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Les Kundu. — Groupe des Kundu

Bole, Busira, Kele, Imoma, Bolengo, Yangi, Elanga, Penge, Yembe, Bakonda.

Le tatouage de race de la grande famille des Kundu consiste en lignes d'incisions parallèles et horizontales disposées entre l'œil et l'oreille.

Les Kundu occupent tout le sud du district de l'équateur et la partie du district du lac Léopold II située au nord de la Lukenie et à l'est du lac. Leur mouvement de migration du nord au sud ne fait aucun doute.

Parmi les groupes importants des Kundu il y a lieu de distinguer :

Les Bole dans les environs de Waka (Momboyo).

Les Busira habitant la moyenne Busira.

Les Kele riverains de la Luilaka.

Les Imoma habitant exclusivement les rives de la haute Lokoro.

Les Bolengo, voisins de ces derniers, ne s'occupant pas d'agriculture.

Les Yangi.

Les Elanga établis dans la région qu'ils occupent, il y a environ cinquante ans, et qui en ont repoussé les Penge.

Les Penge.

Les Yembe qui couvrent le pays situé à Test du lac Léopold II et limité au nord par la Lokoro et au sud par la Lulabu.

Les Bakonda, à Test des Yembe, vêtus de peaux d'antilopes retenues par une courroie. Leurs armes sont l'arc et la lance.

Sur la rive gauche du Kasai, entre Eiolo et Mange, sont établies deux petites tribus, les Balodi ou Balori à l'ouest, et les Banguli à l'est.

Leur occupation principale est le travail du fer; les seconds cultivent un tabac de bonne qualité qu'ils roulent en forme de carottes.

Au sud des Balodi, le pays est occupé jusque vers Madina par les Badinga, qui s'étendent à l'est jusqu'à la Lubue, et à l'ouest jusque vers le Kwilu,

Les villages Badinga sont généralement pauvres et peu importants (20 cases au maximum). Il est d'ailleurs rare qu'un village reste plus d'un an au même endroit, étant donné le caractère nomade de ses habitants.

Le Badinga est avant tout grand chasseur et se sert souvent de filets confectionnés au moyen de lanières d'écorce d'arbre dans lesquelles se font prendre les plus gros gibiers.

Il s'occupe peu de plantations et se borne à cultiver un peu de manioc et de maïs.

Les tissas en fibres de palmier servent de monnaie, et le Badinga se procure le fer dont il a besoin sur les marchés Balodi.

b. — Bassin de rUbatngri.

Les populations du bassin de TUbangi sont :

En remontant le fleuve :

Les BaUn et les Bondjo (déjà étudiés),

Les Bwaka,

Les Gobu,

Les Banziri,

Les Bongo.

A l'intérieur :

Les Bongo,

Les Mongwandi,

Les Bunduru,

Les Banza.

Les Bwaka habitent TUbangi depuis les rapides d'Isinga jusque Mokoange et les rives de la Bembe. Ce sont des primitifs qui semblent avoir été refoulés dans la région ingrate des rapides par leurs voisins d'amont.

Hommes et femmes portent les cheveux courts et ont souvent la cloison du nez, les lèvres et les oreilles traversées d'ornements. Leur tatouage de race consiste en deux ou trois cercles concentriques non fermés sur les tempes.

Ils portent des pagnes d'étoffes indigènes, des brassards et des jambières en fil de cuivre ou de

fer enroulé d'une seule pièce du poignet au coude et de la cheville au genou.

D'aspect chétif, ils sont moins solides que leurs voisins et quoique construisant de bonnes pirogues sont mauvais bateliers. Par contre, ce sont de courageux guerriers, excellents marcheurs et ardents chasseurs.

Les armes sont la lance, le couteau ordinaire, le couteau de jet, la flèche empoisonnée et le grand bouclier.

Ils cultivent les mêmes plantes que leurs voisins.

Les Gobu s'étendent de la Bembe (Mokoange) au 20® méridien. Ils sont de la même race que les Bidm (Congo français). Ils se différencient complètement des peuplades environnantes et font usage du «^ pelele » (i) (lèvre supérieure) et des aiguilles de cristal (lèvre inférieure), usage que l'on retrouve chez les Bongo du Nil, les Mitu, les Nuba et d'autres tribus du nord ainsi que sur la ligne des grands lacs jusqu'au Shire.

Les Gk)bu ramènent leur coiffure en chignon vers l'arrière et ne l'ornent pas.

Par contre, ils ont le goût prononcé des amulettes et, comme les Bwaka, des brassards et des jambières.

Très sédentaires, ils forment d'excellents agriculteurs produisant le manioc, la féverole, la

(i) Ouverture percée dans la lèvre et dans laquelle on place une rondelle de bois, d'ivoire ou de métal.

canne à sucre, l'arachide, la patate douce et la banane. Le maïs est rare.

Ce sont aussi de courageux chasseurs usant des mêmes armes que les Bwaka, à l'exception du couteau de jet dont la forme est diflFérente.

Les Banziri ou Bajiri bâtissent leurs villages sur les rives de l'Ubangi depuis le 20® méridien jusqu'au 20^40' environ.

Ils n'ont pas la figure tatouée, mais portent sur le corps quelques légers dessins.

Leurs cheveux sont artistement tressés de perles de toutes couleurs formant parfois de grosses plaques descendant sur le cou. Les hommes portent le pagne, mais les femmes vont nues, portant de longues chevelures postiches liées sur le dos. Elles ont aussi des brassards et des jambières comme les Bwaka, ainsi que d'énormes colliers de perles.

Les Banziri sont intelligents et courageux.

Leur haute stature, leur large poitrine et leurs membres vigoureux les font considérer par les Bwaka comme des êtres supérieurs. Ils sont anthropophages en temps de guerre.

Ce sont avant tout des pêcheurs nomades : aux eaux basses ils abandonnent leurs villages, descendant jusque Zongo, et l'on voit de nouveaux petits villages établis en fort peu de temps sur les bancs de sable. Ils ne font pas de plantations et échangent leur pêche contre des produits agricoles.

Ils ont comme armes la lance, le bouclier et le harpon.

On rencontre souvent chez eux un type sémite très prononcé rappelant même les Nubiens de la haute Egypte.

On peut en quelque sorte les considérer comme une avant-garde desBongoque nous allons étudier.

Les Bongo. — Les populations que nous classons sous cette dénomination n'ont pas de nom générique connu, mais la grosse majorité porte ce nom.

Si Ton accepte cette désignation générale, on distingue dans cette race deux catégories d'indigènes :

i^ Les pêcheurs ou Wate (gens d'eau), qui comprennent en remontant le fleuve :

Les Sango, Les Abira dans l'angle bas Bomu et bas

Uele, Les Zien dans le bas Bomu, Les Gembele dans le bas Uele.

2^ Les Wagigi ou indigènes de l'intérieur sont ainsi désignés par les riverains. Ce sont les Bongo proprement dits.

Les Sango occupent le pays depuis 20^ 40' jusque Setema.

Le tatouage de race est formé de cinq pois continuant sur le front la ligne du nez. Ils portent des ornements rappelant presque complètement ceux des Banziri.

Leurs féticheurs, qui n'ont d'ailleurs que fort

peu d'autorité, leur donnent quelques rares amulettes. Ils construisent de beaux villages ouverts présentant, dans les régions inondables, des greniers surélevés.

C'est une race intelligente et solide, surtout des bras.

Pêcheurs émérites, ils se servent pour leur industrie de nasses et d'énormes filets. Ils ne sont courageux que sur l'eau et emploient les mêmes armes que les Banziri.

D'une façon générale, les Wate ont une coiffure compliquée, combinaison de torsades et de tresses emperlées du plus bel eflFet. De taille moyenne, ils ont le torse et les bras admirablement musclés, mais les jambes grêles. Ce sont des bateliers de premier ordre vivant, comme tous les Bongo d'ailleurs, dans de grands villages. Leurs pirogues sont en bois spongieux, ce qui les fait résister aux chocs contre les rocs des rapides.

Les Bongo proprement dits s'étendent à Tintérieur depuis l'Uele jusqu'au degré 20 environ. Ils portent peu de perles dans les cheveux, mais ont les mêmes tatouages de race que les Sango, dont ils partagent, du reste, les mœurs et les croyances ; ils complètent parfois le tatouage par une petite ligne de traits au-dessus de l'arcade sourcilière.

Les Mongwandi semblent devoir se rattacher aux Bongo dont ils ont tous les caractères. Ils occupent l'intérieur du pays au nord de la Dua. Ils ont également pénétré en plusieurs points au sud de cette rivière.

Ils ont le tatouage bongo et se perœnt le lobe de l'oreille qu'ils dilatent parfois d'une façon démesurée.

Les Bunduru habitent derrière les Bwaka, de Zongo au rapide de Bunga. Excellents cultivateurs comme les Banza, ils cultivent comme eux le maïs et la banane. Leurs mœurs sont aussi celles des Banza. L'arme est la flèche non empennée à pointe en fer. Cependant le tatouage et la coiffure semblent les rattacher aux Bwaka.

Les Banza habitent surtout dans l'intérieur des terres de la boucle de l'Ubangi. Ils s'étendent derrière les Bondjo, les Bwaka, les Gobu et les Banziri, vont au nord jusqu'à l'Ubangi, et ont comme voisins au sud les Mongwandi. Ils constituent une race considérable et fort belle. Leurs tatouages participent de ceux de leurs voisins, les Bongo, les Bwaka, les Gobu et les Mongwandi.

Ils forment le plus souvent de leurs huttes tantôt rectangulaires, tantôt rondes, des villages solidement fortifiés qu'ils entourent de très belles cultures de maïs. Ils font usage d'observatoires placés dans les arbres.

La chasse est une de leurs grandes occupations et ils y emploient des flèches en jonc non empennées avec pointe en bois, d'où ils tirent leur nom.

Les Banza et les Mongwandi, probablement sous la poussée des Mahométans, ont avancé leurs habitations vers le sud et le sud-ouest en repoussant les Maginza et les Mobali (Hodister a

pu constater ce mouvement chez les seconds en 1890).

A une époque antérieure, les Bangala et les Mobali-Maginza auraient repoussé les Balolo dans la grande forêt.

G. — Du Lomami au lac Albert-Edouard.

Du bas et moyen Lomami à la région des lacs, la forêt est habitée par une série de peuples qui offrent des caractères semblables de Touest à l'est.

L'idiome de toutes ces peuplades forme un groupe caractéristique du Bantu.

En général, tous ces hommes sont grands et bien musclés, d'une couleur brun chocolat. Leur lèvre supérieure est percée d'un certain nombre de trous dans lesquels ils passent de petits objets, ou d'un trou unique où ils mettent un pelele. Le lobe de l'oreille sert aussi à passer divers objets.

Ils portent un petit collier, des anneaux légers aux bras et aux jambes et un petit tablier de cuir. Leurs huttes, petites et rondes à l'est, y forment de petits villages proprets ; carrées à l'ouest, elles se groupent, au bord du Congo, en agglomérations importantes.

Les Wagenia qui occupent les rives du Congo entre Nyangwe et Stanle3rville forment de puissantes tribus qui furent soumises pendant longtemps à la domination arabe et exploitées par les traitants qui leurs faisaient organiser de vastes

cultures ou les employaient aux transports commerciaux par eau. Aussi ces tribus présententelles, comme celles du Maniema, une organisation du travail très productive.

Dans la région de l'entre Congo-Lualaba et Lomami ainsi que sur la rive gauche de ce dernier on rencontre successivement du nord au sud : la race des Lokele, qui comprend les Lokele proprement dits, indigènes installés à la rive et qui se tatouent affreusement, les Turumbu ou gens de l'intérieur et les Topokes nomades, formant autant de tribus indépendantes que de villages.

Plus au sud, les Bamboli, auxquels les premiers font continuellement la guerre. Ils ne sont pas tatoués, mais sont curieux par le genre de coiffure qu'ils portent : ils s'enduisent les cheveux de « n'gula » et les recouvrent souvent d'un morceau d'étoffe de manière à leur donner la forme d'un turban.

Enfin aux environs de Yanga vivent les Yemaka qui forment une tribu très importante et, vers Yabena Mabote, les Mokuma.

Les populations de l'intérieur, qui avaient échappé à l'occupation arabe, se livraient à quelques cultures nécessaires à leur subsistance, vivant dans la crainte perpétuelle des terribles «» Matamba-tamba » à la recherche de l'ivoire et des esclaves.

La campagne de iSgS a mis fin à ce regrettable état de choses. Actuellement tous les chefs arabes rebelles ont été tués ou chassés du pays. Ceux qui

se sont soumis à Tautorité de l'État dirigent aujourd'hui des plantations ou des travaux publics. Quant aux indigènes, redevenus autonomes, ils ont repris leurs occupations.

Les Bakumu s'étendent des Falls jusque vers la haute Lindi. On les rencontre également sur la rive gauche du fleuve, au sud de La Romée. Ils sont originaires de l'Uganda et présentent le type éthiopien bien accentué.

Les Warega habitent le pays situé à Test du Lualaba en aval de Nyangwe. Ils sont fort cannibales et d'un teint plus foncé que les précédents.

Les Bango-bango occupent la Luama et une partie de la Lulindi depuis Kabambare jusqu'à Kasongo et les Wazimba habitent la forêt.

En somme, les Bango-Bango et les Wazimba occupent avec les Walega toute la région forestière de la rive droite du Lualaba, à l'exception d'une fraction des premiers qui habite la plaine.

Les Wabembe montagnards et les Wavira occupent la rive nord-ouest du lac Tanganika. A l'intérieur on rencontre, à l'ouest des Wabembe, les Wabuyu et au nord de ces derniers les Watembo.

Au nord des peuplades que nous venons d'étudier résident, sur l'Aruwimi, plusieurs groupes de tribus bantu : les Loali et les Mobali.

Les Loali habitent le moyen Aruwimi, des chutes de Yambuya à Banalia. De cette dernière localité à Panga on voyage parmi les populations Mongelima, remarquables par leur tatouage asy-

métrique appelé « upande m'moya » (un seul côté) qu'ils impriment sur le front ; les dents de devant sont limées en pointe et ces indigènes portent une longue chevelure imbibée d'huile.

Au sud de l'Aruwimi vivent les Mobali.

Toutes ces populations, fort sauvages et cannibales, sont beaucoup moins puissantes que celles d'aval.

Citons encore les Badjande qui, avec les Bfaben^ja et les Bfaburu, habitent la Lulu.

3"^ Les Bantu des savanes.

Sous la dénomination de Baniu des savanes on peut comprendre tous les habitants de la savane australe congolaise, depuis le Kwango jusqu'au Tanganika et à la ligne de faîte du Zambèze.

Ces peuples sortis, comme leurs congénères des forêts, de la grande souche Bantu, mais exempts par leur habitat des difficultés de communication que présente la forêt, purent se grouper en États d'une puissance que n'atteignirent jamais les tribus sylvestres. Possédant ainsi une stabilité politique plus grande, jouissant d'ailleurs d'un climat plus sain et de conditions de vie meilleures, les Bantu des savanes, adoucissant insensiblement leurs mœurs, firent progresser remarquablement leur agriculture et leur industrie, ne négligeant même pas complètement l'art, presque totalement inconnu vers le nord.

— iSg —

Ces populations ont atteint ainsi un certain degré de civilisation qui les fait diflférer notablement des Bantu des forêts.

Nous les étudierons dans Tordre suivant :

Les Lunda, Les Bayaka, Les Bambala, Les Bangongo, Les Bakwese, Les Bambundu, Les Bampende, Les Bakuba, Les Batetela, Les Baluba, Les Kioko, Les Vuanyema, Les indéterminés.

Les Lunda. — Le plateau de Lunda est presque entièrement occupé par les peuples de l'ancien empire de Muata-Yamvo ou Lunda proprement dits.

A Touest de ceux-ci vivent, dans les hautes vallées des affluents du Kasai, les Kioko.

Les Lunda formaient, il y a peu d'années encore, Timmense empire de Muata-Yamvo, allant de l'ouest du Kasai au Lualaba.

Mais la mort de son chef, tué dans un combat contre un de ses vassaux, semble avoir achevé la débâcle qui menaçait depuis longtemps ce puissant État nègre.

Actuellement y toutes les tribus éloignées ont secoué le joug du grand chef, dont le royaume doit être considérablement réduit. Celui-ci était divisé en un certain nombre de provinces, gouvernées par des vassaux qui recevaient l'investiture de Muata-Yamvo. Le pouvoir de ce dernier n'est pas héréditaire. Le successeur est élu entre les fils des principales épouses du roi, et son élection, une fois ratifiée par une femme élue parmi les filles du roi, il détient le pouvoir absolu.

Le chef principal est actuellement Makelingue Kibanda. Il partage avec le chef Kangu la prérogative de s'asseoir sur une peau de léopard; les autres chefs n'ont droit qu'à une peau de hyène ou de lynx.

Les Lunda, plus grands et plus forts que leurs voisins angolais, ont aussi le teint plus clair et les lèvres moins épaisses. Les femmes se tatouent le corps et les bras. Quant aux hommes, ils portent le petit tablier de cuir, sauf les grands personnages qui se vêtent du pagne ou de la peau d'un fauve.

En dehors de la région septentrionale, qui est très fertile, ils sont généralement pauvres.

Le Lunda est commerçant dans l'âme, mais il n'a aucun goût pour le travail; et les villages à installations rudimentaires laissent une mauvaise impression.

Parmi les tribus Lunda qui se sont rendues indépendantes on peut citer celles du Ltialaba, celles du Moero et les Samba.

Les Balunda du Lualaba n'ont jamais, à proprement parler, fait partie des sujets du vieux roi : ils forment les trois tribus de Shamalenge, Kazembe et Musoko-Tanda qui est la plus importante. Ce sont des peuplades pauvres. Celles de Shamalenge vivent de pêche. Celles de Kazembe extraient le sel.

Les Balunda du Moero sont fixés au sud du Kalongwizi; ils ont conquis la contrée il y a un siècle et demi environ.

Les Balamba rapportent encore le passage des Lunda conquérants qui contournèrent leBangwelo pour s'arrêter au sud-est du Moero. Lors du passage de Livingstone, ils payaient encore tribut à Tempereur du Lunda. Ils ont conservé la langue de leurs frères du Lualaba et ont absorbé les Wabemba de Test du lac.

Les Samba ^ qui occupent le plateau de ce nom, à l'ouest du Lubudi, forment quelques grands villages en amont de la Luisa. Ce sont de grands forgerons cultivant aussi beaucoup de manioc et récoltant le caoutchouc qu'ils vendent aux traitants du Bihe.

Les Bayaka. Il y a une cinquantaine d'années environ, un frère de Muata-Yamvo envahit la région située à Test du moyen Kwango et s'y établit en fondant un royaume féodal analogue à celui de son frère.

Son descendant, Mwene Putu-Kasongo, habitait encore, il y a quelque dix ans, un village palissade de 400 à 5oo huttes, sur la rive droite du Kwango.

Il avait une cour nombreuse, comprenant ses vassaux, un féticheur, des musiciens, etc. L'étiquette en était fort compliquée.

Les Ba3raka occupent un territoire mal défini, allant au nord jusqu'au Kasai, dépassant légèrement à Test rinzia, au nord et au sud de Moanza, et limité sensiblement à l'ouest par la Lufini.

Les hommes sont généralement petits, mais bien bâtis ; les femmes sont parfois jolies.

Ces indigènes sont industrieux, commerçants, laborieux, d'une grande adresse dans les travaux manuels et éminemment perfectibles ; ils possèdent des cases et des armes remarquables.

Leur organisation sociale est intéressante et, à de nombreux points de vue, purement patriarcale. Quelques-uns des principes qui régissent leur société tendent à empêcher toute atteinte à la pureté de la race : aucun mélange avec les tribus qu'ils supplantent, choix de la femme dans la classe sociale de l'homme libre, exclusion complète de concubines.

Leur grand chef est Lulubi, mais son autorité est toute relative.

Au nord-est des Bayaka vivent I,es Bambala ou Pambala. Ceux-ci atteignent à l'ouest l'Inzia, vers Moanza, et à l'est le bas Kwilu qu'ils dépassent au nord de Kolokoto ; au sud ils vont au delà de la factorerie de Belo. La population, dense dans la forêt, est clairsemée dans la plaine ; les villages, pauvres et étendus, sont très dispersés.

Le Bambala est très accueillant et très sociable;

il constitue une race saine et robuste sur laquelle les chefs ont peu d'influence, à part Murikongo qui réside dans la zone d'action de Belo.

Le respect des morts semble être peu développé chez eux et les tombes ne sont pas entretenues : lorsqu'un homme meurt, le cadavre est placé dans un grand panier avec des objets ayant appartenu au défunt et le tout est enfoui ; une fois la fosse comblée, on place au milieu du tertre une calebasse de malafu et un pot de nourriture autour desquels on met en terre quelques feuilles de palmier.

Les femmes exécutent alors des danses pendant que les hommes se grisent de vin de palme.

Les Bambala pratiquent la circoncision ; chose assez rare au Congo, ils ne fument pas, mais prisent.

Les populations voisines du Kwilu et de la Kwenge travaillent le fer, qui abonde dans ces régions ; elles en font de la monnaie, des couteaux et des fers de flèche; la lance y est inconnue.

L'idiome des Bambala difière de celui de leurs voisins de l'est, les Bambundu, avec lesquels ils s'entendent néanmoins fort bien; il n'en est pas de même de leurs voisins du nord, les Bayanzi, avec lesquels ils sont continuellement en guerre.

Signalons encore au sud des Bambala deux tribus de moindre importance : les Bangongo et les Bakwese.

Les Bambundu sont établis au sud des Badinga, dans l'entre Lubue et Djuma.

Ce sont des indigènes très paisibles et très sociables. Le fer abonde dans la région qu'ils occupent et ils en font de la monnaie, des couteaux et des pointes de flèches.

On ne voit pas chez eux de chef ayant une influence prépondérante.

Au sud des Bambundu vivent les Bampende ou Bapindi, qui n'ont pas de relations avec les premiers.

Les villages Bampende sont importants et composés de cases spacieuses, élevées, coquettes et bien construites. La population y est dense. Les indigènes, très sociables, constituent une race saine, robuste et arrogante, qui se croit supérieure aux autres.

Le chef dont l'action est prépondérante est Yongo; cependant son influence est très relative.

Les Bâkubâ habitent le pays limité par la Lulua, le Kasai, le Sankuru et le Lubudi. Ils dépassent cependant cette dernière rivière dans les environs de Katshabala, et une enclave de Bakuba est également signalée immédiatement à l'ouest du Sankuru à hauteur de Lonkala et sur la rive droite de cette rivière à hauteur de Kabote.

Les Bakuba sont gouvernés par le roi ou « Lukengo » : le titulaire actuel est « Kweti >».

Celui-ci, partisan des idées de progrès et de l'introduction des objets d'échange européens, fut, à un moment donné, obligé de céder à la poussée réactionnaire des anciens chefs : la révolte de 1904

en fut la conséquence et Ton sait qu'elle fut facilement étouffée précisément à cause de cet esprit fermé d'une partie de la race qui, refusant systématiquement les produits importés, n'avait comme armement que des arcs et des flèches, alors que ses voisins disposaient de fusils à piston.

L'organisation politique des Bakuba est en quelque sorte féodale. Le roi, souverain absolu, est élu par les grands vassaux et pratique le despotisme le plus entier. Son influence sur ses sujets est considérable, et si quelques villages éloignés ont parfois montré des velléités de révolte, celles-ci ont été chaque fois enrayées par un châtiment exemplaire.

Les Bakuba ont, comme les autres tribus, des esclaves, mais, à l'encontre de leurs voisins, on ne rencontre dans cette classe aucun homme de la race, même métissé. Tous sont étrangers, Zapo- Zap ou Basongo-Meno.

Se considérant, à juste titre, comme supérieur aux races voisines, le Bakuba évite soigneusement, tant par mœurs que par tradition, de se mêler à celles-ci et reste scrupuleusement fidèle aux anciennes traditions.

Il n'est pas cannibale et se montre même fort délicat pour sa nourriture qui consiste en poisson, gibier et manioc.

Le nez est plutôt mince, souvent busqué; les lèvres ne sont pas lippues et les yeux sont fendus en amande : l'ensemble produit une réelle impression d'élégance. La chevelure, très soignée, est

rasée sur le devant et sur les côtés et forme au sommet de la tête un chignon généralement recouvert d'un petit bonnet et dans les cheveux duquel on enfile souvent des perles, des objets en bois, des sculptures, etc.

Le tatouage distinctif consiste en quelques traits en forme d'arc allant d'une oreille à l'autre en passant sur l'os frontal. Les femmes ont comme tatouage un dessin compliqué aux tempes et sur le corps.

Les Bakuba sont de beaux nègres de taille moyenne, polis et doux, à l'attitude digne et dont l'intelligence est bien au-dessus de celle de leurs congénères. Leurs femmes sont moins avenantes.

Ils sont, sauf les grands chefs, monogames.

Les maisons construites en feuilles et en bambous présentent un réel cachet artistique, non seulement dans la construction, mais encore et surtout dans la décoration.

Les villages des Bakuba sont généralement très beaux, aux rues bien droites, proprement balayées, aux cases entourées de parterres de fleurs. Leur capitale surtout, Mushenge, résidence du roi Kweti-Lukengo, est remarquable.

Les Bakuba sont industrieux : ils travaillent le fer, font de la vannerie, de la poterie, des étoffes (nattes et tissus fabriqués au moyen de la liane « coddy y» et des fibres de palmiers « raphia »), de la sculpture sur bois et sur ivoire, le tout exécuté avec beaucoup de goût : leurs « cups » en bois, notamment, sont de toute beauté. Mais ce sont

surtout des commerçants, excellents pagayeurs, cités même comme les meilleurs du Congo.

Médiocres guerriers, quoique fort fanfcirons, les Bakuba ont comme armes l'arc et la flèche et de petites lances.

Les Bakuba se subdivisent en sous-tribus, parmi lesquelles nous citerons les Bangwende, les Bambala et les Bankele.

D'autres tribus, ayant avec les Bakuba beaucoup d'afiinités de mœurs, de coutumes et de langage, reconnaissent encore l'autorité de Kweti- Lukengo : ce sont les Bakole et les Bashilele.

Les Bakole sont établis sur la rive droite du Kasai, en aval de Bashi-Shombe.

Les Bashilele occupent la rive gauche du Kasai, entre le 6« degré de latitude sud et le confluent du Sankuru.

Ce seraient, paraît-il, d'anciens esclaves Bakuba qui, à un moment donné, se sentant assez forts, se seraient soulevés, auraient passé la rivière et installé leurs villages où ils sont aujourd'hui.

Ils sont généralement hostiles à la pénétration du blanc.

Les Batetela occupent le pays situé sur la rive gauche du Lualaba, entre les 4® et 5« degrés de latitude et s'étendent à l'ouest jusqu'au Sankuru. On peut ranger parmi eux les :

Bena-Malela,

Batetela,

Vuafuluka,

Bakusu,

Matampa,

BasongO'Meno - Bankutu.

Les Bena-Malela conquirent le pays situé sur la rive gauche du Lualaba; quoique semblant appartenir à la même race que les Batetela, ils en diffèrent par la langue.

Les Batetela et les Vuafuluka sont séparés par la Lueki ; les vainqueurs Malela ayant eu l'occasion de constater la supériorité des femmes Vuafuluka comme ménagères, leurs chefs se disputèrent l'avantage d'avoir les meilleures femmes Afuluka. Les populations de la rive gauche de la Lueki, à qui pareil honneur n'était pas échu, en conçurent un certain ressentiment et se donnèrent le nom de Batetela.

Au sein des populations Afuluka mêmes, certains villages devinrent plus influents, plus riches notamment par l'exploitation des sources salées; leurs habitants reçurent le nom de Bena-Alua.

Quant aux habitants des deux rives du Lomami, qui s'étendent sur la rive gauche jusqu'au Lubefu, ils restèrent plus longtemps indépendants; méprisés par les Vuafuluka en raison de leurs mœurs, ils reçurent de ceux-ci le nom de Bakusu (peuple perroquet). C'est Gongo-Lutete, originaire des Bena-Kilembwe, qui, accompagné de nyamparas Afuluka, entreprit le premier la conquête du pays Bakusu, de la rive gauche du Lomami (Gandu).

Les Bakusu ont été presque entièrement détruits par les Arabes.

Les Batetela, pour n'employer que ce terme dont on désigne généralement les Malela, sont remarquables tant au point de vue physique qu'au point de vue intellectuel.

Le pays est divisé en terres qui donnent leur nom aux habitants; à leur tour ces terres comportent un certain nombre de fiefs ou de villages tributaires du grand chef de la terre. On n'y trouve pas de grands villages, mais de petites agglomérations familiales entourées de plantations.

Le Batetela ne porte aucun tatouage, mais s'extrait deux incisives.

Les Matampa sont des populations de la basse Lueki qui se sont retirées sur la rivière Enano dont elles occupent les deux rives : les exactions des auxiliaires arabes furent la cause principale de ce déplacement.

Les Basongo-Meno occupent une partie de la rive droite du Sankuru et du Kasai et quelques points de la rive gauche de ces deux rivières; ils se taillent les dents en pointe. Grands et solides comme les Batetela, ils ont souvent le type européen. Ils sont peu amateurs d'étoffes, mais se parent volontiers de perles. Leurs femmes sont parmi les plus belles du Congo.

Chose curieuse, ces dernières ne s'occupent pas du travail des champs qui est laissé aux hommes.

Les Basongo Meno du bas Sankuru forment des

villages de plusieurs milliers d'habitants, fort bien construits et entretenus.

Cette race donne des guerriers d'une bravoure extraordinaire. On a pu en avoir la mesure dans les expéditions militaires qui ensanglantèrent la région pendant plusieurs années.

Les Basongo Meno de Tintérieur sont appelés Bankutu ou Bankutshu; ils habitent un grand nombre de petits villages soumis chacun à leur chef, indépendant de ses voisins.

Les Bankutu se bornent à la fabrication des objets de première nécessité : poteries, haches, etc., et des armes : lances et flèches; ils produisent également un tissu en fibres de raphia qu'ils nomment « m'peko ». Ceux des environs de Kabote fabriquent l'arceau en cuivre, dont la valeur est la même que celle de la croisette. La polygamie est de règle chez eux : un homme libre possède ordinairement trois ou quatre femmes.

A la mort d'un chef, c'est son neveu qui lui succède ou, en cas d'absence de descendance mâle, la sœur ou la nièce du défunt.

Les Bankutu sont les ennemis irréconciliables des Bakuba.

Les Baluba forment un peuple immense, un peuple de penseurs, pour employer l'expression si juste de von Wissmann. D'après Frobenius, les Baluba seraient dans leur ensemble des Betshuana dont les migrations eurent lieu avant le XVI* siècle. Les Mundekete (Baluba plus récents

que les autres) venant du sud (des sources du fleuve) soumirent toutes les peuplades qu'ils ren* contrèrent : ils trouvèrent outre leurs frères plus anciens, les Bena Lulua et les Basongo, un reste de peuplade primitive de la plus haute antiquité, les Batwa (nains) et les Bateke (lacustres).

Les Baluba s'étendent depuis le bassin moyen de la Lulua (inclus) et du Sankuru jusque près du lac Tanganika.

Ils ont formé jusque vers 1870 un vaste empire dont Kilemba était la capitale.

Actuellement toute unité a disparu et entre les différentes tribus qui le composent la langue seule existe encore comme lien réel.

Nous les diviserons en deux groupes séparés par le Lomami.

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