LA QUATRIÈME EXPÉDITION ! MM. RAMAECKERS, BEGKER ET DE LEU
La quatrième expédition, qui avait comme chef le capitaine du génie Ramaeckers, auquel étaient adjoints les lieutenants d*artillerie Becker et De Leu, et M. Demeuse, photographe, quitta Bagamoyo le 27 juillet 1880. M. Demeuse, gravement malade, fut forcé de retourner à la côte, à peine arrivé à Goanda. Les désertions quotidiennes et les interminables négociations du hongo furent la cause de nombreux retards, et les voyageurs furent même obligés de laisser des marchandises en souffrance. Le 8 août, à Miassi, un courrier venant de Tabora leur apprit à la fois la mort de MM. Carter et Cadenhead et la situation critique de M. Gambier à Karéma et de M. Popelin à Kambagousia. Asssitôt M. Ramaeckers décida de marcher de Tavant avec la plus grande célérité et, malgré les crises de fièvre qui assaillirent tour à tour les membres de l'expédition, il parvint à rassembler assez d^énergie pour dompter le mauvais vouloir des porteurs et des soldats. Â Konko, il rencontra
M. Burdo, qui lui confirma les nouvelles apprises par la lettre de M. Gambier. A Mdabourou, ils furent rejoints par MM. Popelin et Roger, qui, ayant appris leur arrivée, s'étaient portés à leur rencontre pour leur servir d*escorte. Le 17 septembre, ils arrivèrent à Tabora, qu*ils quittèrent le 2 novembre, y laissant le lieutenant De Leu dont l'état était très grave, et que, malgré les soins intelligents et dévoués de l'excellent docteur Vanden Heuvel, ils ne devaient plus revoir. Ils trouvèrent la route libre, et, arrivés le 4 décembre à Karéma, ils restèrent émerveillés du spectacle qu'offrait la station belge, au-dessus de laquelle flottait glorieusement le drapeau de l'Association : bleu à étoile d'or.
C'est une véritable cité, qu'on croirait émergée du sol grâce à la baguette magique de quelque fée; elle est située sur une hauteur, dépassant d'une quinzaine de mètres le niveau du lac : l'immense bâtiment, construit en briques d'adobes unies par une sorte d'argile, a la forme hexagonale et trois de ses angles sont pourvus de tours servant à diriger, en cas de nécessité, le feu sur les assaillants. Les murs sont couronnés de créneaux. Tout a été prévu par l'éminent officier : il y a des chambres spacieuses et confortables pour les Européens,, les cuisines, les magasins â poudre et à marchandises, le logement des soldats, les écuries pour les ânes, les étables pour chèvres et poules : tout cela est bâti solidement et aménagé dans les conditions les plus favorables de salubrité.
Il peut être fier, celui qui le premier a jeté sur les bords du vaste lac les éléments de la grande œuvre de civilisation, et qui a réussi, en déployant une infatigable activité, à achever la construction de cette station dont l'influence humanitaire et pacifique va réunir autour d'elle des milliers d*êtres ignorants, à qui elle enseignera le travail et à qui elle apprendra à arracher au sol les richesses naturelles qu'il renferme. La Belgique a le droit de s'honorer du major Gambier et elle le compte parmi ses plus illustres enfants.
Le 10 décembre, M. Gambier remit le commandement de la station à M. Ramaeckers, et prit le chemin de la patrie, non sans un vif regret de quitter cette station où il avait travaillé sans
relâche pendant près de deux années. Grâce à la précaution qu'il eut de ae pas s'embarrasser de marchandises inutiles, le lieutenant Cambier ne mil quts 50 jours pour parcourir les 340 lieues qui séparent Karéma de Bagamoyo.
Les effets de la vive impulsion donnée aux travaux par H. Ramaeckers, vigoureusement secondé par HM. Becker et Roger, ne se
LB CAFITtIXE n&UAECKEBS.
Grent pas attendre et la station ne (It qu'embellir. Les locaux devinrent de plus en plus confortat>les; on assura la solidité des murs et des cloisons; bientôt Roger, (ils de fermiers du Tournaisis, qui, chargé spécialement de cette mission, avait emporté d'Europe des graines et des semences de toute espèce, entoura la station d'un grand potager où vinrent à souhait beaucoup de légumes d'Europe : oignons, haricots, carottes, salades diverses.
radis, raiforts, choux-raves, pois, betteraves; la tomate y poussait à rélal sauvage. Les relations d amitié devinrent plus étroites avec les peuplades environnantes, qui arrivèrent de très loin échanger du poisson et des céréales pour de l'étoffe, des perles, etc.
Le 6 avril i882, le capitaine Popelin, pressé de se mettre enfin à Tœuvre et d'entreprendre la mission particulière dont le Roi Tavait chargé, quoique à peine remis d'un terrible accès de fièvre qui l'avait tenu entre la vie et la mort pendant six jours, s'embarqua avec Roger sur le daou construit par M. Cambier. Sur le conseil de Stanley même, qui lui écrivait de Zanzibar, où il recrutait son personnel pour l'expédition du Congo, il se rendait à Ujiji, pour y acheter un bateau capable de supporter la traversée du Tanganyka; de là, il devait aller reconnaître la côte occidentale du lac et fonder une station sur la partie supérieure du Congo, de préférence à Nyangué ou aux environs.
Le voyage fut pénible ; les deux voyageurs essuyèrent un naufrage; pourtant ils parvinrent à Ujiji et y achetèrent une embarcation qui les transporta à Mtoa, dans le district de l'Ou-Gouha. Â peine en marche pourTintérieur, le courageux capitaine Popelin fut repris de la fièvre, et, après quelques jours d'indicibles souffrances, il rendit le dernier soupir le 24 mai i882, à trois ou quatre heures de marche de la station de Loutoukou. M. Roger fit transporter le corps à Mtoa, où une pieuse sépulture lui fut donnée sur les bords mêmes du lac, au sommet des falaises qui dominent les flots sauvages du Tanganyka.
M. Roger retourna à Karéma, puis fut chargé de reconduire à Tabora et d'y licencier les Askaris du capitaine Popelin, devenus inutiles. 11 devait également reprendre du docteur Vanden Heuvel la direction de la colonie de Tabora ; mais il demanda à retourner à la côte; le capitaine Ramaeckers envoya le lieutenant Recker pour relever le docteur Vanden Heuvel, qui, après avoir accompli vaillamment son devoir, se mit en route pour Zanzibar le 26 août.
Un moment, M. Ramaeckers crut voir compromis le fruit de tant de labeurs et de tant de luttes : Mirambo, le puissant sultan nègre, déclara la guerre à Simba, le défit complètement et brûla son village, asscrvissant ainsi à son joug toute la contrée de TOu-
Savira. Il confia le gouvernement de la terre conquise à un de ses vassaux qui ne tarda pas à menacer Karéma. M. Becker, prévenu à temps par M. Ramaeckers, se rendit aussitôt à Thierra-Magazy, résidence de Mirambo, sollicita de celui-ci une audience et usa si bien de finesse et de diplomatie, que le Bonaparte noir lui fit la promesse formelle de ne pas attaquer la station belge, menaça de punition le vassal trop zélé, et permit à M. Becker de se recommander de lui dans toutes les régions qu'il traverserait et où son influence était reconnue.
M. Becker, dans son volume « La vie en Afrique », rapporte tout au long sa conversation avec Mirambo, et il y dévoile le caractère vraiment étonnant de ce monarque tout-puissant, aux idées larges, aux vues sérieuses, et qui, loin de professer la moindre haine contre le blanc, témoigne au contraire du désir le plus vif de voir les caravanes passer sur son territoire et d'entretenir avec les blancs des relations d*amitié.
Le temps que M. Becker passa à Tabora fut surtout employé à élablir des relations commerciales avec les Arabes, à garnir le magasin de marchandises de réserve et à consolider Tinfluence du blanc dans le pays environnant, de fagon à faciliter le passage des caravanes.
Un triste événement vint rappeler le lieutenant à Karéma : le âO mars, M. Becker regut un courrier lui annonçant inopinément le décès du capitaine Ramaeckers : Texcellent ofiicier, au moment où il avertissait le lieutenant Becker de sa situation critique, nétait pas en très bonne santé : l'activité qu'il avait déployée pour l'organisation de la défense du fort Léopold contre une attaque éventuelle avait miné ses forces; les inquiétudes qu'il éprouvait sur le sort de sa chère station avaient augmenté la douloureuse fièvre, qui bientôt s'aggrava d'une dysenterie et provoqua un afiaiblissement général, et le pauvre capitaine expira le 25 février sans même avoir la consolation de voir à ses côtés un compatriote.
C'était une grande perte pour l'Association, car le capitaine Ramaeckers avait révélé des qualités d'explorateur vraiment étonnantes : c'était un ofiicier intelligent et actif, d*un caractère uniforme et doux, quoique extrêmement énergique. Un fait qui prouve
rattachement que peut inspirer aux noirs celui qui les traite bien, a été raconté à cette époque par le journal t Étoile belge : « Le capitaine Ramaeckers avait été chargé d'une mission scientifique dans le Fezzan, et avait pris à son service un nègre nommé Bamboula, qu'à son retour il avait laissé à Tripoli. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant un jour se présenter chez lui, à Bruxelles, mattre Bamboula, drapé dans un burnous, qui lui raconta que, ne pouvant oublier son ancien mattre, il s'était embarqué en qualité de matelot sur un navire en partance pour Marseille, que dans cette ville, ne possédant pas un sou, il avait travaillé, fait tous les métiers pour réunir la somme nécessaire pour arriver à Bruxelles, où il était parvenu à retrouver la demeure de M. Ramaeckers, muni de cette simple indication : Ramaeckers, rue des Rentiers, Bruxelles : <x Je ne puis vivre sans toi, maître, lui dit le pauvre Bamboula, cest pourquoi je suis venu te rejoindre. »
Bamboula accompagna son maître à Karéma et lui donna les preuves du dévouement le plus complet; après la mort du capitaine Ramaeckers, il resta quelque temps à la station avec Becker, puis il se rendit dans TOu-Ganda, où, sous le nom de Mohamed- Bizi, il fit le trafic de Tivoire avec la côte. Il rendit au docteur Junker, le compagnon d*Émin-Pacha, les plus grands services; il porta à Ëmin des provisions et les lettres du docteur, qui était venu trouver le cruel roi d'Ouganda, appelé Monanga, afin d'obtenir le passage d'Ëmin-Pacha et de sa glorieuse petite troupe, les derniers défenseurs du Soudan égyptien.
Le lieutenant Becker, à qui seul incombait provisoirement riionneur de maintenir haut et ferme le drapeau de l'Association, prit aussitôt le chemin de Karéma, après avoir obtenu des Pères Blancs la promesse qu'ils veilleraient aux intérêts belges à Tabora. II trouva la station tout embellie, mais l'anarchie la plus complète régnait parmi le personnel : après la mort du capitaine Ramaeckers, les ouvriers avaient abandonné les travaux, les soldats s'étaient répandus chaque jour dans les villages environnants, s'y enivrant de pombé et y cherchant des querelles qui dégénéraient en rixes sanglantes. M. Becker eut vite fait de mettre ordre à cel étal de choses, et le travail reprit régulièrement et militairement.
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L'entrevue que M. Becker avait eue avec Mirambo et Talliance conclue avec celui-ci portèrent bientôt leurs fruits : le bruit s'en était rapidement répandu dans toute la contrée, et, tous les jours, les chefs des environs vinrent lui apporter des présents et l'assurer de leurs bons sentiments.
Débarrassé des inquiétudes extérieures, M. Becker eut tout le loisir de procéder aux travaux d'amélioration delà station : son premier soin fut de perpétuer la mémoire du capitaine Ramaeckers et il lui fit élever un mausolée à Tendroit que le regretté capitaine avait désigné lui-même avant sa mort et où il dormait son éternel sommeil, la tête dans la direction de la patrie lointaine.
Il fit forer un puits à proximité de la station, construire les portes, dont, jusqu'à présent, on n'avait pas muni les entrées du fort; il pourvut abondamment la station de bétail, chèvres et vaches ; enfin il sut conserver à la station son aspect riant et florissant.
Lï, LIEUTENANT STORMS. — FONDATION DE LA STATION DE HPALA.
En i88!2, le lieutenant d'infanterie Storms fut désigné pour relever le capitaine Ramaeckers de son poste avancé de Karéma : l'Association l'avait chargé en même temps de la fondation d'une nouvelle station sur la rive ouest du lac Tanganyka.
Ce n'est qu'en arrivant à Zanzibar que M. Storms apprit la mort du capitaine Ramaeckers : aussi hâta-t-il les préparatifs du départ. Le lieutenant Constant, des grenadiers, qui lui avait été adjoint, dut rentrer en Europe, pour motif de santé.
C'est à marches forcées que M. Storms accomplit le pénible trajet de Bagamoyo à Karéma. Toutes les vexations et les difficultés qui avaient assailli les premières expéditions fondirent sur lui, plus nombreuses encore : la caravane fut plusieurs fois attaquée nuitamment par des bandes de Rougas-Rougas que M. Storms parvint à mettre en déroute.
A Tabora, M. Storms recruta le nombre de porteurs nécessaires au transport à Karéma de ce qui restait de marchandises en magasin. Après avoir traversé l'Ou-Ganda, pays désolé par des brigan-
-codages coDtinuels et sanglants, il arriva le 27 septembre à Karéma.
Aussitôt, le lieutenant Becker initia M. Storms à lexistence de la station, et celui-ci assuma la direction de tous les travaux, déployant une activité de tous les instants et une énergie qui ne reculait pas devant les plus durs travaux.
Mais il était dit que M. Becker ne rentrerait pas en Europe sans avoir fait le coup de feu : quatre de ses Askaris, ayant contracté quelques menues dettes au village de Karéma, furent attaqués par les gens de ce village, qui les blessèrent assez grièvement et leur volèrent leurs fusils. Le lieutenant ne pouvait laisser la chose impunie, attendu que c'eût été diminuer la confiance que les hommes de la station avaient en leurs chefs blancs et augmenter l'audace du sultan de Karéma, Yassagoula, qui depuis quelque temps témoignait des sentiments hostiles à la station. Après avoir échoué dans sa tentative de conciliation pacifique et reçu de Yassagoula des réponses outrageantes, M. Becker se décide à la bataille : il attaque, pendant la nuit, le village, avec soixante hommes ; ils sont reçus par une vive fusillade qui leur tue un ou deux hommes. Le feu est mis à une hutte; à la lueur de Tincendie, ils s'aperçoivent qu'ils ont afiaire à environ 500 indigènes; ceux-ci, déroutés par la tactique de M. Becker, qui a divisé sa petite troupe en trois pelotons et les a attaqués de trois côtés à la fois, tirent au hasard, puis, affolés, finissent par s'enfuir, abandonnant une vingtaine de femmes qui sont recueillies à la station, où M. Storms est resté pour prévenir un assaut éventuel.
Le sultan avait fui comme les autres; mais, vers la mi-octobre, il se décida à venir implorer un pardon qui lui fut généreusement accordé.
Il est certain que ce coup de force était nécessaire et que l'impunité du crime commis par les gens de Karéma aurait eu les effets les plus désastreux, non seulement sur l'esprit des soldats, mais encore sur celui des sultans des environs. Le sort de Karéma dépendait de l'altitude que prendraient les blancs, et la petite victoire de M. Becker affirma une fois de plus l'autorité de l'Association.
Le 47 novembre, M. Becker prit le chemin de la patrie, laissant M. Storms seul à la tête de toute l'entreprise.
Le lieutenant Storms soccupa aussitôt de Texhaussement des murs de la station, du renouvellement de la toiture, de la construction des clôtures pour les champs et le potager ; il ajouta deux ailes à la station, qu'il aménagea de fagon à pourvoir à tous les besoins et qu'il dota d'un mobilier complet.
Il accorda aux Oua-Fipas Tautorisation de construire un village qui se mit sous le protectorat de la station, et engagea de nombreux colons pour cultiver une immense étendue de terre qui entourait le fort Léopold. De plus, fort de l'alliance conclue avec Mirambo, il força les sultans voisins à lui payer tribut.
Le lieutenant Storms s'occupa ensuite de sa mission spéciale, et, après avoir prié M. Bôhm, membre d'une expédition allemande qui séjournait momentanément à Karéma, de le remplacer à la station, il s'embarqua sur le daou qui avait naguère servi à la malheureuse expédition Popelin, et il débarqua à la côte occidentale en avril 4883.
Son premier soin fut de faire une reconnaissance approfondie des lieux, puis, ayant jeté son dévolu sur un endroit qui lui paraissait favorable à l'exécution de ses plans, il obtint, grâce à une diplomatie adroite, du sultan de Mpala, village assez important, la concession d'un vaste terrain situé à proximité du lac.
£n moins de sept mois employés à un travail sans relâche, le lieutenant Storms édifia une station qui ne le cédait en rien à Karéma sous le rapport de l'importance, du confortable et de la salubrité. Elle avait également son potager, où M. Storms récolta la plupart des légumes européens.
C'est ici surtout que les bienfaits de l'influence de l'Association se firent sentir : en peu de temps, M. Storms, par son énergique attitude et son intelligente initiative, devint le véritable suzerain de tout le pays : il se lia d'une étroite amitié avec Mpala, le chef du village voisin, « le plus sympathique nègre qu'il ait rencontré en Afrique », dont il devint le frère de sang. C'est avec une émotion sincère que, dans une conférence faite en 4886, à la Société de géographie, M. Storms parla de ce bon nègre, dont lalliance lui fut d'une véritable utilité pour l'extension de son autorité. Les lignes qui suivent prouvent qu'il n'est pas impossible de trouver
des chefs nègres sociables et dévoués, iotelligeats et doux : « Un jour, son frère succomba à la variole. Depuis lors, son * aifection pour moi s'augmenta encore. Il ne manqua jamais de « me faire journellement une visite. Souvent il me répétait : « Mon frère, que deviendrai-je quand tu seras parti? Je n'aurai » plus aucun parent. »
I^ OAPITAUa BTOBKS.
» Un moisaTantmondépart.moD ami Mpalafutatteinl de l'inexorable maladie qui avait déjà enlevé son frère. Il se vit mourir. Alors il réunit autour de sa coucbe les anciens du village et leur dit : « Mes amis, je sens que je meurs. L'bomme blanc, mon frère, va vous donner un autre chef. Celui qui me remplacera devra suivre mes traditions et obéir à l'homme blanc, ainsi que je l'ai fait moi-même.
» Souvent il m'a grondé; mais s*il m'avait fait appeler pendant » la nuit pour me couper la tête, j*y serais allé sans hésiter. Tout » ce qu'il a fait a été pour notre bien.
» Si mon successeur ne veut pas suivre mon exemple, vous » quitterez tous ce village el vous irez chez ma sœur. »
y> Cette nuit même, Mpala mourut. »
C'est le lieutenant Storms qui installa le nouveau chef, et peu à peu les chefs des tribus d'alentour vinrent demander sa protection, qu'il leur accorda moyennant une redevance mensuelle; il prit l'habitude de rendre des jugements dans les querelles entre tribus nègres et eut maintes fois l'occasion d'éviter des effusions de sang et de préserver des villages de la destruction. Chaque jour, il engageait des colons, accourus de tous côtés, qui, sous l'œil du maître, travaillaient courageusement au défrichement des terres.
Naturellement, il était nécessaire que les communications s'établissent régulièrement entre Mpala et Karéma : M. Storms eut le malheur de perdre successivement les deux embarcations qu'il possédait; mais, en homme qui ne se laisse jamais embarrasser, il parvint, en moins de trois mois, à restaurer le canot à vapeurdémontable qui se trouvait à Karéma et à construire, avec des matériaux de provenance exclusivement indigène, un bateau deux-mâts de dix-sept tonnes.
Le lieutenant Storms resta deux ans et demi à Mpala, travaillant sans relâche et s'acquittant merveilleusement de la tâche dont l'avait chargé l'Association : ne faut-il pas admirer ce lutteur vaillant qui, voyant sa chère station de Mpala et des précieuses collections, réunies à si grande peine, détruites par un incendie, ne se laissa pas atteindre par le découragement el, se remettant aussitôt à l'œuvre avec uneardeur nouvelle, reconstruisit une station plus vaste et plus complète que la première?
Le lieutenant Storms, ayant achevé son terme de service, remit la direction des stations belges aux Pères Algériens, et quitta Karéma en juillet i885, pour rentrer en Belgique, où Sa Majesté récompensa dignement l'éminent oflScier en le créant chevalier de son Ordre.
Telle est Thistoire des expéditions belges à la côte orientale :
nous verrons plus tard ce que devinrent les deux stations de FAssocialion ; mais avant d*aborder l'étude du Congo proprement dit, il nous parait intéressant de décrire en quelques lignes les us et coutumes des habitants de l'Afrique orientale, que le lecteur pourra comparer à ceux des indigènes du Congo, avec lesquels ils offrent plus d un point de ressemblance.