I. — Le SOL. — Sa fertilité
Nous avons vu précédemment que les eaux du Congo, à l'époque où elles dévallèrent du plateau central vers l'océan, ont déposé sur le sol des alluvions grasses, dont la composition et la nature sont les mêmes sur tous les points du bassin : ces alluvions, malgré la latérite qui se rencontre assez fréquemment, sont d*une extrême fertilité, et très propres à la production de toutes les précieuses essences de la flore équatoriale.
Tous les explorateurs, tous les voyageurs qui ont parcouru les contrées arrosées par Timmense réseau fluvial sont d'accord pour en reconnaître la merveilleuse fertilité.
Stanley, dans ses volumes A travers le continent mystérieux et Cinq années au Congo, s'étonne à chaque page de l'incroyable prodigalité du sol africain.
te Le centre de l'Afrique, dit Cameron (i), est un pays merveilleux, dont les produits égalent en nombre et en diversité ceux des régions les plus favorisées du globe ; et si l'on habituait les habitants de cet heureux pays à l'exploitation de ces richesses minérales et végétales, de grandes fortunes seraient la récompense des pionniers du nouveau commerce. »
a Plus je pénétrai dans l'ouest de l'Afrique, dit ailleurs le même voyageur (2), plus je me rendis compte des ressources du pays et de la nécessité d'établir, — soit au moyen de compagnies investies de privilèges, soit par l'intermédiaire d'agents consulaires, soit encore par l'action directe de gouvernements civilisés, — une certaine forme de loi dans les fertiles et populeuses contrées que j'ai traversées. »
(1) Gaicebon. a travers V Afrique.
(2) Conférence donnée le 9 janvier 1891 à la Société royale belge de géographie.
Tous les agents de FÉtat et des Compagnies sont d'accord sur ce point important : ce La partie de la vallée la plus déprimée, dit le capitaine Goquilhat (1), la plus sujette aux inondations, et la plus large, est comprise entre l'Irebu et Upoto. G*esf la terre idéale du palmier oléifère, des grandes forêts inextricables et du caoutchouc. Presque tous les produits naturels du Congo se rencontrent en abondance dans cette zone où la saison sèche est pour ainsi dire inconnue.
» J*ai la conviction que, pour la fertilité, cette région peut rivaliser avec les meilleures de la terre. »
L'ingénieur Diderrich, qui faisait partie de l'expédition Delcommune, s'exprime ainsi au sujet du Ralanga : « Les terrains du Ratanga sont généralement très fertiles
» Les grandes plaines de la Lufira, situées à deux jours de marche de Bunkeia et dans lesquelles est installé le poste de Lofoï, sont dune fertilité tout à' fait remarquable : un sol argileux renfermant des nodules calcaires et riche en humus. Les premières cultures du poste de TËlat ont fort bien réussi et les essais de culture du blé qu avait tentés le lieutenant Légal avaient donné un excellent résultat. N'était-ce leur éloignement, ces grandes plaines de la Luâra, si faciles d*irrigation, se prêteraient, mieux peutêtre que tout autre terrain du Congo, aux grandes exploitations agricoles (2). »
D*un autre côté, Fexpédition Bia-Francqui dit au sujet de la région des lacs du Lualaba : « C*est ainsi que le Kabele est bordé d'une zone d'un humus noir extrêmement fertile, encore envahie tous les ans par les eaux lors des fortes crues, et où les indigènes ont installé leurs plantations.
y> Cette grande fertilité du sol a pour conséquence un état d'aisance extraordinaire chez les indigènes si hospitaliers des bords des lagunes. On trouve dans leurs villages, outre une grande abondance des produits de la terre, des quantités de chèvres, moutons, cochons, chiens, poules, canards, pigeons, etc. Si,
(1) Camille CogxnLBAT. Sur le Eaut-Cango.
(2) Mouvement géographique du ICavril 1893 : Esquisse du Katanga^ par ringénieur Diderrich.
j'ajoute que les eaux du Kabele sont couvertes de nuées d'oiseaux aquatiques offrant au chasseur un champ absolument vierj^e, on comprendra que nous mettions cette région des lagunes du Lualaba au rang des plus favorisées de l'Afrique (1). »
Les voyageurs étrangers qui ont parcouru le Congo ne soat pas moins catégoriques dans leurs affirmations :
« La vallée du Congo, — dit le lieutenant Taunt, de la marine américaine, dans son rapport au gouvernement des États-Unis. — de Banana à Borna est une riche et basse contrée, contenant de grandes forêts de bois à essence dure. 11 n'y a eu jusqu'ici aucun essai de culture, excepté quelques jardins légumiers près de quelques factoreries, et, dans ce cas, pour l'unique besoin d'un ou deux employés blancs. Au delà de Borna commence la section montagneuse des cataractes et elle continue jusqu'à l'embouchure de la rivière Kassaï. La région des cataractes et plus particulièrement celle comprise entre Vivi el Stanley-Pool, est stérile, rocheuse et désolée et entrecoupée de temps i autre par de fertiles vallées. Ces vallées, à la Sn de la saison pluvieuse, sont recouvertes d'herbages atteignant de 10 à 15 pieds de hauteur. Probablement l'endroit le plus fertile de cette région désolée est la vallée de Lukungu, à mi-chemin entre Vivi et Stanley-Pool. Les indigènes de cette région cultivent des végétaux en petite quantité, l'arachide étant le produit principal et convenant probahlement bien à ces terrains d'alluvion. Dans les 236 milles entre Vivi et Stanley-Pool, il n'y a qu'une ou deux forêts et le bois croissant dans les autres endroits est petit, rabougri et d'aucune valeur
» La contrée aux environs de Stanley-Pool est bien plus fertile, basse el unie, interceptée de temps à autre par de larges forêts
» Depuis la rivière Kassaï jusqu'à environ 50 ou 75 milles de Slanley-Falls, la vallée du Congo est basse, riche et fertile
» L'agriculture mise en pratique par les indigènes est très prospère et assez variée; bien cultivée, cette région pourrait produire des récoltes en abondance
» En général, les ties et les terres de l'intérieur sont couvertfs
(1) Mowemenl géographique du 12 novembre 1693 : L'txplorab'oH du XiMloda, pu MM. Francqui et Cornet.
de forêts impénétrables où se rencontrent d'énormes quantités de caoutchouc, de gomme copale, d*buile de palme et autres arbres à essence recherchée par le commerce
» D'après mes observations personnelles et celles des fonctionnaires de TËlat du Congo et autres qui ont exploré les affluents du Congo, je conclus que les terres drainées par ces affluents sont même plus fertiles et plus riches que celles du voisinage immédiat du Congo (1). »
Voici comment s'exprime le lieutenant Wissmann, qui a parcouru plusieurs fois les territoires de Test de l'État : a Toute la partie nord du Manyema, de même que l'Uregga, est, d'après les voyageurs qui Tout parcourue, couverte de forêts vierges ininterrompues. Le caféier crott à l'état sauvage dans toutes ces forêts.
» Elles sont, il est vrai, inhabitées; mais, en revanche, les prairies et les savanes sur lesquelles la forêt ne s'est pas étendue ont une population très nombreuse, qui trouvé dans la végétation de ces savanes une nourriture si abondante, qu'on ne s'en fait pas d*idée.
«> A la côte on ne se rend pas compte de fabondancû et de la richesse des récoltes de manioc, de maïs, de millet et d'arachides faites par les indigènes de ces contrées
» Ces prairies et ces savanes, habitées malgré leur végétation fort drue et la dureté presque générale des herbes, conviennent fort bien pour l'élevage du bétail. Par Test, le bétail a déjà pénétré jusqu'à l'ouest du Lomami; par l'ouest, le bétail a été amené, par Pogge et par moi, jusqu'à l'est de la Lulua. Tous les Arabes élèvent du bétail; je l'ai trouvé partout dans un état excellent (2). »
Citons pour finir l'opinion du D"" Schweînfurth qui a, comme on le sait, exploré le bassin de TUelIe et la région nord de l'État : « Dans ce district intermédiaire, entre les champs de céréales et les plantations de manioc et de bananiers, le sol, d'une fertilité
(1) Ije Congo. — Rapport du lieutenant Taunt, des États-Unis d'Amérique. — Traduction de M. Jules Peltzer, pubUée par l^BuO^in de la Société royale beige de géographie de mars 1887.
(2) Mes appréciations sur les critiques de V Œuvre du Congo contenues dans la réplique de 3f. U docteur Feschud-Loesche à M. Stanley, par Wissmann.
merveilleuse, était cultivé, non seulement avec un soin remarquable, mais sur une étendue exceptionnelle. »
On voit donc que Timproductivité du Congo, avancée par les ennemis de TOEuvre, n'est qu une Table; il n*y a rien à ajouter aux avis indiscutables venant de bouches aussi autorisées que celles que nous venons de citer : ces renseignements sont corroborés par tou9 les agents de TÉtat et des Compagnies, et nous sommes convaincu que la colonie du Congo est appelée à un superbe et riche avenir agricole, — avenir plus rapproché que nous le pensons.