‹ Le Congo;Chapitre 87 sur 126 · C. — Le cola · texte numérisé non relu

C. — Le cola

Le cola (Cola acuminata) est un arbre ressemblant au châtaignier et pouvant atteindre 3o mètres de hauteur. Il est en plein rapport vers sa dixième année et donne alors par an 40 à 45 kilos de noix employées en pharmacie.

Les colatiers existent à l'état sauvage ou cultivés dans toute l'Afrique tropicale occidentale. Au Congo ils ne sont cultivés que par les indigènes du bas fleuve.

Un colatier de bonne taille peut rapporter 3o francs pendant une mauvaise année et 60 francs dans les bonnes années. Le cola ne figure plus parmi les produits exportés du Congo.

D. — Le tabac.

Les tabacs congolais sont de deux espèces :

Le Nicotiana tabacum, grande plante atteignant jusque 4 mètres de hauteur et donnant un produit de couleur claire, mais très fort;

Le Nicotiana rustica, plus petit, donnant un produit plus foncé, mais moins fort et préféré par les Européens.

A côté de ces espèces indigènes, l'État introduisit dans ses plantations du district des Cataractes les semences des tabacs les plus réputés; la plupart vinrent très bien, particulièrement l'espèce richmond dont la qualité s'accrut encore en s'acclimatant au Congo.

Aire de dispersion et centres de cultures.

Le tabac recherche un sol sablonneux, riche en humus. Il est cultivé partout par les indigènes, mais sauf les Bateke; ceux-ci n'apportent pas le moindre soin à sa fermentation.

Préparé convenablement, il donne cependant un produit de bonne qualité.

A partir de i8g5 des postes spéciaux furent créés pour se livrer à la grande culture du tabac. C'étaient Shinganga (12,000 pieds en i8g5), Kaia, Zobe, Bulatu sur le Shiloango (Mayumbe), Kamba près de Banza-Makuta, dans le district des Cataractes, et ils semblaient convenir à la grande

calture (3o,ooo plants de tabac américain, turc, etc. , en 1897).

Cest dans ces postes que Ton introduisit les diverses espèces étrangères pour se livrer à des essais comparatifs.

D'autres essais furent encore tentés à Luvituku, à Kolo (rendement environ 2 tonnes) et à Kitobola (environ 25 tonnes).

Actuellement ces essais se poursuivent au jardin botanique d'Eala. On n'est pas encore arrivé à produire un tabac susceptible d'une exploitation avantageuse.

Avenir.

Le tabac du Congo n'ayant pas encore été l'objet d'un commerce suivi, les données manquent pour fixer le bénéfice approximatif qu'il peut laisser au planteur.

Il est possible que cette culture atteigne plus tard un grand développement, mais le plant de tabac, pour donner un bon produit, doit être soigneusement cultivé et ses feuilles exigent ensuite une manipulation délicate. Il faut, pour ces opérations, une main-d'œuvre nombreuse et instruite, qu'il ne sera guère possible d'obtenir avant longtemps.

La culture du tabac présente cependant un avantage qui la recommande à l'attention des planteurs : c'est qu'à l'encontre du cacao, du caoutchouc, du café, etc., elle n'exige pas une

longue période d'attente avant d'être productive. A ce titre elle est tout indiquée comme culture accessoire dans les établissements agricoles.

La Belgique importe annuellement pour 9 millions de francs de tabac.

E. — La canne a sucre.

La canne à sucre {Saccharum offiànarum) est une plante vivace dont les tiges atteignent parfois la grosseur du bras et une hauteur de 4 à 5 mètres. Elle renferme une sève sucrée dont on tire un excellent sucre cristallisé.

Les espèces les plus répandues sont la canne violette de Java et la canne jaune de Bourbon.

Dispersion.

La canne à sucre est répandue dans tout le Haut- Congo, particulièrement dans les endroits humides, bien arrosés, où elle croît soit à Tétat sauvage, soit cultivée par les indigènes qui la mâchent ou en font du vin de canne.

La culture de la canne a été essayée dans plusieurs postes : Nouvelle- An vers, Stanleyville, etc., avec le plus grand succès.

Rapport.

La canne à sucre est d'une culture très facile et d'un bon rapport.

A la Réunion, pour une valeur de i5 kilos de

sucre sur loo kilos de canne, on retire 9.60 kilos de sucre, soit 64 p. c.

En Hawaï, dans les mêmes conditions, le rendement atteint 85 p. c, soit 12.75 kilos de sucre sur 100 kilos de canne.

Le rhum s'extrait de la mélasse.

Avenir.

La canne à sucre ne semble guère avoir d'avenir au Congo, non pas que les conditions naturelles lui soient défavorables, mais parce que, indépendamment de la surproduction des pays à betteraves, d'autres pays tropicaux et notamment les Antilles et les îles Hawaï réunissent des conditions meilleures.

F. — Plantes textiles.

Les plantes textiles du Congo sont très nombreuses. Les principales sont le coton, la fibre de raphia, le chanvre et la ramie.

Les cotonniers du Congo sont le Gossypium barbadense et le Gossypium arborescens qui trouvent dans le pays des conditions extrêmement favorables à leur développement.

Cette plante existe au Congo à l'état sauvage et cultivé : dans le Manyema où elle couvre la savane, dans les régions au nord de Boma où elle est dispersée sur de vastes espaces, et dans le Bas- Congo, la région des Cataractes et le Kasai.

Les variétés cotonnières pourront encore être améliorées par la suite.

L'expérience ayant démontré que la région équatoriale ne convient pas à la culture du coton, en raison de l'humidité de Tair et de la persistance des pluies qui entravent la maturation, l'administration a décidé de ne plus poursuivre la culture que dans le Bas-Congo.

On cherche à propager non seulement le cotonnier indigène, mais encore les espèces étrangères : de la Nouvelle-Orléans, de Géorgie, de Sealsland, du Pérou, de la Haute et Basse- Egypte, etc. Un outillage de presses et d'égreneuses a été envoyé sur les lieux de production.

Si, en quantité, les résultats nont pas été jusqu'ici en rapport avec la main-d'œuvre employée, la qualité du produit récolté (3 francs le kilo) permet d'espérer qu'en employant des machines agricoles on arrivera à produire le coton à un prix de revient satisfaisant.

Actuellement les essais se poursuivent dans les plantations de Kalamu et de Kionzo.

L'administration encourage aussi la culture du coton par les indigènes, auxquels elle remet les graines nécessaires et garantit l'achat de la récolte à des prix très rémunérateurs.

La production mondiale du coton brut atteignait, pour la saison 1 904-1905, le chiffre de 19,426,859 balles de 5oo livres.

La Belgique possédait en 1906 environ i million 200,000 broches à filer utilisant chaque année de

lôOyOOO à 180,000 balles. Le même paysaimporté, en 1906, 54,049,294 kilos de coton d'une valeur de 67,561,000 francs.

Les raphia, palmiers donnant des feuilles fibreuses, sont répandus d'une façon générale dans toute la forêt équatoriale. Ils abondent surtout dans les forêts du Haut-Congo, du Lualaba, de TAruwimi et du Kasai. Ils fournissent le Piassava, fibre dure, très employée dans la brosserie.

Le chanvre, plante acclimatée au Congo, est une herbacée de plusieurs mètres de hauteur, analogue au chanvre d'Europe, mais donnant une fibre de moins de valeur.

Il croît à l'état sauvage et à l'état cultivé, surtout dans les régions du Kasai et du Sankuru, où les indigènes le fumaient autrefois avec passion.

Le chanvre de Manille est produit par le bananier textile (Musa textilisj.

Les essais tentés n'ont pas donné, au point de vue de la qualité de ce produit, les résultats qu'on en attendait.

Le chanvre de Maurice est fourni par V Agave que l'on cultive à Eala et dans le Bas-Congo.

Les fibres préparées ont été évaluées à 86 francs les 100 kilos. Les essais se poursuivent et, en 1906, près de 5, 000 rejetons de la variété Agave Rigada var. Sisalana ont été expédiés dans le Bas-Congo.

La Belgique a importé, en 1906, i8,555,6i8 kilos de chanvre, d'une valeur de 17,628,000 francs.

La ramie, plante acclimatée, est une ortie vivace, ressemblant un peu au chanvre, mais atteignant sous les climats humides et chauds des tropiques 2 à 4 mètres de hauteur. C'est un végétal pouvant fournir jusqu'à six récoltes par an et des plus précieux par la qualité de la fibre, à la fois plus élastique que le lin et le chanvre et incorruptible dans l'eau, qu'on en tire. L'espèce Urtica nivea, importée au nombre de 3o plants à Boma, en 1896, a réussi au delà de toute espérance.

L'introduction de deux espèces de ramie Boahmeria nivea et tenacissima a présenté assez de difficultés, mais actuellement ces plantes sont entièrement acclimatées et progressent normalement. L'usage industriel de la ramie est lié à la découverte d'une bonne machine à décortiquer que l'on cherche vainement depuis des années.

Le jute {Corchorus clitorius et capsularis)^ produisant la fibre de jute, s'est fort bien acclimaté au Congo; une plantation d'essai en a été établie dans le Bas-Congo en igo6.

La Belgique a importé, en 1906, 2i,oo3,886 kilos de jute d'une valeur de 12,602,000 francs.

Enfin des essais de production de la fibre de banane ont également été commencés.

Avenir.

Tous les textiles que nous venons d'examiner n'ont pas encore été exportés commercialement. Il est sorti de l'État du Congo 267 kilos de coton

brut en igoS et 202 kilos en 1906, 25 kilos de fibres d'agave et 20 kilos de fibres de banane en igo6.

Il est encore difficile de se prononcer sur la valeur économique de ces plantes.

G. — Plantes oléagineuses.

Le palmier Êlaïs (Elœis guineensisj ou palmier à huile est un arbre pouvant atteindre 25 à 3o mètres de hauteur. Il est couronné par une vaste touffe de feuilles et porte des grappes ou régimes de fruits d'une longueur de o™8o à i mètre et pesant de 3o à 40 kilos.

Les régimes contiennent de 3oo à 400 amandes formées d'une partie charnue et d'un noyau. De la partie charnue on retire une huile prenant en Europe la consistance du beurre et se composant d'oléine et de palmitine. Cette huile est utilisée dans l'industrie pour la fabrication du savon, des bougies et le graissage des machines.

Le noyau ou ^ Coconot » fournit une huile comestible de qualité supérieure.

Aire de dispersion et centres de production. — Le palmier élaïs croît spontanément au Congo en quantité considérable; son habitat naturel est limité à peu près au nord par le 5« parallèle et au sud par le io«.

Toute la région forestière tropicale semble lui convenir; seule l'altitude paraît arrêter sa croissance. Il semble préférer les sols sablonneux et sa

venue est plus belle dans la forêt que dans la savane. Presque tous les villages indigènes, aussi bien du Haut que du Bas-Congo, en font des plantations plus ou moins importantes.

Districts du Bas-Congo. — La presque totalité de Thuile de palme exportée actuellement du Congo provient des districts de Banana et de Boma, où le palmier existe dans la forêt du Mayumbe et des îles du bas fleuve. Les indigènes, parfaitement au courant de sa valeur, se livrent à une exploitation régulière de ce produit. L'élaïs existe paiement dans le district des Cataractes.

Les districts du Haut-Congo abondent également en élaïs; on les trouve dans les ravins boisés des districts du Stanley-Pool et du Kwango, dans les districts des Bangala, de l'Equateur, de TAruwimi et surtout dans la zone des Stanley-Falls. Il est plus rare vers le lac Léopold II et le bas Kasai.

Entre le Lomami et le Sankuru on peut voir d'anciennes plantations indigènes comptant jusque 5o,ooo pieds.

Rapport. — L'élaïs a peu d'exigences : une fois planté il suffit de l'émonder une fois par an pour assurer sa production régulière et de le fumer. La main-d'œuvre est donc presque nulle. Un jeune pied commence à produire au bout de la cinquième année et rapporte environ 5 francs par an.

Si on abandonne la culture aux indigènes, ceux-ci livrent leurs produits au prix de 34 francs pour l'huile et 14 francs pour les noix, les 100 kilos

(Ma3rumbe). La valeur à Anvers en est actuellement (mars 1908) de : huiles molles, 60 francs environ; huiles dures, 58 francs environ; noix palmistes, 28 francs environ les 100 kilos.

Avenir. — L'État du Congo a exporté, en igo6, I,gg5 tonnes d'huile de palme et 4,8g5 tonnes de noix palmistes.

L'élaïs fournit un des articles importants de transaction de la colonie et il semble qu'un certain avenir lui soit réservé.

La production proprement dite est presque tout entière aux mains des natifs, et le rôle des Européens se borne à acquérir et à exporter en Europe l'huile et les noix palmistes.

Les fabriques belges utilisent annuellement plus de 7,000 tonnes d'huile de palme provenant en majeure partie des colonies anglaises et allemandes.

L'arachide est une petite papillonacée de 3o à 60 centimètres de hauteur, qui fructifie deux ou trois fois par an. Ce fruit est contenu dans une gousse allongée qui pousse sous le sol et renferme deux ou trois semences de la grosseur d'une noisette. Il donne industriellement de 28 à 32 p. c. de son poids d'une huile comestible excellente, dont on se sert pour falsifier l'huile d'olive. L'huile d'arachide se prête aussi à l'éclairage, à la savonnerie, la parfumerie, etc. Le tourteau d'arachides, résidu de la fabrication, fournit un bon engrais et une nourriture de bonne qualité pour le bétail.

Aire de dispersion et centres de production. — L'aire de dispersion de l'arachide est comprise entre le 40° latitude nord et 35° latitude sud. La plante se plaît dans un sol sablonneux, léger et pouvant être facilement irrigué; la savane lui convient particulièrement.

Districts du Bas-Congo. — Presque toutes les arachides exportées du Congo proviennent de la région maritime, où les indigènes les cultivent en assez grandes quantités. Le district des Cataractes (surtout dans la région Manyanga-Nord), dans lequel l'État a installé de vastes champs de culture, en produit également en notable proportion.

Districts du Haut-Congo. — Parmi les plus riches en arachides il faut citer les districts du Stanley- Pool, du Kwango et du lac Léopold II, où les cultures indigènes donnent d'abondantes récoltes. Viennent ensuite les régions du Lualaba-Kasai et des Stanley-Falls.

Rapport. — L'arachide du Congo ne nécessite comme culture que le simple grattage d'un sol pauvre, sur lequel on jette ensuite les grains au hasard. La récolte est énorme : elle varie de 80 à 100 hectolitres à l'hectare. L'arachide vaut en Europe environ 3oo francs la tonne.

Avenir. — La culture de l'arachide semble avoir peu d'avenir au Congo : le sol et le climat lui sont favorables, il est vrai, mais la main-d'œuvre étant limitée on préfère encourager des cultures plus productives. Elle ne présentera de véritable avantage dans les plantations dirigées par les Euro-

péens que comme culture intercalaire. Pour le surplus elle devra, comme Télaïs, être abandonnée à l'indigène, qu'elle attachera au sol en l'habituant au travail de la terre. Nous avons vu que le natif la produit déjà sur une grande échelle ; des tarifs de faveur pourront peut-être en permettre l'exportation du Haut-Congo.

L'État du Congo a exporté, en igo5, 49,684 kilos d'arachides.

La Belgique a importé, en igo6, 504,970 kilos d'huile d'arachide d'une valeur de 404,000 francs.

Le Nulla panza, bel arbre à grandes gousses renfermant de grosses graines oléagineuses, croît en abondance dans toute la région forestière de l'État. Il fournit une huile employée en savonnerie.

On n'en exporte plus actuellement du Congo.

Citons encore d'autres plantes oléagineuses moins importantes : le ricin, employé en pharmacie, le coton, la sésame, Voba, V arbre à beurre, etc.

H. — Plantes tinctoriales.

Les principales plantes du Congo sont Vindigotier, Yorseille, le rocou et les bois de teinture.

L'indigotier est uniquement cultivé au jardin botanique d'Eala à titre d'échantillon. Il a été décidé de ne plus le propager, le produit ne pou-

vant rivaliser avec l'indigo minéral dont le prix de revient est de beaucoup inférieur.

L'orseille est une plante de Tordre des lichen, qui vit sur les arbres de la forêt équatoriale, en y prenant un très grand volume. On l'a signalée dans le Bas-Congo, le Kwango et l'Ubangi. Elle fournit une belle couleur rouge-violet. Le prix de ce produit n'est guère rémunérateur : il est aujourd'hui de fr. 0,40 le kilo.

Le rocou est un élégant arbuste, donnant des graines d'où s'extrait une teinture rougeâtre. Sa valeur économique est minime.

Au Mayumbe plusieurs bois de teinture ont été signalés : nous les examinons au chapitre consacré à l'exploitation des forêts.

Il existe encore un grand nombre de plantes tinctoriales moins importantes, mais leur exploitation est encore moins digne de remarque que les précédentes.

/. — Autres plantes.

L'inépuisable végétation tropicale permet la culture d'une foule d'autres plantes utiles dont les principales sont :

Parmi les ipices, aromates et denrées coloniales : le poivrier, le gingembre, le piment, la maniguette de Guinée, Iq giroflier, le cardamome, etc.; parmi les plantes médicinales : la fève de Calabar, le tamarin.

Valoès, le cubebe, Veuphorbia candelàbrum et les espèces qui produisent le camphre, la strophantine, Vhuile de croton, la quinine, la cocdine, etc.; parmi les plantes à essences : la citronnelle qui fournit Tessence de verveine de l'Inde (20 à 25 francs le kilo), cultivée au jardin d'Eala; le vétiver dont 70 ares sont en culture au même jardin et donnent une essence valant i5o francs le kilo; le cannelier de Ceylan, dont l'essence vaut de 6 à i5 francs le kilo ; parmi les plantes à parfum qui viennent bien à l'Equateur et dans le Bas-Congo : le patchouli, la ketmie musquée dont la graine d'ambrette vaut I fr. 5o c. le kilo et le basilic (essence à 3 francs le kilo).

Enfin, le vanillier existe dans le district de l'Equateur, dans le Kasai et au Mayumbe, et divers théiers sont cultivés au jardin d'Eala.

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