau au bord duquel on rencontre une suite de fermes au milieu de cultures de manioc, de maïs, de patates, de courges, de concombres, de piments, de sésame et de soi^ho. Le village principal est construit dans une clairière ou plutôt sur une place elliptique entourée d'un bois assez épais; la place est coupée en deux par une forte palissade; un calé est réservé aux huttes ; l'autre n'a qu'une case hermétiquement fermée, sous laquelle, au moment où nous passions, on battait le gong pour chasser les mauvais fétiches. Ce jour-là, nous perdîmes quatre

heures à franchir le Gangoet il était deux heures au moment où nous arrivions à Basia. C'est assez dire que le soleil illuminait la scène.

» La place publique, unie, sans une herbe, ressemblait à un parquet rouge orné de milliards de petites paillettes de mica scintillantes. Au fond la palissade, garnie de tous les boucliers, des lances, des couteaux, des arcs et des carquois des guerriers se détachait comme un trophée brillant sur le bois sombre, devant lequel se dessinaient les silhouettes claires des immenses huttes de chaume.

» La population mâle, à portée de ses armes, était accroupie, silencieuse; les femmes et les enfants étaient dans Tenceinte, et, seul au milieu de ce silence imposant, pendant que ma colonne défilait, accablée par la chaleur, le gong battait sourdement. Une heure après, la glace était rompue, le gong se taisait, nous fraternisions et notre campement, établi à proximité, se remplissait jusqu'à la nuit d*une foule curieuse et indiscrète, chargée de vivres de toute nature. »

Le capitaine Roget rentra à Djabbir le 9 juin ; quoique extrêmement fatigué et à peine remis d'une violente attaque d'hématurie, il voulut pousser une reconnaissance vers l'ouest et suivit la rive gauche de TUellé, traversant le pays des Kambugos, sans recueillir en chemin le moindre renseignement sur l'expédition Van Gèle, avec laquelle il eût voulu opérer sa jonction. En rentrant à Djabbir, de malheureuses nouvelles d'Ibembo et de fiasoko le déterminèrent à aller s'assurer de ce qui s'y passait et chercher en même temps à Basoko les effectifs et les approvisionnements que le chef de cette station négligeait de lui faire parvenir. Â son arrivée à Basoko, après un voyage précipité et très fatigant, des atteintes redoublées de fièvre hématurique forcèrent le médecin à exiger son retour à la côte, et c'est par miracle et grâce à sa volonté de fer que le capitaine Roget arriva jusque-là.

Ce n'est pas sans de profonds regrets que le capitaine Roget quitta le théâtre où il avait déployé tant de courage et d'activité et où il avait, dans la mission délicate que le Roi lui avait confiée, obtenu d'aussi éclatants succès : le nom du capitaine Roget mérite d'être inscrit à la première page du livre d'or de l'OEuvre africaine, à laquelle il a donné les plus admirables preuves de dévouement et d'abnégation .

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