EST TUÉ ! — TROIS EXPÉDITIONS RÉUNIES A BUNKEIA. L EXPÉDITION
STAIRS SE dissout; MORT DE STAIRS.
Gonnexement à Texpédilion Delcommune dans le sud de rAFrique, la Compagnie du Katanga, à qui TÉlat avait concédé Texploilation d'une porlion des terres de cette partie de ses possessions, organisa, au commencement de 1891, deux expéditions chargées d opérer une reconnaissance complète du pays au point de vue de ses ressources minières.
L'une de ces expéditions, dirigée par le capitaine Stairs, du génie anglais, Tex-compagnon de Stanley dans sa deuxième traversée de l'Afrique, et composée du lieutenant des carabiniers Bodson, du marquis de Bonchamps, voyageur français, et du D' Moleney, quitta Zanzibar le 4 juillet 1891. Elle fit le voyage de Karéma, par Tabora, en compagnie de l'expédition antiesclavagislc du capitaine Jacques, traversa le lac Tanganyka et partit de Mpala vers le Katanga.
L'autre expédition, placée sous le commandement du capitaine belge Bia, quitta la Belgique le 18 mai 1891. A Boma, la caravane fut rapidement organisée ; elle séjourna quelques jours à Kinchassa, puis M. Bia prit les devants, remonta le Kassaî et le Sankuru, accompagné d'une dizaine d'hommes seulement. Les lieutenants Franqui et Derscheid, le D' Amerlinck et l'adjudant Spelier le rejoignirent bientôt à Lusambo, d'où l'expédition se dirigea vers le Katanga le 9 novembre.
(1) D*aprè8 k Moiwemeni géo(/raphique da 7 féyrier et du 24 juillet 1892.
Mais pendant que ces deux expéditions s'organisaient, Tinfatigable lieutenant Paul Le Marinel, établi au camp de Lusambo, prenait l'initiative d'une exploration du Katanga, et avait pour but principal d'obtenir la soumission de Msiri, le cruel potentat qui dominait toute la région du Garangaza (nom que les indigènes donnent au Katanga).
Le Marinel quitta le camp le 33 décembre 1890 avec une troupe de 180 soldats, il était accompagné du lieutenant Descamps et de MM. Légat et Verdickt. L'expédition traversa le Sankuru et prit la rive droite du Lubi; elle y rencontra des populations très denses et très primitives» ayant la singulière habitude de se barbouiller complètement le corps de couleurs diverses ; elles cultivent le sol et possèdent du bétail. Après avoir suivi le Lubi sur un parcours d'environ 165 kilomètres, et rencontré peu d'hostilité, sauf de la part du chef du Kainoka (contrée située entre le Lubi et le Sankuru), l'expédition relraversa le Sankuru et arriva aux sources du Lomami, situées sur un plateau d'une élévation de 1,150 mètres. Elle se dirigea vers le sud, traversa le district de Samba, parsemé de petits lacs et où « le paysage n a rien d africain; il nous rappelle plutôt nos sites de prédilection des pays civilisés : de grands arbres au feuillage épais, une herbe courte et fraîche, une belle pièce d'eau ». Prenant alors la roule de l'est, Le Marinel franchit le Lubudi et le Lualaba, traversa un pays montagneux et très boisé, et, à quelques journées de marche du Lualaba, il entra dans le royaume de Msiri ; il fit la rencontre d'une curieuse population, les Bena-Kabembos, « qui, dit-il, sont de véritables troglodytes. Ils sont peu nombreux et très farouches. Ils vivent dispersés dans des grottes et des cavernes, d où ils ne sortent que pour se procurer du bois et pour chasser. Ils n'ont pas de huttes à l'extérieur, et on prétend que ce n'est que depuis quelques années seulement qu'ils connaissent la culture, qui se borne, d'ailleurs, à planter un peu dé maïs dans les vallons reculés, loin de tout sentier.
» Toutes ces populations sont soumises à Msiri, mais elles ne peuvent donner qu'un maigre tribut à ce maître qui, lors de la conquête, leur a pris tout ce qu'elles avaient, ne leur laissant pas même une chèvre. »
LE UKUmUilT PAUL LB lUBINBL, IKePECTEint d'AtAT.
Ed approchant de Bunkeia, capitale du royaume de Msiri, Le MariDel envoya au potentat quelques hommes porteurs de présents et chargés de le prévenir de sa visite. Msiri accueillit fort bien les présents et fit savoir au lieutenant qu'il l'attendait avec plaisir : « Le 18 avril 1891, jour mémorable pour nous» raconte Le Marinel» nous faisons notre entrée par l'ouest dans la capitale du Garangaza, qui est une grande agglomération de petits villages, palissadée et entourée d'euphorbes. Ces petits villages s'éparpillent dans un vallon assez étroit qui s'allonge à Test vers la rivière Bunkeia. Nous évaluons la population de la capitale et des villages environnants à 6 ou 7,000 habitants.
» Au nord, quelques mamelons élevés, presque à pic, jaunes, dénudés; au sud, une seule montagne, mais longue et plus basse, d'aspect aride. C'est ici, à mi-côte, que se dresse le cottage du missionnaire Ârnot, que trois de ses compagnons habitent à présent.
» La matinée était ensoleillée; une forte brise soulevait des nuages de poussière blanche. Les petits pavillons bleus de l'État flottaient au-dessus de la caravane qui présentait un aspect très pittoresque, car nos compagnons avaient revêtu leurs uniformes de réserve et leurs plus beaux habits, qu'ils conservent pour les grandes circonstances.
» Le grand drapeau était porté en tète, les clairons sonnaient, et tous s'avançaient d'un pas cadencé, fiers comme des guerriers qui reviendraient de la victoire.
» Â hauteur de Kula, deux salves retentissantes saluent la colonne et la foule se range partout en acclamant.
» C'est vraiment une entrée triomphale ! »
Le Marinel fait le portrait suivant du célèbre Msiri : « C'est un vieillard usé, décharné, qui aurait une taille au-dessus de la moyenne s'il n'était si courbé et pour ainsi dire recroquevillé sur lui-même. La tête dénudée a une forme étrange : elle est étroite et d'une longueur phénoménale; le visage est insignifiant : les yeux éteints, la bouche large et affaissée, les traits tirés, le menton garni de quelques poils d'une couleur indécise. On sent que cet homme n*est plus que l'ombre de lui-même, car si son regard
reprend quelque éclat quand il parle un peu vivement, c'est aux dépens de la physionomie entière qui devient une grimace d'enfant qui pleure.
» Pour nous recevoir, Msiri s*était affublé d'un long manteau de soie claire» couvert de broderies d'or. Au-dessous, il portait un large pantalon de drap et d'énormes bottes qui paraissaient le gêner beaucoup; il était coiffé d'un mouchoir crasseux et d'un vieux chapeau de paille.
» Après nous avoir donné la parole pour exposer le J3ut de notre voyage, il nous parla de Reichard, d'Ivens et d*Amot, qui avaient visité son pays, et déclara qu'il aimait beaucoup les blancs. »
Tous les efforts faits par Le Marinel auprès de Msiri pour obtenir qu*il reconnût et arborât le drapeau de TÊtat furent vains : toutefois, il obtint de Msiri une lettre dans laquelle ce dernier consentait, dans une certaine mesure, à faire sa soumission à l'État indépendant.
Au moment où Le Marinel arriva à Bunkeia, trois missionnaires y séjournaient, MM. Thompson, Lane et Grawford. Le Marinel demeura sept semaines à Bunkeia, faisant des reconnaissances du pays et acquérant de précieux renseignements; il fonda un poste sur la Lufoï, à proximité de Bunkeia, et il y laissa M. Légat. Le il août, il rentra à Lusambo, puis de là en Europe (1).
Nous ne devons pas nous étonner de la résistance faite par Msiri à accepter le drapeau de l'État; cette résistance, il l'avait témoignée à tous ceux qui, auparavant, s'étaient aventurés dans son royaume : en 1890, le voyageur anglais M. Sharpe avait parcouru toute la région, cherchant à y imposer l'autorité de la Briiish South Africa Company et à faire arborer par Msiri le drapeau anglais ; toutefois, et par bonheur pour l'État, car il y aurait eu
(1) Ce jeune officier a, pendant ses deux premiers séjours au Congo, posé do nombreuses pierres à Tédifice entrepris par le roi Léopold II : il a déployé constamment, dans toutes les circonstances, une intelligence et une initiative remarquables; ses dangereuses explorations ont enrichi la science géographique et Thistoire naturelle: le lieutenant Le Marinel a exposé, à plusieurs reprises, ses jours par dévouement à la cause de l'humanité. Le Roi a reconnu la valeur du courageux lieutenant en lui conférant le titre d'inspecteur d*Ëtat.
là encore sujet à des négociations diplomatiques, M. Sharpe ne réussit pas dans son entreprise : « Msiri, dit-il » sur le territoire duquel F État indépendant du Congo prétend avoir des droits^ semble mériter la mauvaise réputation que lui fait son voisin Kazembé. Il me demanda toutes mes provisions d'étoffes, de Fusils» etc., mais je ne lui ai donné que le présent que j'avais apporté pour lui, et au moment de mon départ, qui eut lieu le 16 novembre, après que j'eus séjourné huit jours chez lui, il était revenu à de meilleurs sentiments à mon égard. C'est un vieillard méchant et querelleur, qui s'imagine que tout étranger qui visite son pays y vient avec l'intention de s'en emparer. Il fait tous les jours exécuter un grand nombre de ses sujets et les palissades qui entourent son habitation sont surmontées de têtes humaines à toutes les phases de la décomposition. » M. Sharpe tenta d'obtenir de Msiri qu'il lui indiqu&t l'emplacement des gisements d'or, mais il se vit opposer un refus formel, et c'est lorsqu'il fut certain de ne pas réussir dans son entreprise qu'il se décida à partir, le 16 novembre 1890, non sans toutefois laisser entre les mains d'un missionnaire, M. Swan, une lettre de soumission que ce dernier devait faire signer par Msiri à la première occasion.
En novembre 1891, M. Delcommune, qui, ainsi que nous l'avons vu précédemment, avait quitté Bena-Kamba en mai, arriva dans la capitale de Msiri : toutes les tentatives faites pour obtenir la soumission du potentat restèrent infructueuses; Delcommune ne séjourna pas longtemps chez Msiri, ses instructions lui prescrivant de se diriger encore plus au sud, pour y explorer la région des mines.
Revenons à l'expédition Stairs, que nous avons laissée à Mpala : Stairs quitta Mpala le 30 octobre 1891, se dirigeant vers le sudest; jusqu'au Luapula, Stairs fit alliance avec plusieurs chefs, entre autres avec le puissant Mpueto établi sur la rive nord du lac Moêro; Stairs traversa le Luapula, puis envoya à Msiri des courriers avec des présents; le 14 décembre, il entra dans la capitale.
Il trouva la situation politique du pays mauvaise à tous les points de vue : les tribus des environs, qui s'étaient révoltées contre la tyrannie du despote Msiri, avaient subi les terribles
effets de sa colère, et la plupart s'étaient enfuies auprès des tribus plus fortes des environs, qui s'étaient alliées pour tenter une résis* tance opiniâtre : « La révolte, dit le capitaine Stairs dans son rapport, éclata finalement. Elle ne fut jamais marquée par une victoire décisive de l'un ou de l'autre des belligérants, mais elle eut pour résullal le désordre dans le pays, la fuite de ses habitants dans les forêts, un coup mortel à l'agriculture, les semailles n'ayant pas été faites.
» Msiri, du reste, se conduisait depuis des années, vis-à-vis des Wasangas, d*une façon barbare et brutale. Il les considérait comme étant de la boue ; il avait fait essoriller plusieurs de ses chefs les plus dévoués, lesquels s'étaient ensuite enfuis, afin de sauver le reste de leur tète des effets de son prochain accès de colère. Il avait fait enlever et parquer chez lui toutes les femmes qui lui plaisaient et qu'il avait prises chez ces chefs. Aussi les principaux d'entre les Wasumbas, qui sont de la même tribu que lui, nourrissaient également contre lui une haine sourde.
» Chacun eût été heureux de contribuer à le renverser, excepté, bien entendu, les gens de son entourage immédiat, qu'il payait bien.
» Jusqu'au jour de mon arrivée, il a continué à faire piquer les tètes de ses victimes sur des pieux dressés autour de son village, et n'a finalement cessé de le faire que pour essayer de se concilier mes faveurs. »
De plus, Msiri nourrissait contre les blancs qui habitaient sa capitale et les environs les projets les plus noirs ; il témoigna sa joie de voir arriver Stairs, dans l'espoir surtout que celui-ci s'unirait à lui pour chasser les missionnaires et l'agent de TÉtat, M. Légat, et pour faire cesser la guerrequi ne discontinuait pas entre les Wasangas et les Wasumbas. Pendant plusieurs jours, Stairs eut avec Msiri des palabres pendant lesquelles il tenta en vain de décider le chef noir à arborer le drapeau de l'État, et finalement, voyant que ses insistances n'obtiendraient aucun résultat, il brusque les choses et il planta le drapeau bleu au-dessus d'une coline; cet acte d'audace eut le meilleur effet, puisque Msiri s'enfuit pendant la nuit suivante, pour se réfugier à Mœmena. Là il conspira avec les gens de son entourage pour faire assassiner tous les Européens,
el ce bruit, qui parvint bientôt aux oreilles de Stairs, décida celui-ci à envoyer à Mœinena MM. Bodson el de Boncbamps avec mission de lui amener Msiri de gré ou de force.
Quelque douloureux que soient les événements dont on va lire le récit, il nous semble intéressant de l'extraire d'une lettre du
LK CAPITAINE BODSON.
marquis de Boncbamps, car elle relaie la mort béroïque du capitaine Bodson dans tous ses détails :
« A 11 heures du matin, Bodson cl moi nous partions du camp e( nous nous dirigions vers le village oQ Msiri s'était, dit-on, réfugié (environ à 2 milles du camp). Noire centaine d'hommes nous suivait d'un air assez martial, sans cependant nous inspirer grande conflance; c'était la première fois que nous tes menions au
feu. Il était un peu plus de midi quand nous arrivâmes sur la lisière du village : Mœmena est une agglomération d*une centaine de huttes disséminées sur une grande étendue et protégées par des palissades de pieux et d'épaisses haies d'euphorbes. Nous rangeâmes immédiatement notre petite troupe sur une seule ligne, le dos appuyé â des collines et faisant face au village.
» Les habitants parurent d'abord ne pas faire grande attention à nous; nous apercevions bien d'instant en instant quelques indigènes armés de fusils pour la plupart, se cachant derrière les clôtures, mais c'était tout. Enfin, au bout d'un quart d'heure, le chef du village vint nous demander ce que nous voulions. Nous lui répondîmes que nous désirions voir Msiri et lui parler, mais qu'il pouvait être assuré que nous ne voulions aucun mal aux habitants. Le chef invita l'un de nous à l'accompagner.
» Le capitaine Bodson voulut y aller, malgré mes instances, car tous ces indigènes armés, se cachant derrière les palissades, m'inspiraient des craintes sérieuses. Il partit néanmoins avec une dizaine de soldats et deux de nos nyamparas, me laissant le commandement de notre petite troupe et me disant d'attaquer immédiatement, dès que j'entendrais des coups de revolver, signal convenu.
» Dix minutes à peine s'étaient écoulées depuis son départ, lorsque j'entendis plusieurs coups de revolver suivis immédiatement de coups de fusil.
» Aussitôt j'attaquai le village; â cinquante pas des clôtures, nous fûmes regus par une fusillade assez nourrie et un mouvement d'hésitation arrêta la plupart de mes hommes. Cette hésitation était toute naturelle, car il était impossible de distinguer l'ennemi â travers les touffes d'euphorbes. Il fallait payer de ma personne. Je n'hésitai pas à le faire et j'eus la satisfaction de voir tous mes hommes me suivre à travers le dédale des ruelles bordées d'euphorbes qui séparaient les habitations.
» La fusillade retentissait encore, lorsque je parvins avec quelques-uns de mes askaris à une sorte de place centrale d'où s'échap* paient quelques indigènes. Hélas! là, près d'un tembé, gisait mon pauvre ami, grièvement blessé d'une balle au côté droit de l'abdomen. Près de lui était étendu Msiri, frappé de plusieurs balles de
revolver. Plus loin, c était le corps d*un parent de Msiri; enfin dans un coin de la place, un de nos askaris et un de nos nyamparas gémissaient, blessés ; lun avait la cheville fracassée, Tautre le genou perforé par une balle.
» J'interrogeai le nyampara, qui put me raconter ce qui s'était passé : Bodson, entré dans le village, avait éié conduit avec son escorte sur la place centrale. Là se trouvait Msiri assis devant son habitation et entouré d'environ trois cents de ses fidèles, presque tous armés de fusils. Le capitaine, mis en présence du chef, l'avait prié de le suivre, lui disant qu'il le conduirait à notre camp, devant notre chef, et ajoutant qu'il ne lui serait fait aucun mal.
j> Â ce moment Msiri se serait levé, faisant avec son sabre un geste menaçant. Bodson, se voyant menacé, tira sur Msiri quatre coups de revolver. Msiri tomba, achevé par deux balles du nyampara. Au même instant, mon pauvre ami est frappé lui-même d'une balle tirée par un des chefs entourant Msiri. Il tombe à son tour, et la bagarre éclate.
» Me voici donc sur la place du village. Je ne voulais pas abandonner mon compagnon qui souffrait atrocement et, d'autre part, je craignais à chaque instant d'être cerné par les indigènes. Au bout d'un long quart d*heure je pus rassembler environ le tiers de mes hommes. Les autres pillaient ou tiraillaient en aveugles sur les fuyards ennemis,
» Jorganisai immédiatement un cercle de défense. En même temps j*envoyai à Stairs un mot, par un nyampara, le mettant au courant de la situation. Vers deux heures et demie, Stairs m'envoyait le docteur avec un renfort en hommes et en munitions.
» Tout étant rentré dans le calme, nous prîmes aussitôt le chemin du camp, portant sur un hamac le malheureux Bodson, »
Nous reprenons le rapport du capitaine Stairs :
c( Le capitaine Bodson, placé dans un hamac, fut ramené au camp par le D** Moleney et le marquis de Bonchamps. Il souffrait énormément.
» En me voyant, il me dit :
— Je vais mourir, mais vous direz à mes compatriotes que
je ne suis pas mort en vain. Remerciez Dieu!... Car j*ai délivré ce beau pays d'Afrique de Tua de ses plus détestables tyrans.
» A 8 heures du soir, il mourut en héros.
» D*après la déclaration du D"" Moleney, sa mort est la suite des •effets de la balle, qui a provoqué la destruction de certains organes •essentiels et une hémorragie mortelle. Cette déplorable mort a privé Texpédition d'un officier capable et énergique, d'un homme fidèle, plein de zèle pour laccomplissement de son devoir, et toujours prêt à exécuter toutes les instructions qui lui étaient données. J*étais devenu son ami, et j'ai pu apprécier combien il était à hauteur de su lâche et combicnil convenait pour le travail en Afrique. Il était certes destiné, par ses capacités, à occuper un rang élevé dans les affaires du Congo, si la mort n'était venue interrompre si inopinément sa carrière. »
Dès que la mort de Msiri fut connue dans le pays, les principaux chefs vinrent se soumettre à Slairs, qui avail construit près de Bunkeia un fort où il avait l'intention de laisser une garnison sous les ordres du marquis de Bonchamps, tandis que lui-même parcourrait le pays à la recherche des mines de cuivre et des gisements d'or. Le dramatique événement de Mœmena eut encore pour résultats la fin do la guerre civile qui ensanglantait la contrée et la mise en liberté d*un grand nombre d'esclaves, qui tous portaient des traces des horribles mutilations auxquelles Msiri setait livré sur eux par vengeance ou par plaisir.
Tous les membres de l'expédition tombèrent successivement malades» par suite de la famine qui sévissait rigoureusement, et qui forçait noirs et blancs à se nourrir de sauterelles frites et d'herbes bouillies; c'est pourquoi, dès que l'expédition Bia, qui avait parcouru avec bonheur la contrée entre Lusambo et le Katanga, arriva au complet et en bonne santé à Bunkeia, le capitaine Stairs se décida à retourner à Mpueto pour, y reprendre des forces, laissant ^u capitaine Bia la garde du fort Bunkeia.
Stairs reprit donc le chemin du lac Mpëro; de là il se rendit au Tanganyka, traversa le lac Nyassa, descendit la vallée du Zambèze et arriva en vue de l'océan Indien. Malheureusement le brave capitaine, dont la santé était fortement ébranlée depuis quelque
temps, fut atteint d une violente attaque de fièvre bilieuse hématu* rique et il mourut le 8 juin dans de cruelles souffrances, malgré les soins dévoués du docteur Moleney,
L'œuvre du Congo a fait une grande perte dans celle du capitaine Stairs, à qui sa traversée de l'Afrique comme adjoint de Stanley avait donné Texpérience des choses africaines. C'était un tempérament de fer, insensible à la fatigue et aux privations, ne connaissant que le devoir; comme chef d'expédition il savait appliquer une juste sévérité, et, par son affabilité et sa courtoisie, il avait su s'attirer l'amitié et le dévouement de tous ses camarades d'expédition.
Le marquis de BonChamps et le docteur Moleney reconduisirent à Zanzibar les hommes de la caravane, qu'ils licencièrent, puis ils rentrèrent en Europe le 4 juillet iS9i.
Les résultats de l'expédition du capitaine Stairs sont considérables : tant que le chef Msiri eût vécu, il aurait été impossible de tenter aucune opération commerciale ou industrielle, car il aurait fait traîtreusement assassiner les blancs qui s'y fussent risqués malgré lui ; sa mort est donc à tous les points de vue un bienfait, et l'humanité doit compter au nombre de ses enfants le capitaine Bodson, qui a payé de sa vie l'émancipation de la contrée du Katanga qui gémissait sous le joug de l'ignoble potentat. La plupart des chefs sont soumis à l'autorité de l'État et ont compris le bien-être qu'ils retireraient de celte soumission ainsi que les devoirs qui leur incombaient de ce fait,
La contrée du Katanga était de la sorte ouverte aux expéditions Bia et Delcommune, dont nous nous occuperons dans un prochain chapitre*