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CHAPITRE V OUmatoloffle

Depuis quelques années, des observations météorologiques ont été faites sur 4ous les points du Congo, les unes par des savants, tels que les docteurs von Dackelmann et Etienne, les autres par des voyageurs, qui ont consigné des notes d'après lesquelles on peut se faire une idée exacte du climat du bassin du Congo.

En règle générale, il est admis que le climat de la région du Bas- Congo n*est pas sain ; il faut attribuer cette circonstance aux variations de température, assez brusques et très nombreuses à cause des vallées où le vent s*engouffre et occasionne des refroidissements très sensibles. Dans le Haut-Congo, au contraire, on peut affirmer que le climat est très supportable : on se trouve là sur le plateau central de l'Afrique, oii la température, généralement égale, ne subit pas de changements subits. Les fièvres n y ont pas le même degré d'intensité et de gravité que dans le Bas, et le blanc résiste fort bien, même lorsqu'il s'impose une certaine somme de travail matériel.

Les détracteurs de l'OEuvre du Congo font surtout état de la malignité du climat pour soutenir l'impossibilité de la colonisation : nous soutenons, nous, que le climat du Congo est plus sain que celui de beaucoup de colonies qui sont pourtant l'objet d'émigrations nombreuses et auxquelles, malgré leur valeur inférieure à celle du Congo, leurs gouvernements témoignent toute leur sollicitude : les Indes anglaises connaissent des fièvres désastreuses auxquelles de nombreux Européens payent leur tribut; les Indes néerlandaises sont le tombeau d'une multitude de soldats et de colons; le Tonkin, vers lequel se portent tous les efforts delà France, est le siège de maladies auxquelles nul blanc n'échappe et qui, lorsqu'elles ne sont pas mortelles, laissent des traces inguérissables ; la côte occidentale d'Afrique presque entière est malsaine : Freetown est appelé communément le « cimetière des blancs » ; le

Gabon, le Sénégal, la Côte d'or, la Côte de Sierra-Leone sont réputés pour leur insalubrité ; ainsi, à Lagos, malgré les 38,000 francs d'appointements accordés au médecin, le gouvernement anglais trouve difficilement des titulaires tant le climat est malsain.

Si l'on invoquait le nombre des décès survenus au Congo, nous démontrerions aisément qu'il est bien inférieur au chiffre que l'on pourrait concevoir d'après la lecture quotidienne des journaux. Un décès au Congo est généralement annoncé par tous les journaux belges dans un articulet spécial, qui frappe l'esprit et qui provoque cette pensée : encore un mort ! Mais si nous examinons le mouvement des blancs au Congo pendant l'année 1892 et que nous prenons spécialement celui des officiers belges, nous trouvons ces chiffres indéniables :

Pendant l'année 1892, il y a eu au Congo un mouvement d'environ 150 officiers, et il en est décédé 8, dont 2 tués (MM. Bodson et Liégeois) et 6 morts de maladie.

La statistique des autres années accuse des proportions semblables, la moyenne descend même au-dessous.

Ces chiffrés sont éloquents, si Ion songe surtout que les officiers sont, de tous les blancs, ceux qui payent le plus de leur personne, qui courent les plus grands risques et qui manquent le plus souvent du confort et même du nécessaire lorsqu'ils sont en expédition.

ce L'Européen installé à poste fixe avec un bon personnel, dit Roget, peut se créer une vie régulière et éviter une foule de préoccupations matérielles et d'ennuis moraux , auxquels sont exposés les explorateurs et les pionniers de la première heure, pour lesquels il est injuste de dire qu'ils commettent des imprudences. La vie sous la tente, la marche par tous les temps et dans tous les terrains, les insomnies, les alertes de nuit, les mille préoccupations morales qui les assaillent, les exposent à des accidents résultant de leur mission. »

Et, malgré ces dangers de l'exploration, les quatre expéditions du Katanga ont, pendant plusieurs années, parcouru une immense contrée où elles ont connu la misère et les affres de la faim, où elles ont voyagé sans le moindre confort : des dix-neuf membres

qui la composaient — parnri lesquels de tout jeunesi gens — deux seulement ont succombé à h maladie : Slairs et Bia; aucun des autres ne se ressent du climat africain.

Nous pouTons donc affirmer que les condiiioiis cHmatériques sont, au Congo, beaucoup plu» favorables que dans les astres colonies, et que Tétude approfondie deThygrèM tropieaie permettra sans aucun dtoute de déterminer le» régions où FEuropéen peut, sans le moindre danger, établir son habitat (i).

Tem^ér^tore. — Les saisons sont an nombre de deux, bien distinctes et bien caractérisées : la saison des pluies et la saisoft sèche. La durée, le commencement et la fin de ces saisons ne varient guère dans tout le bassin.

La saison des pluies commence vers le mois d'octobre : les pluies, d*abord légères, augmentent d'intensité progressivement, sauf en janvier et février, pour atteindre leur maximum en avril ; h quantité d*eau déversée par les nuages est considérable et occasionne une forte crue des rivières. C*est pendant cette période que se produit une chaleur accablante et qu'on constate journellement des orages qui atteignent souvent une violence extrême. La saison des pluies Qnit vers le commencement de juin : à Vivi, en 1888, on a constaté pendant le mois d'avril, douze jours de pluies très fortes, et sept tornades, dont deux furent épouvantables.

La saison sèche dure de juin à fin septembre : elle débute par des brouillards intenses, qui ne tombent que vers dix heures eu

(1) Nous appelons, à ee raj«t, l'attexition des ^écialûtes mx le prix de 25 miUe francs qui sera décerné en 1897 par le Roi de» Belges à l'ouTrage répondant le mieux à la question suivante : ■ Exposer, an point de vue sanitaire, le» conditions météordogîqaes, bydrotogiqnes et géologiques des contrées de rAfriqne éqnaioriale. — Déduire de Tétai actuel de nos connaissanoee en ces matîàrcs les principes d'hygiène propres à ces contrées et déterminer, avec des observations à Tappni, le meilleur régime de vie, d'alimentation et de travail, ainsi que le meifienr sjvttee cTlHUyilement et d'habitation à Teffet d*y conserver la santé et la vigueiir.-* Faire la symptomatologie, Tétiologie et la pathologie des maladies qui caractérisent les régions de l'Afrique équatoriale et en indiquer le traitement sous le rapport thérapeutique. Établir les prîncipei à suivre dans le clieiat et rusais dei méfjjssnwmts ainri que dans rétablissement des hôpitaux et aanitoria. — Dans leurs recherches scientifiques comme dans leurs conclusions pratiques, les concurrents tiendront particulièrenient compte des conditions d'existence des Ëuropéener dons le boseis du Congo. «

matin. Le aoteil, pendant cette saison, a de la peine k percer les nnages, qui ne dono«at jamais nne g^Cte d'eau, et la chaleur est très supportable r les orages sont rares; les nuits sont parfois très Froides ; la saison sache est, pour ce motif, funeste aux noirs, qui contractent des maladies de poitrine dangereuses^.

La chaleur atteint quelquefois des maxima effrayants : ainsi à Borna, leî féTrier 1888, jour de la mort du lieutenant Warlomont,

HABITATIOH SK BUSO A BIOI&.

te themomâtre était monté JDs<|u'à 41° f/2 centigrades A l'ombre; le minimum «teervé a été de 13°,

A Lukoi^u et à Uatadi, le maximum, de température a été de 30', le minimum de 18°. L'époque la plia frradeest le mois^ juillet.

A Lulaaboarg, te maiimnm est de 36% le minimum de 17° ; l'heure la plus chaude de la journée est deux heures de l'aprèsmidi.

Dans rAruwimi, le maximum est de 40^, le minimum de IT"*, qui correspondait à une journée où le thermomètre a marqué SS"" à 3 heures de l'après-midi : ce qui prouve qu'il est très difiBcile d'établir des chiffres de température moyenne.

Dans toute la région appelée Katanga, c'est-à-dire entre le septième et le onzième parallèle sud, ces grands maxima de chaleur ne sont pas observés : les plus fortes chaleurs observées par le D' Briart pendant son beau voyage de 1892-93 ont à peine atteint 34^. « Le Katanga, dit-il, jouit d'un climat remarquablement sain, se rapprochant assez bien sous certains points de vue, d'un climat tempéré. Il n'a pas ces chaleurs déprimantes qui sont si meurtrières dans certaines régions équatoriales. Le froid et la fraîcheur des matinées sont un repos, une sorte de préparation aux fatigues de la journée (1). »

Vents. — Le bassin du Congo est, d'une fagon générale, placé dans la zone des vents alizés du sud-est.

Pendant la saison sèche, le vent, dans la partie méridionale du bassin, souffle généralement du sud-est à cause de la direction uniforme des vallées; sauf pendant les orages, ce vent n'est pas très fort. Dans le Bas-Gongo et jusqu'à Nouvelle-Anvers, c'est du sud-est que viennent les vents pendant la saison sèche; ils se transforment en moussons et sont assez violents.

Pendant la saison des pluies, les vents soufflent presque toujours du nord-est dans le Haut-Congo ; à mesure que la saison avance, le vent tourne vers Test, pour venir, vers novembre, du sud-est.

Nébulosité. — Dans la saison sèche, le ciel est très couvert dans la matinée, parfois toute la journée, et le soleil se montre assez rarement. Dans le Haut-Congo, les couchers de soleil sont d*un effet féerique. Les nuages sont des cumulo-strati qui voyagent avec une rapidité extraordinaire.

Pendant la saison des pluies, les nuages sont très abondants pendant la matinée; le soir, le ciel s'éclaircit après les orages.

(1) Mouvement géographique du 19 avril 1898 : Note da docteur Briart.

« Les incendies des plaines herbeuses, si communs dans la région du Bas-Congo et sur les plateaux monlueux qui se succèdent au sud, contribuent à embrumer le ciel. M. von Dackelmann a calculé que la quantité d*herbes brûlées par kilomètre carré représente une masse de quatre-vingts tonnes. Or les feux allumés sur divers points s'étendent chaque année sur une étendue collective de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés ; c'est donc par millions de tonnes qu'il faut compter le combustible, chaume, broussailles, arbres morts, ainsi livré aux flammes et dispersé en grande partie dans l'atmosphère. Au-dessus de la nappe brûlante se forment de gros nuages arrondis qui se résolvent ensuite eu brumes grisâtres enveloppant le ciel de leur teinte uniforme et fournissant à la vapeur d'eau des noyaux de molécules solides pour la condensation de l'humidité. La nuit, les incendies de hautes herbes, escaladant les pentes ou descendant en nappes sur les flancs des montagnes, présentent un aspect magnifique. La flamme court à la surface des croupes, changeant incessamment de forme et de place, ici s'élangant en fusées, ailleurs s'éteignant peu à peu, pour reprendre tout à coup sous le soufile du vent. Ces feux passagers sont peu dangereux; les herbes brûlent trop vite pour que les arbres, pleins de sève, prennent feu au passage des flammèches ; le moindre ruisseau arrête la marche de l'embrasement ; pour l'empêcher de se propager, il suffit de battre les herbes de rameaux feuillus (1). »

Grues. — Les crues du fleuve Congo sont très variables ; les plus fortes se produisent généralement vers la mi-novembrc et sont occasionnées par les grands affluents du Haut. A la fln de décembre, le niveau baisse jusqu'au mois de mars.

Dans le Haut-Congo, la crue a lieu au mois de juin ; les affluents du nord gonflent en juin et en août; le maximum d'abaissement du niveau des eaux se produit en février.

(l) EiJBÉK Reolub. Nouvelle géographie universelle: Tome XIII. L'Afrique méridionale. — Le GouTemenr générai Wahis a pris un arrêté interdisant Tincendie des herbes, bois, taillis» etc., dans les endroits propres an développement spontané de la végétation forestière.

Ces données sont approximatives : il serait désirable qu'on établit exactement les époques de crue des eaux, car celte détermioation a une grande importance à cause des chutes qui obstruent le cours d'un grand nombre d'affluents; ces chutes peuvent être franchies plus facilement à certaines dates, lorsque les eaux sont fortes et que le volume des rivières s'est assez considérableinent accru .

TAUBUDX DEKBSfia A LCLU&BOnBO.

Orages, tokhams. — Pendant la saison pluvieuse, les orages sont extrêmement nombreux et très violents : ils sont précédés généralement d'un refroidissement brusque, un coup de vent froid momentané, qui ne dure que quelques minutes : celte particularité est sensible, k Boma-plateau en octobre, à Basoko en lévrier. Dans le Haut-Congo, les orages venant du nord-est sont les plus violents : ils sont terribles surtout sur le fleuve.

« Après deux heures de navigation, nous écrivait-on,^ Ville de Bruxelles est obligée de regagner la rive à cause d'une violente tornade. C'est une des plus belles auxquelles j'ai pu assister. Le

ciel est obscurci en quelques minutes par d*épais nuages d'une couleur d*encre, tellement bas qu'ils cachent le sommet des montagnes encaissant le fleuve. Tout se tait : un silence mortel plane sur la nature qui semble craindre la colère céleste. •.. Soudain, le vent se déchaîne avec fureur, les arbres de la rive sont secoués avec rage» les flots du Congo semblent agités par une houle violente; la pluie tombe à torrents et des éclairs effrayants déchirent la nue. L'âme se gonfle d'émotion devant cette colère des éléments, qui semblent vouloir anéantir toutes choses.... Ces orages ne durent pas longtemps. »

Le docteur Etienne fait la description suivante d'une tornade : ce Ciel noir au sud-est, gris partout ailleurs. Une pluie diluvienne» véritable nappe liquide, fait subitement irruption. Trois minutes après, tonnerre (six coups en une minute), éclairs presque continus. A 11 heures 10, l'orage semble s'éloigner vers le nord-ouest; le nord-est se découvre. A 11 1/3 heures, la pluie cesse. Deux heures après, le roulement du tonnerre se fait encore entendre, mais plus éloigné, vnrs l'ouest, et plus lard vers le sud-ouest avec nombreux éclairs et ciel sombre. — Au début, la girouette semblait affolée et à certains moments le vent tombait complètement. Au plus fort de la tornade, l'air était tellement chargé d'électricité que, pendant que je surveillais les oscillations du baromètre Fortin (lesquelles ont été presque nulles), des aigrettes lumineuses vinrent me frapper les doigts, ma main se trouvant par hasard près de deux pointes qui servent de support à l'anéroïde suspendu à proximité. Lepluviomètre accusa 30 millimètres en 45 minutes (1). »

(1> Cid a Tcnv. — Mai 1800. — ObaerfailaiiB fiûtet à Baiuma par le docteur Etienne.

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