‹ Le Congo francais du Gabon a BrazzavilleChapitre 22 sur 41 · LE C 0 .M M E R C E DU IJ A L T C U .\ G · texte numérisé non relu

LE C 0 .M M E R C E DU IJ A L T C U .\ G

pas trop de (oule la vi[]?ueiir des poumons. Encore cet effort a-t-il pour effet d'amener dans la bouche une fumée si épaisse, que le fumeur est asphyxié aux trois quarts.

L'industrie véritablement orij'inale des Batékés est l'industrie du ciselage. Ce sont les orfèvres du haut Congo. Mais le cuivre, chez eux, remplace l'or. Les ouvriers batékés soumet lent les barrettes de cuivre à l'action du feu. Ils les fouillent ensuite avec des couteaux de fer et même d'acier, et les transforment lanlùt eu colliers, tantôt en bracelets. Mais l'industrie, pas plus cpie l'agriculture, n'absorbe les Batékés : l'acliviié de ce peuple se porte ailleurs. L'occupation essentielle du lîatékc, celle qui assure son existence et qui lui donne avec un bien-éire relalif un développement intellectuel et une influence qui frappent l'Européen, c'est le commerce. Maîtres des deux rives du Congo, les Batékés sont presque tous navigateurs et commerçants, et c'est dans leurs mains que se concentre le commerce du haut fleuve.

On trouve dans les marchés de Nkouna, comme objets d'alimeulalion : le buf fle, l'hippopolame, le porc, les cabris, les poules, le poisson, le manioc, la bière de maïs; comme produits divers : l'ivoire, le tabac, la gommccopal et surtout les esclaves. Je fus surpris de ne |)as y voir figurer le caoutchouc. Dans les pirogues que j'ai rencontrées en remontant le Congo, je n'en ai pas vu non plus. Cependant, on récolle le caoutchouc dans une parlie du bassin du Congo. Les peuplades dont j'avais traversé le territoire en me rendant à Stanleypool, eu po.ssèdeul; mais elles le vendent à leurs voisius du sud tels que les Balallis, ce (jui fait que ce produit parvient à la côte par la voie de terre. Comme produits industriels, on trouve

à Slanleypool : des poteries, des paniers en bois, des pipes, des bracelets et des colliers de cuivre. Toutes ces marchandises sont amenées à Nivouna par le fleuve; seuls, les objets d'alimentation viennent eu partie des [Jakouyas et arrivent par la voie de terre. C'est ainsi que le copal, l'ivoire et la poterie sont apportes par les j)euplades du haut Congo : les Aban-Ho, les Bayanzl, les Bakhourous. Les Batckés de Mokoko viennent vendre à Slanleypool les esclaves, l'ivoire et la bière de mais. Quelques troupes d'esclaves sont conduites par les Bakouyas. Les Batékés de Stanleypool n'apportent sur le marché que des objets de luxe.

Il y a des marchés à peu près tous les jours sur l'un des points de Nkouna. A IMfa, se tiennent les marchés les plus iuiportants. Les autres ont lieu chez Mchoulou, chez Ngalieme et chez Mokoko (le Petit), près des chutes de Ntamo. Les marchandises sont étalées par terre et eu plein air : le marché dure pendant une demi-jouruée environ, il est très important de se procurer au marché les objets dont on a besDin; car, une l'ois la vente finie, tout disparait : la marchandise se déplace et va se porter sur le marché voisin.

Les marchandises s'achètent au moyen de la barrette de cuivre, seule monnaie de Stanleypool, ou s'échangent contre des cotonnades ou d'autres objets de provenance européenne, tels que les armes, les articles de bimbeloterie, les perles, etc., etc. Par exception, les vivres ne s'échangent pas, ou s'échangent peu, contre d'autres marchandises. L'Kuropéen qui veut en acheter doit avoir soin de se munir de la monnaie courante : la barrette. La barrette, on le sait, est un lingot de cuivre (jui a la forme d'une petite barre. Il est impossible d'établir uu

rapport entre cette monnaie et la nôtre. On ne peut en fixer la valeur qu'en faisant connaître sa puissance d'acliaf. Une barrette achète du manioc en quantité suffisante pour la nourriture d'un homme pendant vinylquatrc heures, et vaut presque un litre de vin de palme. II faut quatre barrettes pour avoir un gros poisson, et pour acheter une dent d'ivoire, il en faut plusieurs centaines, .le n'ai pas pu assister à un marche d'ivoire entre indigènes. J'ai su cependant qu'une dent de soixante liv res valait en moyenne deux cents brasses d'étoffe légère, dite Congo, dix fusils à pierre, vingt barrillcts de poudre, soixante barrettes et quelques poteries.

On achète la barrette elle-même à l'aide de marchandises diverses : le sel s'échange avec avantage contre la barrette; pour un petit sac long de vingt centimètres et gros comme un doigt, on a une barrette. A côté de celte monnaie, il en est une autre moins répandue, mais en usage cependant dans le Congo. C'est une sorte de coquille appelée cauris. Le cauris est employé par les Aban- Ho et les IJayanzi.

Après avoir donné l'énumérallon des produits sur lesquels porte le commerce du haut Congo, je vais dire comment ces produits s'échau{;ent entre les peuples du haut et du bas Congo. Ce sera faire connaître le caractère et l'importance du rôle joué dans ces transactions par les Halékés. Lors(|ue les marchandises du centre arrivent à Mvouna, elles ne peuvent chercher un débouché que sur les marchés de la région. Les obslaclcsdu fleuve em|)èclienl, en effet, de les (ransp jrler i)liisloin. Or, les Haiékés, en possession, comme on l'a vu, des deux rives du Congo, sont les intermédiaires obligés entre les vendeurs d'en haut et les acheleurs d'en bas.

LE CONGO FUANÇAIS.

Ils le savent et ils abusent de leur situation. Ils sont, en quelque sorte, des commissionnaires en marchandises. Les Bakhourous, les Aban-Ho, les Bakouyas déposent chez eux les choses à vendre. Les Batckés entrent en rapport avec les acquéreurs, qui sont les Bakouyas, ou les noirs portugais appelés Poulou, et concluent la vente, sur le produit de laquelle ils opèrent une retenue assez considérable. D'autres fois, ils aclièlent directement la marchandise et la revendent ensuite pour leur propre compte. Ils réalisent ainsi des bénéfices relativement considérables, qui leur permettent de mener sans beaucoup de peine une vie à laquelle les satisfactions ne font pas défaut.

Le commerce le plus important du Congo est alimenté par l'ivoire et par les esclaves. L'ivoire est destiné à disparaître par le fait même de son exploitation, si l'on peut s'exprimer ainsi. Le commerce des esclaves est condamné par nos mœurs et par nos lois, mais je crains bien qu'il ne survive longtemps. Il se pratique dans le Congo sur une grande échelle. Tous les peuples riverains du fleuve conduisent à Stanleypool leur contingent du troupeau humain. Les acheteurs d'esclaves viennent de la côte occidentale : ce sont les Bakouyas et les Poutous. 11 me serait difficile de faire connaître d'une façon précise les conditions de ces sortes de marchés. La valeur de l'olre humain dépend du sexe, de 1';^)^, du développement physique; généralement, on achète les esclaves avec des fusils, delà poudre, des étoffes. Malamine m'a affirmé qu'on lui avait offert une jeune femme moyennant quatre cent soixante barrettes.

La position de Stanleypool, je viens de le montrer, assure aux Batékés des avantages très considérables. Mais

la rapacité de ce peuple est telle, qu elle le pousse à de véritables actes de piraterie contre les indi^jènes qui fréquentent le marché de Nkouna. Les Bakhourous, les Bayanzi, les Aban-Ho ont tous à se plaindre de la mauvaise foi et de la violence de ces écumeurs du Congo. Les Aban-Ho essayèrent même, il y a quelques années, de briser par la guerre le monopole exorbitant des Batékés; malheureusement, ils succombèrent. Il n'est pas de vexations qu'ils n'aient à subir chaque jour de la part de leurs adversaires. Si, en descendant le fleuve, ils ont l'imprudence d'atterrir dans le voisinage d'un village batckc, les riverains, sous un prétexte futile, attaquent le campement. Le moindre inconvénient qui en résulte i)our les infortunés navigateurs, c'est d'être soumis à une forte rançon; mais parfois, hommes et marchandises sont emportés et vendus sur le marché de Stanleypool. Ces excès amènent quelquefois des représailles. Les Aban-Ho sont de meilleurs navigateurs que les Batékés. Lorsqu'une troupe d'Aban-Ho a eu à soulfrir des Batékés, la nouvelle s'en répand vite parmi les indigènes de cette peul)lade, toujours nombreux sur le fleuve et à Stanleypool. Aussitôt, les pirogues des Aban-Ho organisent des croisières au milieu des Iles du Congo. Il est rare qu'elles ne parviennent pas à capturer des Batékés naviguant pour les besoins de leur commerce. Les Aban-Ho retiennent ces otages jusqu'à ce qu'ils aient obtenu satisfaction. Mais pour prévenir les difficultés, les Aban-Ho, comme tous les peuples du haut fleuve, ont l'habitude de faire escale dans des endroits éloignés des villages et de naviguer au milieu du fleuve.

Les Batékés ne sont pas sans inquiétude sur le sort que l'avenir réserve h leur monopole. Ils comprennent

très bien que le jour où l'on parviendra à se passer de leur intermédiaire, ils seront perdus. A ce point de vue, l'arrivée des premiers blancs leur causa de vives craintes, qui se traduisirent tout d'abord par une hostililé marquée. C'est ainsi que le Père Angouard, de la mission française de Laudana, qui était monté à Stanlcypool en suivant le cours inférieur du Congo, fut obligé de rétrograder. Il était accompagné par Malamiue et servi par des Kroumans. Sans l'énergie du Sénégalais, le vaillant missionnaire, abandonné par ses porteurs, aurait infailliblement perdu ses marchandises et peut-être la vie. La même mésaventure arriva à Stanley lorsque, dans sa descente du Congo, il parvint à Stanlcypool. Il voulut pénétrer sur la rive droite. IMais.son campement fut attaqué à l'improviste par plusieurs milliers de Batékés. La résistance était impossible. Stanley dut se retirer. La retraite s'effectua même avec tant de précipitation, que les hommes n'eurent pas le temps de plier les tentes, et qu'ils les enlevèrent en les portant sur des pieux, comme autant de baldaquins. Toutefois, Stanley ne se relira pas sans protester, et il le fît avec son énergie habituelle. Les Batékés ont conservé le souvenir de la dure leçon qu'il leur infligea. M. de Brazza, seul, a su ne pas exciter les craintes des Batékés; il a même acquis sur eux un ascendant considérable. Il est parvenu à ce résultat en affectant précisément de respecter l'état de choses que je critique. IVI. de Brazza est arrivé chez les Batékés seul, ou à peu près seul, et sans le moindre appareil militaire, et il n'a pas négligé de faire ressortir, aux jeux de ce peui>Ie inlelligent, le contraste qui existait entre les agissements de la plupart des Européens et ses propres actes. Mais, je ne saurais trop le faire remarquer, les senti-

mcnts des Bafékés à l'égard de M. de Brazza s'adressent pliilôt à l'homme qu'au blanc, et bien que les habitants de Nkouna m'aient parlé avec la plus chaude sympathie du commandant et des Fallas', ce serait une erreur de croire qu'ils sont prêts à renoncer en noire faveur aux avantages de leur position. Aujourd'hui comme hier, les Batékos voient les Européens d'un œil jaloux; ils pressenlent en eux des ennemis. Les blancs ne pourront de longtemps achclcr directement aux noirs du centre de l'Afrique les objets qui apparaissent sur les marchés de Stanleypo!)!. Les Balékés y mettront obstacle jusqu'au jour où l'on triompliera de leur résistance par la force. Cela est tellement vrai, qile les Zanzibarites de Stanley et les membres de la mission beige n'avaient pu, à la date du mois de mai 1882, acheter directement de l'ivoire aux Aban IIo.

En présence de cet état de choses (pénurie des marchandises, difficultés des transactions), il est permis de se demander si la région du Congo offre au commerce européen les ressources que certains se plaisent à lui attribuer. Je ne saurais, en ce qui me concerne, encourager cette opinion. Non pas que je prétende qu'il n'y a rien à tenter au Congo, telle n'est pas ma pensée ; mais je ne partage pas les espérances exagérées que l'on fonde sur l'exploitation de cette partie de l'Afrique. .le me rappelle, à ce sujet, une conversation que j'eus, à mon retour en France, avec un commerçant qui a des intérêts au Gabon.

A celui-là, qui était très sceptique h l'endroit de r « Ouest africain cl de son avenir , j'essayais de vanter les richesses de l'Ogooué et du Congo.

' Français.

^ Mais qu'y a-t-il, me rcpclait-il sans cesse, dans votre Ogooué et dans voire Congo?

— 11 y a du caoutchouc.

— Et puis?

— De l'ivoire.

— Oui, répondait-il en rianl , tant que dureront les éléphants! Et après cela, qu'avcz-vous? «

.le n'osai pas lui parler, je l'avoue, des crapauds des Balékés ou des poteries des Aban-Ho.

Les voyageurs, continua mon interlocuteur, sont tous les mêmes. Quand ils sont là-bas, ils tempêtent sans cesse contre l'inclcnience du climat ou l'aridité du pays. Une fois rentrés en Europe, ils oublient tout et croient même avoir découvert l'Eldorado.

i Si encore, ajoiita-t-il en s'animant, on pouvait remonter vos fleuves. Mais l'Ogooué est une capricieuse rivière, navigable pendant quelques mois de l'année, et qui engloutit la moitié des pirogues qu'on lui confie. Quant au Congo, c'est pis encore; on ne peut pas le remonter du tout. "

L'irascible commerçant avait dù perdre beaucoup de pirogues, .\ussi je n'insistai pas, et nous parlâmes d'autre chose. Mais le souvenir de cette conversation m'est resté. Les railleries de l'armateur présentent, sous une l'orme saisissante, les critiques que soulèvent certains projets de colonisation de l'Ogooué ou du Congo.

Pour le moment, le commerce européen ne peut pas aller chercher dans ces régions autre chose que le caoutchouc ou l'ivoire; mais si les produits du sol manquent, ne j)cuf-on pas espérer eu obtenir à l'aide d'une culture intelligente? La question est complexe et comporte une réponse qui exigerait des développements hors

LE COMMERCE DU HAUT CONGO 2iO

de proportion avec le cadre de ce chapitre. Je me bornerai à quelques observations. Je ne peux pas ne pas rappeler ici que si, dans mes nombreuses excursions, j'ai traversé des territoires fertiles, j'en ai parcouru d'autres dont le sol est bien déshérité. D'un autre côté, il ne faut pas oublier que le seul instrument de travail possible sous ce soleil impitoyable, c'est le noir. Mais le noir de r « Ouest africain " est la paresse incarnée. Stanley, qui a l'expérience de l'Afrique, le sait si bien, qu'il a recruté son personnel parmi les indigènes de la côte orientale. Mais j'admets que, sous une direction énergique, le noir parvienne à défricher le sol, comment amènei a-t-ou jusqu'à la côte les récoltes de l'intérieur? Les fleuves de l'Ogooué et du Congo ne sont pas utilisables comme voies navigables. La station de P'ranceville est à neuf cents kilomètres de la côte; l'Ogooué est navigable jusqu'à l'Ile de Djoli, c'est-à-dire jusqu'à deux cents kilomètres de l'embouchure. .\ partir de ce point, il n'est accessible qu'aux pirogues, et comme son cours est hérissé de rochers et tourmenté par les rapides, il ne faut pas moins de deux mois pour aller de la mer à Franceville. Encore cette navigation ne peut-elle s'effectuer que pendant une partie de l'année. File ne s'accomplit jamais sans pertes considérables. .\u delà de Franccvillc, l'Ogooué devient un cours d'eau sans utilité pour la navigation. Il est vrai qu'on songe à relier l'Ogooué à l'Alima, qui se jette dans le Congo en amont et à une grande distance de Sfanleypool. Mais cent cinquante kilouiètrcs environ séparent la station de Franccvillc du point le plus rapproché de l'Alima. La région qui s'étend entre l'Alima et le haut Ogooué est d'une sécheresse excessive, et je ne crois pas que la route qu'on

se propose de tracer attire à elle le trafic qui emprunte aujourd'hui le cours de l'Alima. Mais il y a plus. Une partie considérable, je puis même dire la partie la plus importante du commerce du bassin de l'Ogooué, se fait par la rivière N,<]ounié, qui coule parallèlement à la côte et qui va se jeter dans l'Ogooué un peu au-dessus de Lambarcné. On voit dès lors que le projet qui consiste à relier le Congo à rOgooué par l'Alima n'offre pas un intérêt pratique appréciable. On a parlé aussi, comme voie de pénétration, du Quiliouet de ses deux affluents, le Niari et le Njali ou Nlalli. Le Quiliou est navigable jusqu'à quinze milles du village Nguela; mais ses affluents ne paraissent pas devoir rendre les services qu'on attend d'eux. Ce que je puis dire, c'est que, dans leurs cours supérieurs, ils traversent un pays désolé, sans végétation, si ce n'est sur le bord des rivières, où la population est clairsemée, et où le silence des solitudes n'est troublé que par le cri strident d'un oiseau de proie qui poursuit et saisit au vol de grosses sauterelles, seuls êtres vivants de ces régions.

Reste le Congo. Mais j'ai déjà dit, et tout le monde sait, que ce magnifique fleuve n'est malheureusement navigable que d.ms une partie restreinte de son cours inférieur. La véritable embouchure du Congo, au point de vue commercial, est à Stanlcypool. C'est là qu'il faut aboutir. On semble avoir renoncé aujourd'hui, " pour opérer le drainage des richesses de l'Afrique équaloriale , à se servir des voies fluviales. On se préoccupe de relier Stanlcypool à la mer par une voie ferrée. Deux combinaisons sont en présence. Dans l'une d'elles, ouétablirail un chemin de fer le long du Congo inférieur juscju'à un point où la navigation deviendrait facile. Ce serait le chemin

de fer de l'association belge. Dans l'autre, on construirait une voie ferrée dans le bassin du Quiliou. Ce serait la voie française. Mais l'une et l'autre partiraient de Slanleypool. L'exécution de ces projets n'a évidemment rien d'impossible. L'industrie moderne est loutepuissanle. Mais qui n'a pas parcouru le bassin du Congo ne peut se faire une idée des difficultés qui attendent une pareille eufreprise. Pour ne parler que du Congo, il a fallu (oulc l'énergie et toute l'activité de Slanley pour frayer, le long du fleuve, à travers les montagnes qui en enserrent les rives, un cbemin accessible aux caravanes de porteurs; et les noirs, qu'on ne l'oublie pas, se contentent de routes dont beaucoup d'Euro|)éens ne s'accommoderaient pas. Ce résultat a été obtenu au prix d'énormes sacrifices, et le Père Angouard, qui a élé à rat^me de le constater, le proclamait une œuvre de Romains. Ouc de vies bumaines et que de raillions ne coûtera pas la construction d'un chemin de fer! Et le clieuiiu de fer une fois établi, quelles matières trausporlcrat-il?

Dans une question aussi délicate, il est bon de recueillir tous les avis. Or, voici ce que m'écrivait, en IHH't, un étranger qui a exploré le Congo : « Les efforts que le roi des Iklges et le gouvernement français font sont très louables, mais ils n'en resteront pas moins stériles. Pour moi, le Congo sera toujours une possession iiuililc et coillcuse, qu'on finira |)ar abandonner couimc ou abandonne aujourd'hui le Soudan. Le Congo ne vaudra pas mieux (pic le Soudan. Voilà mon opinion. >i Cerles, je n'entends pas donner comme conclusion à ce chapitre une appréciation aussi ncltcmenl défavorable. Mais j'ai voulu mettre en garde contre un engouement funeste

les gens qui ne jugent de ce pays que d'après des récits plus agréables qu'exacts. Je dissuaderai d'autant moins quelqu'un d'aller au Congo, que moi-même je veux y retourner. Mais je ne saurais trop répéter à ceux qui comptent y trouver la fortune, qu'ils y rencontreront avant tout de dures épreuves, et probablement des déboires. Quant aux partisans de chemins de fer, je me permettrai de leur soumettre une simple observation. Avant de construire une voie ferrée, filt-ce même un chemin de fer Dccauville, ne serait-il pas bon de commencer par rendre les noirs laborieux et de transformer leurs forêts en plantations? L'ivoire est sans doute quelque chose, mais le moindre grain de café ne ferait-il pas mieux l'affaire des actionnaires"? ■

' Mote de l'éditeur :

Dans uu rapport du 8 février 1887, l'adininistrateur des affaires étrangères de l'Ktat du Congo sollicite du gouvernement belge l'aulorisalion d'émettre un emprunt pour subvenir aux dépenses qu'entraînent les services de l'État indépendant.

Dans ce document, le rapporteur fait connaître que les revenus de l'État du Congo ne suffisent pas, à beaucoup prés, à couvrir ses dépenses.

Il fait allusion à une Compagnie qui se serait formée dans le l)Ut d'étudier la construction de la voie ferrée qui doit mettre le haut Congo en communication avec la mer.

D'auti'e part, des nouvelles parvenues récemment de Banane indiqueraient (|ue, par suite de mauvaises récoltes successives, le ravitaillement des postes du haut Congo rencontrerait de sérieuses diificullés. (Avril 1887.)

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