CHAPITRE XII
CHEZ LES BAKOUYAS.
Passage du Lékéli. — Arrivée sur le plateau des Bakouyas. — Nganyoié. — Lâcheté d'Ogoula. — Nganyolé ni'oblijïe malgré moi. — Un singulier compliment. — Arrivée chez Nhango. — Une ficelle usée. — Dernier démêlé avec Nganyolé et premier démêlé avec Nhango. — Manière curieuse de découvrir les voleurs. — La paix ou la guerre. — Le digne frère de Nhango. — Les belles promesses de M. de Brazza et les miennes. — Je sors enfin des griffes de Nhango.
Le lendemain, c'est-à-dire le 30 mars, les porteurs arrivent de bonne heure, et nous quittons, vers sept heures du malin, le village de Nliempini. De là, il f^ut Irois quarts d'heure pour atteindre le Lékéli. Celte rivière a un grand débit et un courant assez rapide. Les porleurs s'arrélent sur la rive gauche, et nous voyons bientôt paraître le piroguier, nommé Oundélé, homme à la figure défiante et sinistre. Il veut recevoir son payement avant de commencer le passage, mais je refuse de lui donner (pioi que ce soit avant que tous mes hommes et tous mes bagages soient sur l'autre bord. Je reste le de.nier à passer ef je demande le prix; c'est une vraie rançon que ce passeur exige; a|)rès un palabre d'au moins une heure, il fini! par se conicnicr de deux pagnes cl de quelques pacolilles, et me fail traverser à mou tour le Lékéli. Après avoir franchi la i)laine peu étendue (pii
borde le Lékéti, nous arrivons à la crête des collines qui fonnent les contreforts du plateau des Bakouyas. Le chemin, assez escarpé, oblige les porteurs à s'arrêter fréquemment, et ce n'est qu'au milieu de la journée, après avoir reçu une pluie fine des plus désagréables, que nous atteignons l'extrémité du chemin tortueux qui aboutit au sommet du plateau. 11 règne daus cette région élevée une brise fraîche et même froide. Au sable a succédé une terre noire et dure, et le plateau est presque entièrement couvert d'immenses graminées très compactes, atteignant parfois trois mètres de hauteur. .\u premier village que nous rencontrons, les porteurs me disent que c'est Miango et demandent leur payement pour retourner chez eux; mais rendu méfiant pai' mon aventure de Mpalianama et par d'autres, j'interroge Ogoiila, et celuici m'ayant répondu que Nhango est à une demi-journée de marche, je refuse de payer les porteurs. Leur chef m'adresse alors un long discours, où il me conseille d'être bon et de payer ses hommes, sans quoi, assuret-il, les gens du pays diront que le blanc est mauvais et refuseront de le servir; d'ailleurs, ajoute-t-il, M. de Brazza s'est toujours arrêté |chez Nganyolé, et ce sont les gens de ce dernier village qui l'ont porté chez -\hango. Comme j'ignorais ce que M. de Brazza avait lait dans le pays, et comme j'avais promis d'éviter à tout prix de rester en chemin et de (oui souffrir pour arriver au but, je payai les gens de N'hempini et je m'arrêtai dans le village qu'on m'avait dit être >'hango et qui n'était que Nganyolé. Le chef Nganyolé m'offrit sa propre case, qui étail propre, en effet, et bien construite. Le soir, on m'apporta des vivres, et je reçus la visite d'un grand nombre de gens curieux, venus des environs pour voir un blanc.
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Après une nuit tranquille, je fis appeler Nganyolé, qui vint me trouver escorté de «on frère, chef d'un village voisin, et je lui réclamai des porleurs. Il commença par me développer la série de mauvai'^es raisons auxquelles j'étais habitué : il n'y avait pas d'hommes au village; le manioc n'é(ait pas prêt, etc. Comme je lui répondais que je n'étais pas disposé à me contenter de tous ces prétextes, uue poule qui m'appartenait s'échappa et courut au milieu du village; on se mit à sa poursuite sans pouvoir l'attraper; je pris alors mon winchester, et soit hasard, soit adresse, j'eus la chance de partager l'oiseau en deux; je fis ensuite remarquera Nganyo!é qu'il était heureux de ne pas s'être trouvé à la place de la poule. Ce petit incident, venu tout à fait à propos pour montrer au chef ce que pouvaient les fusils des blancs, lui donna à réfléchir, et il me promit de me trouver des hommes pour le lendemain. IMais je lui déclarai que j'aimais mieux faire prévenir Nhango de ma visite et lui faire demander des porteurs qui viendraient me chercher. Nganyolé parti, je chargeai Ogoula, qui avait déjà parcouru cette route avec M. de Brazza, d'aller chez INliango, en compagnie du Sénégalais Malal, et ils se mirent en marche immédiatement. Le Sénégalais marchait très vile; il ne larda pas à prendre une bonne avance. Ogoula, resté seul, lut attaqué par (lueicpies rôdeurs, et il eut la lAchclé de se laisser dépouiller de ses armes et de son petit ballot de marchandises. Fort lieureusemcnt, Malal, qui me raconta plus lard celte aventure, enlendit les cris qu'il poussait, et, revenant sur ses pas, mil en fuite les voleurs qui abandonnèrent fout leur butin.
Pendant l'absence de Malal et d'Ogoula, je fis la nio-
LE CONGO fran»;ais.
r.ile à >'ganyolé:je lui reprochai ses mensonges et je lui donnai à entendre qu'ayant mal agi avec moi, il ne recevrait plus la visite de> blancs. Chose élonnante! cette murale parut produire sur lui une vive impression. Craignant tout à coup que >"hanga ne m'envoie des hommes, il veut se charger de mon transport et court appeler son frère, avec lequel il revient ijientôt escorté d'une vingtaine d'hommes. Les rôles sont donc intervertis, et c'est à mon tour de refuser; nuis Xgjnyulé, qui s'était obstiné à me retenir au pa^^sage, veut maintenant à toute force me transporter chez ^"hango, et il prend mes bagages qu'il distribue à ses hommes. Je le laisse faire, et après quelques minutes de préparatifs, nous partons.
Sur le plateau, les routes sont nombreuses, surtout aux abords des villages, oii les chemins sont spacieux, bien aplanis, la terre et les déblai^, rejeté^ de chaque côté, formant un véritable parapet. >'ous rencontrons des champs très bien cultivés et des villages nombreux, dont les habitants se portent en foule sur notre passage. A l uu de ce> villages, un vieillard, s'étaut approché pour me regarder, s'écria tout à coup : • Regardez ce blanc, surtout celles qui ont des petits dans le ventre, pour en faire d'aussi jolis. - (Traduction de .Matoufa.i Uue jeune t ■mme, qui portait un enfant dans ses bras et un autre ailleurs, entendit ces paroles : ^ Je souh lite que le viru du bon vieillard se soit réalisé. - A ce compliment excessif autant que singulier, le bonhomme voulut joindre un cadeau, et il envoya une de ses femmes me chercher une poule; mais je lui dis, en le remerciaut, que j'étais tr()p pressé pour l'attendre, et j'invitai les porteurs à hâter le pas. Les gens du pays, me voyant prendre celte allure rapide, criaient et menaçaient >"gan} olé de leurs fu>ils,
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l'accusant, lui et ses hommes, « de laisser fuir le blanc '■. Je dus morne m'arréler plusieurs fois pour les calmer. Je leur achetai en même temps de l'eau qui, malheureusement, n'était pas d'excellente qualité.
Vers quatre heures, j'arrivai chez Nhango, où Ogoula était arrivé depuis quelques minutes seulement, et je me félicitai vivement de ne pas l avoir attendu. Il y avait environ deux cents personnes dans le village, et les hommes avaient tous des fusils. Les porteurs venaient à peine de déposeriez ballots lorsque j'entendis un son de trompe mêlé à des cris et à des chansons. Je vois bientôt paraître un personnage, porté par huit hommes sur une sorte de palanquin ou de brancard. Un enfant étale sur le sol, à côté de moi, une peau de panihère et un gros coussin de bure rouge rempli de paille, et Nhango (car c'était lui) descend du palanquin d'un air nonchalant et majestueux, et vient s'asseoir sur la peau de panthère. Pendant cette opération, un enfant chantait à tue-téte, et les sonneurs de trompe soufflaient à pleins poumons dans leurs instruments. Lorsque je vois Nhango bien installé, appuyé sur un coussin rouge, je m'api)roche de lui et je lui serre les mains en l'appelant par son nom. La musi- (juc vocale cl instrumentale cesse s )n vacarme, l'enfant (jui chantait prend une sorte d'ombrelle qu'il étend audessus de la téte de Nhango, et la conversation commence. La j)li\sionomie de Nhango a quelque chose de juif. Grand et maigre, il a la figure allongée, des yeux vifs, le nez mince et droit, le menton couvert d'une petite barbe grisonnante. Il portail sur la létc une espèce de CDurouue en bure rouge ornée de perles et de cauries, et un collier en fil de cuivre supportait une énorme i)erle qui lui pendait sur la poitrine. Le cérémonial qui avait
accompagné son arrivée me rappela immédiatement les ruses d'Adjou et de Mbomo; je supposai que Nhanyo voulait se faire passer pour un grand souverain afin de m'extorquer des présents plus considérables, et je me tins sur mes gardes. Je commençai par lui dire : « Mou père le commandant est venu dans ton village, et il a trouvé en toi un bon camarade. Je viens te trouver à mon tour dans l'espérance que tu feras avec l'enfant ce que tu as fait avec le père. » Nhango, heureux et fier de ce compliment, fait un signe d'approbation; nous nous serrons les mains, nous nous frappons sur l'épaule, et nous voilà grands amis. Je lui demande alors la permission de le quitter un moment, parce que j'avais à payer les hommes qui m'avaient conduit chez lui, et un deuxième acte de comédie commence.
Je sors les étoffas, le sel et la poudre, et je mets de côté ce que je destine à Nganyolé; mais, suivant l'usage, celui-ci refuse les objets offerts, qu'il déclare insuffisants. « Nganyolé, lui dis-je, tu veux donc toujours mal agir; eh bien, moi aussi. Si tu refuses ce que je te donne, tu n'auras rien du tout. « Mais tout le monde se mit à crier, à agiter les fusils d'un air menaçant, et Nhango intervient pour me conseiller de donner à Nganyolé ce qu'il demande. Mais je crie plus fort qu'eux, je leur dis qu'ils peuvent agiter leurs couteaux tant qu'ils voudront et démener leurs fusils, et que, s'ils le désireut, je prendrai aussi le mieu. Ce que voyant, Nhango me dit que « c'est pour rire », et que mon payement est suffisant. Le calme renaît, Nganyolé s'en va, et me voilà l'hôte de Nhaugo.
Je ne perdis pas de temps pour entamer avec lui des négociations que je prévoyais longues et laborieuses.
CHEZ I.ES BAKOUYAS.
Quand je lui eus expliqué le but de mon voyage, sans dire toutefois que j'allais relever Malamine, et que je lui eus demandé des porteurs pour me conduire chez Khemp'hourou, chel' badjinyou, il me répondit qu'il était en palabre avec Nhemp'hourou, dont une femme s'était réfugiée chez lui, et que les hommes qu'il me donnerait seraient certainement tués par les Badjinyous.
J'eus beau lui affirmer qu'avec moi ses hommes ne risqueraient rien, il refusa de m'en promettre, et il consentit seulemeut à me faire conduire chez d'autres Badjinyous, avec lesquels il faisait du commerce, mais par une route toute différente, qu'il m'assurait d'ailleurs être plus courte. J'avais déjà éprouve assez d'ennuis en suivant la route déjà parcourue par M. de Brazza, et je n'élais guère disposé à en suivre une nouvelle, où aucun Européen n'avait passé. Je refusai donc les offres de Nhango, et la suile du palabre fut renvoyée au lendemain.
A la comédie du lit mars faillit succéder un drame le 1" avril. Il vint le malin un grand nombre de Bakouyas, poussés, les uns par la curiosilé, les autres par l'espoir de lirer (juclquc chose des marciiandises apportées par le blanc. Bientôt, Matoufa me rejoignit dans ma case pour me dire (pie, pendant la nuit, un homme était venu lui voler son pautalon. Je courus chez Miaugo pour me plaindre, mais celui-ci fit l'incrédule et me soutint que ses gens n'étaient pas des voleurs. A dix heures, ce fut le tour d'un autre Sénégalais, Amhet, qui faisait la cuisine; il vint me dire qu'on lui avait volé un couteau. Je retournai chez Nhanjio. Cette fois, il feint de se nict- (re en colère, et, prenant une cloche du i)ays, il se met
à parcourir le village cq choquant son instrument avec un bâton et en demandant à tout le monde quel est celui qui a volé le blanc. Cette singulière façon de découvrir les voleurs amusait beaucoup, à mes dépens, ceux qui entendaient Miango, et l'auteur de la plaisanterie était naturellement le premier à en rire. Je sortis de ma case furieui, je courus au milieu du village reprocher à Nhango sa misérahle conduite, et, pour l'empêcher de croire que le blanc avait peur, je vidai à côté de lui un sac de cartouches; ensuite, comme les gens du village, armés de leurs fusils, assistaient à la scène, j'allai prendre dans ma case un ballot que je jetai dans les jambes des rieurs, et je saisis mon winchester que j'armai : ce mouvement mit fin aux rires, et les crosses de fusil cessèrent de résonner sur le sol. Je mis ce silence à profit pour faire crier par Ogoula : - Vous me voyez venir ici avec quatre hommes et quelques petits ballots, et vous espérez me voler comme un enfant. Eh bien, je vous avertis qu'à la première tentative, celui qui essayera de me voler recevra un coup de fusil, et ce sera la guerre. Maintenant, réfléchissez. - >'hango répondit : - C'est un esclave qui a volé le couteau, il voulait voir ce que dirait le blanc; mais reprends ton ballot et tes cartouche^, et remets ton fusil dans ta case; on ne te touchera plus rien. - Le soir de cette aventure, j'allai trouver >"hango pour causer et remettre sur le tapis l'éternelle et agaçante question des porteurs, qui me donnait tant d'inquiétude; mais il venait de recevoir des parents et ne voulut pas causer affaires devant eus.
Dans la matinée du 2 avril, je me présente de nouveau chez Nhango, avec Malal et Ogoula, et nou^^ causons de diverses choses. Il m'énumèrc longuement, en me les
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montrant, les cadeaux que lui a faits M. de Brazza; il y a surtout un journal illustré représentant l'amiral la Roncière-le iVoury, qui parait lui avoir causé un immense plaisir. 11 me fait voir aussi des couvertures, une marmite de campement, une grande caisse en fer-blanc et une quantité d'autres objets dont M. de Brazza voulait se débarrasser, mais qui constituaient dans ce pays un véritable trésor. Nhaugo me demande ensuite de lui donner un cadeau, mais sans que personne du village s'en aperçoive; car, dit-il, on le tuerait pour le voler; c'est pourquoi il me prie de lui préparer ce cadeau dans ma case, où il viendra le voir. Je retourne donc chez moi et je mets à part les objets que je lui destine, c'est-à-dire dix brasses d'étoffe, une brasse de bure rouge, une ceinture, un bonnet rouge, une grande caisse de bois, cinq à six kilos de sel, un kilo de poudre, des glaces, des colliers, des bracelets et du fil de cuivre. Miango vient mesurer de l'œil ma générosité, cl il nie témoigne sa satisfaction avec une amabilité qui me surprend, parce que je la trouve excessive de sa part, il me dit qu'il ne comi)iait pas sur une caisse; mais puisque j'en ai une à lui offrir, il désire l'emporter, et il m'y fait mettre tous les objets que je lui d.)nn;iis.ll emporte :a caisse, et je ne le revois plus de la journée. Le soir, où, par parenthèse, il y eut un orage et une pluie torrentielle, j'allai voir IS'hango pour régler la question de mes porteurs; mais il me dit que ses hommes ne pouvaient pas partir, parce que le village n'avait pas de manioc prêt; mais qu'on allait en faire, et que nous partirions le surlendemain.
Le lendemain, je voulus savoir comltien ou me donnerait de porteurs. JNliango me déclara qu'il ne pouvait me donner que dix hommes pour me conduire A
Nkoiina\ et comme j'ouvrais la bouche pour récriminer, il me conseilla de m'adresser à son frère, qui me fournirait cinq hommes de plus. J'allai donc trouver ce frère, qui me dit : " Tu me demandes des hommes, et tu ne me donnes rieu! Tout est pour Mianj^o. Apprends que j'ai plus d'autorité que lui dans le village, et que je serais chef si mon frère n'était pas plus vieux que moi. » Tout en maudissant en moi-même >»hango et toute sa famille, je ne trouvai rien à répliquer à un discours aussi éloquent, et je dus faire pour ce nouveau personna^je une nouvelle saignée à mes ballots. Le frère me promit alors des hommes qui partiraient le lendemain, mais qui devaient se réunir le soir même pour recevoir leur payement.
Effectivement, vers quatre heures, je vis arriver mes futurs porteurs. MaisNhango m'informa que deux d'entre eux seulement me conduiraient jusqu'à Xkouna; tous les autres devaient s'arrêter à deux jours de marcbe, chez les Badjinyous du Nkoro. Devant un pareil manque de parole, j'accablai Miaugo de reproches qui ne l'émurent guère et d'injures qu'il ne comprit pas du tout; mais à tout prix je voulais (juiller ce juif maudit, digne pendant de son compatriote Nganyolé, et je me résignai À payer les hommes. Chaque porteur reçut deux brasses •d'étoffe, quaire mesures de sel et autant de poudre, un ■couteau, une ceinture rouge et des perles. ,Ie devais donner en plus deux brasses d'étoffe aux hommes qui m'accompagnaient juscju'à .Nkouna. 11 y eut encore ce *oir-Ià un orage violent.
' Nkouna ou Slaiilcypool csl une sorte de lac formé par le •Conf;o, qui prcsenle (n ce point un ol;irj;isscnifiil considéralile. •C'eit sur la rive {jauclie de Nkouna ([ue se trouvait le poste de Brazzaville.
CHEZ LES BAKOUYAS.
Le 4 avril, jour convenu pour le départ, je sors tous les ballots de ma case et je les porte au milieu du village. Aussitôt, Nliango accourt furieux. Il me fait dire par Matoufa que je ne lui ai presque rien donné, que je suis bien pressé de partir, qu'il veut me rendre les cadeaux que je lui ai donnes, parce que M. de Brazza lui a fait un grand, très grand cadeau, et lui a dit que les blancs qu'il laissait derrière lui avaient beaucoup de marchandises et lui en donneraient beaucoup. Le commandant lui a dit aussi, à ce qu'il parait, que les blancs passeront toujours dans son village, parce que c'est la seule route. Je conclus de toutes ces histoires débitées par Nhango et traduites par Mafoufa que M. de Brazza, pour se débarrasser des importunités de Bakouya et pour en obtenir des porleurs, lui a fait des promesses magnifiques. Je suis si heureux de quitter ce rapace personnage, que j'écoute sans me fâcher toutes les inepties et les sottes réclamalions dont il m'accable; je lui fais même à mon tour des promesses hyperboliques, el à trois heures de l'après-midi je quitte le village, laissant Miango ébloui des brillantes perspectives que je lui ai fait entrevoir.
Au moment où j'écris ces lignes, n'ayant plus le souci d'arriver le plus viic possible à Brazzaville, je n'en veux pas trop à Nhango des pertes de marchandises et.«urtout de temps que son avide ténacité m'a causées, parce que ce s('jour au milieu des Bakouyas me met à même de donner au lecteur des ren-;eignements assez étendus sur un peuple intéressant A connaître et méritant, à plus d'un titre, un chapitre spécial.