CHAPITRE VII Du Commerce intérieur
Ce point iivs imporlant a été, dit l'auteur, trop négligé jusque maintenant. Le Gouvernement colonial doit bien se j)énétrer qu'à ce point de vue, tout est à peu près à créer et à faire. Il y a lieu de remarquer, en eiFet, que les produits alimentaires, le petit et le gros bétail, ne se renconli'ent pas indifféremment dans toutes les j)arties de la colonie et que, j)ar conséquent, ils peuvent donner lieu à des transactions commerciales considérables entre les diverses régions.
Au point de vue de la consommation indigène il n'y a, à l'heure actuelle, à envisager que les produits alimentaires et les produits de l'industrie indigène.
Les princi|)au.\ produits alimentaires sont la banane, l'Iiuile de palme, la canne à sucre, le manioc, les arachides^ le sésame, le maïs, le sorgho, l'éleusine, etc., etc., qui ne poussent pas indifléremment dans toutes les parties du teri'iloire. Le petit bétail — poules, chèvres, etc. — se trouve un peu partout, mais le mouton, le canard et d'autres sont particuliers à certaines régions. Le gros bétail n'existe que dans les parties orientales et sud-occidentales de la colonie.
Quant au fer, au cuivre, à l'étain, aux poteries et aux étoiîes en fibres de palmier, etc., etc., ils ne se rencontrent non plus (jue dans certaines parties de la colonie.
L'auteur n'est pas de l'avis de certains coloniaux, qui pensent que l'indigène adoptera peu à peu, pour sa nourriture, les produits importés d'Europe. Il pense au contraire, avec raison, que l'indigène préférera toujours les pi'oduits du pays, auxquels il est habitué et (|ui lui coûtent beaucoup moins cher. Certains d'entre eux, du
reste, tels que le riz, les hiincots, elc.^ etc., jMHirroiit être cultivés sur place et leur prix de revient en sera heaucoup diminué. Quant aux produits de l'industi'ie européenne, ils détrôneront rapidement les objets primitifs de l'industrie indigène.
En admettant que la nourriture du noir vaille fr. 0.20 j)ar jour, cela représente, dit l'auteur, pour toute la colonie, une somme de 401,500,000 francs par an. En défakjuani un (|uart |)our le [)roduit de la chasse et de la pèche, il reste 300 millions, qui constituent la valeur de l'élevage et des produits du sol cultivés |)ar l'indigène pour ses besoins propres.
Le développement de la culture et de l'élevage, que l'on favorisera en créant des débouchés, peut facilement doubler et même tripler de valeur. De plus, le noir sera amené peu à peu à se mieux nouirir, ce qu'il aimait à faire jadis chaque fois qu'il le pouvait, sans crainte d'être volé par les hommes du blanc et à se créer de petites réserves. On peut donc afïirmer, sans risquer de se tromper, que si le Gouvernement apporte tous ses soins à l'éducation pratique de l'indigène, les produits de l'alimentation représenteront, à bref délai, une valeur d'environ 1 milliard par an.
Actuellement, l'indigène ne travaille que pour ses besoins propres, mais peu à peu une partie d'entre eux travaillera pour l'industrie et pour des travaux de tout genre. Les agriculteurs auront donc à produire, pour la nourriture de ces gens qui ne cultiveront plus eux-mêmes, les produits nécessaires à leur alimentation.
Il y aura donc lieu, pour les chefs territoriaux, de veiller constamment à développer les moyens de communication, les marchés indigènes et à créer des débouchés pour les produits alimentaires de leur région. Il devront s'entendre entre eux pour que, par une série de transactions intérieures, les produits se répandent dans tout le territoire, mais à une condition essentielle et primordiale, c'est que les prix d'achat^ dans les pays fVorifiinc, soient toujours peu élevés.
L'auteur cite comme exemple l'huile de palme, dont le Katanga minier, qui n'en produit pas, pourrait facilement absorber dix mille tonnes |)ar an. D'une série de calculs auxquels il se livre, il conclut que cette huile pourrait se vendre au Katanga, au détail, à raison de fr. 1.35 à 1.90 le kilo. Quand le chemin de fer du Bas- Congo au Katanga sera construit, le prix pourrait être abaissé à fr. 4.25 le kilo et alors le prmlucteur pourrait recevoir un prix plus rémunérateur.
\](i prix de IV. 1.25 ie kilo (l'Iiuilo iîsI plus ('levé (pie le prix pay('' «n Europe pour ce |)ro(luit (I). mais il l'est moins (pie celui de n'imporle (|ut'lle graisse animale produite sur place et le iK'gre du Kalanga sera heureux de pouvoir s'en procurer à ce prix-là. Il va de soi (pie l'Iiuilequi aurait moins de frais de transport h su|)|»()rler, «'esf-à-dire celle provenant de rtigions assez ra|)pi'ocli(''es, pourrait se vendre à meilleur compte.
[^cs liesoins nouveaux ciTt's ainsi aux indigi'ues pourront permettre, dans un avenir relativement rapproclit', la civation de certaines industries par l(^s Kuropéens, notamment le savon, les bougies, le sucre, le chocolat, la bi("^re, etc., etc. Les nombreux gisements de kaolin permettront la fabrication sur place de multiples objets de porcelaine ménagère, dont les noirs sont si amateurs. Enfin, d'ici à cinquante ans, rien d'étonnant à ce qu'il s'établisse dans la colonie des filatures d'articles de fabrication facile, tels que couvertures, coton écru, etc., etc., si nécessaires aux besoins des populations indigènes.
Il sullit de donner une bonne direction à toutes les forces vitales que contient la colonie, pour les voir se développer rapidement. Si, jusqu'ici, le Haut-Congo n'a pas de riches gisements houillers, en revanche, il dispose d'un réseau tel de lleuNes, rivières, chutes et ra|)ides, que chez lui la houille blanche constitue une mine pour ainsi dire illimitée.
Mais pour voir poindre le commencement de ces progrès économiques, il faut l'occupation générale de tous les territoires et surtout l'éducation pratique de toute la population.
(1) Il valait avant la i;uerre fr. 0.92 le kilo sur les myrchés d'Europe en 1913; il vaut à l'heure actuelle, octobre •l'.MO, fr. ^.^o le kilo. Mais il est certain que ilans quel(iues années ce pri.x redeviendra normal.