X. — Meilleurs que nous ou pires. — Comment pou
vous-nous résumer les principaux traits intellectuels et moraux de la population congolienne ? Tout jugement porté sur le nègre doit être empreint d'inexactitude, sinon de partialité. En effet, les voyageurs nous rapportent le portrait de l'indigène africain, non tel qu'il est, mais tel qu'il ont cru le voir à travers le prisme de leur mentalité européenne. On peut affirmer que le nègre nous ressemble beaucoup, comme un homme à un autre homme, mais avec des différences qui trouvent leur origine dans la différence des milieux. Le milieu du nègre est la nature vierge, généreuse et rude des régions équatoriales. Le nôtre, loin d'être la nature encore vierge, porte au contraire l'empreinte profonde du développement séculaire d'une haute civilisation. Nous avons à considérer le nègre comme un homme plus rapproché que nous de l'état de nature, d'une mentalité autre que la nôtre, mais aussi valable et aussi respectable. Le noir, le jaune, le cuivré, sont des hommes exactement au même titre que le blanc.
Le nègre nous paraît enfant ; il est sentimental et très spontané ; il est craintif, ce qui paralyse souvent en lui l'esprit d'initiative ; il est souvent imprévoyant, vit dans le présent et non dans l'appréhension d'un avenir malheureux. Il se contente d'assez peu : la satisfaction de ses besoins immédiats. La terre féconde lui accorde assez facilement un entretien rudimentaire, aussi ne cherche-t-il guère à développer ses ressources. Comme souvent l'homme civilisé, le nègre est bavard et aime les contes. Comme nous il est coquet, il aime se parer et, nous prenant pour être puissants et supérieurs à lui, il se pare volontiers de nos défroques. En cela comme en tant de choses, il cherche à nous ressembler. Certains explorateurs le disent fréquemment inhospitalier, vindicatif et essentiellement menteur, mais nous accorderons plutôt créance à d'autres qui l'affirment aimable lorsqu'on l'aborde simplement et honnêtement, qui le disent hôte très
généreux et véridique de nature. Sa crédulité, disent-ils, traduit sa bonne foi, son mensonge trahit toujours un état de crainte, de méfiance et de défense, vis-à-vis de son interlocuteur blanc. Tous, nous savons que la crainte engendre le mensonge, défense du faible. L'on est d'accord pour reconnaître au nègre une très haute faculté d'adaptation. De sa psychologie sociale et individuelle semble ressortir trois tendances : celle du commerce, celle d'imitation et le désir illimité d'apprendre.
Ce désir s'extériorise par des séries de questions qui n'ont pas de fin lorsqu'on veut bien y répondre avec bonté, ce à quoi le nègre est très sensible. Ce désir d'apprendre est secondé à merveille par un esprit d'observation toujours réel et quelquefois très sagace. Ces tendances de l'esprit nègre que l'on retrouve quelquefois chez nous, Européens, nous montrent combien seuls les bons exemples et les bons procédés réussiront à élever notre frère congolien à un état de civilisation supérieur à celui où il se laisse vivre.
« Tout mon contact avec les noirs me les a montrés semblables à nous. Mis dans les mêmes conditions, dans toutes les mêmes conditions, le blanc et le noir réagiront de même. D'autre part, demeuré plus près de la nature, le noir congolais est d'intelligence pratique infiniment plus vive que la plupart des blancs. Il doit en effet se suffire très souvent à lui-même à peu près pour tout, et c'est toujours un spectacle poignant pour un penseur que de voir le noir aux prises avec les mille difficultés de la vie dans la brousse, aux mauvais passages d'eau par exemple, aux campements par mauvais temps, etc. Ils accomplissent alors de véritables tours de force d'ingéniosité et de labeur. Quand le blanc voudra bien reconnaître l'inanité de sa morgue vis-à-vis des autres couleurs, ces autres couleurs pourront lui devenir mieux connues, et par suite le travail commun en bénéficiera pour Vavantage commun. » (Lemaire, correspondance).
LE GOUVERNEMENT COLONIAL. - RÉGIME POLITIQUE, ADMINISTRATIF, JUDICIAIRE, FINANCIER
I. — Le GOUVERNEMENT. — La reprise du Congo par la Belgique se fit au cours des années 1907 et 1908. Le 28 novembre 1907 le traité de cession fut conclu entre l'État Indépendant du Congo et la Belgique. Le 20 août 1908, la Chambre des représentants et le 9 septembre 1908, le Sénat votèrent l'annexion. Le 18 octobre suivant fut donné l'arrêté royal promulguant la loi d'annexion. A partir du 15 novembre dernier (1908) la Belgique assura l'exercice de son droit souverain sur sa colonie. Jusqu'alors le Congo avait été pays de colonisation personnelle dénommé État Indépendant et gouverné par un souverain absolu, le roi Léopold. Celui-ci exerçait directement les pouvoirs législatif, exécutif et administratif. Il s'était entouré de divers services constitués en un gouvernement dit central, siégeant à Bruxelles et un gouvernement dit local, siégeant à Borna, ville capitale du Congo.
Le gouvernement central dirigé par un secrétaire d'État comprenait trois départements : affaires étrangères, finances et intérieur.
Le gouvernement local était dirigé par un gouverneur général représentant le roi en Afrique. Assisté d'un vice-gouverneur, d'un inspecteur d'État et d'un secrétaire général, il assurait l'exécution des décrets et décisions du souverain et avait la haute direction de tous les services. Le Congo est divisé en 14 districts à la tête desquels sont placés des commissaires
de district. Ceux-ci sont secondés par les chefs de zone et de secteur et par les chefs de poste.
Actuellement, la colonie est administrée par un ministère des colonies ayant son siège dans la capitale de la métropole et remplaçant le gouvernement central. Le gouvernement local est devenu une administration locale. Des
Fig. 84.. — Panorama d'une station : M'pwéto (Pwéto) en 1898 sur le lac Moéro. — A gauche, espace carré clôturé avec habitations assez vastes : quartier des Européens; — au centre 12 cases disposées en deux rangées : quartier de la force publique ; — à droite, deux files de nombreuses cases moins grandes que celles des soldats : quartier des travailleurs ; — entre les huttes des travailleurs et la berge du lac : jardins potagers. (Phot. Lemaire.)
Cette photographie, fort intéressante, constitue à elle seule une leçon de topographie urbaine qui pourrait s'appliquer à plus d'une de nos cités européennes : quartier aristocratique, militaire, populeux. Remarquer la route aboutissant sur la place entre le quartier européen et le quartier militaire.
changements fondamentaux seront probablement et à bref délai apportés dans le système des services locaux et dans les attributions des fonctionnaires en Afrique, en un mot dans toute l'administration locale en raison de la transformation du régime politique du Congo qui, naguère colonie personnelle autocratique, est devenue colonie nationale bénéficiant des garanties constitutionnelles de la métropole. Les territoires soumis à la colonisation bel^e sont non seulement ceux de l'ancien État Indépendant du Congo, mais
Fig.
Vue générale d'une station militaire de l'État : Doungou en 1903. A l'avant plan : jeunes bananiers. (Fhotogr. Lemaire.)
Fig. 86. — Sur la ligne de faîte Congo-Zambeze près du lac Dilolo. Campement de la mission scientifique du Katanga. Au second plan, à gauche, butte géodésique établie par la mission. A l'arrière-plan à droite, on aperçoit le lac. Remarquer le caractère de haute plaine et l'aspect du tapis végétal. (Photogr. Lemaire.)
encore ceux pris à bail à l'Angleterre par le dit État par la convention de 1894 : l'enclave de Lado qui fera retour à l'Angleterre à la mort de Léopold II et la petite enclave de Mahagi sur le lac Albert dont le bail ne sera pas rompu par suite de la mort du roi. Les conventions de 1894 et de 1907
Fig. 87. — Intérieur d'un poste militaire de l'Etat : Faradj, station fortifiée. Au milieu, à l'arriêre-plan, porte d'entrée avec corps de garde, prison, etc. ; à gauche au second plan : maison du chef de zone ; à droite au second plan : bâtiment pour blancs, avec magasin; à lavant-plan : factionnaire soldat nègre de la force publique. (Photogr. Lemaire.)
reconnaissent à la Belgique le droit d'en bénéficier aussi longtemps qu'elle possédera le Congo. L'enclave de Mahagi présente un intérêt considérable car elle ouvre à la colonie belge un débouché par la voie du Nil. Il est vrai que la navigation y est interrompue par le sedd, mais ce n'est là qu'un obstacle temporaire qui sera vaincu dans un délai rapproché par la colonisation anglaise du Soudan nilien.
IL LA POPULATION BLANCHE. — La colonisation active sur le sol africain se fait par un nombre croissant d'Européens de diverses nationalités, aidés par une multitude de travailleurs noirs.
Au Ier janvier 1908, il y avait sur la terre congolienne 2,943 blancs parmi lesquels 1,743 Belges, 200 Suédois, 197 Italiens, 145 Anglais, 129 Portugais, 124 Hollandais, 88
Suisses, 58 Français, 57 Allemands, 55 Russes, 54 Norvégiens, 47 Américains, 36 Danois, 25 Luxembourgeois, 14 de nationalités diverses.
Il n'est guère possible de se faire une idée même approximative de la répartition des blancs en considérant leur classement par districts, ceux-ci étant des divisions territoriales administratives de dimensions extrêmement variables. Les groupements de plus de 25 blancs sont peu nombreux et
88. — Type d'une habitation pour Européen. Remarquer le double toit de chaume et la galerie abritée par le toit débordant. (Photogr. commun, par M. Lemaire.)
varient d'ailleurs beaucoup d'une année à l'autre suivant les exigences des services d'administration et d'exploitation. En 1908 — Ier janvier — Borna comptait 262 blancs, Léopoldville 208, Matadi 155, Stanleyville 83, Kindou 72, Dima 49, Thysville 38, Nouvelle-Anvers 36, Banana 35, Kinchasa 32, Pwéto 30, Coquilhatville 29, Toumba 27, Kisantou (mission située non loin du chemin de fer, à moins de too kilomètres de Léopoldville) 26.
Parmi cette population, la mortalité fut grande dans les débuts de la colonisation. La connaissance du milieu qui se traduit par toutes espèces de pratiques individuelles et de mesures collectives, fait diminuer cette mortalité d'année en
année. En 1902 elle atteignait 6.31 p. c, en 1903 5.09 p. c, en 1904 4.23 p. c, en 1905 3.41 p. c, en 1906 2.85 p. c, en 1907 2.97 p. c. Le choix d'un personnel d'élite au double point de vue physique et moral s'impose comme facteur essentiel de la diminution de la mortalité des colons.
III. Les CULTES. — La liberté de conscience et la tolérance religieuse sont garanties par l'Acte général de Berlin. L'organisation religieuse est d'initiative privée avec l'approbation du gouvernement.
340 missionnaires catholiques belges des deux sexes et 211 missionnaires protestants des deux sexes administrent des missions religieuses dont le but est d'évangéliser, d'instruire, de civiliser les noirs. Leur principal moyen d'action est l'établissement de colonies scolaires, de lazarets, de dispensaires, de refuges, de fermes-chapelles, etc. D'après les voyageurs les plus dignes de foi, leur influence est bienfaisante.
IV. LA FORCE PUBLIQUE. — La force publique (13,750 hommes) recrutée par levées et par engagements a pour but d'assurer la police intérieure de l'État.
V. La JUSTICE. — Le pouvoir judiciaire se résume en ceci : en matière civile et commerciale, les différends sont tranchés par les tribunaux de l'État excepté dans les cas où les deux parties en cause sont indigènes, auquel cas le chef local juge selon la coutume; en matière répressive, toute infraction à la loi pénale commise par un blanc ou un indigène est jugée par les tribunaux de l'État. Dans certains cas, les indigènes peuvent être soumis à l'application des coutumes indigènes.
VI. - - Les finances. — La Dette. — La valeur totale de la dette congolaise s'élevait à 114,576,650 francs au moment de la reprise de la colonie par la Belgique.
Cette dette comporte une charge annuelle de 4,510,705 francs. Elle a été contractée par une série d'emprunts de 1887 à 1906. Nous renvoyons le lecteur à la partie historique de ce court aperçu pour lui rappeler la genèse financière des rapports entre la Belgique et l'État du Congo.
Le budget arrêté de 1908 se marquait par un léger excédent des recettes ordinaires, 35,378,000 francs, sur les dépenses ordinaires, 35,344,088 francs. Les dépenses extraordinaires prévues s'élevant à 3,901,875 francs, il restait 3,866,963 francs à couvrir par la voie d'emprunt.
Le budget arrêté de 1909 se différencie en un budget métropolitain destiné à couvrir uniquement les dépenses que l'administration de la colonie exige dans la métropole (ministère des colonies) — ces dépenses s'élèvent à 942,450 francs — et un budget colonial local. La recette ordinaire balance la dépense ordinaire : 36,094,036 francs. LTne somme de 8,423,300 francs consacrée à des dépenses extraordinaires sera demandée à l'emprunt
Les impôts. — Les ressources ordinaires de la colonie, ou mieux de l'État du Congo, jusqu'à la reprise, ont été i° des contributions directes et indirectes sur les non-indigènes; 2° les douanes ; 30 — part la plus considérable — contributions sur les indigènes, payables en argent, en nature ou en prestations. Elles étaient payables en général par douzièmes, l'argent d'impôt ne pouvant sortir des limites 6 à 24 francs par tête, le travail à fournir en manière d'acquittement d'impôt ne pouvant excéder 40 heures par mois. En 1908, 975,000 indigènes étaient inscrits aux rôles des prestations. La grande Tqajorité travaillait à la récolte des produits domaniaux (caoutchouc et copal), au pcrtage, etc. Un grand nombre encore payait les impôts en nature. Enfin, une très faible minorité, 85,000, remettait en argent le montant de ses contributions.
La réforme du système d'imposition indigène s'est montrée comme une des plus urgentes. La question d'introduction et de généralisation de l'emploi du numéraire est intimement liée à celle des impôts. Nous en parlerons un peu plus loin.
La monnaie '. — Le système officiel des monnaies, poids et mesures de l'État du Congo était le même qu'en Belgique. Par une convention toute récente, la colonie belge est incorporée à l'Union latine : les monnaies belges d'or et d'argent ont cours dans la colonie. Par mesure de transition, les monnaies frappées par l'État Indépendant du Congo auront encore cours un certain temps. Le billon qui sera frappé spécialement pour la colonie n'aura pas cours en Belgique.
L'emploi du numéraire s'introduit avec une lenteur extrême parmi les indigènes. De nombreux essais locaux ont pourtant été couronnés de succès. Il en est de même au Gabon (Congo français), en Afrique occidentale française, où l'emploi du numéraire, encore tout à ses débuts, facilite étonnamment les transactions commerciales. Toutes les tentatives et spécialement le fait qu'aux environs des stations — tant au Congo belge que dans les colonies étrangères — l'indigène se familiarise petit à petit avec l'emploi du numéraire, montrent toute la nécessité qu'il y a de payer en argent les produits ou le travail de l'indigène.
VIL Le RÉGIME FONCIER. — Pour une exploitation rapide, une appropriation économique du sol s'imposa à l'administration de l'État Indépendant du Congo. Avant la reprise, en 1908 encore, cette appropriation, par une série de nombreux décrets souverains, se trouvait réglée ainsi qu'il suit :
i° Domaine -public, hors du commerce, pas susceptible de propriété privée, plus particulièrement affecté à des services publics, consistant en rivières, cours d'eau navigables ou flot-
tables avec leurs mes, chemins, chemins de fer, routes, rivages, lais et relais de la mer, ponts, forteresses, etc.
2° Domaine privé (D.P.) originairement constitué par toutes les terres que possédait l'État et qui étaient susceptibles d'appropriation privée, c'est-à-dire que l'État avait le droit de céder en pleine propriété, en location, en usufruit ou en concession. Ce domaine privé comportait toutes les terres vacantes — res niillius (i) — c'est-à-dire non occupées par les indigènes ou non possédées par de non-indigènes. Une partie très considérable de ce domaine privé fut aliénée au profit de la Fondation de la Couronne et de sociétés d" exploitation concessionnaires. Une autre partie considérable fut exploitée en régie par l'État du Congo. Le restant attendait la mise en valeur soit en régie, soit en concession.
Un décret souverain du 3 juin 1906 détacha du domaine privé toutes les terres exploitées en régie et toutes les mines non encore concédées pour en constituer le domaine national. Il en résultait qu'à partir de la promulgation de ce décret, le domaine privé de V Etat du Congo consistait en toutes terres possédées par l'État, à V exclusion de celles administrées en régie et des mines déjà concédées.
30 Domaine national, formé en exécution du décret précité par toutes les terres administrées en régie et toutes les mines non concédées à la date du 3 juin 1906. D'importantes parties de ce domaine ont été aliénées en pleine propriété ou en usufruit ou en concession au profit de particuliers, de sociétés, de missions ou encore de la Couronne.
40 Domaine de la Couronne, constitué, étendu, organisé, réglementé en exécution d'une série de décrets souverains promulgués de 1896 à 1904. Formé d'une partie déterminée du domaine privé, il était la propriété de la Fondation de la Couronne qui jouissait de la personnalité civile. Différents décrets apportèrent des modifications au domaine de la Cou-
(1) Littéralement : chose de personne, n'appartenant à personne,
ronne et concédèrent à des sociétés des droits d'exploitation sur une grande partie de ses territoires. L'État du Congo se chargea d'exploiter les terres de la Couronne de même que celles de certaines concessions (Abir et M on gala) — (décret du 22 décembre 1906).
Enfin, au cours des pourparlers entre l'État Indépendant du Congo et la Belgique au sujet de la reprise de la colonie, un décret souverain fut promulgué le 5 mars 1908 retirant à la Fondation de la Couronne la personnalité civile à partir du jour où la Belgique assumerait l'exercice de la souveraineté du Congo, ses biens devant faire retour au souverain Léopold. Celui-ci, moyennant des engagements de la Belgique lui céderait à la dite date les terres vacantes du domaine de la Couronne — les concessions faites étant respectées — ainsi que le portefeuille et des immeubles de la Fondation. Le Roi-Souverain se réservait 40,000 hectares dans le Mayoumbé.
Ainsi donc, en vertu de ce décret, le domaine de la Couronne fut supprimé de droit et de fait par la reprise de la colonie par la Belgique — (15 novembre 1908, date à laquelle la Belgique assuma l'exercice de la souveraineté du Congo).
5° Terres acquises -par les non-indigènes, particuliers, sociétés ou missions. Ces terres ont été achetées aux indigènes ou à l'État ou bien elles ont été données en bénéfice de location ou de concession par l'État qui les détacha ainsi de son domaine privé. Quelques-unes enfin furent attribuées en don à des missions religieuses.
6° Terres appartenant aux indigènes, propriétés des indigènes en vertu de leur droit d'occupation. En général et à cause souvent de l'état semi-sédentaire, semi-nomade du cultivateur nègre, ces terres n'ont pas été délimitées. Des décrets souverains ont bien été promulgués ordonnant cette délimitation, mais les difficultés d'exécution de ces décrets sont extrêmes.
L'annexion du Congo étant chose accomplie, le régime foncier de la colonie se trouve modifié. Existent encore : ;° le Domaine public, 2° le Domaine privé avec le Domaine
Esquisse de l'appropriation foncière
Ancien domaine Domaine privé Territoires
de la Couronne avec domaine national concédés
Fig 89 Échelle 1 à 25.000 000
national, 30 les terres acquises par de non-indigènes, 40 les terres appartenant aux indigènes. Le principe fondamental de cette appropriation des terres gît dans le mode d'exploitation que l'on a cru nécessaire d'appliquer aux terres congo-
liennes. Ou bien l'État exploitait d'une part en régie le domaine national, pour son propre compte, d'autre part le domaine de la Couronne pour le compte de la Fondation de la Couronne et certaines terres concédées pour le compte des sociétés concessionnaires elles-mêmes (Anglo-B elgian-India Rubber ou Abir dans le district de l'Equateur, bassin du Lopori et de la Maringa, et Mongala dans le district des Bangalas, bassin de la Mongala) ou bien les sociétés concessionnaires et les propriétaires privés exploitaient directement les territoires dont ils avaient la concession ou la propriété. Il pouvait aussi se produire que cette exploitation se fît en association mutuelle, voire avec l'État
La nationalisation belge de la colonie qui fut l'État Indépendant du Congo entraînera forcément des réformes considérables dans son organisation administrative, judiciaire et financière. Parmi ces réformes, les modifications à apporter au régime foncier sont les plus urgentes parce qu'elles concernent le plus directement la situation de l'indigène et ses rapports vitaux avec le blanc.