‹ Le Congo;Chapitre 30 sur 126 · I. — Groupe occidental · texte numérisé non relu

I. — Groupe occidental

Les Baluba proprement dits sont assez dispersés dans la région de l'entre Sankuru et Kasai. On en rencontre notamment aux environs de Djoko-

Punda, de Golongo, de Kabeia, de Tshitadi, ainsi que dans le territoire qui s'étend entre le Lubi, le Sankuru et le 6« degré de latitude sud.

Les Lulua occupent la majeure partie de la région limitée au nord par les Bakuba, à l'ouest par le Kasai, au sud par une ligne approximative Maie Munene-Tshitadi et à Test par le Lubi.

On rencontre parmi ces populations quelques enclaves de Bakete dont nous aurons l'occasion de parler plus loin.

Au point de vue physique, les Lulua sont généralement petits, faibles et maigres.

Les Bena-Lulua sont des indigènes paisibles, doux, très commerçants et en relation avec le blanc depuis de longues années; l'industrie est peu en honneur chez eux ; cependant leurs vanniers sont très adroits.

Certains Lulua s'occupent d'élevage : ceux des environs de Tshitadi, notamment, possédaient autrefois des troupeaux de grosses bêtes, qui ont fortement perdu de leur importance; on trouve cependant encore chez eux beaucoup de chèvres, de moutons, de porcs, etc.

En fait de cultures signalons le manioc, la patate douce, l'igname, les haricots, le maïs, le millet, l'arachide, la banane, etc.

Les tribus Lulua sont très nombreuses : parmi elles nous citerons les Bashilange, les Bakwa Niambi et les Bena Kasuba qui toutes reconnaissent l'autorité du chef Kalamba Mukenge ; ce dernier jouit d'un très grand prestige.

Les BashUange occupent le pays situé entre le Sankuru et la basse et moyenne Lulua. Ce sont des Baluba profondément altérés au contact des indigènes de la région.

Ils sont relativement civilisés et semblent appelés à un grand avenir. Malheureusement, ils sont possédés de la déplorable passion du chanvre qu'on s'efforce de leur faire perdre. Cette habitude, introduite depuis peu d'années, était devenue pour eux une véritable religion. Ils s'assemblaient sur la place publique pour fumer la funeste plante qui les eut détruits physiquement et moralement, conduisant ainsi la race à sa ruine.

Les Bashilange sont maigres, petits, intelligents. Ils sont presque nus, ornés seulement de quelques faibles tatouages et de vives peintures.

Ils se rasent la tête ou se coiffent les cheveux en petites tresses. Généralement assez fournis de marchandises européennes, ils méprisent les pauvres tribus de leur race qui ne pratiquent pas leur religion. Ce sont de pacifiques agriculteurs.

Les Bakete occupent la majeure partie de la région comprise entre le Kasai, la Bushimaie, le parallèle 6®3o' au nord et le 8® parallèle au sud. On en rencontre cependant encore aux environs de Luebo, de Bena Makima, d'Ibansh, de Baka Moiza, à l'est de Djoko Punda, et même à l'est de Katshabala.

Enfin, on les trouve fortement mélangés de Lulua dans la région qui s'étend sur la rive gauche de la Lulua en amont de Luluabourg.

Le Bakete est généralement paresseux et fort sauvage : il ne porte pas de tissus européens. Lorsque des Bena Lulua s'installent chez lui, il exige d'eux un tribut en gibier.

Les Bakete des environs de Tshikongo sont grands fabricants de sel; ils vendent ce produit aux Kanioka^ leurs voisins de Test, et aux populations environnantes. Les hommes, les femmes et même les enfants fument le tabac et le chanvre.

Les Basonge occupent la région comprise entre le 5* degré et le 6^3o' de latitude sud, le Sankuru et le Lomami.

Deux de leurs chefs, Pania Mutombo et Lupungu, se rendirent autrefois célèbres dans la région. Le premier, ancien esclave du père du second et homme d'une intelligence remarquable, a toujours gouverné son État avec une grande habileté. Très ami des blancs, il leur a souvent rendu des services signalés. A l'instigation des Arabes, leurs sujets détruisirent presque entièrement les Beniki dont les restes, sous la conduite de Zapo- Zap, n'échappèrent à une extermination certaine qu'en se réfugiant aux environs de la station de Luluabourg, où les agents de l'État les protégèrent.

Les Basonge ne portent aucun tatouage, mais se liment les dents en pointe. Ils sont très polygames.

Grands, bien musclés, ce sont de très beaux nègres, au milieu desquels se distinguent encore

les Beniki dont la moyenne de taille atteint i^yS,

La densité de la population est tellement forte dans la région qu'elle égale celle des districts les plus peuplés de l'Europe. Les agglomérations sont très étendues, ayant parfois de lo à i5 kilomètres de longueur. Les plus importantes sont celles de Pania-Mutombo, de Lupungu et de Kolomoni.

Le village des Zapo-Zap compte plus de 5.000 âmes.

Aussi intelligents qu'industrieux, les Basonge offrent une grande aptitude aux travaux manuels : les Beniki, entre autres, sont des forgerons de talent et tout le monde connaît leurs belles haches appelées « haches du Kasai » ou de leur vrai nom ^ haches Zapo-Zap »; ils sont d'ailleurs également très bons commerçants et jouent le rôle de courtiers.

Tous sont d'excellents agriculteurs et présentent cette particularité que les hommes et les femmes travaillent aux champs.

a. — Groupe orientai.

Les Baluba proprement dits occupent la totalité de rUrua. Leur grand chef, Kasongo-Niembo, réside à Kasongo, entre le Lomami et le Lualaba. Ils forment un empire allant du Lomami au Tanganika, divisé en un certain nombre de districts placés sous les ordres de « Kilolo "», gouverneurs.

Le pouvoir de Kasongo est absolu et il en use

avec beaucoup de cruauté, entre autres dans ses condamnations judiciaires qui comportent presque toujours des mutilations.

Mais l'empire des Baluba montre, lui aussi, des signes de décadence et la puissance du chef actuel est loin d'être aussi grande que celle de son père.

Ses guerres avec son frère, établi sur la rive gauche du Lomami, pour savoir qui possédera leur propre sœur, femme intelligente et énergique, ont diminué son prestige et son autorité. Les vassaux profitant de la querelle et de l'éloignement de la province qu'ils gouvernent s'abstiennent un à un de payer l'impôt.

Les Baluba sont de taille élevée; ils soignent beaucoup leur coiffure et sont vêtus d'un pagne d'écorce. Les femmes, fort jolies, joignent à leur beauté naturelle une grande coquetterie. Elles se coiffent d'une façon rappelant beaucoup celle des Européennes.

Les villages, presque tous fortifiés, sont remarquables dans la région nord, mais dans la vallée de Lualaba les indigènes vivent encaqués dans une malpropreté repoussante.

Le lac Moria présente quelques agglomérations lacustres. La densité de la population est extraordinaire dans la basse et la moyenne Lukuga.

Plus riches et plus policés que les Lunda, les Baluba se montrent encore supérieurs à eux par leur intelligence et leur adresse au travail.

Ce sont des agriculteurs cultivant le maïs, le manioc, le millet, les arachides, etc.

Certains riverains du Lualaba construisent même de remarquables travaux hydrauliques afin d'irriguer leurs cultures.

Toutes les tribus du Lualaba : les Lubende du Lubudi, les Shimaloa, les Simbi d'Ankoro, les Buli de la Lukuga, sont indépendantes aujourd'hui.

Il faut probablement rattacher à ces Baluba, les Batumbwe qui habitent les bords du lac Tanganika entre Pala au sud et près de la Lukuga au nord : ils en ont le type et la coiffure.

Leur chef très puissant reçoit l'hommage même des populations de la rive opposée du lac.

Les Baluba habitant l'ouest du lac Moero jusqu'au lac Kisale sont pour la plupart des Bashila.

Ce sont des populations pauvres, démoralisées et découragées par la traite; elles s'occupent d'agriculture.

Le pouvoir des chefs est héréditaire ; la polygamie est pratiquée sur une grande échelle : le chef Mulonzo a quarante fils. La femme s'occupe de la cuisine et du travail de la terre pendant que le mari chasse et pêche.

La langue parlée est le Kiluba qui se rapproche du fiote, mais le swahili est compris un peu partout.

Il faut aussi rattacher aux Bashila les Balamotwo qui habitent, d'une part, dans la plaine basse entre le Moero sud et les Kundelungu et, de l'autre, dans la vallée de la Lufwa, le long de la falaise occidentale des Kundelungu. Ceux-ci se

servent parfois de grottes comme refuges ou abris momentanés, mais ce ne seraient pas, au dire du commandant Lemaire, de véritables troglodytes ; ils vivent à l'état patriarcal (sans chef d'aucune sorte). Extrêmement farouches, sociables, mais inhospitaliers, ils sont grands, agiles et parlent une langue absolument différente de celle de leurs voisins.

Ils ne font aucune plantation et se bornent à chasser et à pêcher.

Le terme Babuiu désigne la tribu de source Baluba de la partie de la Luama, au sud de Kabambare, appelée Lubumba.

Citons encore parmi les tribus Baluba les Sankadi-Boko et les Sankadi-Moa de l'ouest du lac Kisale.

Les Kioko, qui habitent l'ouest des Lunda, sont en grande majorité répandus en dehors de l'État, mais ils descendent lentement vers le nord et abordent la frontière à l'ouest du Kasai. C'est une nation aventureuse, intelligente et active. Les Kioko sont grands chasseurs et excellents commerçants; on ne trouve pas chez eux de grands chefs possédant une grande autorité. Ils furent successivement aux prises avec Brasseur, Peltzer, Michaux et De Cock. Ce dernier, d'abord battu en 1898, les vainquit en 1899 à Lusambo, débarrassant définitivement le territoire de ces terribles razzieurs d'esclaves.

— iSg —

Les Vuanyema ou Manyema. — Entre la grande forêt, le Lualaba et le Tanganika, s'étendent une série de peuples que Ton a groupés sous le nom de Vuanyema.

Les Vuanyema sont une race d'hommes solides et de femmes belles. Peu ou point tatoués, maïs coiffés de façon fort compliquée, ils portent le long tablier de peau ou le pagne d'étoffe.

La croyance aux fétiches est fort répandue.

Leurs villages sont nombreux et les rives du Lualaba sont un des endroits les plus peuplés du Congo. Quoique cannibales convaincus, ils sont doux et bienveillants.

Alors que sur les rives du Lualaba ils font peu de cultures, mais sont surtout pêcheurs et excellents bateliers, à l'intérieur ils ont d'immenses plantations de manioc, de bananiers, de riz, de maïs et de sorgho cultivées avec soin.

L'organisation du travail s'y ressent de l'influence arabe qui opprima le pays pendant plus de trente ans. Les Vuanyema sont pour la plupart fort paisibles.

Les Arabes originaires de Zanzibar avaient pénétré dans le pays vers 1866 pour y commercer. Par la force des armes, ils avaient bientôt substitué leur autorité à celle des chefs nègres et, groupant autour d'eux quelques centaines de noirs plus ou moins transformés à leur contact, s'étaient établis en maîtres dans le pays où ils avaient fondé les importantes villes de Nyangwe et de Kasongo, centres agricoles et de transit. C'est de ces points

que rayonnaient leurs expéditions vers le nord, Touest et le sud-est, chassant Thomme et l'ivoire et fondant, dans la forêt, des postes tenus par des chefs secondaires.

Le long du lac Tanganika, au nord des Wahoholo, vivent les Wagoma, indigènes très difficiles à conduire; dans la presqu'île du nord-ouest du lac, les Wabwari ou Wayova et à l'ouest de ceux-ci les Bakaramba.

A l'ouest des Wagoma on rencontre les Bisi- Marungu.

Enfin, signalons encore les Wahombo et les Beni-Nondo.

Les Indéterminés. — Les Beni-Manmgu sont les très anciens habitants de la contrée limitée par la frontière de l'État entre le Tanganika et le Moero, le Tanganika jusque vers Pala et une ligne allait de Pala au nord du Moero.

Ils ont vu leur pays envahi par les Wabemba venus du sud refoulés par les Zoulous qui ont d'ailleurs envahi les deux rives du Tanganika dans le courant du siècle dernier. Plus tard, les Waniamwezi ravagèrent le territoire des Beni- Marungu, et vers 1894 les Wabemba durent rétrograder vers le sud dans la contrée qu'ils peuplent actuellement.

Hommes et femmes, chez les Beni-Marungu, se tatouent des pieds à la tête. Généralement de taille moyenne et peu avenants, ces indigènes sont beaucoup plus actifs que leurs voisins.

Après avoir cultivé leurs champs pendant les quatre ou cinq mois de bonne saison, ils utilisent leurs loisirs à fondre et à forger le fer dont ils font des pioches, des haches, etc. Ils récoltent aussi le sel de deux ruisseaux salés qui traversent le pays.

La verrerie et la poterie sont assez répandues.

Les Baushi habitent la région du haut Luapula et une enclave au nord de Bunkeia. Bien que Msiri ait à diverses reprises tenté de les soumettre, il n*est jamais parvenu à étendre sur eux son autorité.

Dans l'angle sud-est de TÉtat on trouve plusieurs autres tribus qui ne peuvent être rattachées momentanément à d'autres groupements.

Les Balamba établis à l'est de la haute Lufira.

Les Wabemba venus du sud du lac Bangwelo et qui occupent la contrée depuis un siècle et demi par droit de conquête (N.-E. du lac Moero).

Ils sont placés sous l'autorité très écoutée de Waniamwezi et de Swahili.

Les Waholoholo ou Wahorohoro occupent le territoire situé autour d'Albertville.

Ils ont la même organisation politique ique les Wabemba ; pour ce qui concerne les affaires d'intérêt général, le chef n'a aucune autorité sans l'assistance du conseil des anciens. Ils ne portent pas de tatouage, mais se taillent en biseau les deux incisives du milieu. Les femmes se tatouent le ventre, le bas des reins et l'épaule gauche. Les Waholoholo ne sont pas anthropophages comme d'ailleurs toutes les peuplades de la rive du lac.

ZI

Les Watemba d'origine encore inconnue : on les rencontre sur la Lubule, émissaire du Moero, à l'ouest du Luapula et du Lualaba supérieur.

Les Basanga forment une peuplade fière et forte chez laquelle Msiri ne put prendre pied que grâce à des luttes continuelles suivies de razzias.

Ils furent également en lutte avec les Balunda» ce qui leur fournit l'occasion de témoigner de leur force d'expansion. Ils se disent venus du sud, hypothèse vraisemblable, car les Basanga signalés par Livingstone au nord de Tête sur le Zambèze s'en rapprochent non seulement par le nom, mais encore par les mœurs.

Ils habitent le pays situé à l'ouest de la haute Lufira.

Les Basanga ont la spécialité de récolter le sel des sources de Moachia.

Ils en forment des pains qui font l'objet d'un commerce très actif.

B. LES BANTU ORIENTAUX

Les Bantu orientaux ne sont répandus dans l'État du Congo que dans la partie de la grande crevasse située au nord et au sud des monts Virunga.

Ces populations appartiennent, sauf les Waniamwezi, au groupe des Bantu des lacs et se subdivisent comme suit :

1^ Population autonome :

Bakonjo, Babira, Wania Boga, Wania Ble, Awamba, Busaiga.

2° Population gouvernée par les cheis Bahima :

a. Batuzi :

BaUra,

Warundir Wafulero,

Basigi.

b. Bahima : Banyankole.

y> Les Waniamwezi : Bayeke.

V" Population autonome*

Les Bakonjo ou Wakondjo ne constituent pas une race spéciale, mais semblent être les derniers vestiges des Bantu orientaux, tels qu'ils existaient avant les invasions hamites.

Ils habitaient autrefois le Toro, mais ils se virent dans l'obligation de se réfugier sur les pentes méridionales des monts Ruenzori, à la suite de l'invasion des Batoro (i).

(i) Autrefois les souverains de l'Unyoro exerçaient leur domination sur les districts de i'Ankole et du Toro, mais des révolutions vinrent affi-anchir I'Ankole à une époque indéterminée et le Toro récemment.

Le tronc ancestral des tribus occidentales de l'Uganda fut constitué par les Banyoro, d'où dérivent les Baganda (est de Toro), puis les Bairu a Ankolc et enfin les Batoro.

On retrouve également des Bakonjo à Test du lac Albert-Edouard; ils sont complètement sous la domination des Basongora qui les considèrent comme leurs serfs.

Les Bakonjo sont des montagnards et des chasseurs doués d'une grande force musculaire et endurcis au froid qui descend des montagnes.

Les Babira habitent la région située au sud-est des Balega.

Le Boga, région élevée qui s'étend entre le bord du Graben et la limite de la forêt, est occupé par les Wania Boga, dont le chef est Tabaro. Ceux-ci forment une population intelligente d'agriculteurs possédant beaucoup de petit bétail. Leur organisation politique est identique à celle des Batoro : le chef exerce un pouvoir absolu et rend la justice.

Au sud des Wania Boga vivent les Wania Ble; leur organisation, pareille à celle des premiers, est cependant moins avancée.

Enfin, entre le versant nord-ouest du Ruenzori et la Semliki se rencontrent les populations Awamba ou Baamba, et au nord du massif précité les Busaiga.

2^ Population gouvernée par les chefs Bahlma.

Les Bahima sont des Hamites partis probablement des régions du Nil moyen à une époque très éloignée et difficile à fixer : leur premier mouvement daterait du xvi^ siècle.

Parmi eux les plus anciens envahisseurs sont les Batuziy fondateurs du royaume de Kitara (Unyoro-Toro); aussi, parmi les Bahima, sont-ils les plus mêlés de sang nilotique et de sang bantu. Les plus récents, les Ruhinda, ont fondé le royaume de Karagwe.

L'invasion des Bahima a eu pour résultat la fondation de grands empires qui furent plus tard démembrés en un certain nombre de petits États : VUnyoro, l'Uganda, le Karagwe, VUsiba, VUsindja, VUrindi et le Ruanda.

a) Les Batuzi. — Le roi du Ruanda, Zinga ou Muzinga, appartient à une race conquérante venue des environs de TAbyssinie et qui compte une généalogie de rois appartenant à dix générations^ Le troisième roi serait tombé du ciel avec un livre (la bible).

Muzinga exerce son autorité dans l'Usambara par l'intermédiaire des chefs Batuzi : l'organisation politique est, en somme, féodale.

Les Batuzi ont la taille élevée; les membres sont fins et l'ensemble de la physionomie les rapproche de la race Galla, type parfait du Hamite pur.

Bien qu'ils aient adopté et l'habitat et le langage des indigènes qu'ils ont soumis, ils évitent soigneusement de contracter des unions avec ces derniers.

Les Baiera sont placés sous l'autorité des chefs Batuzi; ils habitent le Mutera, pays montagneux

situé au sud-ouest du lac Bajundo. Ce sont des indigènes de belle taille, mais chez lesquels le brigandage est élevé à la hauteur d'une institution.

Les Warundi (ou Warnudi) ont pour chef Moyoo ou Nogabo, et celui-ci se fait représenter dans les villages par des « nyampara ». Ils peuplent les territoires de la Ruzizi-Kivu.

Warundi est le nom générique de toute la peuplade qui comprend un certain nombre de tribus. Cette peuplade est originaire de la rive gauche de la Ruzizi.

Les Warundi ne portent aucun tatouage; ce sont des dégénérés de taille moyenne, aux pieds épaissis. Ils se rasent la tête, sauf une spirale de cheveux qu'ils laissent subsister au sommet du crâne, et se couvrent de peaux d'animaux et d'étoffes attachées au-dessus de l'épaule gauche. Les huttes en calotte sphérique sont couvertes d'herbes.

A leur tour les Warundi exercent leur domination sur les Wafulero (habitants de l'Ufulero, région montagneuse située à l'ouest de Luvungi), bien que ceux-ci ne soient pas des esclaves : les premiers tirent surtout leur supériorité de ce fait qu'ils possèdent la plus grande partie du bétail (étalon de la richesse dans ces régions) et qu'ils ont depuis plus longtemps le contact du blanc.

Tous ces indigènes parlent le Kiswahili ; peuples de cultivateurs et de pasteurs, ils sont aussi fort commerçants.

Les Basigi, qui occupent la r^on située au

nord du lac Bajundo, sont également placés sous Tautorité des Watuzi, mais celle-ci n'est que nominale; en réalité, ils sont pour ainsi dire indépendants.

Ils portent quelques tatouages sur la poitrine et sur le dos; la chevelure, assez longue, est tressée en cordelettes pendantes et le vêtement de peau est d'un usage général. Ils cultivent le sorgho, les haricots, les patates douces, les pois chiches et un peu de maïs, et possèdent beaucoup de gros et de petit bétail.

Travaillant également le fer, ils s'occupent peu de chasse et de pêche.

b) Les Bahima. — Leur centre principal est le Sema^ une partie de VAnkole (Afrique orientale anglaise).

C'est un pays de vastes pâturages, où le Muhima (i) vit en maître du pays, professant un profond mépris pour les Banyankole ou Bairu d'Ankole, dont il a fait ses serfs.

Le Muhima est un être intelligent, grand, élancé, aux traits réguliers, au nez aquilin et au teint plutôt jaune.

Dans l'État du Congo, les Bahima se rencontrent dans la plaine qui s'étend au sud-ouest du lac Albert, entre la limite de la grande forêt et la basse Semliki.

(x) Muhima est le singulier de Bahima.

Ils ont perdu de leur valeur guerrière et n'exerœnt aucune autorité sur les populations qu'ils ont dépossédées ; les autochtones sont même bien plus avancés qu'eux.

Le Muhima s'occupe d'élevage, sauf cependant une fraction de la race, les Batuku, ces derniers ne possédant pas de bétail en raison des ravages causés par la mouche tsé-tsé, qui fait d'ailleurs sentir ses funestes effets non seulement sur les bords du lac Albert, mais encore dans tout rUnyoro.

Les Bahima n'aiment guère le mélange avec les indigènes ; c'est plutôt la classe dirigeante de ces derniers qui recherche des unions avec les envahisseurs; aussi certains chefs Batoro et le roi du Toro lui-même, Kasegama, ont-ils le type Muhima fortement accusé.

3^ Les Waniamwezi.

Les Waniamwezi, originaires de l'est du lac Tanganika, constituent une race belle et vigoureuse de commerçants formés à l'école de l'Arabe et du Swahili.

Possédant tous les caractères d'un peuple colonisateur, ils sont le meilleur auxiliaire du blanc au Katanga.

Ils ont poussé avec les Arabes jusqu'au Sankuru et plusieurs hommes de Zapo-Zap parlent le swahili, leur langue.

— lôg —

Sur le territoire de l'État indépendant ils sont représentés par les Bayeke.

Les Bayeke sont une population hétérogène desœndant en grande partie des Waniamwezi, arrivés dans le pays à la suite de Msiri (i). Ils sont établis dans la région des Bunkeia.

Les Waniamwezi exercent non seulement leur autorité sur toutes les agglomérations importantes des Wabemba, mais s'infiltrent dans tout le sud du Katanga : ici on les trouve installés comme chefs de villages, là ils forment des colonies agricoles et prospères au milieu de peuplades primitives comme chez les Balamba; on en rencontre même remplissant les fonctions de conseiller chez les chefs Balunda.

Ils se sont installés autrefois chez les Benù Marungu dont ils ravagèrent le pays vers la fin du siècle dernier, aidés par un noyau d'indigènes qui jugèrent prudent de se tourner vers leurs puissants envahisseurs.

(i) La plupart des populations du Katanga, qui comprennent toutes les tribus habitant à l'est des Lunda et au sud des Baluba, formaient, il y a quelques années, un puissant Etat placé sous les ordres de Msiri, Ce cnef, venu jadis du Guaragenza pour commercer, s'était établi dans le pays.

A son arrivée, toutes les populations se réfugièrent dans les bois ; c'est alors qu'apparut Katanga, petit chef balamba installé sur la Tanga; il se présenta comme chef du pays et traita avec Msiri au nom de tous ; ce dernier, le prenant pour le cnef des Balamba, épousa une de ses filles.

Quelques guerres heureuses étendirent le royaume de Msiri qui avait comme capitale Bunkeia. Ce chef fameux gouvernait le pays avec une tyrannie et une cruauté excessives.

Bientôt, une de ses tribus, les Basanga, se révolta contre son autorité, et le roi ayant été tué, l'empire se désagrégea complètement et se trouve divisé aujourd'hui entre les Bayeki et les Basanga. D'autres tribus avaient toujours r^isté aux tentatives de conquête de Msiri : c'étaient les BashUa, les Balamotvo, les Lunda du Luapûla, les Bauski, les Balamba, etc.

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