LA STATION DE FRANCEVILLE
La rivière Passa. — La station. — Je retrouve IM. de Brazza. — Ressources de la station. — Un projet de M. de Brazza. — Préparatifs de départ. — Mort de Noguez. — La première croix de jjois.
Nous abandonnons rOgooué, et notre navigation se continue sur la Passa, {grande et belle rivière dont les eaux rapides sont redoutées des- pagayeurs; en deux heures, nous atteignons un pont suspendu construit avec une habileté remarquable par les indigènes au moyen de lianes entrelacées, et deux heures après avoir dépasse ce pont, nous arrivons à une petite crique, en face de laquelle la forêt qui borde la rivière est abattue sur une largeur de 25 mètres. Cette route nous conduit à une prairie, d'où Ton aperçoit la montagne où est établi Franccville. Pour l'atteindre, il faut traverser un grand lac, sur un pont en planches, construit à graud'peine par le chef de la station, Noguez.
La montagne est élevée', et le chemin qui conduit au sommet est très escarpé. En {^ravissant la pente, on arrive bientôt à un petit village composé de huit cases, •dout une sert d'habitation à ÎSDguez et une aulre de
' l^tO mètres environ au-dessus du niveau de la Passa.
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magasin; de là, il faut une marche fatigaute pour atteindre le sommet, mais l'air pur et surtout le coup d'oeil magnifique dont on jouit en cet endroit font oublier toutes les fatigues d'une aussi pénible ascension. On aperçoit, au nord, les hautes montagnes habitées par les Obarabas et les Umbétés; plus près, la rivière Passa serpente avec sa bordure de forêts au milieu de petites collines couvertes de villages ondourabos et bakanigués. A l'est, on voit une belle montagne appelée le Chapeau. à cause d'un bouquet de foret qui en forme le couronnement; c'est au pied de cette montagne, dominant toutes ses voisines, qu'on trouve la première chute de la rivière Passa. Du coté de l'ouest, la vue est bornée, dans un horizon lointain, par une suite de hauteurs voisines du Libombi, habitées par les Aourabos, les Ondoumbos et les Bandassas. L'horizon est masqué au sud par une haute montagne; à ses pieds coule l'Ogooué, qui forme à peu de distance la splendide cataracte de Poubara. Des collines, des prairies sillonnées de ruisseaux alimentant de nombreux ['clils lacs avant de se jeter dans la Passa, et au sud-est la forêt vierge, entourent le pied de la montagne où est bâtie Franceville.
Sur le plateau du sommet s'élève une vaste case servant d'appartement à de Brazza et contenant aussi un magasin et un atelier de charpenterie; à côté, quelques cases plus petites servent d'habitation aux Sénégalais et aux Gabonais. La case principale, dirigée de l'ouest à l'est, est faite avec des écorces d'arbres et recouverte en paille de palmier; une cloison d'écorce sépare vers l'ouest une chambre qui peut avoir cinq mètres de côté. Le mobilier de cette chambre se compose : I" d'un lit, c'est-à-dire de planches maintenues à
LE CONGO FRAXTAIS.
un mètre du sol par quatre piquets fichés en terre à travers le plancher, fait avec des débris de vieilles pirogues; une paillasse de calicot, bourrée de plantes sèches empruntées à la flore des environs, représente le confortable i>l\le de voyageur» ; 2" d'une table d environ un mètre carré, pour manger et pour écrire; 3° d'un petit buffet; 4' de quatre bancs. Ces divers meubles, fabriqués avec des débris de pirogues réformées, sont dus aux talents du charpentier sénégalais Latit-.Iob.
La chambre que je viens de décrire, ne recevant de jour que par la porte, était faiblement éclairée. C'est dans cet appartement que j'eus le plaisir de retrouver M. de Brazza en voie de guérison : l'acide phénique avait produit un excellent effet, et l'enflure de la jambe avait disparu; mais la marche était impossible, et le convalescent devait encore garder le lit pendant quelques jours.
La station, à l'époque où j'y arrivai, était dirigée par >"oguez, quartier-niaitre de manœuvre, ayant sous ses ordres quelques Sénégalais et Gabonais; plusieurs familles d'esclaves libérés par M. de Brazza, lors de son premier voyage, complétaient la population du petit village établi à mi-hauteur de la montagne.
Pendant mon séjour, j'iiabitai de moitié avec .\oguez uue case divisée en deux chambres, ou plutôt deux compartiments. La chambre de mon voisin était meublée d un lit, conforme au modèle que j'ai décrit plus haut; un fond de pirogue posé sur quatre pieux servait de table, et des coffres apportés d'Europe servaient de fauteuils. Le lit siniplifié composait tout l'ameublement de la pièce connue sous le nom de chambre des Européens, que j'avais l honneur d'occuper.