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CULTURE

Le Congo est appelé à devenir surtout une colonie de plantation.

Cette définition dit assez l'importance qu'y a prise la culture et le développement de plus en plus grand qu'on cherchera à lui donner.

Les produits destinés à l'exportation, les cultures

industrielles ou de rapport doivent y figurer en première ligne. D'autre part, les exploitations agricoles nécessitent un personnel nombreux, européen et de couleur, qui requiert l'établissement de cultures alimentaires. La main-d'œuvre existe-t-elle au Congo? Dans une certaine mesure. Sans doute, la matière brute est abondante : l'ethnographie nous a appris que la population est tout à la fois dense et généralement vigoureuse. Cependant elle est peu habituée au travail et surtout à une occupation suivie. Le moyen d'en obtenir une main-d'œuvre régulière et suffisamment abondante constitue peut-être le plus gros problème qu'il faille résoudre au Congo. Ce dernier n'est d'ailleurs pas moins bien partagé que les autres pays tropicaux : ce problème se pose chez eux comme chez nous, et la question du travail, déjà si importante dans nos pays, se présente sous les tropiques avec plus de gravité encore.

Vingt années d'occupation du Congo ont cependant produit déjà certains résultats : on arrive dans certaines régions, et lorsque le travail n'est pas trop considérable, à obtenir par les moyens habituels une certaine quantité de main-d'œuvre : le gouvernement obtient des travailleurs ordinaires engagés par contrat aux conditions suivantes :

Salaire maximum pour le Bas-Congo etLéopoldville : fr. 0.21 par jour.

Salaire maximum pour le Haut-Congo : 7 francs; salaire initial : au maximum de 2 à 6 francs suivant la région.

Dans ces conditions, le succès des plantations se présente sous un jour suffisamment favorable* Ce n'est toutefois que dans le Bas-Congo que celles-ci sont réellement rémunératrices.

CULTURES INDUSTRIELLES A. — Le cacao.

Le cacaoyer se classe au premier rang des cultures arbustives. Cette plante pourra, moins encore que le café, être cultivée avec succès ailleurs que dans la grande forêt.

Elle exige, en eflfet, non seulement les meilleures terres argileuses, mais encore une situation abritée; de plus, ses semences sont délicates et sa transplantation difficile.

Les premières plantations de cacaoyers furent établies principalement au moyen de graines de San Thomé, d'où proviennent d'ailleurs la plupart des cacaoyers actuellement existants.

Cependant le jardin botanique cultive des cacaos originaires de Caracas, de Colombie, de Surinam, de San Salvador, de la Trinité, etc.

Les espèces végétales qui fournissent le cacao appartiennent au genre Theobroma.

Les essais de plantation n'ont pas donné partout les résultats qu'on croyait pouvoir en attendre : c'est que le cacaoyer exige pour fournir un rendement sérieux un ensemble de conditions que l'on

trouve rarement réunies : un climat, un terrain, des moyens de communication favorables et une main^ éPceuvre abondante.

Le climat.

La sécheresse est le grand ennemi du cacao. Les conditions climatériques les plus propices à cette culture se trouvent réunies au Maynmbe. Cette région jouit d'un climat très sain, surtout dans la partie accidentée : l'absence de marais, due à la rapidité du courant des rivières, n'y est certes pas étrangère.

Les saisons y sont nettement marquées : la saison des pluies commence à la fin de septembre pour se terminer dans les premiers jours de mai. Une moyenne de huit années d'observations donne 1^483 comme hauteur de pluie, mais cette hauteur est loin d'être uniforme : ainsi l'année 1898 a donné 2™632, alors qu'en 1904 la hauteur de pluie tombée se réduisait à 0^892.

En ce qui concerne la température, celle-ci dépasse rarement 3/^ centigrades en saison chaude à midi et à l'ombre.

Les nuits sont généralement froides, et en saison sèche il arrive que le thermomètre ne marque que 8^.

Le terrain.

La majeure partie de l'État se développe dans les grès et dans les schistes qui ne conviennent pas pour la culture du cacao; c'est là une des

causes principales de non-réussite des plantations dans certaines parties de l'État.

Le sol du Mayumbe est constitué par la série des terrains granitiques éminemment Êivorables à la culture de cette plante. La véritable valeur de cette région réside d'ailleurs dans la richesse de son sol.

Les moyens de commuiilcation.

De bons moyens de communication existent dans la majeure partie de TÉtat du Congo, mais les tarifs sont encore trop élevés à l'heure actuelle pour permettre l'exploitation du cacao dans des conditions avantageuses; tel n'est pas le cas du Majnimbe qui, à ce point de vue également, se trouve dans une situation privilégiée.

Main-d'œuvre.

La main-d'œuvre est également plus abondante dans la région du Mayumbe que dans les autres parties de l'État; rien d'étonnant d'ailleurs à cette situation : les noirs voisins de la côte sont depuis bien plus longtemps en contact avec le blanc que ceux de l'intérieur. Ils savent également qu'ils peuvent acquérir à prix d'argent dans les factoreries les objets qu'ils désirent : aussi leur salaire est-il toujours payé en argent.

Généralement les travailleurs du Mayumbe sont engagés au salaire de 8 à lo francs par mois et nourris par les planteurs.

Centres de culture.

Les districts dans lesquels la culture du cacao donne les meilleurs résultats sont ceux de Borna (Mayumbe), de V Equateur, de VAruwimi et de la Province orientale.

Lm plAotatloiif d« cacao an M^jmmba.

District de Borna [Mayumbe). — Les terres possédées par des planteurs de cacao dans cette région s'étendaient en 1906 sur une surface de 70,324 hectares.

L'étendue réellement plantée à ce jour atteint environ 3,700 hectares, et l'étendue en production environ 1,100 hectares.

On compte sur un rendement moyen de 600 kilos de cacao à l'hectare, quand les plantes ont atteint l'âge adulte, c'est-à-dire la septième année.

Voici le relevé de la production annuelle du cacao au Mayumbe depuis 1901 :

1901 i,i33 kilos

District de l'Equateur. — Les principaux centres de culture de ce district sont Irebu, Coquilhatville, Ikenge et Bikoro.

District de l'Arummi. — Barumbu, Bomaneh et Mogandjo sont les centres de culture les plus importants.

Dans chacun de ces deux derniers districts on met en terre annuellement au moins 5o,ooo plants de cacao.

District de la Province orientale. — Seuls quelques postes de ce district possèdent des plantations, et ces dernières, en raison des difficultés d'exportation, n'atteignent pas l'importance de celles citées plus haut. L'étendue des terrains mis en culture dans ces trois derniers districts atteint actuellement environ 35o hectares, et on estime que, dans

trois ou quatre ans, ce chiffre aura été porté à un millier d'hectares.

Avenir du cacao.

Les progrès rapides qu'a réalisés, dans le courant des dix dernières années, la culture du cacao permettent de bien augurer de l'avenir qui lui est réservé, et il semble que l'on puisse reporter sur cette plante toutes les espérances qu'avaient fait concevoir un instant les plantations de café et que la crise de surproduction est venue si malencontreusement réduire à néant.

Le cacao est actuellement la seule plante économique de grande culture susceptible de fournir des résultats certains dans des conditions normales de production; aussi peut-on le considérer comme l'élément de base de l'agriculture congolaise.

Les plantations de cacao actuellement existantes au Mayumbe ne recouvrent qu'une sommaire partie du sol disponible de cette région, qui, comme nous avons eu l'occasion de le signaler plus haut, offre au planteur les conditions les plus avantageuses. C'est de ce côté que devra porter l'effort de ceux que tentera cette exploitation à la fois facile, sûre et rémunératrice.

Voici quel est le chiffre des exportations de cacao de 1896 à igo6 :

1896 92 kilos

;900 899x1 kilos.

Prix du cacao.

Le prix s'est fortement relevé en 1907 : alors qu'en igo6 le cours moyen était de i fr, 80 le kilogramme, il a atteint en 1907 le chiffre de 2 fr. 84; au 5 décembre de la même année il était à 2 fr. o5.

11 est à remarquer que le stock visible du cacao est en diminution de plus de la moitié sur l'an dernier.

La Belgique a importé, en 1906, 5,952,670 kilos de cacao (fèves et pelures) d'une valeur de 10,715,000 francs.

Production mondiale (moyenne pour 1902-1903- 1904) : environ 126,000 tonnes dont : Equateur,. 25,549 tonnes, et San Thomé, 19,982.

B. — Le café.

Le café pouvait être considéré il y a quelque dix ans comme une des cultures de grand avenir du Congo. Par sa production relativement facile, sa préparation simple, sa facilité d'écoulement, il paraissait appelé à devenir l'un des principaux

articles d'exportation, La baisse produite par la surproduction du Brésil, jointe à la rareté de la main-d'œuvre, est venue réduire une partie de ces espérances.

En 1897, époque à laquelle la culture du café commençait à prendre de l'importance, la situation était la suivante :

Cette culture avait été tentée dans presque tous les postes de l'État, avec des succès divers, qui avaient permis de déterminer les contrées où les plantations pouvaient se faire sur une grande échelle.

Un million et demi de plants étaient répartis dans les districts de l'Equateur et des Bangala et aux Stanley-Falls.

Le district de l'Equateur, qui occupe la partie centrale de la forêt équatoriale, avait comme principaux centres de culture :

Coquilhatville : 100 hectares comprenant 60,000 caféiers en place ou en pépinières;

Irebu : 10,000 plants ;

Bohangi(5,ooo), Équateurville et dix-neuf autres postes moins importants où les indigènes s'initiaient à la culture.

Au total : 100,000 pieds.

Dans les districts des Bangala et de FAruivimi. — Nouvelle- Anvers comptait 38, 000 plants répartis entre cette station et le poste de Makolo ;

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Umangi (5,ooo), Bumana (85o) et d'autres postes secondaires possédaient 3o,ooo caféiers.

Il existait dans le district de TArawirni deux postes agricoles importants : Basoko (26,000 plants) et Isangi (17,000 plants).

Dans la Province orientale. — Stanley-Falls et Wabundu étaient les sièges de grandes cultures dont certaines en plein rapport.

Total : 3o,ooo pieds.

A côté des plantations de l'État se trouvaient celles des Arabes,

Dans le district du Lualaba-Kasai. — Lusambo avait une plantation de caféiers de Libéria et un grand nombre de pieds de café du Sankuru.

Total du district : 27,000.

Le district de l'Ubangi possédait 80,000 plants répartis entre les postes de Banzyville, Yakoma, Lengo, etc.

Dans le Bas-Congo (Mayumbe). — Le poste de Lengi en comptait 20,000, celui de Temvo 1,100.

Au total il en existait 37,000.

Depuis 1897 la culture, après un mouvement ascensionnel qui atteint son apogée en 1900, a commencé à décroître.

Nous donnons à la page suivante le tableau du

nombre de caféiers en pleine terre recensés depuis

Actuellement les grands centres de culture se trouvent dans le Mayumbe, dans la zone des Stanley Falls et dans les districts de VÉquateur et de VAruwimi; seulement les plantations ne sont plus développées que dans ces deux derniers districts qui paraissent se trouver dans les conditions les plus favorables.

Dans le Bas-Congo on a maintenu les postes existants : celui de Congo da Lemba a donné 40 tonnes en 1904 {2).

Les plantations se composent presque uniquement de caféiers de l'espèce Coffea Liberica ; quelques postes possèdent des Coffea Laurentii et des Coffea Dewevrei, espèces indigènes que Ton propage là où le caféier de Libéria ne croît pas.

Les récoltes obtenues dans les différents postes

(i) Les diminutions qu'accuse Tannée 1902 doivent être attribuées non seulement à la mauvaise qualité du sol, mais surtout au fait que le

Souvemement a donné l'ordre de ne plus renseigner que les coamps ont les arbustes sont de belle venue ; les autres ont été abandonnés.

(a) La récolte de l'année suivante, contrariée par la sécheresse, n'a donné que 19 tonnes.

sont dirigées sur Kinshasa, à rexœption, toutefois, des quantités nécessaires aux besoins locaux. Une usine centrale établie dans cette localité traite les cafés par voie sèche et les prépare pour la vente ; une partie est torréfiée et vendue au Congo même, Tautre est exportée en Europe.

En 1902 l'usine a fourni :

Expédiés vers l'Europe . . 1 36, 36o kilos Utilisés au Congo. . . . 1 3,3 10 »

Soit au total . . 149,670 n En 1905 elle a traité 388 tonnes de café en cerises.

Un second établissement de préparation, celui de Coquilhatville, traite le café par la voie humide.

Exportation du Congo en 1906 : 74,916 kilogrammes,

La production mondiale a atteint, en 1906, 16,480,000 balles de 60 kilos, soit 988,800 tonnes.

La Belgique a importé, en 1906, 53,996,088 kilogrammes de café d'une valeur de 56, 241 ,000 francs.

Production comparée.

Brésil : 649,000 tonnes (igoS).

Nyasaland Protectorate : 288 tonnes (igoS-igoô).

Qualité.

« Les plus fins connaisseurs ont goûté ce café; ils ont été unanimes à déclarer qu'il est excellent de goût et d'arôme, et supérieur, sous ce rapport, au café Santos, sans toutefois être aussi fin et aussi

fort que le café Java ou Haïti. Son goût agréable, sa bonne préparation, la grosseur de sa fève le rendent particulièrement propre au marché d'Anvers; il entrera facilement dans la consommation du pays parce qu'il pourra concourir avec les principales sortes consommées en Belgique, telles que le Java, THaïti, le Santos, » (Rapport de la Chambre de commerce d'Anvers.)

Cette appréciation n'est que l'expression exacte de la vérité, comme le prouvent les prix offerts en Belgique à la fin de l'année 1907 : le Coffea Canephora^ var, Kwiluensis^ a été évalué de 45 à 46 francs et le Coffea Dewevrei genre Libéria, le meilleur des cafés du Congo, vaut de Sg à 60 francs.

Avenir du café.

L'état stationnaire de la production du café est dû principalement aux conditions du marché mondial de cette denrée. Il n'en est pas moins vrai que les éléments naturels qui favorisent cette production restent intacts. Le caféier Libéria, en effet, trouve dans la grande forêt équatoriale le sol et le climat qui lui conviennent le mieux ; de plus, les essais tentés jusqu'ici ont permis de fixer les esprits tant au sujet des espèces qu'il conviendrait de propager qu'en ce qui concerne les conditions dans lesquelles cette culture pourra être entreprise de la manière la plus avantageuse. Enfin, la préparation du produit n'est ni longue ni délicate.

Si la surproduction du Brésil ne permet pas, à

l'heure actuelle, de vendre le café à des prix rémunérateurs, il ne faut pas perdre de vue que cette situation peut se modifier du tout au tout.

En somme, cette surproduction est à la merci soit d'éléments passagers, comme une mauvaise récolte ou une série de mauvaises récoltes, soit encore d'une crise permanente que provoqueraient, par exemple, les ravages causés par quelque maladie cryptogamique.

Si une pareille éventualité venait à se produire, sans aucun doute l'avenir de la production du café au Congo permettrait à nouveau les plus brillantes espérances.

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