CHAPITRE PREMIER
JêBu premières explorattons afirloalnes de la côte
orientale.
Nous n'avons pas Tintention de refaire ici Thistoire complète des découvertes africaines; ce serait là une œuvre trop longue, qui nous entraînerait trop loin de notre sujet. Nous noua contenterons de jeter un coup d'oeil rapide sur les origines du Congo, sur les découvertes de la côt6 orientale et nous nous appuierons spécialement sur les explorations belges.
C'est aux Portugais que revient l'honneur de la découverte, à la fin du xv*" siècle, de l'embouchure du Congo, cet immense fleuve qui traverse l'Afrique presque d'une côte à l'autre en décrivant un énorme circuit, et qui portait primitivement le nom de Zaïre, nom que lui donnent aujourd'hui encore quelques géographes (1).
Mais c'est longtemps après que quelques voyageurs se risquèrent à remonter le fleuve, et l'exploration du bassin du Congo ne fut, au
(l) Zaïre est une corraption de N*Zadi, nom soua lequel le Congo est désigné par les indigènes.
commencement, le but que de peu d'expéditions, parmi lesquelles il convient de citer celles de Ladislas Madgyar, qui découvrit plusieurs affluents du Zaïre, et Hunt, qui remonta le cours du fleuve sur un assez long parcours. Toutefois, il y aurait une liste considérable à dresser pour perpétuer, dans Thisloire de l'Afrique, le souvenir des hommes qui se sont dévoués à la découverte du centre du continent mystérieux : Laing, Horneman, Brown, Mungo- Park, Bedingfield, et bien d'autres, dont le nom est oublié, méritent d'être inscrits au Livre d'or de l'humanité.
Pourtant le bassin du Congo restait à peu près inconnu, car toutes les expéditions de celte époque, organisées principalement par des sociétés de géographie anglaises, étaient dirigées vers la côte orientale de l'Afrique et avaient pour objectif les régions du Nil supérieur et la découverte des sources de ce fleuve, le plus ancien fleuve africain connu. C'est de cette époque, vers 1845, que datent les expéditions des Livingstone, des Speke, des Burke, des Burton,des Cameron et des Stanley, les plus célèbres explorateurs qui aient existé.
David Livingstone. — C'était un homme doux, un rêveur, en même temps qu'un homme d*action et de grande énergie. D'une science élevée, très lettré, il était parti en Afrique comme missionnaire; il avait séjourné longtemps au milieu des populations sauvages du Cap, traversé les plus grands dangers et supporté les plus terribles privations avec un courage stoïque. C'est à cet illustre voyageur que Ton doit la plus grande partie des découvertes du milieu du \\x^ siècle. C'est, en effet, lui qui explora le fleuve Zambèze sur la presque totalité de son cours et qui accomplit la traversée de l'Afrique, de Saint-Paul de Loanda, sur la côte occidentale, à Quilimane, sur la côte orientale; ce voyage dura deux ans, de i854 à 1856. En 1858, Livingstone, accompagné de son frère, de Kirk, Thornton et BedingQeld, fit une nouvelle reconnaissance du fleuve Zambèze et découvrit les lacs Nyassa et Schirwa, ce dernier de peu d'importance. Il revint seul de cette expédition avec Kirk : Tun de ses compagnons mourut de la fièvre.
Sa quatrième expédition fut la plus importante : il quitte Zan-
zibar en mars 1866, passe par le petit fleuve « la Rowouma » qui sort du lac Schirwa, contourne le sud du lac Nyassa, traverse le pays des Mazittus, à l'ouest de ce lac, découvre le lac Moéro, descend vers le sud en remontant le cours d'une rivière et découvre le lac Banguéolo, sur les bords duquel il séjourne quelque temps. Il se dirige alors vers le Tanganyka, y rencontre à Ujiji, le 4 novembre 1871, Stanley que le journal américain le New-York Herald avait envoyé à sa recherche. Après avoir passé quelques jours avec le courageux reporter, continuant son voyage, il contourne le lac par le nord, recueillant de précieux renseignements géographiques. Il remonte ensuite, à Touest du Tanganyka, la Lukuga, petite rivière qui se jette dans le Lualaba, suit le cours de celui-ci vers le sud, traverse le lac Moéro et revient au lac fianguéolo,dans la contrée du Katanga,où il meurt en 1873, à Tchitambo, après un splendide, mais fatigant voyage de sept années.
Diverses expéditions avaient été envoyées à la recherche de Livingstone : en 1866, le navigateur Young remonta le fleuve Chiré jusqu'au lac Nyassa, où il apprit que l'illustre missionnaire était encore en vie. En 1872, 0. Livingstone, Henn et Dawson partirent de Zanzibar, mais l'expédition échoua bientôt, sans amener de découvertes remarquables.
David Livingstone a fait faire un pas immense à la science géographique : c'était un savant en même temps qu'un observateur. Son livre « Gomment j'ai traversé l'Afrique » le dépeint complètement et le montre tel qu'il fut, c'est-à-dire un homme bon, juste, loyal et généreux : on y découvre plus d'une page émue où l'on sent la pitié dont il était animé à l'égard des nègres, qu'il aimait et qu'il appelait « ses grands enfants ». Il a fait honneur à son pays, qui le considère à juste titre comme une de ses gloires et qui a eu la piété de faire revenir ses restes en Angleterre.
BuRTON ET Spkke. — Gcs dcux célèbres voyageurs anglais, après avoir été au pays du Somal, en 1854, se rendent, en 1857, au Tanganyka, et font, les premiers, en canot, une reconnaissance du grand lac. En 1858, ils découvrent le lac Victoria Nyanza, qui donne naissance au Fleuve Blanc, cest-à-dire à la partie supérieure du
Nil. Eu 1860, ils côtoient le lac Victoria Nyanza, descendent le Nil, et, après une absence de trois ans, arrivent à Gondokoro, au nord-ouest du lac. De là ils passent en Egypte et rentrent en Europe.
Verney Lovett Gameron est un des explorateurs les plus distingués, qui a illustré son pays et qui, par des renseignements précis, a puissamment contribué à la connaissance de Tintérieur de TÂfriqueet à la confection de la carte de cette région ; il a fait une étude approfondie de l'Afrique au point de vue de la géographie, de l'astronomie et des productions. Homme de cœur autant qu'homme d'action, il a toujours prêché énergiquement la croisade antiesclavagiste et nous a dépeint en termes saisissants les horreurs du trafic de la chair noire.
Ce qui a rendu Gameron célèbre, c'est sa traversée d'Afrique d'une côte à l'autre. Dès l'enfance, Gameron fit preuve d'un caractère indomptable et montra des goûts extraordinaires pour la vie d'aventures et lexistence périlleuse de l'explorateur ; aussi, à l'âge de treize ans, il s'engagea dans la marine anglaise. Il fit plusieurs longs voyages maritimes et combattit, en des croisières sur Tocéan Indien, la traite d'esclaves qui désolait à cette époque la côte orientale d*Âfrique. En 1872, la Société de Géographie décida Tenvoi d'une expédition qui devait joindre Livingstone et l'aider à continuer ses découvertes : elle choisit pour l'organiser et la commander le lieutenant Gameron, que ses aptitudes spéciales, sa résistance au climat dangereux d'Afrique et sa connaissance des idiomes indigènes désignaient naturellement pour ce poste.
Gameron quitte donc Zanzibar, le 17 janvier 1873, accompagné des lieutenants Dillon et Murphy : à Tabora, il apprend la mort de Livingstone ; quelques jours après, il rencontre le convoi qui transportait à la côte le corps du célèbre explorateur : il charge^son lieutenant Murphy de reprendre les restes de l'Homme de bien et de les reconduire en Angleterre. Lui-même continue son voyage et atteint le Tanganyka, à Ujiji, après avoir traversé TOu-gogo, contrée infestée par les hordes de brigands noirs appelés Rougas- Rougas et où il perd son second lieutenant, Dillon, tué dans une
rencontre. Il fait une reconnaissance complète du Tanganyka, en rectifie la forme et la position géographique, en découvre la sortie ; il rejoint le Lualaba, ou Congo, par la Lukuga, rivière considérée
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OBOQinS DE L*AFBIQUB DU 8UD : EXPÉDITIONS LIVIV08T0NE, CAMEBON, 8TANLBT.
comme le déversoir occidental du grand lac. Il descend le Lualaba, mais, arrivé à Nyangué, il se heurte à la mauvaise volonté des indigènes qui refusent de lui vendre des canots, à moins que de les échanger contre des esclaves ; comme ce moyen lui répugne, et que
d'un autre côté il ne veut pas user de violence, — quoiqu'il lui eût été extrêmement facile de s*emparer de force des embarcations — il abandonne le projet de descendre complètement le cours de Timmense fleuve qu*il savait être le Congo, laissant ainsi à Stanley l'honneur de la découverte du premier fleuve africain. Cameron se dirige alors vers le sud-ouest, traverse la vallée du Lomami, un des aflluents du Zaïre, passe près du lac Dilolo, côtoie les monts Mosamba et la chaîne qui fait la ligne de partage des eaux du Zambèze et du Congo. Reprenant alors la route vers l'ouest, il reconnaît le bassin du fleuve Coanza, et il atteint la côte occidentale, le 7 novembre 1875, à Benguéla.
Cameron, comme nous le disions plus haut, s'est surtout attaché à donner un résultat scientifique à sa mission, à rapporter des données géographiques exactes, à contrôler et vérifier les dires et les récits des voyageurs qui l'avaient précédé dans le cœur de l'Afrique, à étudier la faune et la flore de ces régions, à déterminer d'une façon sûre le réseau hydrographique : son livre A travers ÏAfnque contient de précieuses révélations sur la géologie et l'histoire naturelle de TAfrique tropicale.
Cameron rend hautement hommage à l'œuvre du Roi des Belges. Sa Majesté, reconnaissant les immenses services rendus par cet homme éminent, l'avait prié de faire partie de la Conférence de géographie de Bruxelles, et, chose curieuse, Cameron y a révélé que déjà, lorsqu'il se trouvait en contact avec les populations noires, il avait rêvé une association de tous les peuples européens, qui s'uniraient pour l'exploitation de cette contrée riche en productions de toutes sortes et il avait élaboré un plan d'expédition, qu'il exposa au Congrès et dont plusieurs points servirent à la rédaction des principaux articles de l'Association.
Nous avons eu l'honneur d'entendre l'illustre explorateur émettre ses idées sur l'Afrique et sur les moyens de la civiliser, dans une intéressante conférence donnée à Bruxelles en janvier 1891, lorsque la Société belge deGéographie lui décerna la médaille qu'elle n*accorde qu'à ceux qui se sont dévoués à l'avenir de la science géographique.
Henry Stanley. — Le nom de Stanley est trop intimement lié à
rhistoire de TAfrique pour que nous ne rappelions pas en quelques mots sa jeunesse et ses débuts.
Stanley — de son vrai nom John Rowlands — naquit en 1840 dans le pays de Galles. Ayant perdu son père de bonne heure, il fut placé à l'hospice des enfants pauvres, qu'il quitta vers Tâge de treize ans, pour s'embarquer, quelques années plus tard, comme mousse, en destination de la Nouvelle-Orléans. C'est là qu'il devint l'employé d'un négociant du nom de Stanley, auquel il rendit de si grands services que celui-ci l'adopta et lui donna son nom. En 1861, Stanley, dont le caractère énergique et l'esprit aventureux et militaire ne pouvaient s'accommoder d'une existence sédentaire et aussi paisible, entre dans l'armée confédérée pour faire la fameuse guerre de sécession, est fait prisonnier, parvient à s'échapper, s'engage comme matelot dans la marine fédérale, où il conquiert rapidement différents grades, jusqu'à celui d'enseigne. En 1866, il donne sa démission et entreprend la carrière de journaliste, non dans un bureau de rédaction, mais en qualité de reporter, suivant les grandes guerres, assistant aux grandes batailles, et risquant mille fois sa vie pour la plus grande gloire de 1' « information. »
Après avoir, pendant quatre années, voyagé en Asie et dans le nord de l'Afrique, suivi la campagne de 1867 en Abyssinie, Stanley est envoyé par le directeur du New-York Herald à la recherche de Livingstone, sur le sort duquel le monde civilisé éprouvait les plus graves inquiétudes. Stanley part de Zanzibar en 1871, traverse toute la région comprise entre la côte et le lac Tanganyka, aux bords duquel il rencontre, à Ujiji, Livingstone exténué de fatigue et de privations, abandonné de la plupart de ses serviteurs. Ils reconnaissent ensemble le grand lac, du côté nord, puis Stanley quitte Livingstone pour rentrer en Europe.
En 1874, l'année qui suivit la mort de Livingstone, Stanley repart pour l'Afrique, chargé cette fois par deux journaux, l'un anglais, le Daily Telegraph, l'autre américain, le New-Yoï^k Herald^ de continuer l'œuvre de l'illustre docteur Livingstone, mort au poste d'honneur, et de s'avancer au cœur de l'Afrique. Il arrive à Zanzibar, se rend de là à Bagamoyo, petite ville située à la côte, en face de l'Ile, qui est le point de départ des caravanes vers l'inté-
rieur ; il se dirige vers le lac Victoria, qu*il reconnaît complètement au moyen de son bateau démontable; il descend vers le Tanganyka, puis arrive à Nyangué, le point du Congo que Cameron n'avait pas dépassé. Nous n'entreprendrons pas de raconter cette héroïque descente du fleuve, accomplie avec une hardiesse et un courage inqualifiables; disons seulement que Stanley rencontra sur les deux rives du Congo des populations féroces et anthropophages; qu'il eut à soutenir des combats meurtriers et acharnés, risquant chaque jour sa vie; que toutes les calamités vinrent fondre successivement sur les hommes de son escorte ; qu'il eut à lutter à la fois contre les hommes, contre les éléments, contre la faim, et que parfois même il dut faire appela toute la force de son caractère pour maintenir son autorité sur ses propres serviteurs. Ayant quitté Nyangué le 5 novembre 1876, avec une troupe composée d'Arabes et de Zanzibarites, Stanley lança sur les eaux du Congo son bateau démontable, le Ladii Alice; il découvrit successivement les affluents de droite Liru, Windi, et de gauche Riuki, Kasuku et Lomami, et, après avoir livré un grand combat à la tribu des Riukis et vu déserter son escorte d'Arabes, il arriva le 4 janvier 1877, à la série de cataractes qu'il baptisa du nom de Stanleîj-Falls. Stanley fut forcé ici de se frayer un chemin au travers de la forêt vierge qui borde les rives du fleuve, et ce n*est qu'au bout de vingt-trois jours d'eflrayants labeurs qu'il arriva en aval de la sixième cataracte.
Au confluent de l'Aruwimi, Stanley se vit de nouveau attaqué par les indigènes Basokos, mais il soutint vigoureusement la lutte et le combat ne coûta qu'un homme à Texpédition.
Le 14 février, nouveau combat contre les indigènes, qui attaquèrent le steamer avec une violence extraordinaire : « Nous continuâmes à descendre, raconte Stanley dans son livre A travers le continent mystérieux, en serrant l'Ile de près, dans l'espoir de trouver un nouveau canal avant d'être découverts. Mais hélas, au milieu de la fervente prière que nous adressions au ciel pour notre délivrance, pétilla le bruit sec d'une timbale indigène, dont le rapide tam-tam fit refluer notre sang vers le cœur et prêter l'oreille avec angoisse, pour saisir la réponse. Une autre batterie se fit entendre, puis une
autre, puis une autre; enfin éclata le grondement des tambours de guerre qui appelaient aux armes. . .
» Pendant ce temps-là, les batteries répétées des tambours avaient excité au plus haut point la frénésie des sauvages, ils réunissaient leurs canots, chargeaient leurs fusils, aiguisaient les sabres et les lances ; tout cela contre nous et uniquement parce que nous étions des étrangers naviguant sur leur rivière.
» Tandis que nous glissions ainsi en dérive, de nombreux canots s'avancèrent. Je hélai les indigènes, mon appel resta sans réponse. J'élevai de nouveau l'étofTe écarlate et le fil de laiton, en cherchant à leur faire comprendre que j'offrais de les donner à ceux qui étaient en avant et à qui j'avais parlé tout d'abord. Presque aussitôt, les indigènes tirèrent sur mon bateau et sur VOcéan ; Maurmbou, Mourabo et Djaffari, du Lady Alice, Hatib et Mouflah, de VOcéan, furent blessés. Les projectiles qui nous furent envoyés étaient des morceaux de minerai de fer et de cuivre dentelés, exactement semblables à ceux qu'emploient les Âchantis.
» Après une attaque aussi meurtrière, toute conciliation devenait impossible. Les boucliers furent dressés et nous protégèrent parfaitement contre les lingots. Tous furent touchés ainsi que nos barques, mais deux ou trois seulement furent traversés de part en part.
» La lutte s'engagea avec une ardeur égale des deux côtés, et se prolongea si longtemps que je dus faire distribuer de nouvelles munitions. A mesure de la prolongation du combat, chaque village envoyait son contingent.
» A trois heures, le nombre des canots qui nous attaquaient s'élevait à soixante-trois. Quelques-uns des Bangalas, que nous reconnûmes à leur cri particulier : Yaha-ha-ha, ya Bangala! ya Bangalalyaha-ha-halse distinguèrent par un courage et une audace qui, heureusement pour nous, n'étaient pas généraux.
» A cinq heures et demie, nos antagonistes se retirèrent, nous laissant soigner nos blessés et saluer notre succès de trois hourrahs chaleureux. Ce fut notre trente et unième combat, l'avant-dernier et certainement le plus acharné de tous ceux que nous avions eu à soutenir sur ce terrible fleuve. »
Stanley découvrit encore Tembouchure du Kua, puis Tétang auquel il donna son nom, le Stanley-Pool ; il pénétra ensuite dans une série de chutes, qui obstruent le fleuve sur un parcours de S90 kilomètres. Stanley risqua la navigation au travers des passes, jusqu'à Isanghila, où il Tut forcé de reprendre la voie de terre; le 12 août il flt la rencontre du major Serpa Pinto, dans la plaine de Gabinda, et il arriva à Banana le 16 août, c'est-à-dire près de trois ans après son départ de Bagamoyo.
Nous retrouverons Stanley plus loin. Résumons à présent le résultat de ces diverses explorations, et examinons ce qu'elles avaient fait connaître de TAfrique centrale: à lest, on avait parcouru toute la contrée située entre la côte et le Tanganyka ; ce lac avait été étudié et on en avaitprécisé assez exactementla situation et les dimensions; le Congo avait été descendu à peu près sur toute sa longueur et Stanley était parvenu à recueillir des notes détaillées sur les productionsdes contrées riveraines et sur les mœursde leurs habitants. Çavait été pour TEurope une révélation, la lumière jetée sur le continent mystérieux : on savait maintenant quil existait là-bas d*immenses régions fertiles, des forêts de toute beauté, des débouchés commerciaux de premier ordre, des richesses minéralogiques inestimables ; mais on avait aussi dévoilé aux yeux épouvantés de Tancien monde toute Tatrocité des coutumes de ces peuples anthropophages ; on avait dépeint toute Thorreur du commerce d'esclaves, de cette abominable traite que les nations européennes avaient tenu à honneur d'abolir en Amérique et dans l'Afrique septentrionale, et que les Arabes pratiquaient sous Téquateur au vu et au su de tous avec une cruauté féroce. Aussi le vieux continent s'émut, l'Afrique fut bientôt la question à Tordre du jour dans tous les pays, et, dès 1876, c'est-à-dire avant le retour de Stanley, le Roi des Belges, dans un élan généreux et fier, conçut le projet de tenter la réhabilitation de cette race déshéritée.