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CHAPITRE III La ColonlBatlon

Nous avons, à notre chapitre des productions naturelles, énuméré, en les divisant par genre d'utilité, tous les végétaux connus du Congo. Il est nécessaire que nous revenions à quelques-uns de ces produits et que nous en détaillions la culture, la préparation, les avantages, en fixant à chacun le degré d'importance qui lui revient au point de vue de la colonisation du Congo.

Certes, il est une foule de ces produits qui ne sont pas encore exportables, à cause de la difficulté et de la cherté du transport sur la route des caravanes : nous ne pouvons encore songer qu'à faire le commerce du caoutchouc et, peut-être, du café et du tatmc. Mais il faut que, dès maintenant, l'on entreprenne, dans l'État, de grandes cultures et de grandes plantations, qui seront en pleine éclosion le jour où le chemin de fer des Cataractes, terminé, amènera une révolution économique dans ces régions si favorisées sous le rapport de la production du sol. Quel vaste champ d'action offre l'immense empire du Congo à des agriculteurs entreprenants; quelles fortunes rapides et considérables il assure aux audacieux qui, envisageant l'avenir sérieusement, sauront voir l'avantage qu'il y aurait à solliciter de TÉtat des concessions de terres, y établir des fermes entourées d'immenses cultures, et y employer les noirs, qui sont tout prêts à offrir leurs bras, nécessaires à la colonisation de ces superbes territoires !

Caoutchouc. — Quoique le caoutchouc ne constitue pas, à proprement dire, un produit cultivable, nous devons le placer au premier rang des produits congolais. Son importance s'est accrue dans des proportions considérables en ces dernières années et aujourd'hui le caoutchouc est certes une des matières qui prend la plus large place dans le mouvement d'exportation des produits du Congo.

Le caoutchouc est produit par des lianes que Ton rencontre sur tous les points du Congo, où elles croissent en quantités prodigieuses dans les forêts. Ces lianes sont très longues, à écorce rugueuse et brune, pas très grosses et peu feuillues ; les feuilles, d'un vert foncé, sont découpées en fer de lance; les fleurs sont fort belles et disposées en gros bouquets ; le fruit, qui ressemble à une grosse orange, est acide et bon à manger. Plusieurs arbres sécrètent aussi le caoutchouc. Dans le Bas-Congo, on trouve peu de lianes, parce que les indigènes, qui connaissent la valeur du produit, ont coupé les lianes au lieu de les entailler, afin de s'épargner du travail et d'obtenir une plus grande quantité de caoutchouc à la fois.

La récolte du caoutchouc se pratique d'une fagon très simple : il suffit de faire une incision dans la liane et de laisser couler le suc dans de grands récipients que Ion soumet ensuite à Tébullition. Cette récolte pourrait donc être faite par les femmes et les enfants d'une colonie. Le commerce du caoutchouc est déjà exploité par les factoreries, qui y emploient les noirs; certains villages du Haut- Congo s'occupent de la récolte du caoutchouc sous la surveillance de l'État. « L'indigène, raconte M. Valcke, s'en va tout nu dans la forêt à caoutchouc, sans emporter le moindre récipient. Il coupe la liane; au fur et à mesure que le suc coule, il le reçoit dans la main, se l'applique sur le corps. Ce suc, qui se trouve ainsi exposé à l'air, devient plus pâteux, acquiert une certaine cohésion. Lorsque l'indigène est arrivé à son village, il enduit sa main de sable et arrache le caoutchouc de son corps, pour en former des boules qui sont naturellement pleines d'impuretés. »

Les caoutchoucs les plus purs viennent du Kassaî et de ses affluents; celui de Monguandie (Haut-Congo) est excellent; il existe à cet endroit une telle quantité de lianes, que les indigènes se bornent à prendre le caoutchouc provenant des lianes mortes. Ils vont en canot à la forêt, cassent les branches mortes, en séparent les morceaux et roulent en boules les fils de caoutchouc qui unissent ces morceaux ; les boules ainsi obtenues sont très propres.

L'exploitation du caoutchouc doit être autorisée par l'administration générale du département des finances ; des amendes sévères

sont infligées à ceux qui se livrent sans autorisation à l'exploitation du caoutchouc et des gommes copaies dans les forêts domaniales. Celle interdiction a été nécessitée par cette circonstance que des négociants peu scrupuleux, pour augmenter leurs bénéfices, autorisaient les indigènes à couper ces lianes, au risque de ruiner une industrie qui sera une richesse de l'avenir. Il est du reste nécessaire que la culture du caoutchouc soit réglementée et conduite dune fagon méthodique, si l'on veut prévenir l'épuisement des précieuses lianes.

Jusqu'aujourd'hui c'est le Brésil qui a exporté les plus grandes quantités de caoutchouc; le bassin de l'Amazone a, en l'année 1882, produit plus de 13,800,000 kilogrammes de cette matière qui devient chaque jour d'un usage plus répandu, et pour lequel il n'est absolument pas à craindre que l'offre dépasse la demande. En 1885 et en 1886, l'exportation y a été de 13 millions de kilogrammes, 14 millions en 1887, 15 millions en 1888 et 1889 et 16 millions en 1890. Le prix du caoutchouc varie de 3 à 10 francs le kilogramme, suivant la qualité. Les ports qui importent le plus de caoutchouc sont ceux de New- York, Liverpool et Le Havre.

Un décret du 30 octobre 1892 réglemente définitivement l'exploitation du caoutchouc dans l'État du Congo : cette exploitation est autorisée pour tous les particuliers dans les forêts ^'ses sur les territoires de l'État, à l'exception de celles situées dans le bassin du Mbomu et de l'Uelle, en amont du point où elles forment rubangi, dans les bassins de la Mongalla, de rilimbiri et de l'ÂriH v^imi, dans les bassins de la Lopori et du Maringa en amont du point où elles forment la Lulunga, enfin dans la zone comprise dans un rayon de 20 kilomètres autour du confluent de la Bussera et de la Tchuapa.

Les particuliers qui fonderont des comptoirs et des établissements de récolte dans les forêts domaniales se verront concéder le terrain dans un rayon maximum de 30 kilomètres. Ce rayon est réduit à 20 kilomètres pour les établissements déjà établis dans les territoires où l'exploitation est libre. L'exploitation du caoutehoac n'est soumise qu'aux tances suivantes : les indigènes ou travailleurs qui récoltent du caoutchouc devront en remettre k l'État une partie

qui ne peut excéder le cinquième de la totalité récoltée ; cette redevance peut être transformée, pour les non-indigènes, sur leur demande, en une taxe de 25 centimes par kilogramme de caoutchouc récolté, taxe qui reste fixe jusqu* à l'achèvement du chemin de fer des Cataractes. Cette taxe représente 4 p. c. de la valeur du caoutchouc en Europe.

Le caoutchouc ne pourra être récolté qu'au moyen d'incisions faites dans les tiges : cette mesure est prise dans le but de sauvegarder les intérêts futurs de lexploitation du caoutchouc, comme nous lavons vu précédemment.

Des peines variant de 100 à 1 ,000 francs et de la servitude pénale d'un jour à un mois sont applicables aux personnes qui auront contrevenu à ce décret.

Il est inutile d'insister sur la générosité qui a dicté les clauses de ce décret au Roi-Souverain : la taxe très minime imposée aux commerçants est destinée à indemniser l'État des frais occasionnés par la surveillance de l'exploitation ; les territoires livrés à l'exploitation privée sont immenses et leur richesse en caoutchouc a été reconnue par tous les explorateurs ; les rives du Kassaï, de la Lulua et du Sankuru regorgent de lianes précieuses; les témoignages de Wissmann, du capitaine Thys et du lieutenant Le Marinel l'attestent suffisamment ; il en est de même de toutes les forêts situées le long du Koango et de ses affluents, explorées par le lieutenant Dhanis, de la Muni et du Lukenye, explorées par MM. Delcommune, Thys et De Meuse, de l'Irebu, de la Bussera et de la Tchuapa, enfin du Ruki. Nous formulons l'espoir que, non seulement des compagnies se fonderont spécialement pour l'exploitation du caoutchouc et reprendront l'idée de la Compagnie des caoutchoucs du Kassaï, mort-née, mais que des particuliers tenteront la fortune, qui doit inévitablement leur sourire en cette circonstance.

Café. — Le café est sans contredit l'un des produits qui offrent le plus d'avenir; le caféier se rencontre à l'état sauvage sur tous les points de l'État indépendant.

Le caféier, arbuste de 1 à 6 mètres de hauteur, se reconnaît facilement : les branches et les feuilles sont opposées; les branches

n'ont pas de feuille terminale à leur extrémité ; la feuille est lancéolée et d*un vert foncé; les fleurs blanches et très odorantes; le fruit contient deux fèves enveloppées d'une gangue rouge.

La culture du café exige quelques soins; on choisit de préférence un terrain humide et bien ombragé; la chaleur est nécessaire au développement de l'arbuste, qui arrive à sa maturité au bout de 4 à 6 ans et atteint alors 3 et même 4 mètres de haut. Les graines doivent être semées lorsqu'elles sont fraîches, car elles perdent rapidement leurs propriétés fécondantes. On plante les graines par rangées distantes de 3 à 4 mètres. Il est nécessaire de protéger les jeunes pousses aussitôt après leur éclosion, après les avoir repiquées, opération qui se fait lorsqu'elles ont 30 à 40 centimètres de hauteur; pour ce, on emploie du treillis sur lequel on dispose des feuillages, ou bien Ton sème du ricin entre les rangées de caféiers. Il est bon de planter, sur le terrain destiné à la culture du café, des bananiers, qui donnent l'ombre indispensable à la réussite de la plantation.

Une plantation de café produit dès la troisième année, et lorsque la croissance est définitive, on peut récolter annuellement 5 à 6 kilogrammes par arbuste ; un hectare de terrain peut contenir mille caféiers .

La Chambre de commerce d'Anvers, à laquelle des échantillons du café congolais ont été soumis, a reconnu la qualité exceptionnelle du café récolté. aux environs de Léopoldville ; ce café a un goût et un arôme délicieux, quoique encore inférieurs à ceux du café de Haïti et de Java; la fève en est très grosse. La Chambre de commerce estime que le café entrera facilement dans la consommation du pays, parce qu'il pourra concourir avec les principales sortes consommées en Belgique, telles que Java, Haïti, Santos.

Le café de Léopoldville a été estimé comme valeur à 228 francs les cent kilogrammes, c'est-à-dire qu'il est coté à une valeur plus élevée que les cafés du Brésil et des Indes.

Les essais de culture du caféier de Libéria et de San-Thome ont parfaitement réussi.

Le Brésil est la contrée qui, actuellement, exporte le plus de

café, et la culture de ce produit constitue une de ses plus grandes richesses; en d880, le Brésil a exporté 214 millions de kilogrammes, valant plus de 300 millions de francs; en 1878, elle a livré à la consommation du monde 226 millions de kilogrammes valant 318 millions de francs. Que l'on juge, d'après ces chiffres éloquents, ce que pourra devenir, au Congo, le commerce de ce produit universellement répandu et si nécessaire aux besoins de Texistence. La culture du café tend du reste à prendre au Congo une grande extension : M. De Poorter, ancien consul de Belgique à Ceylan, se trouve actuellement au Congo, dans le but d'y créer des plantations. Il a choisi, pour le café, un excellent terrain, situé à deux journées de marche de Matadi, le long de la voie ferrée, au plateau de Congo da Lemba. H. De Poorter a pleine confiance dans le succès de sa tentative et a déjà commencé les défrichements et les semis.

Dans le Haut-Congo, TÉtat possède des pépinières à Léopoldville, Kinchassa, Equateur, Bangala, Basoko, Stanley-Falls. Les principaux villages bangalas ont des postes de soldats noirs ; ces soldats ont reçu des grains de café et de cacao et ont établi de petites plantations autour de leurs postes : on espère ainsi, et avec raison, encourager les indigènes à prendre goût à de nouvelles cultures.

Ricin. — Nous venons de parler du ricin comme d'une plante aidant à la croissance des jeunes pousses de caféier. Le ricin est lui-même une plante utile sous bien des rapports ; il s'accommode de tous les terrains ; il n'exige que peu d'humidité et vient même dans les terrains sablonneux; la culture n'en veut pas de soins. On peut le semer dans les plantations d'arachides, de café, etc., où ses feuilles procurent une ombre bienfaisante. Les graines du ricin servent à la fabrication d'une huile qui vaut en Europe, en moyenne, 55 francs les 100 kilogrammes. C'est un produit d'avenir, que nous employons à beaucoup d'usages : dans la pharmacie, dans la savonnerie, dans la teinturerie et dans le graissage des mécaniques.

Cacao. — Le cacaoyer est originaire d'Amérique, mais les essais

de culture tentés jusqu'à présent au Congo, à Léopold ville, à Nouvelle-Anvers, à l'Equateur, au Tanganyka, etc., ont pleinenient réussi et permettent de compter ce produit parmi ceux qui occupent les premières places pour l'exploitation future.

Le cacaoyer atteint toute sa croissance, 4 à 5 mètres, vers neuf ans. Pour le cultiver, on choisit un terrain à Tabri des vents; on dispose des rangées, distantes de 4 mètres, de petits monticules de terre, de 25 à 30 centimètres d'élévation ; on plante dans ces petits monticules, à la saison des pluies, des graines fraîches : il est indispensable de semer à la saison pluvieuse, car la plante doit avoir acquis, à la saison sèche, assez de force pour supporter les effets nuisibles de cette saison. Elle exige de l'ombre et une chaleur d'au moins 20 degrés : le meilleur moyen de lui procurer cette ombre est de faire la plantation de cacao sous les bananiers.

Les soins que nécessite la culture du cacao sont très minimes : on remue fréquemment le sol autour de la plante, afin de tuer les mauvaises herbes, et on arrache les cacaoyers morts; on élague tous les rejetons. On détruit la floraison les deux premières années; la troisième année, la floraison envahit tout l'arbre, et la fleur met environ six mois pour devenir un fruit assez gros, sorte d'amande brune entourée d'une pulpe blanche, qui, distillée, produit une liqueur d'un goût semblable à celui du rhum. La première récolte est d'environ trente fruits, chiffre qui va augmentant chaque année jusqu'à la maturité, où l'arbre peut produire jusqu'à quatre-vingts fruits.

Le cacaoyer produit, pendant quarante ans, une moyenne annuelle de deux kilogrammes de fruits, qui fournissent à peu près un kilogramme de cacao sec; cette proportion augmentera à mesure que l'acclimatation du cacaoyer se fera dans des conditions plus favorables et que la culture en sera plus soignée.

Indépendamment de l'usage connu de la poudre de cacao, les graines fournissent des matières employées en médecine, telles que le beurre de cacao, la théobromine, etc.

On peut planter en moyenne 400 cacaoyers par hectare de terrain ; chaque plante procure, à l'âge de six ans, un kilogramme de

cacao sec, soit 400 kilogrammes qui, rendus en Europe, seraient vendus 1 franc 90 ou 2 francs. Une plantation de 100 hectares de cacaoyers produiraient donc annuellement 80,000 francs de cacao sec.

Ces chiffres sont approximatifs ; ainsi le prix du cacao en Europe varie selon la qualité; certaines espèces se vendent jusqu'à fr. 2.40 et fr. 2.50 le kilogramme.

Indépendamment des bénéfices réalisés sur le cacao, il faut compter ceux provenant de la production des bananiers destinés à fournir Tombrage aux jeunes cacaoyers.

Tabac. — Le tabac se retrouve partout au Congo, où les indigènes le cultivent sans le moindre soin : ils se contentent de remuer légèrement le sol autour de leurs cases, d*y jeter les semences de tabac, et ils laissent pousser la plante jusqu'à ce qu'elle ait atteint une certaine hauteur; alors ils arrachent les feuilles lorsqu'ils en ont besoin et les fument telles quelles.

La plante de tabac a une hauteur moyenne de trois mètres; les feuilles en sont grandes ; les fleurs roses ou jaunes.

Le tabac cultivé par les Batekes est, d'après le père Herlon, d'une grande valeur et l'arôme en est exquis et comparable à celui des feuilles havanaises. En général» le tabac est assez acre à cause de la mauvaise préparation des indigènes; ainsi, dans TUbangi, les noirs vendent le tabac par feuilles fraîches et le mâchent ou le fument sans préparation; le tabac des environs de Kuamouth est tellement chargé de nicotine qu'il étourdit.

Les indigènes de l'Equateur et les Batekes, d'après le capitaine Van Gèle, entourent les feuilles de tabac d'une feuille de bananier, et ils ûcèlent fortement le rouleau, auquel ils donnent une forme de saucisson ; ils maintiennent le rouleau fermé au moyen de petites chevilles de bois.

c( Le tabac de l'Equateur, nous écrit un ami, est abusivement appelé tabac de Lukolela, pzrce que c'est dans cette contrée qu'on l'achète; il vient de l'Âlima (Congo français), d'où les indigènes viennent échanger les produits à Lukolela, pour avoir des vivres. »

Les plants de tabac indigène, bien cultivés, entretenus avec

soin, donnent un excellent produit : il faut citer notamment le tabac de Djabbir Bandja et celui de Kassongo, qui peuvent rivaliser avec les meilleurs produits de l'espèce.

Il y a deux qualités, Tune, de couleur claire, est très forte; celle de couleur foncée est légère.

La consommation du tabac prenant chaque jour une extension de plus en plus considérable, et, disons le mot, effrayante, surtout en Europe, où la Hollande tient le premier rang sous ce rapport, il n'est pas douteux que l'exploitation de cet abondant produit du sol congolais ne tienne une grande et sérieuse place dans la colonisation. Une société a été formée en 1892 à Anvers, pour commencer cette exploitation.

Canne a sucre. — La canne à sucre est l'un des principaux produits que le colon mettra à profit au Congo. La canne à sucre n'est pas originaire du Congo, mais bien de l'Asie orientale ; elle a été importée à la côte occidentale d'Afrique par les Portugais, au dixseptième siècle. Il y en a deux variétés. La culture n'en exige que peu de soin : on creuse des sillons assez rapprochées, dans lesquels on plante des fragments de canne portant quatorze yeux, et la canne pousse sans que le colon ait besoin de s'en occuper. On fait la coupe annuellement. La canne à sucre dans sa maturité a Tallure du bambou; sa taille est assez élevée, de 2 à 5 mètres, et les tiges en sont très grosses, de couleur jaune ou violacée; elle produit une multitude de fleurs argentées.

Jusqu'à présent, c'est l'Amérique qui produit le plus de canne à sucre ; le terrain qu'on y consacre prend parfois des proportions immenses ; ainsi il n'est pas rare de voir, dans la République argentine, des plajilations de canne occupant jusqu'à 2,000 hectares de terrain.

La canne à sucre est d'un bon rapport : en moyenne, l'hectare produit 50,000 kilogrammes de jus qui fournissent 3,000 kilogrammes de sucre.

Les indigènes fabriquent un vin de canne, appelé m/tf mu; ils écrasent la moelle de la canne, la recueillent dans de grands bols, où ils la font fermenter avec de l'eau ; on transvase ensuite le liquide

dans de grands pots en terre cuite. Le vin ainsi obtenu a un goût très agréable et est très rafraîchissant.

Arachide. — L*aracbide est une plante qui vient au bout de quatre mois dans un sol favorable, c*est-à-dire dans un terrain léger ; on remue légèrement le sol, on jette la semence au hasard. La plante, haute de 30 à 50 cm., produit des petites fleurs jaunes qui, après avoir été fécondées, s'enfoncent dans le sol, où le fruit se développe. Ce fruit est une amande qui, crue, a le goût de la noisette ; cuit, il a un goût agréable et on le mange même comme friandise. Les noirs mangent, en guise de légume, une arachide de qualité moindre, appelée ju^u tnawe.

L'arachide fournit de l'huile en abondance (40 à 45 p. c). Les indigènes ne l'extraient pas; ils viennent simplement vendre les fruits aux comptoirs et aux factoreries. L'huile d'arachide est très estimée comme huile comestible; on extrait alors du fruit la moitié de son poids; on s'en sert aussi pour la parfumerie et pour l'éclairage et alors on se contente du tiers du poids du fruit. Le commerce de cette huile s'accrott dans des proportions considérables.

L'arachide vaut en moyenne, en Europe, 300 à 350 francs la tonne.

La Compagnie des Produits possède à Mateba une huilerie où Ion extrait l'huile d'arachide et de palme.

Riz. — L'introduction du riz au Congo est d'une importance primordiale, car elle est indispensable à l'entretien des blancs et des indigènes, et, de même qu'aux Indes et dans la plupart des colonies, il est destiné, avec le maïs, à former la base de l'alimentation des futurs colons, des soldats composant les expéditions, du personnel des stations, etc.

Les essais de culture du riz ont fort bien réussi au Congo : ce sont les Arabes qui ont les premiers importé ce précieux produit aux Stanley-Falls où la culture en a pris une extension considérable. Depuis, de superbes rizières ont été installées à Luluabourg, Bangala, Basoko, Ibembo, dans le Lomami, et elles fournissent en abondance un riz de première qualité. Dans un bon terrain le riz

produit au bout de trois mois. La culture en est facile et exige fort peu de soin ; le sol doit être très humide.

Haïs. — Le maïs est un produit similaire au riz sous le rapport de Tutilité. 11 vient très bien au Congo où Ton en fait deux récolles par an, et dans certaines stations plus favorisées, jusqu'à trois ou quatre récoltes.

Le maïs est très nourrissant ; il entre pour une bonne part dans la nourriture des blancs et des indigènes au service de TÉtat; les jeunes épis, bouillis et mangés avec du beurre, du sel et du poivre, forment un plat excellent; on mange aussi le maïs grillé.

Les indigènes de certaines régions font fermenter les graines et eu retirent une sorte de bière.

Sorgho *-^ Le sorgho fournit, par la compilation desesgraines, une farine comestible. G*est une graminée de grande taille, introduite par les Arabes, qui exige un sol fertile. Les feuilles du sorgho peuvent servir à l'alimentation du bétail.

Sésame. — Le sésame n*est pas un produit à recueillir dans de grandes cultures. Les indigènes le cultivent eux-mêmes et le vendent aux factoreries. Les gens de TUelle et les Arabes s'en servent dans la préparation des aliments.

L'huile que l'on retire du sésame sert comme comestible; on l'emploie aussi pour l'éclairage et la savonnerie. Elle n'est pas de première qualité.

Manioc. — Nous avons longement parlé de ce précieux produit indigène à notre chapitre des productions végétales ; son importance est énorme, car le jour où les relations avec le cœur de l'Afrique seront rendues des plus faciles par le chemin de fer des Cataractes, et qu'on aura amené les indigènes à se consacrer à la culture de cette plante nourrissante, le manioc pourra s'exporter en immenses quantités, et remplacer avantageusement, au point de vue de l'économie, le blé dans la subsistance des familles pauvres... N'est-il pas atroce de songer que des milliers de Russes sont morts

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