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CHAPITRE IV Les Indigènes ohes eux

ViLUGES INDIGÈNES. — Les villdges indigènes n'ont pas de forme bien définie; les habitations sont semées pèle-mèle, sans ordre; toutefois il existe dans presque tous les villages une grande rue centrale.

Les villages du Bas-Congo comprennent en moyenne une centaine d'habitations ; ils sont situés de préférence à proximité des cours d'eau ; il n'est pas rare d'en trouver aussi sur les plateaux et dans les forêts. Ils sont entourés de clôtures faites en pieux plantés les uns à côté des autres; au bout d'un certain temps, ces pieux prennent racine et deviennent de petits arbres; on rencontre beaucoup de palissades faites en cactus : elles sont très solides.

Les cases ou chimbeks sont de forme rectangulaire et hautes de 3 mètres environ; le toit, généralement confectionné en feuilles de papyrus, dépasse les cloisons ; l'entrée consiste en une petite porte, pouvant se fermer, de 50 centimètres de hauteur. Cette porte est entourée d'objets accrochés extérieurement à la cloison : des fétiches, un tambour, etc.. Les cases comprennent deux places, de 10 mètres de surface. L'ameublement est maigre; dans le premier compartiment sont jetés à terre, au hasard, des ustensiles de ménage, tels que : bloc à écraser les graines, vaisselle, poteries ; de%pipes; des paniers où les poules viennent pondre, etc. La deuxième pièce contient la couche de la femme, lit étroit couvert d'une natte, et les richesses du propriétaire : étoffes, fusil, etc. Un homme libre possède plusieurs cases; dans chacune d'elles loge une de ses épouses ; lui habite celle de l'épouse qui a momentanément sa faveur.

Les Batekes construisent leurs villages par groupes de cases, bâties en cercle, de façon à ménager une cour intérieure ; ces cases sont habitées par la même famille : chef ou homme libre avec

toutes ses femmes. Les cases affectent la forme rectangulaire, comme dans le Bas-Congo.

Les villages bayanzis ne diffèrent pas de ceux des Batekes.

A TÉquateur, les villages ont la forme d*une longue avenue, large de six à dix mètres, le long de laquelle sont échelonnés les chimbeks, par groupes, avec des espaces d*une cinquantaine de mètres entre les groupes; ces espaces sont couverts d*berbes au milieu desquelles croissent quelques palmiers élaïs et quelques bananiers. Les cases sont semblables aux précédentes et couvertes de larges feuilles de palmier placées comme les tuiles qui recouvrent nos maisons. Une simple ouverture, très basse, sert de porte ; il ny a pas de fenêtres : on conçoit donc Tinsalubrité de ces habilationSy dans lesquelles se fait une cuisine empestée ; Tameublement consiste en un lit, quelques nattes et quelques ustensiles de cuisine et d'agriculture.

Les villages des Bangalas sont composés de plusieurs rues parallèles, distantes d*une cinquantaine de mètres; ces rues sont occupées par des groupes de cases appartenant à la même famille et rangées en demi-cercle, de fagon à former une cour intérieure où se passent les réunions de famille, les repas, les danses, etc. Les intervalles sont occupés par des rangées de bananiers, de palmiers et de figuiers sauvages croissant au milieu de hautes herbes, que traversent de petits sentiers à peine praticables : c'est dans ces espaces incultes et sauvages que se déversent les immondices des divers quartiers. Les villages eux-mêmes sont entourés de grandes plantations de manioc et de canne à sucre qui s'étendent jusqu'à la forêt : les Bangalas défrichent dans celle-ci de grands espaces de terrain où ils sèment du manioc. Les cases ont la même forme que celles d'aval.

Dans l'Aruwimi, la forme des cases varie beaucoup : dans le Haut, la forme la plus répandue est celle de l'éteignoir, avec le toit très haut et très pointu.

Dans rUbangi, les villages sont construits sur le flanc des collines et sont précédés de plantations de palmiers; les chimbeks affectent la forme de meules à foin, établies sur des murs de 50 centimètres de hauteur; ils sont disposés en cercle, de façon à ménager

une grande place intérieure oh ont lieu les réunioas publiques. Génératement les indigènes établissent dans de grands arbres, baobabs ou cotonniers géants, des postes d'observation leur servant à examiner au loin l'amont et l'aval du fleuve.

Dans la Mongalla, on rencontre de nombreux villages palissades d'une façon très ingénieuse et des villages lacustres, bâtis sur pilotis.

Dans le Kassaï et ses affluents, les huttes ont généralement la

tillâok palibbadï bds la XOKaUJ.*. (^'- '■'■ "* "•"■

forme de nipule; dans les environs de Luluabourg, les indigènes donnent à leurs huttes la forme rectangulaire, avec toit à angle droit.

En somme, l'aspect des villages est loin d'être joli; les huttes résistent peu aux intempéries de l'atmosphère, et l'intérieur en est généralement malpropre et insalubre.

Alimentation et boissons. — Les noirs se nourrissent très facilement et de peu de chose; ils adorent h viande, mais en sont la

plupart du temps privés : aussi la mort d'un hippopotame tué à la chasse donne-t-elle lieu à des scènes de curée curieuses ; la bête est dépecée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et il n'en reste pas le moindre morceau. Us mangent toute viande, crue ou grillée. La chair humaine est leur mets favori.

La base de l'alimentation des indigènes est le manioc; ils le sèment, comme nous avons vu, sur de petits tertres ; ils écrasent la racine avec de gros blocs de bois, et en pétrissent une sorte de pain qu'ils 2ippellent^chicoangue. Ils mangent aussi beaucoup d'arachides, des fèves et des bananes; en expédition, la banane constitue un aliment très nourrissant. Les légumes verts, ainsi que le maïs, sont bouillis et assaisonnés d'un sel que les indigènes se procurent en brûlant des herbes aquatiques, dont ils recueillent les cendres, qu'ils lavent et font évaporer au soleil.

Dans le Bas-Congo, les noirs mangent assez bien de chèvres et de poules, mais, dans le Haut, ces animaux servent surtout pour l'échange; partout on mange le poisson fumé; certaines tribus de l'Ubangi et les Wagenias des Stanley-Falls font de la pêche leur unique occupation; ils vont vendre leur poisson aux tribus de l'intérieur pour des légumes et de la farine de manioc. Les noirs cuisent généralement le poisson à l'huile de palme ; celle-ci, de même que le sésame, leur sert à faire une sorte de potage très nourrissant, d'un goût pas très agréable, et trop gras.

En général, toute chair est bonne pour les noirs, surtout pour les Bangalas; ceux-ci mangent des fourmis, des chenilles; ils assaisonnent ces mets très recherchés d'un piment qui se trouve en abondance; un rat consommé constitue pour eux une bonne aubaine, et lorsqu'on leur demande comment ils peuvent manger une chair aussi avancée, ils répondent : a Ce n'est pas l'odeur que nous mangeons, mais bien la viande. »

En fait de friandises, ils n'ont que quelques fruits et les feuilles de certains arbres, qu'ils m&chent pendant la journée.

Ce sont les femmes qui sont chargées de la cuisine ; elles préparent les aliments dans des vases poreux, très durs, sur un feu de bois, entre deux pierres; celte cuisine se fait parfois dans les cases, mais plus généralement au dehors.

Les repas sonl servis en plein air ; les convives, ou ta famille fait . cercle autour d'un grand panier plat, monté sur des pieds de vingt centimètres de hauteur, sur lequel sont disposés les aliments du repas ; ailleurs les aliments sont servis dans des écuelles en bois très propres. Dans le Bas-Congo, les cuillers, fourchettes, couteaux, etc., sont d'importation européenne; dans le Haut, les indigènes possèdent des cuillers en bois ou en fer ; dans l'Aruwimi,

ils mangent avec des cuillers en ivoire, des écailles, ou même avec les doigts. Cette dernière manière de manger est presque générale.

Les boissons indigènes sont le maiafa et le pombe.

Le malalu est une boisson obtenue en faisant des incisions k la naissance des feuilles du palmier elœïs; les noirs procèdent généralement le soir à celte opération, attachent sous l'incision une bouteille qui affecte la forme d'une calebasse et dans laquelle la sève du palmier s'écoule lentement. Le vin de palme est assez épais, a

une couleur laiteuse et fermente assez fort : le goût en est très agréable, mais, bu en grande quantité, il occasionne une ivresse légère. La sève du palmier doit être bue lorsqu'elle est fraîche, car elle devient vite acide et produit dans ce cas de violents maux de ventre. La boisson extraite de la même fagon du palmier raphia, est appelée samba ; la saveur en est assez agréable, mais elle est beaucoup moins recherchée que le malafu.

Le pombe est une bière fabriquée au moyen de la canne à sucre ; les peuplades de TUelle font, au moyen du maïs, une bière appelée merissa. Après avoir épluché les branches de canne, elles sont pilées dans une sorte d*auge en bois, d*oii le jus s'écoule dans de grands pots : ceux-ci, recouverts de feuilles de palmier, sont exposés au soleil pour obtenir la fermentation. Ces bières sont épaisses, lourdes, quoique d'un goût assez agréable, mais produisent une ivresse abrutissante. Les indigènes sont très friands de bière : c( La masse des hommes libres, raconte Goquilhat, des notables et des chefs, en dehors des affaires d'arbitrage et de négoce et des discussions publiques, passe son temps à festoyer. Dès neuf heures du matin, nous les voyons circuler, les uns achetant de grands pots de bière de canne et les disposant pour la consommation, les autres à la recherche d'un quartier dont le maître a réussi à se procurer la boisson chérie.

» Le vaste récipient est placé sous un frais ombrage, et l'on s'assied tout autour. Le propriétaire offre volontiers un gobelet au passant de distinction ; mais si celui-ci s'installe définitivement dans le cercle, il paye une quote-part, à moins que la f%te n'ait lieu sur invitations (on n'invite que les gens qui rendent). Les libations commencent dans le plus grand calme ; l'un des assistants plonge méthodiquement une manière de louche dans le pot et remplit minutieusement les gobelets, en veillant à ne pas répandre une goutte. Et l'on devise tranquillement sur la chronique du district. Mais, peu h peu, les têtes s'échauffent.

» On apporte alors un tambour, et c'est en chantant leurs motifs traînards, scandés par les batteries, que les nègres, dodelinant de la tête, poursuivent la grande « beuverie ». Souvent, une femme se lève et se met à danser sur place au milieu du cercle, et les convives,

ruisselants de sueur, îmitenL ses mouvements ondulés, en frappant de longs bâtons à l'aide de courtes baguettes.

» Un pot vidé, on en cherche un autre à proximité ; et si l'on ne réussit pas à le trouver, toute la bande se lève et va par les quartiers à la recherche de quelque ami eocore pourvu de bière. La fête dure parfois jusqu'à une heure avancée, sans que l'on songe à manger. Tout au plus a-t-on rongé un épi de maïs et aspiré quelques bouffées de fumée de tabac dans les pipes passées à la ronde ou dans les grosses calebasses qui en tiennent lieu.

a En certaines circonstances ou simplement quand le désir d'un bon repas se fait sentir, des groupes se cotisent aQn d'organiser un limpale ou festin. Pour ce repas, outre la bière, on achète une chèvre ou une dizaine de poules, et l'on s'en donne pour quinze jours au moins — le menu journalier ne comprenant, en fait de chair, qu'un peu de poisson .

» Les cercles de libation prennent quelquefois des proportions gargantuesques, et dans ce cas, au lieu de se terminer comme une scène d'un tableau de Teniers, ils unissent fréquemment par des querelles dégénérant en luttes sanglantes. »

L'alimentation du blanc est une question capitale : il est incontestable que la pauvreté, en fait de viande fraîche, du Haut- Congo, est une des causes principales d'anémie et de mortalité. A Borna, et déjà à Matadi, les Européens mangent chaque jour de la viande fraîche; la nourriture y est substantielle et fortifiante; dans les stations du Haut, le bétail commence à augmenter et à se reproduire, et procure aux blancs, assez souvent, l'occasion de goûter de la chair fraîche. En expédition, ou dans les postes détachés, on mange généralement la viande

des chèvres, des moutons, des poules, des canards et celle des animaux que Ion parvient à tuer à la chasse : buffles, antilopes ; certains oiseaux, surtout les tout petits, font un plat exquis. La chair de Thippopotame est très graisseuse et difficile à digérer ; celle de Téléphant et du singe ont une forte odeur musquée.

Les viandes conservées, les œufs, les légumes indigènes et ceux importés constituent la principale nourriture des blancs en expédition ; malheureusement l'estomac se fatigue rapidement des conserves. L'État alloue une ration de vin portugais à tous ses employés; ceux qui montent vers le Haut reçoivent des caisses emplies de vivres variés. Les stations sont ravitaillées régulièrement par les steamers .

Industrie et armes. — Les indigènes n'ont pas d'industrie proprement dite ; ils se confectionnent les objets de première nécessité et des armes, mais ils n'en font généralement pas le trafic; on trouve dans les villages certains individus dont la profession spéciale est de construire des pirogues, de travailler le fer, de confectionner des poteries, mais l'échange entre les tribus n'existe pas, sauf en ce qui concerne Tivoire, que les Bangalas et les tribus de l'Ubangi vendent aux tribus d'aval.

Nous avons vu que, au nord du fleuve Congo, les noirs extraient le cuivre des mines et travaillent le fer.

Dans le Bas-Congo, Tindustrie est à peu près nulle : ce sont les femmes qui s'occupent spécialement de la fabrication d'objets de poterie ; le sol leur fournit une espèce d'argile dont elles font, avec un simple couteau, de grands pots à eau, des écuelles de toutes dimensions et de formes parfois élégantes, des bassins, des marmites qui sont séchées à l'air sur des feux de bois. Les hommes s'occupent de vannerie : ils fabriquent des nattes, des paniers, des bouteilles; le travail de ces objets, qui sont tressés en fibres de bananier, de raphia et d'ananas, est assez curieux et assez fini ; au moyen du fer, ils font des instruments aratoires, des haches, des pipes, des bracelets, des couteaux, etc. ; ils confectionnent des pagnes et des étoffes avec les fibres du palmier et de certains arbres :

(ExIraLIdu CongoinutM.)

ces étoffes sont très grossières. Enfin, ils tressent des filets de pêche avec le fi) de certaines écorces.

On rencontre souvent, dans le Bas, des ctiimbeks dont tes colonnes sont scuptées, grossièrement il est vrai, mais qui, par leur caractère primitif et parfois naïf, sont assez intéressantes. Un vieux chef de Borna possédait une colonne dont les sculptures représentaient toutes les scènes de l'enEantemenl et qui, au dire de plusieurs voyageurs, avait unecertaine valeur artistique; le propriétaire a refusé des offres considérables qui lui ont été faites pour l'acquisition de cet objet.

Dans le Kassaî, les indigènes confectionnent des tissus remarquables, dont le capitaine Thys a a rapporté des échantillons fort beaux.

Dans le Haut-Congo, les métiers principaux sont ceux de foi^eron et de constructeur de pirogues; les pirogues sont bien faites; on en trouve de toutes grandeurs, des petits canots à deux rames, des pirogues gigantesques qui atteignent jusqu'à 30 et 40 mètres de longueur. Elles sont généra- ^ leraent construites avec goût, mais PiOAiE dis bateeib.

certaines tribus tes font grossièrement et on y découvre les traces des coups de hache. Les rames ont la forme de feuilles très allongées et sont garnies d'ornements en fer ou en ivoire. Le fer sert à la confection de couteaux et de lances, qui sont travaillés avec goût et parfois très finement ciselés. Les fibres des arbres servent à la fal>rication d'étofles, de tissus grossiers et de nattes.

Dans rAruwimi et dans TUelle, on travaille Tivoire; on en fait des ornements, des marteaux, des cuillers, des écuelles, des manches lie couteau. Dans TUelIe, les poteries sont vernies au moyen decopal.

Les Bandjas ont des métiers divers : fabrication de filets, de cordes, de nattes et d*étofles au moyen d*écorces d'arbres battues au maillet, tannerie, travail du fer, de Tétain et du cuivre qui leur vient de lavai, etc.

Au Katanga, les industries principales sont : la fabrication du pain de sel, Textraction du cuivre des mines et le travail du fer.

En fait d'outils, on rencontre : les forges que nous avons déjà décrites, des houes, des enclumes, des marteaux, des ciseaux ayant une certaine ressemblance avec nos ciseaux de menuisier, et une sorte de rabot.

Dans le Bas-Congo, les armes primitives n'existent presque plus; l'importation des fusils s'est faite sur une grande échelle, et il n'est pas rare de rencontrer des villages en possession d'un grand nombre de fusils de toute espèce, qu'ils entretiennent du reste fort mal, et dont ils se servent maladroitement.

Les armes indigènes consistent en couteaux, haches, lances, boucliers, arcs et flèches empoisonnées. Ces deux dernières armes se rencontrent surtout à partir de TAruwimi et dans le Lomami ; les Bangalas ne s'en servent pas. Toutes les armes diffèrent suivant les tribus; mais une chose curieuse, c'est la forme courbe qu'affectent les couteaux dans presque tous les endroits. Les armes sont très élégantes : les couteaux, en forme de serpe, sont, ici aiguisés des deux côtés, là d'un seul ; le manche est en bois, en ivoire dans rUelle. Les lances sont confectionnées en bois très solide; le fer prend toutes sortes de formes et porte des ciselures parfois très artistiques; ici le col du fer est long, là il est réduit à presque rien ; les lances ne se jettent pas. Comme armes de jet, les indigènes se servent plutôt de sagaies, en bois très léger, d'un mètre cinquante de long, emmanchées d'un fer très pointu et très aiguisé, d'une dizaine de centimètres ; certaines de ces sagaies ont le fer barbelé, c'est-à-dire que sur l'étendue du fer sont placés trois ou quatre hameçons, qui arrachent les chairs lorsqu'on tente d'extraire le fer

de la plaie. Les noirs sont en général adroits à lancer ces sagaies, qui produisent des blessures assez dangereuses. Dans l'Aniwimi, on trouve de longues sagaies dont le fer est garni d'arêtes recourbées dans le sens inverse de la pointe, et qui occasionnent des blessures redoutables. Un couteau de jet qui produit des blessures graves est le trombacbe, en forme de z, qui comprend deux lames.

Les boucliers sont la seule arme défensive; ils sont de toutes formes et de toutes grandeurs; la moyenne est de 1*50 de haut

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sur O^SO de large. Ils sont confectionnés en osier, ornementés, et portent au centre extérieur une large plaque en fer, ronde et armée d'une pique très pointue. Ces boucliers sont en général loin d'être légers.

Les fiangalas portent comme arme défensive, en temps de guerre, une large ceinture en écorce d'arbre battue, qui leur fait plusieurs fois le tour du ventre.

Les indigènes du Lomami et du Haut-Aruwimi manœuvrent fort bien leurs arcs, qui lancent des flëcbes empoisonnées ; il y en a de

toutes les grandeurs et de toutes les formes, et généralement Textrémité forte est ornée de plumes; le poison varie selon les régions : cest souvent le suc extrait d'une liane euphorbiacée, dans lequel on écrase une grande quantité de fourmis rouges ; la blessure produite par ces flèches est presque toujours mortelle ; le meilleur moyen de la soigner est de faire sucer immédiatement la plaie par un noir — le poison ainsi inoculé est inoflensif — et de la cautériser ensuite énergiquement.

Médecine indigène. — Les noirs sont sujets spécialement aux maladies suivantes : fièvre paludéenne, rarement compliquée, le plus souvent bénigne; dysenterie; diarrhée; hernie, surtout hernie ombilicale; chique; mal du sommeil; variole; ulcères; maladies de la peau; hydropisies dans des conditions spéciales; pneumonies; pleurésies; rhumatismes; hydrocèles; éléphantiasis des divers membres; fractures; blessures par les armes à feu et de jet ou occasionnées par les bêtes sauvages.

Les moyens curatifs employés par les noirs sont peu nombreux et surtout peu connus ; certains sorciers ont pourtant découvert les propriétés médicinales de plusieurs plantes, mais ils ont soin d*en conserver le secret pour opérer leurs miracles.

Pour les fractures, les indigènes fodt usage â*attelles en branches de palmier, reliées perpendiculairement par deux fines cordes. Ils font adroitement des scarifications au couteau.

Pour l'amputation d*un membre, les indigènes tranchent le membre malade, puis ils trempent le moignon dans un baquet d*huile de palme bouillante, ce qui arrête Thémorrhagie et empêche la gangrène d attaquer la plaie.

Ils appliquent un système de ventouses par l'aspiration dans une corne d antilope ou de chèvre après avoir pratiqué une légère incision dans la peau. Ils soulagent les brûlures au moyen de blanc d*œuf dont ils enduisent la partie endommagée. Sur les ulcères, ils répandent le cœur pilé du pterocarpus santalinàïdes. Pour les urétrites, ils emploient les infusions de tisane.

Ils ont une foule de remèdes ingénieux, tels que pointes de feu, onctions avec le suc des plantes ou avec de l'argile, etc.

Chose curieuse, la plupart des indigènes du bassin emploient le piment (capsieum baccata) pour la guérison de toutes les maladies internes.

Ils passent les lavements d'une curieuse façon : il se servent d'une calebasse à goulot allongé et très mince, percée à l'autre extrémité, dans laquelle l'opérateur souffle à pleins poumons pour chasser l'eau contenue dans la bouteille.

Lorsque leur médecine primitive ne leur procure pas de soulagement, ils ont recours aux fétiches, dont ils touchent la partie du corps à guérir, ou aux sorciers qu'ils chaînent de découvrir Thomme qui leur a jeté un mauvais sort.

Langues et dialectes. — Toutes les langues du Congo appartiennent au groupe bantou, qui est la langue-mère de l'Afrique et qui fait partie des langues dites agglutinatives.

Il n'est pas possible de faire une classification quelconque dans la glossologie du bantou, dont les variétés se multiplient dans le bassin du Congo à mesure que l'on avance dans l'un ou l'autre sens, avec des difiTérences notables de tribu à tribu, voire de village à village. Nous remarquerons cependant que certains préfixes se retrouvent, sur de grandes étendues de territoires occupés par des peuplades très différentes au point de vue du physique et des mœurs, pour désigner, soit le peuple, soit la langue, etc. Ainsi, pour indiquer la tribu, nous trouvons le préfixe ba employé depuis l'embouchure jusqu'aux Falls et dans la plupart des affluents : ba'Cangos^bn'tekes.ba-ngalas, ba-yatis , ba-lolos ; chez les populations de rUelle et du nord-est de l'État, c'est le préfixe a (qui indique plus spécialement le pluriel) : a-barmbo^ a^sande, a-banda, etc.; ailleurs encore, c'est le préfixe u (ou) : u-nyamueTd, u-regga, ff-rua, etc.; quelquefois encore le préfixe m. Peut-être celte difi'érence de préfixes pourrait-elle servir de point de départ à une classification rationnelle des dialectes bantou.

A la côte on parle le souahéli^ dialecte des commerçants de Zanzibar, dont beaucoup de mots sont entrés dans le langage indigène; il en est de même aux Falls et aux environs de Nyangue et du Tanganyka.

La langue fiote est parlée dans tout le Bas-Congo; c'est la langue commerciale ; elle est facile à apprendre, quoiqu'elle comprenne un très grand nombre de mois. Il exisle de celte langue un vocabulaire assez complel composé par les missionnaires Gomber, Bentley et Grenfell. Le lieulenant Yandevelde parle d'une langue secrète que « les chefs et les hommes libres parlent, dit-il, pour les affaires de TËtat. Ce qu'il y a de curieux et d'inexplicable dans cette langue, c'est que deux inlerlocuteurs peuvent s'adresser la parole au milieu d'un cercle d'initiés sans que ceux-ci puissent les comprendre. Jusqu'ici personne n'en a trouvé la clef. Elle sonne avec un roulement continu d'r, consonne qu'autrement ils prononcent difficilement et remplacent par l ou d. Cette langue peu répandue s'appelle inkiinba ».

A partir de Léopoldville, les dialectes difi^rent sensiblement à mesure que l'on remonte le cours du Congo : le ki-teke (1) se parle à Léopoldville, sur la rive méridionale du Stanley-Pool, et le long du fleuve, sur les deux rives, jusqu'au Kassaî; à partir de cette rivière jusqu'à Nouvelle-Anvers, la langue usitée est X^ki-hangi, qui est aussi parlé dans l'Ubàngi. Le mongo est le dialecte spécial des gens de l'Equateur. La langue des Bangalas se rapproche sensiblement du kibangi; on y découvre pourtant des différences nolables pour exprimer certains mots : le mot un, par exemple, qui se dit moya, mossi^ en aval, se traduit par awi chez les Bangalas. Les Basokos et les indigènes du Bas-Aruwimi et du Lomani parlent le yalumema, où l'on trouve encore de notables différences avec les idiomes des autres parties du Congo. Le ki-genia, dialecte des environs des Falls, a beaucoup d'affinité avec le yalumema, mais son accentuation rappelle le langage des Krooboys et des nègres de la côte occidentale.

Enfin, en général, la différence entre les langages est très sensible de tribu à tribu ; l'Européen s'assimile facilement la plupart de ces dialectes. Toutefois, l'habitude qu'ont les noirs d'articuler rapidement les mots occasionne une certaine difficulté pour la compréhension; il est presque impossible de suivre, par exemple,

(l) Ki précède généralement le nom du dialecte ; il signifie langae. ~

les débals d'une assemblée un peu orageuse, même lorsqu'on est très versé dans le langage des assistants.

Le docteur Sims a publié trois petits vocabulaires des idiomes du Haut-Congo ; ces vocabulaires contiennent tous les éléments indispensables au voyageur pour se faire comprendre des indigènes.

Le lieutenant Charles Lemaire, le distingué commandant du district de TÉquateur, a composé un excellent dictionnaire des mots les plus usuels compris dans les langages souahéli, fiote, bangi, mongo et bangala; il y a ajouté l'anglais, d'un usage presque constant. Ce précieux lexique est destiné à rendre les plus grands services aux voyageurs qui parcourent le Congo.

Les nègres ne connaissent aucune espèce d'écriture; aucun voyageur n'en a rencontré le moindre rudiment; ils n'ont pas de signes pour représenter la parole.

On trouve, chose curieuse, très peu de muets parmi les noirs.

Dans le Bas-Congo, on a installé, dans plusieurs stations, des écoles où les petits noirs vont apprendre à lire et à écrire le fîote : ils montrent beaucoup de bonne volonté pour l'étude et il paraît qu'ils font rapidement de réels progrès.

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