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II. — Procédés de colonisation

L'indigène n'est pas agriculteur de sa nature : les quelques tribus qui cultivent le sol se sont bornées à lui faire produire les aliments de première nécessité destinés à leur subsistance; chez d'autres tribus, cette agriculture primitive n'existe même pas, et les indigènes se nourrissent exclusivement du produit de la pèche ou de la chasse, sauf à échanger de temps à autre une partie de ces produits pour des légumes avec les tribus de l'intérieur.

Le manioc, le maïs, les patates douces sont les seules céréales que l'indigène cultive : la culture en exige peu de soins, la récolte en est facile et la préparation simple.

II est pourtant d'une importance capitale que Ton commence à user de ce sol si fertile et que Ton profite enfin de ses merveilleuses propriétés fécondantes; les stations et les factoreries établies jusqu'à présent possèdent de grandes plantations, il est vrai, mais combien d'immenses étendues de terrain attendent le moment de rejeter de leur sein les richesses végétales qu'on y sèmera !

II devient donc absolument urgent que l'on fonde, là où les indigènes sont soumis à l'État, des stations ou colonies particulières, destinées à faire fructifier le sol et qui serviraient en même temps d'école d'éducation pratique pour les noirs. Ces colonies seraient établies, soit par les soins de l'État, soit par des Compagnies spéciales, soit même par de simples particuliers, aux endroits les plus favorisés sous le rapport du climat, du sol et des dispositions des

habitants. Outre leur but commercial et Hnancier, elles auront pour objet d'initier les indigènes aux bienfaits du travail et de les amenée peu à peu, sans brusquerie, à l'abandon de leurs coutumes pour un nouveau genre d'existence.

Voici comment on pourrait procéder pour l'organisation de ces stations ; si elles sont fondées par l'État ou par des Compagnies, elles seront dirigées par un chef blanc, qui sera rémunéré et à qui on abandonnera un pour cent sur les bénéBces réalisés. Ces cliefs

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relèveront naturellement des lois et des décrets de l'Ëtat. Il leur sera laissé pour les détails de construction, d'aménagement et de culture, une large part d'initiative, indispensable pour stimuler leur zèle et leur dévouement. Les places de chefs de ces colonies seront mises au concours et accordées à des hommes de métier, à qui une longue pratique des choses de l'agriculture aura donné une expérience consommée, et à qui on aura reconnu, dans un examen approfondi, la connaissance des règles spéciales de l'art agronome africain. Ils devront en même temps réunir certaines qualités essen-

lielles, c'est-à-dire posséder un esprit aux vues larges en matière humanitaire, avoir la notion exacte du grand but civilisateur qu'ils auront à poursuivre concurremment avec le but commercial et économique ; témoigner d*un caractère à la fois énergique et doux, qui leur permette de maintenir en tous temps l'ordre dans leur colonie.

A ce chef suprême seront adjoints un ou deux blancs, dont le choix sera laissé autant que possible à son appréciation, qu'il pourra même recruter en Europe, et sur lesquels il aura une autorité bien déBnie.

Dans les commencements, pour les premiers travaux d'installation, l'État mettra à la disposition de ces colonies un certain nombre de travailleurs recrutés parmi les tribus les plus intelligentes et les plus susceptibles d'éducation pratique : on pourrait môme incorporer dans ce nombre quelques noirs de la côte occidentale, où certains peuples, tels que les Sierra-Léoniens, sont très avancés sous le rapport intellectuel et forment de très courageux ouvriers.

Dans la suite, à mesure que la colonie atteindra un développement plus grand et nécessitera, par conséquent, un plus grand nombre de bras, les chefs se fourniront directement les hommes nécessaires en enrôlant, parmi les tribus voisines de la station, les noirs qu'ils jugeront le plus capables de l'aider. Ces gens seront engagés pour un temps limité, recevront un salaire correspondant à la somme de travail exécuté et seront libres de quitter le service de la colonie lorsqu'ils auront un motif plausible pour rompre leur engagement, motif qui sera soumis à l'autorité en cas de contestation.

Que l'on ne croie pas que des abus pourraient se commettre et que, sous lapparence de travail rémunéré, il soit possible de déguiser un véritable esclavage : l'État a pris des précautions minutieuses pour assurer aux noirs indigènes et aux immigrants de couleur toutes les sauvegardes possibles contre l'abus que l'on pourrait faire de leur faiblesse intellectuelle et de leur ignorance de leurs droits moraux : lautorilé intervient lors de l'enrôlement de travailleurs ou de serviteurs noirs, à quelque catégorie qu'ils appartiennent; elle s'assure que les nouvelles recrues du travail ont bien compris tous les articles du contrat qu'elles ont signé et que les

clauses de ces articles sont respectées . Les travailleurs sont immatriculés pendant le terme de leur contrat et notification doit être faite à lautorité des mutations qui surviennent parmi eux; les maîtres sont obligés^ de rapatrier à leurs frais les travailleurs étrangers et de ramener à leur lieu dorigine les indigènes du Congo; ceux-ci peuvent toujours quitter volontairement le service de leurs patrons lorsqu'ils ont à se plaindre de mauvais traitements. Ils adressent leurs plaintes à des fonctionnaires spéciaux, qui passent de fréquentes inspections dans les factoreries, travaux du chemin de fer, etc., où ils reçoivent les réclamations, s'assurent de la fidèle exécution des contrats et du payement intégral du salaire convenu.

On voit que, par ces mesures intelligentes et hautement humanitaires, TÉlat, en prenant sous sa tutelle les noirs qui ne sont, en somme, que de grands enfants, a sauvegardé dans ses possessions la liberté individuelle et prévenu toute atteinte à cette liberté, en mettant les travailleurs noirs sur le même pied d'égalité que les blancs. Il a compris qu'en donnant ainsi la confiance aux noirs, il arriverait peu à peu à la colonisation de ses immenses et fertiles propriétés.

Pour en revenir à nos stations agricoles, disons que la distribution du travail sera laissée à la disposition du chef; que la station sera amplement dotée de tout le matériel nécessaire ; qu'elle sera pourvue d'un armement qui puisse, en cas de besoin, lui servir à se défendre contre une attaque; que, dans ce but, les travailleurs seront organisés en milice et exercés au maniement des armes à feu.

La station devra posséder un troupeau de bétail, et tous les efforts devront tendre à augmenter le troupeau, qui constituera une source de richesse future.

Le genre de plantations et de cultures sera fixé par la Compagnie qui aura fondé la station : elle aura soin d'afiecter une partie de son domaine à la production de légumes et de céréales indispensables à l'entretien du personnel. Nous exposerons plus loin, en détail, un aperçu des produits cultivables, et le degré d'importance de chaque sorte de cultures.

Des stations de l'espèce peuvent, sans inconvénient, être établies

sur tous les points du Congo : il serait pourtant désirable qu'on les échelonnât en partant du Bas vers le Haut-Congo : de la sorte on pourra augmenter, dès à présent, l'exportation de certains produits, tels que café, cacao, coton, etc., dont le transport coûte fort cher aujourd'hui et ne sera rendu réellement avantageux qu'après l'achèvement d'un chemin de fer.

L'établissement de stations agricoles a été facilité par les clauses de la convention conclue entre l'État et la Compagnie du chemin de fer, aux termes desquelles l'État cède à celle-ci 17,400 hectares de terres prises le long de la voie ferrée jusqu'à 200 mètres de chaque côté de celle-ci, et de 1,500 hectares de terre pour chaque kilomètre livré à l'exploitation, choisis par la Compagnie dans n'importe quelle partie du territoire (1). La Compagnie a résolu de ne pas faire fructifier ce sol elle-même et de le vendre ou de le louer à des sociétés ou à des particuliers qui pourront y établir des colonies. Il n'existe donc pas de doute qu'avant peu des stations de l'espèce ne soient fondées par les soins d'initiatives privées, sous la protection et avec l'appui de l'État.

IIL — Métairies, fermes.

Sur cette idée de colonies agricoles vient s*en grefiPer une autre, qui a aussi son importance : peut-on construire au Congo des métairies ou de grandes fermes ?

Certaines parties du Congo se prêtent absolument à de pareils établissements : dans le district du Kassaî, et particulièrement aux environs de Luluabourg, il est très possible, déjà actuellement, de bâtir de grandes métairies, dirigées par des blancs ou des familles blanches qui s'occuperaient spécialement de l'élevage du bétail.

Tout le district de l'Equateur et certaines contrées du Katanga pourraient dès maintenant faire Tobjet d'exploitations agricoles; telles sont la région des lagunes du Lualaba, les vallées du Luapula et de la Lufira, les plaines du Marungu.

(1) Voir le chapitre de cette partie, relatif an chemin de fer du Congo.

Le bétail supporte très bien le climat africaia; outre les races porcine et ovine, dont il existe des espèces indigènes, on pourrait importer de Hossamédès de grands troupeaux de bêles à cornes, qui de même qu'à Matéba se reproduiraient à merveille.

Les immenses prairies qui environnent Luluaboui^sontcouvertes d'une herbe drue, tendre, convenant fort bien à la p&ture et sont sillonnées de nombreux ruisseaux. Le bétail y trouverait une nourriture saine et abondante.

LK BÉTUL A LULUABOUBO.

On pourrait élever aussi dans ces métairies des'mulets et même des chevaux : ceux-ci, bien acclimatés, rendraient de grands services aux explorations. Des têtes de bétail seraient expédiées vers les stations qui en sont dépourvues, et peu à peu le Congo tout entier serait fourni de ce précieux auxiliaire de toute colonisation.

Les bénéfices réalisés sur la vente et rechange du bétail seraient considérables, et nous ne doutons pas que l'État n'accorde des privilèges sérieux à de pareilles entreprises ; les terrains seraient concédés dans d'excellentes conditions et toutes les facilités désirables seraient accordées pour le transport du bétail.

Accessoirement, les fermes s'occuperaient d'industries particulières : des plantations pour pourvoir à leur alimentation; la récolte d'huile et de vin de palme, qui serait fourni en abondance par les nombreux bouquets de palmiers élaîs qui croissent naturellement au milieu des pâturages ; la récolte du caoutchouc, fourni par des lianes qui poussent en grandes quantités dans les forêts voisines, récolte pour laquelle, à Luluabourg, ils engageraient spécialement les indigènes bachilanges, intelligents et travailleurs.

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