‹ Le Congo;Chapitre 51 sur 126 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

DÉFINITION. — La colonisation est l'action civilisatrice et bienfaisante d'un peuple supérieur sur un autre encore en état d'infériorité.

Les colonies peuvent se classer en quatre sortes :

jo Les colonies de peuplement, dans les territoires inhabités, sous un climat propre au développement de la race civilisatrice. (Ex. l'Australie, l'Amérique du Nord.)

2^ Les colonies d'exploitation, dans des territoires habités par une population de qualité inférieure, dont le travail enrichira les colons. (Ex. le Mexique et le Pérou sous la domination espagnole.)

3^ Les colonies de plantation, dans des pays parfois peu habités, sous un climat médiocrement favorable aux colons, mais très fertiles, où l'on importe les capitaux et la main-d'œuvre quand elle fait défaut. (Ex. les Antilles, la Louisiane.)

4® Les colonies de commerce ou comptoirs, ordinairement le long des côtes, en pays populeux,

mais déjà assez civilisés pour qu'il faille s'entendre avec les occupants.

Ces comptoirs ne peuvent presque plus être considérés comme colonies, puisqu'ils manquent de rouages administratifs et politiques.

Ces distinctions, jadis nettement établies, sont loin d'être aussi rigoureuses maintenant. La plupart des colonies présentent aujourd'hui un caractère mixte, tantôt de plantation et d'exploitation (Congo), tantôt de plantation et de commerce.

Utilité. — Les raisons qui militent en faveur de la colonisation sont d'ordre matériel, moral, politique et humanitaire.

Dans l'ordre matériel, i® la colonie soulage d'un excès de population ; 2° elle ouvre un marché aux produits nationaux et en crée un, dans la métropole, aux produits de la colonie.

Le premier avantage qui, pour les colonies de peuplement, n'est pas discutable le devient lorsqu'on a affaire à une colonie de plantation. Quant au second, il reste vrai dans tous les cas : le commerce suit le pavillon, c'est-à-dire s'établit de préférence là où le gouvernement est aux mains de ses nationaux. Ailleurs, au contraire, ses capitaux sont moins en sûreté et ses concurrents plus nombreux.

Dans l'ordre moral et politique, la colonie est non seulement une soupape de sûreté pour les esprits aventureux et indisciplinés, à qui elle permet d'utiliser des qualités parfois remarquables,

m^is elle est une puissante manifestation de la force d'une nation, dont elle augmente considérablement le prestige.

Dans Tordre humanitaire, enfin, elle contribue au développement de races plongées le plus souvent dans la barbarie.

Mais une entreprise coloniale est une opération de longue durée. A moins d'un succès exceptionnel, il faut de longues années pour qu'elle puisse marcher seule. Presque toujours les débuts en sont critiqués; quand la période de rapport est arrivée, les opposants sont morts et les contemporains, croyant que la situation coloniale a toujours été florissante, critiquent de nouvelles et coûteuses expansions.

Fondation. — Quel doit être le fondateur d'une colonie? Est-ce l'État, c'est-à-dire le gouvernement de la métropole, ou une puissante compagnie créée dans cette métropole et jouissant de privilèges étendus pour coloniser ?

La question reste des plus controversée. L'histoire nous apprend que les grandes compagnies colonisatrices furent très âpres au gain ; par contre, les gouvernements se tirèrent parfois fort mal de leurs entreprises.

Dans la période actuelle, devant la rareté des terres encore vacantes, on est allé occuper des pays peu habitables aux Européens ou peuplés de races puissantes. Il en est résulté souvent une conquête longue et difficile, des débuts lents et

dispendieux, des devoirs nouveaux et plus élevés, qu'il pourrait être imprudent de confier à une association fondée dans un but commercial.

Si l'Angleterre, en trois points du globe à la fois, n'a pas suivi cette façon de procéder, c'est probablement parce qu'elle avait affaire à des peuples peu redoutables et que d'ailleurs ses compagnies à chartes avaient derrière elles l'État, prêt à les soutenir. Deux d'entre elles ont déjà fait place au Gouvernement direct de la métropole, et la reprise de la troisième, celle de la Rhodésie, par le gouvernement impérial est désirée par de nombreux coloniaux.

Gouvernement. — La colonie étant fondée, il faut la rendre vigoureuse et prospère et, à cet effet, il faut lui donner un gouvernement sage et capable.

Le gouvernement doit-il être confié à l'élément civil ou à l'élément militaire?

L'expérience prouve que la colonisation, même pacifique, ne va jamais sans un certain déploiement de forces. L'élément militaire semble donc s'imposer, au moins au début, pour pacifier et gouverner énergiquement des pays où le commerce pourrait être entravé par les dispositions malveillantes des premiers occupants.

L'administration civile ne doit s'implanter dans la colonie que progressivement; encore ne doitelle pas présenter les rouages compliqués des administrations européennes.

Les rapports de la colonie avec la métropole doivent être compris de telle sorte que, tout en laissant au chef de la colonie l'initiative qui lui est indispensable, le pouvoir métropolitain garde sur lui une action suffisante.

La décentralisation administrative, employée avec circonspection, semble être la meilleure règle de conduite en pareille circonstance.

Quant au gouvernement proprement dit, il est chargé de gérer les intérêts de deux races : les colons et les natifs.

Dans les colonies où la race indigène est inférieure, l'autorité doit rester provisoirement entièrement aux mains des colons ; mais il est nécessaire de prendre des précautions pour qu'elle ne dégénère pas en tyrannie.

La conduite à tenir envers les indigènes doit être humaine. En les gouvernant comme il convient, en les civilisant peu à peu, en en formant des travailleurs, en les dotant d'instruments perfectionnés et, à cet eflfet, en prélevant sur eux les ressources nécessaires, en leur assurant la sécurité, la justice et le maintien de leurs anciennes institutions, on prépare leur développement moral et intellectuel.

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