‹ Le Congo francais du Gabon a BrazzavilleChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

[.ES BATÉKÉS.

Idée fîénérale du pays; nature du sol et végétation : climat; situation géographique des Balékés. — Population; villages et habitations. — l'Iiysionomie et caractère des Batckés. — Costume et parure. — Plantai ions ; agriculture. — Animaux et . chasse - Guerre. — Nourriture et cuisine. — industrie et commerce. — Condition de la femme; mariage. — Fêtes; chant et musique. KnlerremeiKs et cimetières. — Fétichisme. — Pouvoir des chefs. — Palabres.

Le voyageur qui part de Franceville et marche dans la direction de l'est ne tarde pas à être surpris par un changement remarqu.ible dans la nalure du sol et dans l'aspect de la vcgélalion. Avant de quitter le bassin de l'Ogooué pour entrer dans celui du Congo, quand on commence à gravir le plateau (jui se trouve près de Mamanashouc, on remarque que le terrain devient très sablonneux, et il conserve ce caractère sur une immense étendue de pays, jusqu'aux rives du Congo. Dans les bas-l'otids, au sortir des forêts (pii bordent la plupart des cours d'eau, on peut trouver un sable presipie pur, fin et blanc ; sur les pentes des collines et des montajjnes, dont la crête est souvent élargie en vastes plateaux, il j est plus ou moins mélat){;é h la terre végétale qui lui donne une teinte grisâtre; c'est seulement sur les hauts plateaux des IJakouyas, des lîabomas et de (piclques

autres peuples voisins des rives du Congo, qu'on trouve une (erre noirâtre, où le sable fait défaut.

A cette composition du sol, la nature et la distribution des végétaux empruntent un caractère tout particulier. Les pentes et les vallées sont couvertes d'herbe, mais les graminées à tige fine qui la composent ne dépassent guère vingt-cinq centimètres de hauteur ; sur les pentes, les plantes à tige ligneuse sont très rares, et c'est seulement de loin en loin qu'on rencontre un arbre rabougri. Les hauteurs oii le sable manque sont tantôt couvertede graminées arborescentes qui atteignent près de trois mètres, tantôt couronnées de forets peu étendues, isolées comme des oasis. Parmi les essences qui composent ces i forets, j'ai remarqué un arbre à écorce grise, dont leboi> est tendre, et qui ressemble un peu à notre peuplier, ei un autre arbre très gros, dont le bois est fort lourd. Les lianes à caoutchouc sont d'une extrême abondance et atteignent un beau développement ; elles se multiplient également dans les bas-fonds sillonnés par des cours d'eau, .l'ai vu aussi sur les hauteurs quelques ébéniers, mais ils sont fort rares.

La région sablonneuse, dont je viens d'indi(iuer leprincipaux caractères, se trouvant dans la même zone équ.itoriale et sur le même versant de l'Afrique que le bas>iu de l'Ogooué, l'état de l'atmosphère et ses varialions y sont à peu près les mêmes. Vers la fin du mois de mai, commence la saison sèche, pendant laciuolle le ciel e^t toujours diargé de nuages grisâtres, laissant à peine transparaître quelques pAles rayons du soleil oh'^curci. Pendant cette saison, qui correspond à notre iiiver, la pluie tombe très rarement; la température e^l ordinairement pendant le jour de -{- 25° à -)- 28»; la nuit.

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elle varie entre + 12" e( +20"; cette chaleur très supportable est encore tempérée par des brises frénueates d'une agréable fraîcheur. Pendant la saison des pluies, qui commence vers le 15 octobre, la chaleur est souvent torride; quand le temps est beau, un soleil de feu brille dans un ciel sans nuages; l'air raréfié est à peine respirable, et la terre bnUe les pieds du voyageur; la pluie tombe fréquemment, tantôt fine et serrée et durant plusieurs jours, tant(M affectant la forme de pluies d'orage, durant une ou deux heures, mais souvent torrentielle. Les orages ou tornados, annoncés par l'obscurcissement du ciel, suivi bientôt d'éclairs et de tonnerre, se produisent ordinairement vers le déclin du jour; le vent tourbillounant qui s'élève tout à coup fait tournoyer à une grande hauteur les herbes et les feuilles mortes, la température s'abaisse brusquement; la pluie, tombant d'abord en larges gouttes isolées, devient très abondante et met fin à l'orage. Le 8 mai 1881, un tornado violent s'abattit sur Franceville, avec tous les phénomènes que je viens d'indiquer, mais accompa{',né en même temps d'une chute de grêle; c'est la seule fois que j'aie vu de la grêle en Afrique.

A la description {jénérale qui précède je dois ajouter quelques détails pour donner au lecteur une idée plus complète du climat dans le bassin du Congo inférieur. Avec la nature accidentée du sol, dont la plus grande portion est formée en plateaux élevés, séparés j)ar des vallées souvent étroites comme des ravins, sont en rapport des différences particulièi-cs dans la température à la surface. On comprend faciicmeni (p>c les moyennes données ci-dessus d'après les indications Ihermométriques que j'ai observées à Frauceville, doivent être beau-

coup trop fortes pour les plaleaux des Batckés, d'une altitude parfois considérable et souvent balayés par des vents qui rencontrent peu d'obstacles dans ce pays découvert. L'abondance du sable et sa distribution inégale ne sont pas non plus sans influence sur la température suffocante qui règne souvent dans les bas-fonds; dans les journées ensoleillées de la saison des pluies, ce sable devient brûlant et rend la marche très pénible.

En résumé, le climat de la région sablonneuse, qu'on trouve un peu froid quand on vient de voyager dans le bassin de l'Ogooué, est plus agréable aux Européens. Il est en même temps beaucoup plus salubre, parce que les vallées noyées et marécageuses sont moins nombreuses et moins étendues, et, par suite, les fièvres sont bien moins fréquentes. Les gens de rOgooué qui voyagent chez les Batékés sont souvent atteints de fluxions de poitrine ou d'autres maladies que peut occasionner un brusque refroidissement; mais c'est là presque toujours un résultat de leur imprudence; en quittant les vallons à température élevée, ils arrivent couverts de sueur sur les hauts plateaux, où le vent, sans être bien froid, est cependant assez vif pour produire une réfrigération dangereuse.

Les peuples désignés sous le nom de Batékés ne sont pas seuls à habiter le vaste pays arrosé par les affluents du Congo inférieur, et je donnerai dans la suite de ce récit des renseignements assez étendus sur diverses nations que j'ai rencontrées pendant mou voyage à Nkouna, mais il ne sera question dans ce chapitre que des Batékés voisins de Franceville.

Le pays de ces Batékés n'a pas de limites bien précises et bien naturelles; d'ailleurs, personne jusqu'ici ne l'a

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parcouru en tous sens, personne n'en a fait le tour. Cependant, la place qu'il occupe peut être facilement définie d'une manière satisfiiisante. Du côté de Franceville, c'est-à-dire vers l'ouest, il commence à peu près en même temps que la région sablonneuse; il enferme donc dans ses limites de ce côté le cours supérieur du ISkoni, affluent de l'Ogooné; au sud, la rivière Lékéti, affluent de l'Alima, il le sépare du pays des Bakoas et de celui des lîakouyas; à l'est, il s'arrête un peu au delà du Ngambo, autre affluent de l'Aliraa, et enfin, vers le nord, d'après M. de Brazza, qui a été plus loin que moi dans cette direction, les Balékés s'étendraient jusqu'à la rivière Lebaï Ngouko, affluent de la Likona. Le pays des Batékés est donc traversé par la ligne de partage des eaux qui séj)arc les deux bassins de l'Ogooué et du Congo. Du côté de ce dernier fleuve, il est parcouru par l'Alima, appelée Duelli dans cette partie de son cours, el recevant à droite le Lékéti, à gauche TOba, la Lekila et le iXgambo; l'Alima traverse ensuite le pays d'un peuple de navigateurs, les Bakliourous, puis, sous le nom de Kounya, se jette dans le Congo. Dans l'autre bassin, les Batékés n'occupent qu'une région restreinte, mais de ce côté leur pays, arrosé par le INkoni, grossi de plusieurs aifluents, est très voisin de la grande rivière Passa et même de rC){',ooué en un point où ce fleuve est déjà un cours d'eau considérable. Knfin, je dois faire remarquer que la rivière Lalli, qui rejoint rAllanii(|ue pres(|ue en li{>nc droite, prend sa source à peu de dislancc du pays des Balékés.

La population des Batékés, di.sséminée sur un vaste pays, ne présente pas uue grande densité, cl en bien des endroits, on peut marcher plus d'une journée sans rencontrer une seule plaulalion; ce sont, on effet, les plau-

lations avec leurs palmiers qui annoncent au voyageur la présence d'un village et la lui fout reconnaître de loin. Cependant, l'agriculture est en honneur chez les Batékcs; mais une grande partie de leur territoire est trop sablonneuse pour convenir à des plantations, et les terrains vraiment favorables à la culture forment en général des îlots restreints; de plus, pour être choisi et destiné à l'établissement d'un nouveau village, tout emplacement doit réaliser certaines conditions, dont la principale est de se trouver à proximité d'un cours d'eau. Aussi les villages sont -ils souvent groupés et quelquefois très serrés sur certains points, comme aux environs de Lhempini ou de Ngakia, sur la rive droite du Nkoni, tandis que d'autres portions du pays présentent l'aspect d'un désert, ou tout au moins d'une nature vierge.

Les cases dont l'agglomération constitue le village, sont disséminées çà et là, sans ordre, à l'ombre des palmiers que les Batékés cultivent. Elles sont en général assez vastes et bien construites. Les matériaux qui servent à leur construction sont les feuilles d'une espèce de palmier et des lattes tirées de l'écorce du même arbre, qui est très résistante. Il n'y a pas dans ces cases d'autre meuble que le lit, fait avec des lattes de palmier larges d'environ trois centimètres, reliées par des lianes très fines, et formant une sorte de natte semblable à certains de nos stores.

Comme tous les peuples de l'Ogooué et du Congo, les Batékés ont toujours pendant la nuit un feu allumé dans leurs cases. Ce feu, qui constitue pour eux l'éclairage en même temps cpie le chauffage, sert aussi à élolj-ner les moustiques, véritables bétes féroces très abondantes en certains endroits, chez Lissako, par exemple. Seulement,

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la case étant dépourvue de cheminée, la fumée est réduite à sortir par les fissures, et elle ne s'y décide qu'après avoir longtemps séjourne à l'intérieur, ce qui l'ail que les vieilles cases sont tapissées, en guise de tenture, d'un enduit l'uligineux d'un noir brillant. Les Européens sont à peu près aveuglés par la fumée des cases, mais les gens du pays, par suite de l'habitude, n'en paraissent ])as le moins du monde incommodés.

Les cases des Balélvés ont un autre inconvénient : la couche de sable qui sert de plancher est peuplée d'une foule de bêles malfaisantes, apj)artenant, je crois, à tous les genres qui peuvent vivre aux dépens de l'espèce humaine; et il suffit d'entrer dans les cases de certains villages pour avoir aussitôt les jambes couvertes de ces parasites incommodes et malpropres. 11 y a là des puces de petite taille, mais particulièrement sanguinaires; des punaises analogues à celles d'Europe, des poux gros et noirs, d'autres que je ne veux pas nommer parce que j'ignore leur nom latin, etc. Cette abondance de vermine oblige les Batékés à s'épiler complètement certaines parties du corps et à ne garder que le moins possible de leurs cheveux. C'est sans doute parce (pic je n'étais ni cpilé, ni rasé, que j'ai été affreusement tourmenté par ces parasites. Volontiers, j'aurais payé au rlouble l'impôt du sang que je leur servais, pour être débarrassé de leur voisinage. Dans mon premier voyage chez les Halékés, je i)assai plusieurs nuits dans la case occ(q)éc par M. de Hra/.za, au village de Mpaka. Deux jours après, dans la vallée de l'ikabo, je dus faire halte pour me livrer à une chasse (pii n'avait rien de noble. Certainement, mes lectrices frémiraient d'horreur et de déjjo(U si je leur disais le nombre de meurtres que je commis ce jour-là, et

M. de Brazza, avec toutes ses protestations indignées, n'expliqua pas les mouvements non équivoques qu'il faisait à chaque instant pendant ce voyage.

Les Batékés sont, en général, assez grands et très maigres; la teinte noire de leur peau est extrêmement foncée. Leur physionomie indique ordinairement un caractère rusé et méchant, mais leurs traits présentent souvent une finesse et une pureté qu'on ne rencontre pas chez les peuples de l'Ogooué. Leurs yeux, dont le blanc tranche étonnamment sur le noir intense de la peau, sont très vifs et très mobiles. Leur voix aiguë est un peu saccadée; ils parlent, avec une volubilité qui devient surtout remarquable dans les conversations animées et dans les discussions, une langue qui doit avoir de très grands rapports avec celle des peuples du haut Ogooué; car les Adhoumas, emmenés chez les Batékés, comprennent facilement ces derniers et s'en font comprendre dès le premier jour.

Les femmes sont presque toutes bien faites de corps et jolies de figure; lorsqu'elles sont très jeunes, elles pourraient dire sans trop se vanter : « Mgrœ sunl , scdforviosœ », si elles savaient le latin. Elles l'ignorent; mais ce qui est bien plus malheureux, c'est que les dures nécessités de leur condition s'ajoutent à d'autres causes qu'il ne m'appartient pas de discuter, faute d'une compétence suffisante, pour leur donner de bonne heure tous les caractères physiques d'une vieillesse prématurée.

Les Batékés ont l'intelligence très développée, mais l'usage qu'ils en font n'est rien moins que louable, parce que l'avidité, la mauvaise foi, l'esprit de ruse cl de dissimulation forment le fond de leur caractère. Dans les

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rapports qu'ils ont entre eux, j'ai souvent observé une extrême défiance. Celui qui possède des cloff'es, des perles, etc., en un mot, ce qui constitue la richesse dans ce pays, les cache quelquefois dans la forêt voisine de son village, ou bien il les donne à garder à un parent ou à un ami, de sorte que le voleur qui voudrait s'en emparer se ferait deux ennemis, le dépositaire et le propriétaire. Mais ces gens de mauvaise foi savent à merveille s'entendre et se liguer contre l'ennemi commun, c'està-dire l'Européen, qui parait menacer leurs monopoles commerciaux, di)nt ils sont très jaloux. Si cet Européen commet quelque part un acte violent, une infraction quelconque aux usages du pays, la nouvelle en est imuu'diatemcnt transmise par un messager aux villages voisins, et partout un accueil hostile est réservé à celui (jui s'est fait ainsi une mauvaise renommée: cette renonnnée le suit, ou plutôt le précède partout. M. de Brazza a toujours montré une {jrande prudence dans ses rapports avec les lialékés, et s'est acquis une bonne réputation dans leur pays, mais il n'a jamais été pour cela à l'abri de leurs fourberies el de leurs mauvais procédés. l,es projets les mieux combinés des blancs échouent souvent devant les ruses, les menaces, les comédies habilement jouées des chefs batékés, diplomates consommés, (jui .savent à merveille gagner du temps et eu faire perdre à leur adversaire.

Le vêlement des Hatékés est, pour les deux sexes, un pagne eu étoffe du pays, tissée avec du fil de palmier, long d'environ un mèire el demi et large de qualrevinj'ls centimèires, cpi'ils portent comme les peuples du bas Ogooué en manière de ju|)oii, mais retenu par une ceinture de peau de bête et descendant jus<pi'aux genoux.

En voyage, ils simplifient souvent ce costume et s'accoutrent comme les peuples voisins de Franceville, avec un morceau d'étoffe passant entre les jambes. Ainsi court vêtus, ils peuvent plus facilement marcher à grands pas, et ils évitent en même temps l'usure et les accrocs à leur habillement, qui, s'il n'est pas composé d'un grand nombre de pièces, n'a que plus de droits à leur sollicitude.

Les Batékés ont, en général, les cheveux courts et tressés en petites nattes qui forment divers dessins; quelques-uns ont cependant les cheveux assez longs, et, dans ce cas, les tresses retombent sur leur cou comme une sorte de queue ; il y en a aussi qui se font quatre chignons, rassemblés au sommet de la tète. En résumé, j'ai observé la plus grande variété dans les modes que les Batékés adoptent pour arranger leur coiffure naturelle; ils n'en ont pas d'autre, si j'en excepte une coiffure fort curieuse que j'ai vue sur la tète du chef Adjou, à l'époque où M. de Brazza essaya de l'emmener avec lui à Franceville; c'était une espèce de grand bonnet en fil de palmier, garni d'une mullitudc de tresses pendantes cl noirci à la fumée des cases.

Comme ornement de téte, les Batékés plantent quelquefois dans leurs cheveux une grande plume d'oiseau de proie. Ils aiment beaucoup à se parer des perles que les Européens leur procurent, et les prisent d'autant plus qu'elles sont plus grosses. Les couleurs qu'ils préfèrent pour ces perles son! le bleu foncé et le blanc. Plusieurs se suspendent au cou des cylindres ou grosses perles allongées en laiton (jni leur viennent dos commerçants du Congo; d'autres portent des colliers de dents de lion ou de panthère, de griffes de bêles féroces ou deserres

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d'oiseaux de proie. Enfin, quel(iues-uns. attachent sur leur pagne, en guise d'ornement, des peaux de petits mamraifères.

Les Batékcs s'enduisent le corps d'huile de palme; comme l'eau est rare en plusieurs endroits de leur pays, il n'est pas étonnant qu'ils aient pris l'habitude de s'en passer pour leur toilette. Je n'ai plus, pour terminer ce paragraphe, qu'à leur reprocher une mode bizarre : comme les Fans, comme aussi les peuples du haut Ogooué, les Baickés se font tailler en pointe les dents de devant.

Comme nous l'avons dit précédemment, l'agriculture est en honneur chez les Batckés, et, pour s'en convaincre, il n'est pas besoin de voyager longtemps dans leur pays. En arrivant chez eux, lorsqu'on vient de parcourir le bassin de l'Ogooué, ou ne voit pas sans surprise, à l'approche de certaine villages, dévastes plantations d'une régularité remarquable, où croissent en abondance le manioc, l'arachide, le millet et le maïs.

Pour comniencor une |)lanlation, on choi"«il naturellement les cndroils où la couche de sable n'a i)as une épaisseur trop grande et se trouve mélangée à une proportion suCfisanfe de terre végétale. Avant le commencement des pluies, c'est-à-dire en octobre et quchiucfbis en septembre, l iierbe est arrachée et rassemblée en monticules ré{;iilièrcmenl esjiacés; quand les pluies arrivent, celte herbe entre en décomposition, et flonnc au terrain une excellente fumure.

Il n'y a pas chez les Balékés de durus aralor, car leurs femmes ne se contentent pas d'être charmantes, cl c'est à elles que les Iravaux des champs sont entièrement dévolus; à certaines saisons, dans les plantations qui s e-

tendent snr le penchant des collines, on les voit bêcher avec ardeur sous la garde des hommes de leur village. L'inslrument dont elles se servent pour remuer la terre sablonneuse et meuble, est formé d'une palette de fer arrondie, large de quinze centimètres, prolongée d'un côlé en uije pointe qui est enfoncée à angle droit dans l'extrémité d'un manche d'environ cinquante centimètres de longueur.

De toutes les plantes cullivées parles Batékés comme par les peuples de l'Ogooué, le manioc est la plus importante et constitue la base de l'alimentation, parce que la racine de cette plante présente, sous un petit volume, une proportion considérable de principes éminemment nutritifs. Sur le sol aride et sablonneux des Batékés, le manioc n'atteint pas le même développement que dans l'Ogooué; les rameaux de la plante sont moins élevés et plus grêles; la racine est aussi moins forte et atteint rarement vingt centimètres de longueur, avec un diamèire d'environ cinq centimètres.

Les Batékés cultivent en pelite quantité des palmiers du genre Eldis {Elaïa Guineensis), qui leur fournissent de l'huile et du vin de palme, ainsi que des matériaux pour leur industrie et pour la construction de leurs cases; mais les bananiers sont très rares dans leur pays, sans doute parce que le sol et peut-être aussi l'altitude sont défavorables à la culture de ce végétal.

.\près les plantes utiles, il me reste à parler du tabac, pour dire que celle plante « d'aj'rément >■> est cultivée en assez {jrande quantité par les Batékés dits Njabi.

Le pays des Batékés étant très découvert, les grands mammifères y sont bien moins abondants que dans certaines parties de l'Ogooué, dans les forêts des Obanibas

IXSTIll M KNT D'AdllICri/rillK DICS I) A T K K li S. I)es>iin <iv I.. Moi eviik.

LES BATÉKÉS.

par exemple. Il y a cependant sur la rive droite de l'Alima, près de Lékcli, un plateau couvert d'herbe et de forêts clairsemées, où les buffles sont très nombreux. C'est au même endroit, m'a-t-on dit, qu'on trouve le plus de lions, remarquables par leur criuière noire et leur forte (aille. Sur la rive opposée de l'Alima, la grande panthère d'Afrique parait être assez commune. Les antilopes sont rares. Ouant au gorille, si abondant à trois jours de marche au sud de Franceville, on ne le trouve pas chez les Batékés, parce qu'il n'y a pas chez eux de forêt vierge.

Les Batéi<és ont frè> peu d'animaux domestiques. Certains vilhiges possèdent quelques cabris et quehpies poules étiques; on y trouve aussi quelques porcs, dont la race existe c{',alemcnt chez les Aoumbos et les Ondoumbos voisins de Franceville. Ces porcs ont une moyenne de cinquante centimètres de hauteur; ils sont élevés sur pattes et assez maijyres, p;irce qu'ils sont oblig,és de pourvoir seuls à leur nourriture (les plus gras <pie J'aie vu tuer n'avaient pas plus de deux centimètres de lard); leurs soies sont noires, assez longues et fines. Il y en avait un gros chez Opendé; les Batékés l'appelaient en criant « Ngou «; il accourait, se couchait par terre d'un air cAlin et se laissait caresser en poussant d'énormes soupirs de satisfaction.

Le ciiien des Batékés est très petit; il a des formes grêles, un museau allongé, des oreilles lon{',ues et droites, le poil fin et court; son aboiement est un cri guttural qui ne ressemble en rien h celui des chiens d'Kiiroije. Les Batékés tiennent beaucoup A leurs chiens; ils les portent sur le bras ou les conduisent en laisse, de peur qu'on ne les leur vole pour les u)anger. Ils leiu- nietleiifr

au COU une sorte de cloche eu bois, qui a un petit os eu {i-uise de battant, quand ils veulent les employer comme chiens de chasse.

Lorsque la présence d'un gibier de quelque importance a été signalée dans la forêt qui avoisine leur village, les Batékcs s'arment de zagaies et de flèches et vont tendre de grands filets, formant un circuit incomplet autour de l'endroit où les traces ont été reconnues. Plusieurs chasseurs se dispersent dans la forcM, de manière à former un cordon de rabatteurs, et marchent concentriquemcnt vers le point où le filet a été tendu, pendant que le gros de la troupe, précédé de quelques chiens qu'on excite à aboyer, s'avance au milieu en frappant des mains et en poussant de grands cris. L'animal pourchassé, effrayé de ce tapage, est bientôt acculé vers le filet et massacré à coups de zagaie. La bête morte est dépecée sur place, et tous les chasseurs en ont leur part, plus ou moins grande suivant leur rang; la plus importante est attribuée à celui qui a découvert le gibier et mis les chasseurs sur la piste. Ou lui donne les dents ou la peau, si l'animal est de ceux auxquels on attribue certaines propriétés comme fétiche; les cornes, si c'est une antilope.

Les Batckés se livrent aussi à des chasses moins nobles. Vers le mois de septembre, quand les prairies sont desséchées par le soleil, ils mettent le feu aux herbes en ménageant, du côté d'où vient le vent, un petit espace 011 ils posent des filets maintenus dans une position verticale par des bAtoiis fichés en terre de distance eu distance. Une foule de petits rongeurs, qui habitent les prairies, poussés par l'incendie, se rassemblent dans l'espace réservé oii l'on a tendu les filets, et sont massacrés sans pitié.

LES BATÉRÉS.

On a VU dans un des précédents chapitres que, chez les Balékés, le mot « viande » a un sens infiniment plus général que chez nous, et que les crapauds et les saulerelles sont considérés par eux comme un gibier excellent; on ne s'étonnera donc pas que la chasse de ces animaux ait ses procédés et ses nemrods.

Pour s'emparer des crapauds, qui ressemblent comme taille et comme aspect à notre crapaud commun, on creuse, dans les endroits frais et ombragés que ces animaux fréquentent, des trous profonds à parois verticales. Les victimes qui tombent dans ces trous ne peuvent plus en sortir, bien qu'elles sautent désespérément jusqu'à ce que le chasseur, venant visiter son piège, les embroche toutes vives sur une petite baguette de bois.

Les sauterelles', que j'appelle ainsi ])arce que tout le monde connaît sons ce nom ces insectes voyageurs et déprédateurs, qui appartiennent à la même famille, sont abondantes chez les Balékés. Il y en a d'espèces très variées; mais les plus estimées sont les plus grosses, qui ont environ dix centimètres de longueur et qui, pour voler, déploient comme un éventail des ailes d'une belle couleur rouge. Mais celle espèce n'est pas très commune, et son vol soutenu la rend difficile à prendre. Les Balékés prennent les sauterelles au moyen de pièges, qui sont des trous profonds, évasés par le haut et terminés dans le fond par un comparlimcnl étroit, .l'ai rencontré plusieurs fois de ces trous remplis de prisonnières, qui se débattaient sans |)ouvoir en sortir. Ce sont ordinairement les enfants qm visitent ces pièges. Penché sur le

' Ce sont (les ordioplères de la (^amitié des acridides, famille qui n'a rien de CDiiiiinin avec celle des locuslidcs, à la(|iU'lle apparlicnneiil les \ (■lilaliks sawlerelles.

bord du trou et armé d'une espèce de cuiller faite en liane tressée, l'enfant « puise » les sauterelles une par une, les tue en leur tordant la téle et en forme des paquets qu'il enveloppe de feuilles. Quand on brûle les prairies, les femmes peuvent aussi ramasser de nombreuses sauterelles « toutes rôties ou en prendre avec les filets en suivant la même méthode que pour les rats.

Enfin, on trouve sur un arbre peu élevé, à feuilles petites, d'énormes chenilles jaunes dont les Batékés font grand cas. Ce sont les enfants qui grimpent sur les arbres pour y rechercher ces chenilles et s'en emparer.

Pour tous les peuples primitifs, la chasse est l'image de la guerre; mais chez les Batékés comme chez tous les peuples cannibales, l'assimilation de l'ennemi à un gibier peut aller beaucoup plus loin, puisque l'nti et l'autre se mancjent. Cependant, de quelque réprobation que l'on doive frapper la coutume du cannibalisme, et quelle que soit l'horreur qu'elle nous inspire, nous sommes encore obligés de savoir gré aux Batékés de ce qu'ils ne mangent ordinairement que leurs ennemis tués à la guerre; je dis ordinairemcni, parce que plusieurs d'entre eux m'ont assuré qu'ils mangeaient quelquefois leurs prisonniers quand ils ne trouvaient pas à les vendre.

Je raconterai ici une curieuse anecdote, qui donnera au lecteur une idée de ce que peut être une guerre chez les Batékés, des causes qui la produisent et des scènes de cannibalisme qui en sont l'inévitable complémenl.

En 18X2, au mois d'oclobrc, c'esl-à-dire peu de temps après mon départ pour INkouna, le chef Opendé apprii qu'un de ses parents avait été arrêté par des Batékés voisins de la Lékila, qui l'avaicnl surpris dans une case de fcm-

LES BATÉKÉS.

mes et s'apprêtaient en conséquence à le vendre comme esclave. Aussilôt informé de ce fait, Opendé réunit son frère, ses deux fils et plusieurs amis, et se mit en route pendant la nuit, de manière à arriver de bon matin au village où était détenu son parent. Devant une attaque aussi inattendue, les habitants s'enfuirent, mais Opendé réussit à en lucr deux. Le village fut mis au pillage et livré aux flammes, et le vainqueur délivra son parent; mais il n'eut garde d'oublier ses deux victimes sur le champ de bataille. Il les fit transporter à son village, où l'on en fit un mémorable festin. Les os doivent être encore devant la case d'Opendé, qui montre à tout le monde ce beau trophée en racontant son exploit.

Les Batékés qui partent en guerre se peignent en rouge. Ils portent le plus souvent comme armes offensives une dizaine de zagaies, un petit arc et un carquois en peau de bèle rempli de flèches empoisonnées. Leur arme défensive est un grand bouclier qui peut avoir un. mètre trente de hauteur. Dans le- combat, ils poussent de grands cris en brandissant leurs zagaies, ajiitent leur bouclier en tous sens pour parer les coups, et, de temps en temps, lui impriment une brusque secousse pour faire tomber les zagaies ennemies qui s'y sont implantées. L'Européen qui se voit menacé la première lois par les démonstrations guerrières des Hatékés, ne peut se défendre d'une certaine émotion, mais en |)arcille circonstance le sang-froid est la principale qualité qu'il doivemontrer; en en faisant |)rcuvc, ou peut en imposer à' ces ennemis et se tirer d'ini mauvais pas, beaucoup plus sîirement que si l'on s'apprèlait à se servir de ses armes.

J'ai dit que les villages des Balékés étaient composés.

de cases placées au hasard et non de manière à former une enceinte continue, comme dans certains villages ossyobas; j'ai cependant à signaler ici un curieux essai de fortification, dû à l'esprit inventif du chef Opendé. A la suite de son expédition sur les bords de la Lékila, ce chef, craignant sans doute des représailles, fit entourer son village d'un double mur en paille. Des meur(rières sont ménagées dans la deuxième enceinte pour livrer passage aux flèches et autres projectiles de l'assiégé, et fout ennemi qui pénétrerait dans l'enclos sans en connaître le plan, après avoir passé dans un couloir hérissé de pieux empoisonnés, tomberait dans un cul-de-sac on il serait infailliblement perdu.

La racine du manioc est la principale ressource alimenlairc des Ratékés. Nos lecteurs savent sans doute que celle plante, comme beaucoup d'autres do la même famille, contient un suc extrêmement vénéneux. De même que les peuples de l'Ogooué, les Batékés eulèvent A la racine de manioc ses pro])rié(és dangereuses en la laissant tremper dans l'eau pendant trois ou quatre jours, et, dans certaines parties de leur pays où l'eau est rare, ils sont obligés d'aller à plusieurs heures de marche de leur villa,<',e, pour renconircr les mares e( les rivières où ils soumeticnt les racines ù cette macération. Les femmes pétrissent le manioc avec du millet broyé, le moulent en boules ou en baions qu'elles enveloppent de feuilles, puis le souniellcnl à l'ébulliiion dans une marmile en terre. L'aliment ainsi préparé forme une nourriture excellente, correspondaul à noire pain, doni elle possède A peu près foules les qualités nulrilives. .l'ai eu le temps de les apprécier, mais l'amour de la vérité m'ohiijie ici, bien malgré moi, à faire un reproche aux dames dont les

LES BATÉKÉS.

mains diligcnles ont pétri le manioc que j'ai savouré : il m'est arrivé très souvent d'y rencontrer du sable, qui produisait entre mes dents la plus désaoréable des sensations. La racine n'est pas la seule partie du manioc qu'on utilise comme aliment; on mange aussi les feuilles de la plante hachées, puis bouillies et assaisonnées d'huile de palme.

Ceci me conduit à donner quelques détails sur cette huile végclale, produit très important à raison des usages multiples aux(juelson l'emploie; c'est en effet un assaisonnement recherché par tous les nègres; beaucoup de peuples ont l'habitude de s'en enduire le corps; enfin, elle sert aussi d'onguent pour les blessures et de pommade pour les cheveux. Ce sont les hommes qui cueillent les fruits du palmier Élaïs, et les femmes qui en extrayent l'huile. Pour y réussir, elles commencent par faire bouillir les noix de palmes; elles séj)arcnt ensuilc le noyau des fibres extérieures, dont elles expriment l'huile en les pressant entre leurs doigts, au-dessus d'une marmite; le produit extrait de celle façon est soumis à l'ébullition pendant quelques minutes, puis enfermé dans les courges qui servent de bouteilles. L'huile de palme récemment préparée et froide forme une masse d'un jaune orangé (jui a à peu près la consistance du saindoux. 11 m'est inqiossiblc de donner une idée de son goiU, faute de terme de Ci)mparaison, car elle ne ressemble en rien sous ce rapport aux huiles (pi'on mange eu Kuropc: je dirai seulement qu'elle a une certaine âcreté, qui pourrait devenir dangereuse pour celui qui en ferait un usage iinniodéré.

Chez les lîatékés, la viande proprement dite n'est pas abondante; mais, daus le choix de leur nourriture

animale, ces c,en.s-là soul complètement dépourvus de préjuges. En parlant de la chasse, j'ai indiqué diverses sortes de (gibier qui inspireraient aux Européens un insurmontable dégoiU et dont les Batékés font cependant grand cas. C'est ainsi qu'ils mangent avec délices des rats grillés avec leur peau et leurs entrailles, des crapauds qu'ils ont exposés tout vivants à la fumée du foyer, des sauterelles séchées au soleil, de grosses chenilles jaunes qu'ils récoltent assez abondamment sur un arbre spécial. Souvent, lorsque je demandais à acheter de la viande, on m'offrait de ces animaux, en me promettant que j'en serais satisfait. Mais à côté de ces espèces, que les Batékés peuvent se procurer assez facilement et qui sont pour eux une ressource alimentaire h peu près assurée, il en est d'autres plus rares qu'ils sont loin de dédaigner. Par exemple, il y a chez eux de gros coléoptères de la famille des cétoines, magnifiques insecles dont les amateurs européens donneraient un prix très élevé : dépouillés des parties dures de leur carapace et cuiis sous la cendre, ces insectes constituent une nourriture exquise, ce que nous appellerions un extra que les gourmets du pays tiennent en haute estime. Peut-être, après tout, les Batékés ont-ils raii^on d'estimer des aliments que nos préjujyés nous font trouver aussi répugnants que bizarres ; mais je n'ai pas osé, pour m'eu assurer, goiiler à toutes ces bonnes choses, et je ne connais la « succulence » des crapauds et des chenilles que pour l'avoir entendu vanter.

l-cs Batékés ont une autre ressource alimentaire : h ce que j'en ai dit jjlus haut, je n'ajouterai (ju'uiie phrase : celui qui se voit menace par les Batékés et exposé à devenir leur victime a la consolation de penser (si les

LES BATÉKÉS.

circonslances lui ca laissent le loisir) que la chair huniaioe est regardée par ces gens-là comme infiniment plus savoureuse que toutes les autres.

Il y a chez les Batékés d'agréables boissons. Le vin de palme par exemple, qu'ils obtiennent en faisant un trou à une assez grande hauteur dans le tronc d'une espèce particulière de palmier et en suspendant une courge ou calebasse au-dessous de l'ouverture d'où le suc découle, est excellent lorsqu'il vient d'être recueilli. Les Batékés font aussi, avec l'écorce d'un arbre, une sorte de bière qui est Irès capiteuse.

La principale industrie des Batékés est la fabricatii>u de leurs armes. Il y a parmi eux d'habiles forgerons; un de mes amis, le jeune chef Apillé, qui vint avec moi à Franceville lors de mon dernier voyage chez les Batékés, comple parmi les plus renommes. C'est ordinairement aux Obambas et aux Bakouyas que les Batékés aciièlcnt le fer sous forme de cylindres ou de gros clous. Us en fabriquent plusieurs modèles de couteaux ou sabres recourbés très bien travaillés, dont la poignée est ornée de lamelles de cuivre et de lailon d'un bel effet, des haches dont le fer est très mince, mais qui sont pourtant dangereuses, et aussi l'instrument d'agriculture dont j'ai décrit précédemment la forme et (lu'on ne trouve <|uc chez eux. ils font également des fers de zagaies et de flèches, mais souvent ils achètent des zagaies toutes forgées aux peuples du haut Ogooué".

' Art Fdbricatiim du fer dans Ir haut Oijooui'; {.-l/riijite èqiinlnriali ). |).ir

le docteur Ferii;iii(l Draisii:. — si l'on ijjiiore encore (|iiei est le peuple f|ni a introduit le fer en Kurope et quelle direction il a suivie, s'il est venu de l'Afrique ou de l'Orient asiatique, le doute ne saurait élre le même pour le ronlinent africain. I.e fer est peut-être le métal le plus abondant en Afrique, et les minerais

LE COXGO FRANÇAIS.

Les Bafckés empoisonnent avec Vonaï la j.oinfe de leurs zagaies et de leurs flèches de guerre ou de chasse.

de fer se rencontreiU dans y)resqiie toutes les régions. Excepté les Bosjenians et les llottentots qui ne possédaient pas d'iuslruments ni d'armes eu fer lorsque les premières tentatives de colonisation furent faites dans le Sud africain, toutes les populations noires connaissaient le fer et savaient le travailler.

J.e fer est partout en .\frique facilement exploitable, il se rencontre presque toujours à fleur du sol, et le travail d'extraction étant très-facile, le nègre n'a qu'à se baisser pour le ramasser et le porter à son fourneau pour le réduire. On dirait que la nature a compris que pour ces populations paresseuses, uniquement amies du plaisir et de la danse, placées dans un climat IjriUanl, il fallait supjirimer l'effort, le travail pénible et fatigant. Et encore, quelle minime quantité de ce fer est exploitée, et combien y en a-t-il de perdu par suite de la manipulation défectueuse qu'il subit !

Les renseignements donnés par les voyageurs qui ont parcouru l'Afrique nous montrent les divers modes d'exploitation du fer dans les régions qu'ih ont visitées, et les mé:hodes plus ou moins perfectio!inées en rapport avec le degré de civilisation de ces peuples noirs. Les uns savent construire des fourneaux assez compliqués et quelquefois de dimensions relativement considérables, tandis que d'autres se contentent de creuser un simple trou, variable dans ses dimensions, pour y réduire le minerai.

Dans cet article, nous ne nous occuperons que d'une région bien limitée, la région du haut Ogooué et de la rivière Passa jusqu'au tiord du Congo. Les renseignements que nous allons exposer nous ont été communiqués par M. Léon Guiral, qui. comme quartier-maître de la marine, a fait partie de la mission française dans l'Ouest africain II a pendant deux années séjourné dans cette région, et A diverses reprises, soit avec les membres de la mission, soit seul, il en a visite les diverses tribus. !M. Ouiral a su recoller d'utiles el inléressanlcs observations, et nous lui sommes reconnaissants d'avoir bien voulu nous confier quelques-unes de ses notes.

Le fer est pour tous ces nègres un objet de première nécessité qu'il leur est facile de se procurer, cl l'on s'explique ainsi que dèi une époque très i-eculée ils l'aient utilisé à confectionner soit des armes, soii des (ornements. .Mais il était aisé de voir que cette iii'luslrie indigène ne pourrait hiller avec avantage contre les produits du même genre de l'industrie européenne, le jour où celle-ci, clieicliant ù s'ouvrir des débouchés, établirait des comptoirs sur la côte ou dans l'inlérieur. C'est, en effet, ce qui a eu

LES BATÉKÉS.

Sur un arbre de moyenne grandeur, près du village ondoumbo de Madouma et de la route « de Brazza », je

lieu. Depuis que la France a fondé la colonie du Gabon, que des maisons de commerce ont été élablies à Libreville, et que des comptoirs secondaires ont été créés plus avant dans le bas OgDOué, on a introduit partout le fer sous diverses formes, objets manufaclurés ou fers en barre. Depuis ce moment, la fabrication des armes, des objels de parure et autres par l'industrie indi^jènc a cessé dans les parties littorales de la vallée de l'Ogooué, pour ne se conserver que chez les populations suftisamment éloignées des côles. Les forgerons nègres ont même à peu prés entièrement disparu.

Le commerce d'échange procurant aux indigènes ce que leur paresse répugne à faire, non-seulement ils ne fondent plus le fer, mais ils ne transforment pas le fer en barre, en lingot pour confectionner les couteaux, armes, etc. En échange de leur ivoire ou de leur caoutchouc, ils obtiennent des traitants de tout ordre des couteaux de divers modèles, des sabres, des machètes, des bracelets, des pendants, etc.

Dans le (lamma, pas plus que chez, les Inengas, on ne travaille jilus le fer, bien qu'on sache encore fabriquer des hermintttes, des gouges, des haches pour creuser les pirogues. En remontant le cours de l'Ogooué, on remarque que les Okandas ont cessé également de tra\ailler le fer, tandis que les Bakalais de Sam ynita, les tribus de la vallée de la N'Gouni, les liangouens, les Ossyébas, les Simbas, les Obongos, etc., le fondent encore et le travaillent.

l'Ius on s'éloigne de la côte, plus on rencontre de forgerons nègres ; mais il faut remonter assez haut le cours de l'Ogooué pour voir l'exploitation du fer pratiquée sur une échelle quelque peu considérable. Dans loutes les Iribus, on retrouve alors des ouvriers souvent très habiles; mais chez toutes ces peuplades l'industrie du fer se montre fort inégale. Certains nègres font subir au minerai toutes les manipulations néccssaiies , les autics achètent le fer en barre |)()ur fabriquer les armes ou les ornements. Ainsi les Apinjis des bords de l'Ogooué, peuplade très nombreuse, fournissent de poignards, de couteaux et de tous les autres articles en fer les tribus voisines. Les nand.issas, les Aoumbos, lesOndonmbos sont aussi d'excellents for(;erons; le-; lîalékés ne fondent i)as le fer, ils l'achèlent sous forme de cylindres ou de gros rions aux obambas et aux Itakouyas.

(.'est dans ses pérégrinations chez les .\oumbos que !M. (iuiral a pu observer la méthode d'exploilalion du fer. Les villages de cette peuplade (|u'il a visilés sont situés à trois journées dcm.ii che

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