CHAPITRE IV
Voles de communloatloiL
Il n*exî»te pas encore au Congo de voies de commanîcation pro^» prement dites .: en attendant que le chemin de fer vienne épargner aux voyageura^ iea &ligues du trajet pédestre de Matadi à Léopold* ville, on a réuni ces deux stations par une route, dite route des caravanes. Cette route, qui s'éloigne très sensiblement de la voie suivie par les caravanes indigènes, et où, il y a quelque cinq ans, la sécurité du voyageur n'était pas toujours assurée, a été considéra* blement améliorée ; des ponts et des bacs ont été établis au passage des rivières et des postes installés aux endroits les plus dangereux.
La aoute des caravanes. — Nous reproduisons in extenso le journal inédit d un de nos amis, le lieutenant Verbruggbe ; ce sont les impressions premières et réelles d'un jeune o£Bcier, qui ont élé consignées fidèlement au jour le jour (i).
4 juillet 1889. — Le matin, on organise la caravane et on répartit les charges. Nous avons droit à douze porteurs chacun. Nous attendons que les fortes chaleurs soient passées pour nous mettre en route. Vers 3 i/2 heures, nous quittons Matadi. Nous franchissons plusieurs collines escarpées et, vers 5 heures, après une longue descente très raide, nous arrivons au bord de la rivière Mpozo. Cette rivière est assez profonde quoique nous soyons dans la période sèche. Elle est large de quarante mètres environ. Nous passons cette rivière en canot. Un poste de surveillance de deux soldats noirs est établi au point de passage.
(1) Cette description détaillée de la route des carayanes donnera au lecteur une idée assez exacte de ce que sont les marches et les étapes en Afrique ; ils pourront juger de Texagération de certains voyageurs qui représentent cette longue marche pédestre comme un épouvantaîL
De Matadi à la Mpozo, la route est loin d'élre bonne : le sol est très rocailleux. Par moments, le chemin que nous suivons présente l'aspect d'un escalier gigantesque, dont les marches seraient formées de blocs rocheux. Sur les plateaux, te sentier serpente au milieu de hautes herbes. A la fin de la saison d'été, les indigènes metlcnl te feu aux herbes : c'est un triste spectacle que ces plaises au sol noirci par la flamme, oii l'on ne voit plus que quelques arbrisseaux, quelques chaumes à moitié consumés.
Bien que l'étape ne soit que d'une heure et demie, nous sommes tous fatigués. Nos porteurs dressent nos tentes au bord de la rivière, tandis que notre cuisinier prépare le dîner. Une grande caisse nous sert de table et nos malles nous tiennent lieu de chaises. Ce repas en plein air ne manque pas de charme, un repas excellent arrosé de vin portugais. Sur ces entrefaites, le jour tombe et fait place à une de ces nuits splendides comme on n'en voit que sous les tropiques. La lune éclaire notre campement de ses rayons pâles, et tout autour de nous les feux de nos porteurs jettent des éclairs rougefttres. Les arbres, secoués par une brise légère, s'agitent doucement et sont pareils h de longs fautâmes; dans le lointain on entend le bruit sourd d'une chute de la Mpozo.
S juillet. — A cinq heures, la caravane est sur pied et dès six heures on se met en route, car l'étape sera rude et longue. Nous débutons par une montée de deux heures. Il est huit heures avant que nous ayons franchi ^la montagne de Pallaballa. Quoique le soleil ne se soit pas montré pendant cette partie de l'étape, quelques minutes de marche sufTisent pour nous mettre en nage. Il est vrai que la montée de Pallaballa est devenue légendaire : on en parle comme d'une sorte d'épouvantail. Mais aussi quel casse-cou! Le sol est jonché de cailloux aux arêtes tranchantes qui vous lacèrent les souliers et vous meurtrissent les pieds. Ce qu'il y a de plus fatigant, c'est que vous arrivez au sommet de la montagne par une suite de montées et de descentes qui triplent au moins la hauteur à gravir. Il arrive qu'on grimpe pendant un quart d'heure pour gagner quelques mètres d'élévation. ËnÛn, nous sommes au sommet et nous voyons devant nous les huttes du village de Pallaballa,
eirtourées de belles plantations. Nous Taisons un arrêt ào quelques minutes pendant lesquelles lu clief vient nous rendre visite et nous . apporte une poule et du vin de palme. Nous buvons ensemble le malafou de l'amitié : pas mauvais du tout, leur malaTou; et très rafraîchissant. Après en avoir rempli nos gourdes, nous preDons ■ congé de notre hôte. Vers uuze heures, nous franchissons la rivière :
LE UEnTBnAKT TEBBBDaSBE.
Nseke. heureusement peu large à celte époque de l'année. De Pallaballa à la Nseke, le sentier des caravanes franchit un plateau coupé de temps en temps par des ravins au fond desquels on trouve presque toujours le lit d'un pelit ruisseau, à sec pour te moment.
Nous déjeûnons à la Nseke. A midi, nous nous remettons en route. Au bout de deux heures de marche, nous arrivons à un marché indigène, le marché de Nkenge. A trois heures et demie, nous
atteignons notre lieu de campement, la rivière Maza Makenge, de quelques mètres de largeur, que nous passons en hamac.
6 juillet. — Après environ deux heures de marche sur une route passable, nous passons la petite rivière Nduizi. Au delà, nous retrouvons une nouvelle montée très rude, mais qui ne nous prend qu'une heure. Nous traversons le marché de Congo da Lemba et vers onze heures nous nous arrêtons à la rivière Bembizi. Pendant cette seconde partie de la route, nous avons marché à travers des fourrés d*herbes qui atteignent parfois 4 et 5 mètres de hauteur. La Bembizi peut avoir une trentaine de mètres de largeur; toutefois, on sait passer d une rive à Tautre en sautant sur les nombreux rochers qui se trouvent dans le lit de la rivière.
Nous nous remettons en marche vers deux heures. Il fait depuis le matin une chaleur très forte, car le soleil s*est montré dès sept heures. Après avoir suivi le sentier pendant une heure et demie et escaladé de nombreuses collines, nous entrons dans une grande forêt, la forêt de Mazembo. Partout des arbres de taille énorme, reliés par d'innombrables lianes. Par ci, par là, un arbre mort s*est abattu en travers de la route. Nous ne tardons pas à entamer une descente tellement forte qu'il faut se retenir aux arbres pour ne pas tomber. Le sol est très glissant et on risque de trébucher à chaque pas contre les racines qui coupent le chemin. Cette descente dure 45 minutes.
Vers quatre heures et demie, nous arrivons au bord d'une rivière assez importante, qui roule ses flots au milieu de rochers nombreux. Un pont très pittoresque a été construit au point de passage par le sous-lieutenant du génie Carton. On croirait se trouver au milieu d'un adorable paysage suisse, tant les abords du pont et de la rivière sont ravissants. Nous trouvons au bord de la Lufu un lieu de campement magnifique, où nos porteurs, qui nous ont précédés, ont déjà dressé nos tentes.
T juillet. — Partis à six heures et demie du matin, nous sommes arrivés à midi à Banza Manteka, à l'emplacement d'un ancien village. Le commencement de la route est assez bon ; mais à la fin il
y a de nombreuses montées et descentes, dont quelques-unes sont sont très raides. C'est là que nous avons logé.
8 juillet. — AuJourd'Uui, petite étape; à 11 1/â heures nous arrivons à la Lunionzo. Route bonne; abords de la rivière magnifiques ; la Lunionzo a peu de profondeur ; on la traverse. Facilement à gué.
D» BIF08 aUB LA ROUTE BKB OABATANKS. Cl.d«e,f.i, Mmcv
9 juillet. — Nous traversons plusieurs cours d'eau peu importants; la Luima, la Lukunga, la Mpete. A midi nous campons à l'emplacement de l'ancien village de Kimpele. Roule assez accidentée. Traversé plusieurs marais.
iO juillet. — A une heure de marche de notre lieu de campement, nous rencontrons un marché très animé, et à trois quarts d'heure de là nous sommes arrêtés par une rivière d'une cinquantaine de mètres, le Kuilu. Le passage de la rivière s'effectue en pirogue. La vallée du Kuilu est assez accidentée, mais nous altei-
gnons bientôt un plateau plus convenable. Une marche de deux heures et quart nous conduit au village de Muembi, où nous établissons notre camp. Ce village est le seul que nous ayons rencontré depuis Pallaballa.
il juillet. — Nous faisons halte aujourd'hui dans un petit bois où se trouvent énormément d'ananas.
a juillet. — Quatre heures et demie de marche nous séparent de Lukungu. Un de mes excellents amis, un camarade d*école militaire, Donnay, fait partie du personnel de cette station. Les reimseignements de Boma disaient mon ami malade. Aussi étais-j< impatient d'arriver. Après une nuit d*insomnie, je me lève quan^ il Tait encore noir et je fais tous mes préparatifs afin de pouvoi r partir au point du jour, vers 6 heures du matin. Je laisse m^^ bagages à la garde de mes porteurs et je m*élance vers Lukungu . Je marche vite, vite ; je gravis des pentes, j'effectue des descentes presque au pas de course; je suis tout en nage. Vers huit heures. , le soleil se met de la partie; je n*ai pas compté sur ce contretemps , car à cette époque de Tannée le soleil se montre très peu dans Is matinée. J avais mis ce jour-là un simple chapeau de paille. Je ne prends pas la peine d*attendre mon boy, qui porte mon casque, ca r j'ai une forte avance sur lui. Je reprends la route avec une nouvelle ardeur. Je rencontre de nombreux villages entourés de plaatalions de manioc, de fèves, etc.. ; on voit partout les effets de l'influence de la station. Les gens sont très sociables et me saluent de leurs « mbote ». Enfin, du sommet d'une colline, j'apergois les bâtiments de la station. La première nouvelle que j'apprends en arrivant, c'est que mon ami se trouve en ce moment à Hanyanga el qu'il ne rentrera que le lendemain. II était vraiment nécessaire de tant me dépêcher, de faire en 3 1/2 heures une étape de cinq lieues au moins, dans un terrain impossible : ce qui me console, c'est d'apprendre que Donnay se porte bien depuis quelques jours.
43 juillet. — Vers midi, Donnay revient de Manyanga. Le séjour qu'il y a fait lui a donné une mine splendide. Quelle joie de se
revoir, et que de choses à se raconter! Les amis d'Europe? Et le régiment? Et un tel? Cela n'en finit pas...
Mais je commence à me ressentir de mon imprudence de la veille ; l'appélit me manque complètement au souper : chose grave en Afrique, car c'est toujours te signe précurseur de quelque maladie.
Je ne parviens pas à fermer l'œil de toute la nuit; et le matin, quand je veux me lever, les jambes refusent de me porter : décidément, cela se gâte. Toutefois je m'obstine à vouloir me lever. Il
DE UABYANOA. Cl. du mil. di ««car.
ne faut pas moins de trois heures pour m'habiller. Je sens dans tout le corps une lassitude de mauvais augure; ma tète est en feu, mes tempes battent violemment. A peine ai-je mis un vêtement quelconque, que je retombe sur mon lit et ce n'est qu'après un long repos que je puis contiauer ma toilette. Vers onze heures, je suis enfin habillé. Je traverse le jardin et je vais m'asseoir sous la vérandab d'en face. Au bout de quelques minutes, je suis obligé de me remettre au lit : le brave Donnay me cède sa chambre et s'installe à mon chevet. La fièvre se déclare bientôt ; je suis couvert
d une dizaine de couvertures et je ne parviens pas à transpirer : le thermomètre placé en bouche marque 39 1 /S, alors que la température normale du corps n'est que de 37^.
14 juillet. — J*ai passé une très mauvaise nuit et la température monte toujours. Le thermomètre indique 40"". Dans la matinée, je parviens à avaler une tasse de bouillon et un verre de Champagne. La ûèvre revient plus violente que jamais, laprès-midi; le thermomètre marque 41''. Si la température monte encore d un degré, je suis perdu : à 43"" on a neuf chances sur dix de mourir. Le délire arrive d ordinaire vei*s 41"* ; toutefois je conserve toute ma présence d'esprit, à tel point que j'essaie de me distraire à la lecture d'un roman ; mais il n'y a que mes yeux qui lisent, mes pensées sont ailleurs; elles se reportent vers la chère Europe, auprès des êtres aimés que j'ai quittés, joyeux, plein d'espoir et de confiance, et que je ne reverrai, hélas! peut-être plus jamais... Le missionnaire, qu'on a envoyé prévenir, arrive sur ces entrefaites. Il me donne un remède et parvient heureusement à arrêter la fièvre qui augmentait toujours. Je suis sauvé, car je parviens à transpirer. Â 9 heures du soir, nouvelle visite du missionnaire : il me fait prendre un gramme d'antipyrine et m'en donne une autre dose à prendre à une heure du matin. Le lendemain un mieux sensible s*est déclaré dans mon état.
31 juillet. — Il m'a fallu plusieurs jours pour me remettre complètement de ce violent accès de fièvre. Nous n'avons pas oublié que c'est aujourd'hui un jour de fête nationale : aussi chacun de nous, fouillant ses caisses, est parvenu à découvrir une bonne bouteille que nous avons bue à la santé de la lointaine et chère patrie. L'expédition Vandevelde est partie ce matin pour le Koango.
22 juillet. — Aujourd'hui, c'est à noire tour de partir. Nous nous mettons en route vers 8 heures; une marche de six heures Qous conduit à Manyanga sud. Le chemin est assez accidenté et présente plusieurs montées très rudes, notamment au passage de la Lulua. Sur une hauteur de près de 100 mètres, la route est
pour ainsi dire accrochée au flanc de ta colline, qui est à pic : un faux pas nous précipiterait dans un véritable gouffre, au fond duquel la Lulua roule des flots impétueux en formant plusieurs chutes peu élevées.
Vers une heure, nous voyons dans le lointain^un long ruban
UN BAOBAB mSTOBIQUE.
d'argent : c'est le N*zadi, disent les indigènes, le Congo, serpentant au fond d'une vallée encaissée. C'est la première fois que nous voyons le fleuve depuis notre départ de Matadi. Les rives du Congo sont ici de véritables plages de sable blanc; elles sont bordées de rochers; quant au fleuve lui-même, il coule sur un lit pierreux et rocailleux en formant maint tourbillon et maint rapide.
La route des caravanes vient aboutir à i*embouchure d'une petite rivière, la Mpioca, qui se jette dans le Congo en formant plusieurs cataractes. La Mpioca présente ici une trentaine de mètres de largeur : nous la passons dans un canot appartenant à la station de Manyanga. La station est b&lie à proximité du Congo.
^3 juillet. — Sur les conseils des agents de Manyanga, nous allons aujourd'hui jusqu'au marché Cumbi. Ce marché se trouve à mi-côte d'une montagne, sur un petit plateau circulaire d'une cinquantaine de mètres carrés. Partis vers 7 heures de Hanyanga, nous arrivons au Cama Cumbi vers 11 heures, après une marche assez fatigante dans un pays accidenté. Â peine sommes-nous installés, que nos porteurs disparaissent sous prétexte d'aller acheter des vivres pour le restant de la route. Ce n'est que le lendemain malin qu'ils commencent à revenir.
24 juillet. — Vers 8 heures seulement, nos derniers porteurs arrivent enfîn et je puis me mettre en rout^. Nous ne faisons aujourd'hui qu'une étape de deux heures, afin de nous arrêter au Cama Mpangu, grand marché indigène qui ne doit s'ouvrir que le lendemain. Â 10 heures, notre bivac est installé. La route n'a pas été très bonne : en plus d'un endroit, elle est bordée de rochers à pic formant de véritables précipices. Comme j'ai une journée devant moi, je me mets à la recherche de la tombe de mon malheureux ami Puttevils, mort il y a quelque temps et qui doit être enterré dans les environs. En vain je m'adresse aux. porteurs pour connaître l'emplacement du marché où il est décédé : ils me répondent qu'il n'y a pas de marché correspondant au nom que l'on m*avait indiqué ; on m'avait dit marché Kienzi, alors que c'est du marché Kibenzi qu'il s'agissait. Après avoir rôdé longtemps aux alentours du campement, je suis forcé de rentrer sous ma tente sans avoir trouvé l'objet de mes recherches.
3^b juillet, — Le marché ne s'ouvre que très tard dans la matinée» vers 10 1/â heures. Bientôt nous voyons arriver de toutes parts des femmes chargées de paniers, car ici le sexe fort se croirait
déshonoré s'il travaillait. Ce sont tes Temmes qui font tout; elles cultivent ta terre, préparent le manioc, vont au marché. Les vivres sont disposés dans des paniers de forme conique, faits en joncs tressés. Quelques hommes se promènent, un fusil à silex sur l'épaule ou la lance au poing. Pas moyen d'avoir nos porteurs : les uns s'enivrent de vin de palme, les autres prétendent acheter des vivres. Les forcer à marcher serait impolitique, car leurs villages sont à proximité, et ils nous planteraient tranquillement là. Il vaut mieux patienter. Nous parvenons pourtant à empoigner quelques porteurs et nous foisons Hier nos tentes, nos lits et une caisse de vivres : c'est le principal. Enfin, à midi, fatigués de griller au soleil, nous
ODE OABATAXE D'ITOIEI.
laissons nos bagages à la garde du capita, après lui avoir indiqué l'endroit où nous allons loger.
La route est bonne : elle court au milieu d'un plateau où les herbes ont été en partie brCtIées. Cependant il fait une chaleur très forte et vers 1 1/â heure, comme notre sentier traversait la vallée boisée d'un petit ruisseau, je m'arrête un instant à l'ombre pour me reposeretcontemplerle spectacle ravissant que présente ce petit coin de nature africaine, tandis que Duthoy continue son chemin. A cété du ruisseau se trouve une place où l'on a dû camper naguère : je me lève pour continuer ma route, mais à peine ai-je fait quelques pas, que je m'arrête, tout saisi; je suis en présence d'une tombe, qui ne peut être que celle de ce pauvre Puttevils: Au pied de deux
palmiers, l'herbe a été coupée ; au milieu de ce pelit espace carré s*élève un tas de pierres couvrant de la terre fraîchement remuée. Le hasard m avait conduit : je reste quelque temps anéanti devant cette tombe, dont la croix a été enlevée, de sorte que plus aucune indication ne fait connaître le nom de celui qui y dort le dernier sommeil. De tristes pensées m'assaillent : je me souviens de l'excellent camarade que je ne reverrai plus et sur la très simple tombe duquel semblent s'incliner mélancoliquement les feuilles des deux palmiers qui l'ombragent... C'était un noble cœur que Puttevils, et qui eût rendu de réels services au Congo» si la mort l'avait épargné...
 l'aide de mon canif, je grave ces mots dans le tronc d'un des
palmiers : « Â mon ami Puttevils, 17 juin 1889 » Un dernier
regard sur cette tombe et en route, le cœur bien gros, je t'assure. Vers 3 heures, j'arrive au bord d'une rivière que l'on traverse eu sautant de rochers en rochers. Je croyais être arrivé à Télape, mais j'en suis malheureusement encore éloigné d'une heure. Pendant le restant de la route, je ressens par moments des frissons. Â 4 i/i h., nous nous arrêtons près de la rivière Ngombi. Aussitôt que nous avons soupe, je vais me coucher : je passe une très mauvaise nuit, mais le lendemain toute trace de fièvre a disparu.
26 juillet. — Nos bagages n'arrivent que vers le matin. Une heure de marche nous transporte au bord de la Luassa, que nous traversons en sautant de roc en roc. Ce mode de passage est très dangereux, car ces rochers sont couverts d'un dépôt de matières végétales, amené par les eaux, qui les rend très glissants. A peu de distance de ce point de passage se trouve un pont indigène. II se compose d'un simple arbre disposé en travers de la rivière» à plusieurs mètres au-dessus de l'eau ; de chaque côté, il y a une rampe en lianes. Nous passons encore plusieurs rivières peu importantes, la Manene et la Malodia, et nous établissons notre campement à la rivière Ngoma. Toute la nuit, j'entends des chacals hurler dans les environs. J'ai le lendemain l'explication de ce concert désagréable.
27 juillet. — Ce matin, en me levant, je constate une légère
fièvre : toutefois la marche fera disparaître cela. A quelques minutes . de notre campement, nous trouvons, couché en travers de la route, le cadavre à moitié dévoré d'un noir : les indigènes n avaient pas voulu lui donner la sépulture parce que c'était un homme d*un autre village.
Une bonne heure de marche nous conduit au Lunzadi; cette rivière présente deux points de passage. Le premier est un gué large tout au plus d'un mètre. Les porteurs prennent cette voie. Ils ont de Teau jusqu'au cou, mais aucune charge ne tombe dans la rivière. Ce gué est assez dangereux à cause de la proximité d'une chute élevée qui produit un accroissement de vitesse du courant. Pour ne pas devoir nous déshabiller, nous prenons la seconde voie. Elle est formée par un arbre assez mince, renversé dans la rivière et en partie submergé par les eaux. Deux ou trois morceaux de lianes, voilà tout ce qu'il y a pour nous empêcher de tomber : le passage se fait sans accident.
Deux heures de marche, et nous sommes au bord de Flnkissi, le plus important des affluents de la région des chutes : il présente plus de 125 mètres au point de passage et coule dans une vallée étroite et encaissée. Nous passons la rivière en canot, puis nous installons le camp sur l'autre rive ; la vallée boisée de Tlnkissi est vraiment belle : les diverses nuances de vert se marient harmonieusement et sont coupées par les troncs argentés des arbres ; il y a ici une végétation tropicale, un fouillis inextricable de lianes, de plantes de toute espèce, au milieu desquelles les fleurs les plus diverses mettent les notes gaies de leurs éclatantes couleurs.
iS juillet. — Gomme c'est dimanche, nous ne faisons qu'une petite étape; aussi ne commençons-nous la route que vers 8 heures du matin. Nous débutons par une longue montée presque à pic, sous bois : les racines nous forment une sorte d'escalier naturel.
Arrivés sur le plateau, nous voyons arriver à notre rencontre une nombreuse caravane. Après les présentations, nous faisons dresser la table, et nous vidons ensemble quelques bouteilles de madère. Nous déjeûnons et ce n'est que vers midi que nous nous remettons en route par un soleil brillant.
39 juillet. — La route continue à être bonne. Nous passons plusieurs rivières peu importantes, la Bandizi et le Nkalamu : nous traversons cette dernière à son embouchure dans le Congo. Elle présente plusieurs chutes très pittoresques au point de passage. Le Congo a le même aspect qu'à Manyanga : lit rocheux, encombré d'Ilots, vallée profonde. Nous logeons au bord d'une petite rivière, la fiinzeka.
30 juillet. — Étape assez dure. Beaucoup de montées et de descente très raides. Le pays est parsemé de petits bois.
31 juillet, — Nous passons, ainsi que la veille, par plusieurs villages très importants, et, vers onze heures, après avoir longé quelques temps le Congo, nous arrivons à Léopoldville. »
AUTRES VOIES DE COMMUNICATION. — r- H existc eucorc dans l'Étal d'autres voies de communication reliant des centres importants. Ces routes sont habituellement suivies par les expéditions et par les caravanes commerciales. Certaines d'entre elles sont entretenues par l'État. Ce sont :
l"" Matadi-Lukungu-Kimpesse-Luvituku-Léopoldville ;
3"" Lukungu-Luvituku-Popocamba;
3^ Vivi-Isanghila ;
4"* Boma-Tcboa-Nzobe ;
S'* Loango-Tchoa-Nzobe ;
6"* Kingunchi-Monena-Ponto-Kassongo ;
7^ Luebo-Luluabourg;
SMbembo-Djabbir;
9"" Djabbir-Bangasso.
10^ Stanley-Falls-Kirundu.