‹ Le CongoChapitre 6 sur 127 · LA CARAVANE DES ÉLÉPHANTS · texte numérisé non relu

LA CARAVANE DES ÉLÉPHANTS

La deuxième expédition se composait du capitaine d'état-major Popelin, du docteur Vanden Heuvel et du lieutenant Dutalis, mais ce dernier, à peine arrivé, dut rentrer en Europe pour motifs de santé. Elle parvint en Afrique en mai 1879. C'est à cette expédition que se rattache la tentative d'acclimatement de l'éléphant asiatique et d'apprivoisement de Téléphant africain par son frère hindou.

La caravane des éléphants. — Sur le rapport, fait par M. Gambier, de l'impossibilité absolue de se servir de bœufs et de chariots pour le transport des bagages et des marchandises d'échange, le Roi n'hésita pas à essayer, quelque coûteux qu'il fût, l'emploi des éléphants : il fit acheter quatre éléphants aux Indes et chargea de la conduite de cette caravane un Anglais, M. Carter, qui avait longtemps vécu aux Indes et qui était au courant des mœurs et des habitudes des pachydermes. Le débarquement, quelques difficultés

qu*il offrit, réussit à merveille, et, le S juin, M. Carter prit la route de Karéma, par Mpwapwa. Un des éléphants boitait dès le départ. Le 12 août, un pachyderme mourut d apoplexie foudroyante. Le 23 septembre, ce fut le tour de Téléphant boiteux, qui tomba brusquement, comme une masse, sans qu'il fût possible de déterminer son mal, et dont M. Carter abrégea les souffrances en lui tirant un coup de fusil. H. Carter ne voulut pas abandonner les restes des courageuses bêtes à la rapacité des indigènes, et, après leur avoir enlevé leurs défenses, il les fit enterrer, non sans se voir obligé de payer aux indigènes un droit de sépulture.

La caravane, à laquelle s'était jointe celle de M. Popelin, arriva à Tabora le 20 octobre. Dès le 3 novembre, M. Popelin se mit en route, laissant les éléphants se remettre de leurs fatigues à Tabora, et, le 9 décembre, c'est-à-dire cinq mois après son départ de Bagamoyo, il rejoignait H. Cambier à Karéma.

Le 14 décembre, M. Carter arrivait également à Karéma : au moment même de Tarrivée, le troisième éléphant périt. Le quatrième animal, Féléphant-pilote, mourut quelques mois plus tard : on ne sait si c est de mort naturelle, ou si, dans une escarmouche avec les nègres, il fut tué et mangé par eux. La tentative avait donc malheureusement échoué. Quant aux causes de l'insuccès, qui anéantissait les espérances si légitimes conçues par le Comité belge, les avis sont partagés : d*aucuns Taltribuent à Timpossibilité d*acclimater en Afrique l'éléphant d'Asie ; or, il est prouvé que longtemps on s'est servi, dans l'antiquité, en Numidie et en Egypte, d'éléphants indous; de même, ces éléphants ne vivent-ils pas parfaitement dans nos jardins zoologiques d'Europe? Nous croyons, et nous sommes sur ce point de l'avis de ML Cambier, que la mort du premier éléphant est la cause de Tissue fatale de l'entreprise : les charges du pauvre animal furent réparties sur les trois autres, qui fournirent ainsi, à peine acclimatés, un travail pénible et au-dessus de leurs forces; ajoutez à cela le mauvais état des routes, le changement de nourriture et vous pourrez en conclure que, dans des conditions meilleures, lacclimatement des éléphants asiatiques est loin d*être une chose impossible.

Dès larrivée de M. Carter, il fut convenu entre les Européens que

Ton se mettrait à Tœuvre immédiatement, en attendant le moment où M. Popelin continuerait son voyage au delà du Tanganyka.

Nous croyons inutile de raconter par le menu les travaux qui aboutirent à l'établissement de la station de Karéma : constatons seulement, à la gloire de nos compatriotes, quelle somme de vaillance, d'énergie et de persévérance ils durent dépenser pour mener à bien une pareille entreprise dans une contrée où tout manquait, jusqu'aux matériaux premiers.

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