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CHAPITRE V Beligion; oroyanoeB; sTiperBtltlonB

Les tribus du bassin du Congo ont-elles une religion? La plupart des voyageurs répondent négativement à cette intéressante question. Ils rapportent cependant des faits et des idées qui sembleraient indiquer l'existence d'une religion particulière, ne se rattachant sous aucune forme à toutes celles connues, même les plus inférieures ; mais si l'on admet que le terme religion s'applique à l'ensemble des croyances qui relient l'humanité à la divinité ou à plusieurs divinités, au lieu de s'appliquer aux manifestations de culte provoquées par ces croyances, il s'ensuit que les nègres ont leur religion à eux, religion très simple, très rudimentaire et où le sentiment et le raisonnement entrent pour une minime partie.

L'existence des peuplades noires, essentiellement sensitive, les empêche de concevoir d'elles-mêmes des divinités abstraites : ainsi elles ne peuvent se faire la moindre idée de l'univers, de Timmensité, de toutes ces choses qui ouvrent un vaste champ à Timagination et provoquent dans l'âme Témotion et la crainte de Tinconnu; leur esprit se refuse à créer des êtres ou des choses impalpables. A quoi faut-il attribuer cet état moral? A une apathie intellectuelle, profondément enracinée chez eux, qui ne leur permet pas de livrer leur cerveau à un travail difScile et soutenu, — en un mot, à la paresse de leur esprit.

On a prétendu que TÊtre suprême n'existe pas pour les noirs; que, là même où, très rarement, on trouve des traces de croyance à un être supérieur, le pouvoir de cet être est subdivisé et partagé sur une foule d'objets spéciaux, appelés fétiches, qui sont sacrés par des sortes de prêtres, nommés ngangas ou sorciers. Pour arriver à cette idée, très vague, d'une puissance divine, voici le travail qui a dû saccomplir dans l'esprit des noirs : les sorciers ayant reconnu le pouvoir de certaines plantes pour la guérison de

plaies ou de blessures, ont fait usage d'une thérapeutique élémentaire, consistant en simples dont ils connaissaient parfaitement les propriétés médicales. Lorsque leur science est restée impuissante, ils ont imaginé des breuvages spéciaux, des mélanges de toute espèce, sur lesquels ils faisaient des invocations et qui, par hasard, amenaient parfois la guérison des patients. Selon les besoins de la . cause, et pour étendre leur influence, ils ont béni de la même façon des objets de toutes sortes, leur concédant ainsi des vertus par-

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ticultères, variant i l'inflni : peu à peu les noirs'jont établi des degrés dans la puissance de ces fétiches et en sont arrivés à admettre l'existence d'un fétiche plus puissant que tous les autres ; ceux-ci n'ont plus été, dès lors, que des formes spéciales du fétiche suprême, c'est-à-dire de leur Dieu.

Id£e de DiEC. — L'idée de l'existence d'une force première se retrouve presque partout sous le nom de Nzambi; quand on parte aux noirs de sa forme, de son pouvoir, de l'endroit que cette divi-

nilé habite, ils ne savent que répondre : leur imagination est, sous CQ rapport, extrêmement pauvre. Chez les Batekes, d'après M. Liebrecbts, on croit à un être invisible, qui surveille toutes choses; mais on [ne définit pas exactement retendue de son pouvoir et on ne le craint pas.

, Les Bangalas parlent d'un être surnaturel appelé Mongita, qu'ils disent habiter vers le nord, très loin; il a deux enfants, un fils et une fille ; ils n'accordent à cette divinité aucun pouvoir occulte ou spécial ; ce sont, d'après eux, des êtres très riches, qui disposent de produits commergables qu'ils envoient partout : le blanc a longtemps passé pour l'émissaire de Mongita à cause des richesses d'échange que les steamers apportaient à la station de Bangala. Les éléments : le vent, la pluie, les éclairs sont autant de pouvoirs dont ils ne peuvent définir les attributions. Ils établissent une relation entre les orages et les crocodiles à cause de la légende suivante : un ancêtre de la tribu vit un jour la foudre tomber sur le sol ; s'étant approché, il s'aperçut que le tonnerre avait creusé un trou profond dans lequel il avait déposé un énorme crocodile. Aussi le crocodile est-il regardé par les Bangalas comme un animal d'essence divine; c'est pourquoi ils en constituent leur nourriture préférée ! !

Les indigènes de l'Aruwimi ont une idée vague d'un être supérieur, mais ils ne cherchent pas à le concevoir.

Dans le Kassaï, on rencontre chez plusieurs tribus la notion de la divinité, mais toujours d'une façon très indéfinie.

Idée de la mort; matière et intelligence. — On est rarement parvenu à tirer des indigènes leur opinion au sujet de la mort et de ses conséquences. La mort est-elle un sommeil prolongé ou bien la matière et l'esprit périssent-ils à jamais quand se produit l'insensibilité finale? Les pratiques funéraires de toutes les tribus pourraient faire croire à la première de ces opinions, qui concorde, du reste, avec les idées de presque toutes les peuplades primitives au sujet de la mort.

Les noirs distinguent partout la matière de l'esprit, sauf dans l'Aruwimi, où les indigènes n'ont pas la moindre notion de Tàme.

Ils savent que la matière périt et s*en va ; quant au sort de Tintelligence et de Tâme, ils n'en ont qu'une vague idée : ils croient généralement qu'elles se transforment en esprits invisibles, lesquels parcourent les forêts et viennent parfois troubler leur sommeil.

Partout l'on enfouit les morts; le cadavre est enveloppé de ses étoffes et l'on sacrifie des esclaves et des femmes * les indigènes, interrogés, répondent que « c'est pour se présenter dignement dans l'autre monde » que le défunt emporte ses richesses. La pratique qu'ont les Bangalas de déposer de la bière de canne à sucre et du manioc sur les tombes semble indiquer la croyance à la mort temporaire. Malheureusement, on ne peut se livrer qu'à des suppositions sur ce sujet, peu de voyageurs s'étant occupés sérieusement de la question, et les indigènes étant, sous ce rapport, très difficiles à sonder.

Pour les Bangalas, la mort à la guerre est la seule naturelle; toute mort de maladie est considérée comme l'effet d'un mauvais sort jeté sur l'individu : « J'ai assisté, nous écrivait un ami, à une scène curieuse. Parmi les Bangalas de la Ville de Bruxelles se trouve un « nganga ». Les Bangalas du village voisin ont profité du séjour momentané de ce dernier pour déterminer celui qui doit être rendu responsable des nombreux décès arrivant parmi eux. La scène se passait le soir, au clair de lune. Les Bangalas étaient rangés en cercle, le chef « Salopiaud » (il ne veut plus répondre à d'autre nom) à la place d'honneur. Au milieu du cercle se trouvent cinq hommes, placés en rond, la tête vers l'intérieur, les bras enlacés. Le sorcier est derrière eux ; il danse en agitant des bracelets de cauries. De temps en temps, il s'approche des malheureux et leur fait respirer la fumée enivrante d'une pipe de chanvre. Sous l'influence de cette fumée et de la fatigue qu'ils éprouvent, leurs corps se tordent : c'est l'influence du mauvais esprit, me dit un indigène. Lorsque l'un d'eux est près de choir, le sorcier s'élance vers lui, le tapage augmente, les chants redoublent : on voudrait le forcer à tomber, car celui qui entraînera les autres dans sa chute sera considéré comme le porteur de mauvais sorts et les Bangalas sont impatients de le connaître. La cérémonie se prolongeant et les prétendus coupables s'obstinant à ne pas vouloir tomber, je suis parti avant la fin. Le

nganga nous a dit. le lendemain, ne pas avoir réussi : le coupable n'était pas parmi les cinq malheureux de la veille. » Ainsi que nous Tavons déjà vu, ce sont les êtres extrêmement maigres qui sont censés être la cause des décès, et ils sont impitoyablement mis à mort dans leurs villages.

Dans TÂruwimi, les indigènes attribuent la mort à la colère d un mauvais fétiche ; aux Falls, les Wagenias jettent les cadavres des défunts dans le fleuve, sans s*inquiéter autrement de la cause du décès.

Les Bachilanges croient à la mort naturelle; ils ont une jolie légende, rapportée par le lieutenant Le Marinel, et qui explique le motif pour lequel Thomme est mortel.

ce Dieu dit un jour au Soleil : voici une calebasse de malafu que tu porteras là-bas, et il désigna du doigt l'occident; je te donne un jour pour faire le voyage, mais si tu veux que je te rende immortel, ne touche pas au breuvage que je te conQe.

Il tint à peu près le même langage à la Lune, en lui donnant toutefois un peu plus de temps.

Le Soleil et la Lune obéirent exactement aux ordres de Dieu.

Et rhomme ambitieux pria Dieu de lui permettre de tenter le voyage.

Et Dieu le lui permit.

Et rhomme quitta lorient de bon matin.

Et son chien raccompagna.

Et le chien excita un esprit malin contre son maître.

Et rhomme vida la calebasse avant d'arriver à l'occident.

Alors le firmament devint plus noir que la peau d'un esclave.

Et Dieu gronda Thomme et lui dit : Tu ne vivras jamais longtemps, mais le Soleil et la Lune ne mourront jamais.

Et le chien fut chassé du pays des Bachilanges.

Et les Bachilanges ne boivent plus jamais du malafu. »

Les Bangalas ont, au sujet des astres, une charmante légende, rapportée par M. E. Deligne :

« Les Étoiles sont les esclaves de la Lune.

» Le Soleil est épris de la Lune. Amoureux et transi, il poursuit sans cesse sa bien-aimée, mais nobtient que rarement que sa

flamme iocaadesceate soit calmée par les attentions de sa bienaimée.

» Quand la Luoe reçoit le Soleil et que les deux amants s'oublient dans leur duo, le ciel devient sombre et l'obscurité cache leurs amours. » (Il s'agit évidemment ici d'une éclipse) (!}.

Au sujet de la résurrection dans une existence future, les pratiques de toutes les tribus indiquent clairement que les noirs croient à une vie d'outre-tombe; ils ne déûnisseot pas cette existence et

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n'ont pas idée de ce qu'elle peut être. On trouve chez les Bangalas des vestiges de croyance à la métempsycose : ils s'imaginent que les grands singes qui courent les bois ne sont que des hommes métamorphosés après leur mort. Les Bachilanges, peuplade des environs de Luluabourg, ont la conviction que les hommes blancs ne sont autres que des nègres de diverses tribus, qui ont émigré après leur décès et qui reviennent sous une autre forme et avec d'autres idées.

(I) Congo OluÊtTi, 1893, p. 82.

Esprits et idoles. — La croyance aux esprits est très répandue ; dans le Bas-Congo, il y a les mauvais esprits, auxquels on fait des offrandes. Ils habitent partout, chez le crocodile, dans les rapides, sous les roches, dans le cœur des arbres, etc. Les noirs éprouvent pour eux une grande crainte et ne manquent jamais une occasion de les apaiser par un cadeau, soit un objet de quelque valeur jeté dans le fleuve, soit un peu de bière ou de vin de palme répandu devant larbre, ou encore des présents aux félicheurs.

Les voyageurs ne rapportent pas la présence d*idoles au Congo. Le culte des idoles a pourtant existé jusqu'à un certain point, au temps où la côte était divisée en petits royaumes, puisque Bastian rapporte que, pendant qu on embaumait un des rois de Congo, on dressait dans le palais une statue de bois pour le représenter, et on lui apportait chaque jour à boire et à manger.

On ne rencontre nulle part de temples, d*églises ou de huttes ou se fasse Tadoration d*idoles ou de fétiches. Le lieutenant Vandevelde raconte un fait qui tendrait à prouver qu*il y a eu naguère des endroits particuliers où se pratiquaient certaines manifestations de culte, importées par les Portugais : « J'ai vu, dit-il, chez les Mouchi- Longos, sur la rive sud, à San-Ântonio (ancien chef-lieu du comté de Sonko), une hutte servant d*église, où Ion conservait précieusement d anciens vases sacrés en argent massif très artistement ciselés. Dans cette église, un noir, qui sintilulait « bispo », évêque, se livrait à certaines pratiques religieuses. Il me donna très sérieusement la bénédiction avec un grand crucifix, et, tous les jours, il sonna régulièrement la cloche pour TÂngelus. Les pères du Saint-Esprit se sont établis dans les environs de lancienne église, et le « bispo » nègre est descendu au rang de sacristain. »

Fëtighes et sorciers. — Nous avons déjà vu en quoi consistent les fétiches : objets de toute espèce, aliments, dents d animaux, peaux de bêtes, ossements humains, etc., auxquels le sorcier a donné une puissance spéciale. Cette coutume des fétiches est répandue par tout le Congo et varie peu : nous découvrons une certaine analogie, lointaine il est vrai, entre ces fétiches et les médailles bénites que

des gens superstitieux portent chez nous pour se protéger contre certaines maladies, telles que la rage.

Dans le Bas-Congo, tous les villages possèdent une case où se trouvent des statuettes, grossièrement sculptées, ornées de clous, de ficelles, de feuilles, etc.; c'est le livre d*histoire du village ou de la tribu ; chaque fois qu'un événement est arrivé, on a ajouté un objet à la statuette, pour en perpétuer la mémoire; de cette façon, les anciens peuvent reconstituer l'histoire de la tribu et la raconter lors des grandes cérémonies. Lorsqu'un individu est accusé d'un vol ou d'un fait coupable, on l'amène devant le fétiche, on lui fait jurer de son innocence, et il est rare que le coupable ne se trouble pas et n'avoue pas le délit.

Les Batekes et les Bayanzis possèdent toutes sortes d'amulettes, préservatrices de dangers et de maladies, qu'ils portent sur eux ou qu'ils enferment soigneusement dans leurs cases.

Les Bangalas possèdent une multitude de fétiches, auxquels ils attribuent des pouvoirs spéciaux bien déterminés pour chacun ; ils les invoquent lorsqu'ils veulent voir réaliser un désir; lorsqu'ils sont blessés, ils touchent la plaie au moyen d'un fétiche, convaincus qu'elle guérira. Les couleurs dont ils se peignent ont le don de protéger l'individu contre certains maux ou des désagréments tels que le vol, le meurtre, les dénonciations, etc.

Dans l'Aruwimi, il n'y a pas de fétiches : ceux-ci sont en la seule possession des sorciers qui s'en servent pour la médecine, lorsque les remèdes naturels ne trouvent plus leur application. LesWagenias n'ont pas de fétiches.

Une superstition qu'on ne découvre que chez les Bangalas, est Yikundu : l'ikundu consiste en une sorte de pouvoir occulte que Ton attribue aux gens qui ont beaucoup de bonheur, de la chance dans leurs entreprises, ne sont jamais malades : on les dits possesseurs d'un fétiche secret qui repousse les maux et rejette la malechance sur d'autres personnes. L'ikundu est parfois mis à mort.

Le capitaine Goquilhat raconte une curieuse anecdote au sujet de la superstition des Bangalas : « Un matin, je vis la femme de BAiké occupée à creuser un trou dans un des chemins de la station ; son mari me supplia de la laisser faire, ajoutant qu'il réparerait la

route, mais qu'il s'agissait de remédier à la stérilité de son épouse. Et voici ce que je vis : la femme, continuant à fouiller la terre, découvrit un squelette d*enfant ; c'étaient les restes de son premier né; elle l'embrassa. Puis, assistée de la sorcière, elle adressa d'humbles prières à cet enfant mort, le suppliant de rentrer dans son sein pour lui donner encore la joie de la maternité. Je n'eus pas, je l'avoue, le courage de sourire devant ce naïf, mais touchant tableau. »

 chaque instant, chez les peuplades du Haut-Congo, les sorciers sont censés découvrir des fétiches possédant des propriétés spéciales et auxquels on fait des sacrifices humains; ainsi en septembre 1891, ï Indépendance belge publiait les lignes suivantes : « Les indigènes en aval du Lomami, soulevés par leurs sorciers, prétendaient avoir trouvé un fétiche qui devait les fendre invincibles. Tout fusil déchargé sur eux devait éclater et tuer le tireur ; toute lance jetée se casserait en morceaux, tuant le propriétaire. Ce fétiche, trouvé dans les villages soulevés, consistait en un grand piquet fiché en terre près du fleuve et blanchi à la chaux; une rigole coulait du poteau au fleuve ; celle-ci devait recevoir le sang des prisonniers sans nombre que les sauvages allaient faire. Ils avaient fermé le fleuve au moyen de plusieurs centaines de pirogues. Ils tuaient et mangeaient tous les imprudents qui essayaient de franchir la ligne. »

Les sorciers forment, dans toutes les tribus, une caste à part, respectée et redoutée de tout le monde, ce qui ne les empêche pas d'être mis à mort, parfois, lors du décès d'un chef, qu'on les accuse d'avoir provoqué par leurs maléfices.

Les sorciers sont généralement des gens plus intelligents que le commun de leurs compatriotes; ils ont découvert les propriétés médicinales de certaines plantes, et par quelques guérisons heureuses ils acquièrent un empire plus ou moins grand sur les autres indigènes. Ils doivent savoir bien danser et se livrer à des contorsions insensées. Ils sont censés guérir les maladies, découvrir les voleurs, les meurtriers; ils confectionnent des fétiches, qu'ils vendent fort cher, de même qu'ils se font payer grassement les séances qu'ils donnent à la demande des chefs. Lors d'une guerre.

ils donnent la bénédiction aux guerriers : celle-ci consiste en danses échevelées, démoniaques, accompagnées de cris gutturaux et d'imprécations lancées dans la direction de Tennemi, ayant pour but de rendre ses armes impuissantes.

Les ngangas passent leur profession à leurs enfants; dans le Bas-Congo, les jeunes gens sont astreints, lors de la circoncision, à un apprentissage, à la suite duquel certains d'entre eux se prétendent possédés de Tesprit supérieur et deviennent sorciers : « Ce sont les kiTdles (lois), dit Vandevelde, qui prescrivent la circoncision pour les enfants des hommes libres. Au mois de juin, la lune après les dernières pluies, le premier mois de la cacitnba ou saison sèche, les jeunes gens venus en âge sont réunis et renfermés tout nus dans un grand enclos. Là on les peint complètement en blanc; autour de la poitrine, ils portent un cerceau soutenu à la taille par des rayons; ce cerceau est garni de longues franges d'herbe, leur formant ainsi une espèce de jupon qui ne touche pas au corps. Un des anciens de la tribu pratique la circoncision et les initie aux kiziles et à la langue secrète. Il leur apprend à construire des cases, à tresser des paniers et à faire des médecines. Ils apprennent aussi l'histoire des Mkissi qui, à cette occasion, sont transportés procès** sionnellement dans Tenceinte. On leur enseigne également des danses de caractère ; le docteur Âllard et moi nous avons un jour assisté à un véritable ballet dansé par les Ikimbas et donné en notre honneur par le roi de Kionzo.

<c Pendant la durée des épreuves, les jeunes gens sont astreints au jeûne le plus rigoureux ; ils ne peuvent manger que des racines. Le temps des épreuves varie suivant les tribus.

» En dehors de la loge, ils sont astreints au mutisme. Les femmes doivent s'écarter du chemin par où ils passent et ils préviennent de leur présence en criant l'r d'une façon répétée. Rien n'est plus étrange et plus saisissant que de voir apparaître tout à coup une file de trente à quarante de ces spectres blanchis, portant la machette sur l'épaule et faisant retentir l'air de leurs cris stridents et prolongés.

» Quand le temps des épreuves est passé les jeunes gens prennent un nom d'homme ; ils peuvent alors se marier et prendre

part aux affaires de TÉtat. Le nègre change ainsi trois fois de nom. En naissant, sa mère lui en donne un; il en prend un second à la circoncision, et prend enfin le nom du chef dont il hérite les titres. »

En somme, le sorcier n*est qu'un charlatan, spéculant sur rignorance des masses et s*amassant une fortune au moyen de ses exorcismes.

GoNsciKNCE, ETC. — Lcs uoirs ont une conscience : ils distinguent le bien du mal, mais à leur façon, et telle chose qui leur paraît naturelle nous semble monstrueuse. Le remords leur est complètement inconnu : une chose accomplie n est jamais regrettée. Sur le Sankuru, la tribu des Balubas a le sentiment très exact du juste et de rinjusle; le docteur Wolf cite un dicton très sensé de ces sauvages : « Le droit prime la force ; la vie prime la richesse. »

La prière leur est inconnue : les invocations adressées aux fétiches sont la plupart du temps muettes; dans tous les cas, elles sont très courtes.

Les noirs prêtent grande attention à leurs rêves, qu*ils font interpréter par des sorcières spéciales, en lesquelles ils ont toute confiance.

Ils sont trè^ superstitieux sous le rapport des présages, et dans toutes les circonstances ils augurent en bien ou en mal d'une foule d'incidents, souvent minimes. Ainsi lorsqu'une flotte guerrière des BaDgalas, remontant le fleuve, rencontre un hippopotame, elle est assurée de la victoire. Lorsqu'un orage ou la pluie vient contrecarrer leurs projets, ils l'interpellent, lançant les poings au ciel, leur ordonnant de s'en aller, etc.

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