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CHAPITRE II Bèffne végétal

La végétation congolaise. — On a prétendu que la végétation du Congo est loin d'égaler en richesse et en beauté celle des autres parties de l'Afrique : les voyageurs qui n'ont pas dépassé Léopoldville pourraient, à la rigueur, s'étonner de l'apparence dénudée et triste des grandes plaines, où les herbes et quelques baobabs dénoncent seuls une vie végétale. Mais, même dans le Bas-Congo, les vallées des mille petites rivières qui aboutissent au fleuve révèlent une puissante végétation arborifère, riche en couleurs et en variétés, et encadrant des paysages ravissants. Dans le Haut-Congo, la nature a rejeté de son sein des forêts immenses, composées d'arbres énormes reliés par des lianes, rendues impénétrables par un fouillis de végétation multicolore qui cache une grouillante existence de milliards d'infiniment petits. Et ces forêts dégagent des parfums enivrants, car, depuis les taillis touffus tapissant les clairières jusqu'au sommet des plus hauts arbres, elles se couvrent à certaines époques de fleui*s blanches, rouges, jaunes, roses, vertes, dont les éclatantes couleurs se mélangent harmonieusement aux frondaisons de tous tons, depuis le vert tendre du faux acacia et de la fougère jusqu'au vert foncé d'un magnifique arbre aux feuilles larges et brillantes.

Stanley a, dans son dernier livre Dans les ténèbres de lAfrique, une page émue et d'une poésie sauvage, lorsqu'il parle de la grande forêt du Haut-Aruwimi : <x Si, dit-il, une fois par hasard, je m'éloignais du bivouac, si les rumeurs n'en arrivaient plus à mes oreilles, j'oubliais un instant les mille soucis, et notre dénûment, et mes déboires ; la majesté de la forêt agissait sur mon âme et rendait le calme à mon esprit. Ma voix retentissait au milieu du silence, renvoyée par les échos comme par les murs d'une cathédrale. Je me sentais envahirparune influence indéfinissable, presque surnaturelle;

l'absence continue de la grande lumière du ciel, les lueurs tamisées du soleil, cette étrange sensation de solitude qui vous force à regarder

tout autour pour voir si Ton n'est pas le jouet d'une illusion,

cela me donnait Timpression d'un autre monde : deux vies étaient en présence, la vie végétale et la vie humaine ; l'une massive, colossale, paisible et silencieuse et pourtant si majestueuse et solennelle ! II me semblait bizarre que ces deux vies, si semblables parfois, ne pussent entrer en communion ; il m'eût paru simple et naturel qu'un de ces vieux patriarches m'eût adressé la parole avec la gravité d'un Mathusalem; voire même qu'un Titan, les pieds plantés ferme dans le sol, m'eût demandé avec dédain ce que je venais faire au milieu de cette assemblée des rois de la forêt

» C'est le long des rives de l'Âruwimi, dans cette riche et fertile partie du bassin oriental du Congo, qu'on peut se faire une idée de la végétation tropicale. Les berges sont presque toujours assez basses, quoique souvent il soit difficile même de les deviner, grâce à l'exubérance des plantes parasites qui tapissent chaque centimètre carré et s'élèvent, en certains endroits, de la surface même des eaux jusqu'à 16 ou 18 mètres au-dessus. Immédiatement en arrière se dresse la grande forêt d'un vert sombre dont les cimes montent à cinquante ou soixante mètres. Mais l'aspect général des rives varie considérablement. Les sites d'anciennes demeures humaines ont une physionomie bien distincte de la forêt primitive, et, où le sol change, la flore change aussi.

» Les essarts abandonnés depuis peu, outre la folle prodigalité de leur végétation, montrent, isolées ou en masses, les fleurs les plus éblouissantes. Au-dessus montent quelques arbres à feuilles épaisses et luisantes, couverts d'une profusion de corolles rouge sang, dont les pétales, tombant en pluie vermeille sur la trame impénétrable des plantes sarmenteuses à fleurs papilionacées, contrastent avec les fleurettes blanches, jaunes, ou pourpre pâle des arbustes et parasites. L'amome montre ses coupes neigeuses lavées de rose, une \\gne sauvage ses grappes violet clair; tel feuillage est d'un châtain superbe. Un poivrier appelle Tattention par ses gousses rouges et un manguier par ses myriades de clochettes arrondies semblables à de petites perles ; le robinier emplit les airs

du parfum qu'épaochent ses Ihyrses d'un blanc pur; le mimosa . agile k la brise ses houppes dorées d'une si douce senteur. Le vert gai des fougères fait ressortir tes teintes plus claires de la « plante à épée », un élaïs aux premières années de sa croissance, ou bien celles de la feuille si grande et si utile du phrynium ; un jeune figuier au tronc d'ai^ent, aux branches largement éployées, mêle ses frondaisons aux folioles délicates de la sensitive, aux feuilles pennées du calamus; une multitude d'orties, ou de plantes qui lui

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