III. — Produits commerçâbles
Vivoire est sans contredit le produit le plus lucratif du commerce africain. C'est une matière que sa beauté et sa consistance font rechercher pour la confection d'objets de luxe. Elle est fournie par les défenses d*éléphant et les dents d*hippopotame, mais ce dernier ivoire est de qualité inférieure.
Depuis des années Tivoire exporté des Indes en Angleterre a fait la fortune des négociants en Tespèce. L'ivoire asiatique diffère sensiblement de l'ivoire africain : les défenses provenant de Téléphant d'Asie sont moins grosses et l'ivoire en est moins dur; de plus, il a le défaut de jaunir, tandis que celui du Congo conserve en tout temps sa blancheur immaculée.
c( L'ivoire, dit M. le comte H. d'Ursel, se vend dans le monde entier. Chacun a vu de ces jolis objets travaillés par les Chinois et les Indiens, très en vogue chez eux, et même chez nous. En Europe et en Amérique, on le travaille beaucoup, pour des usages de luxe et pour quelques usages domestiques.
» La majeure partie de l'ivoire qu'achète TAngleterre est employée à garnir des manches de couteaux de table; pour ce seul usage, il y en a une telle demande, que les défenses vendues en Angleterre même ne suffisent pas à la satisfaire. — On fait des pièces semblables en France également, mais on y fabrique pourtant plus particulièrement le couvert à salade, surtout dans le département de l'Oise, où certaines localités vivent presque tout entières du travail de l'ivoire. Dans cette contrée, chaque établissement ayant quelque importance achète annuellement pour plus de SO, 000 francs d'ivoire et produit près de 9,000 couverts; on les taille à même dans la dent, avec une scie très fine mue par la vapeur. Les déchets, qui sont toujours importants, sont vendus : ils servent à d'autres ouvriers moins bien outillés et disposant seulement d'un instrument mû avec le pied : ces derniers débitent les déchets en touches de piano, boutons de carrosserie, feuilles et baguettes pour la marqueterie, et en mille objets de toilette.
» Dieppe a la spécialité des objets de fantaisie en ivoire. A Paris,
où se trouvent réunies toutes les branches de Tindustrie qui nous occupe, se trouvent aussi les acheteurs en gros : ils sont deux ou trois, et tout le commerce de cette matière dans leur pays dépend d*eux; ils la centralisent et maintiennent de cette fagon une hausse un peu factice des prix. »
On considère deux portes d*ivoire : Tivoire mort et Tivoire vivant. Depuis des siècles, les indigènes des contrées équatoriales ont recueilli des défenses d'éléphants ; frappés par la beauté du produit, ils les ont amassées, les considérant comme une matière échangeable, pour eux de valeur peu élevée; ils s'en sont servis, dans certaines contrées, comme TUelle, pour la fabrication de trompes, de fétiches, d*ustensiles de cuisine, de pilons, etc... Depuis que les blancs ont mis le pied au cœur du continenti ils ont récolté, ou acheté aux noirs une quantité considérable de la précieuse matière, et cette quantité est insignifiante en comparaison du stock immense qui dort encore, capital improductif, dans les villages non explorés.
Mais lorsque le stock sera épuisé?... De longues années s'écouleront avant que se produise une disette d*ivoire ; et après Tivoire mort, il restera l'ivoire vivant. La race des pachydermes se multiplie étonnamment et est si populeuse dans le Haut-Congo qu'il est impossible de l'éteindre complètement. Tous les voyageurs signalent la présence de nombreuses troupes d'éléphants, qui s'approchent même des stations. Dans le Bas, la race a à peu près disparu, refoulée par l'invasion des hommes blancs et l'apparition des armes meurtrières, et la présence d'un éléphant devient un événement; mais vers le Haut et surtout dans les contrées situées entre le Congo, rubangi et l'Uelle, l'éléphant abonde : Stanley évalue à 200,000 le nombre des éléphants existant au Congo; Livingstone raconte qu'il a rencontré à plusieurs reprises des bandes de plus de 500 éléphants ; le voyageur français Semelle affirme avoir constaté lui-même le passage du Benue, affluent du Niger, par une troupe de 4,400 à 1,500 pachydermes.
Lorsque des factoreries seront établies sur tous les points du Haut, et que de hardis chasseurs, avec leurs armes perfectionnées, ne craindront pas d'aller attaquer dans les forêts profondes les
redoutables colosses, le commerce d'ivoire prendra une extension nouvelle.
En attendant, le Roi a jugé prudent, dans l'intérêt de la conservation de la race des éléphants, de défendre provisoirement la chasse à l'éléphant, qui est interdite sur tout le territoire de l'Élat. à moins de permis spécial : les contraventions à cette loi sont punies d'une amende de 25 à 500 francs et de la servitude pénale de un mois à deux ans.
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