‹ Le Congo, la plus belle colonie du monde; ce que nous devons faireChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE VIII De l'Agriculture indigène · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII De l'Agriculture indigène

Ail débiil de ce chapitre, rauteui' décrit les essais tentés par les divei'scs sociétés coloniales depuis 1898, date de raclièvement du chemin de 1er du Congo, qui a i)ermis le transport des jeunes plants de caoutchouc dans le Haut-Congo, et ce, en vue de parer aux conséquences que devaient avoir pour le caoutchouc congolais les plantations d'héveas aux Indes anglaises et néerlandaises.

Ces essais qui, quoi qu'on en ait dit à la Chambre des représentants, ont coûté plusieurs millions et duré plus de dix ans, ont démontré (jue les cultures de céaras et d'irehs ne donnaient pas, quant à présent, des résultats suffisants. Seul l'hévéa a répondu aux espérances des planteurs et encore ne réussit-il pas partout. Toutelois, ajoute-t-il, (piels que soient les eflbrls des sociétés, ce n'est que |)ar le gouvernement colonial seul que la question de l'agricultiu'e indigène |)eut «Ure résolue. Les sociétés n'ont ni l'autorité, ni le prestige su/lisaiils pour amener les populations à cette compréhension de leurs intérêts. Dans une certaine mesure elles pourront aider le Gouvernement en poussant les indigènes à entrei' dans la voie que le Gouvernement adoptera. M. Delcommune rappelle des instructions données par la Société anonyme belgo pour le commerce du Haut-Congo, à son pei-sonnel d'Afi'ique, en vue d'amener, lors de la crise du caoutchouc en 1913, les indigènes à cultiver les produits pauvres. Ces instructions furent communiquées au Gouvernement qui, après certaines hésitations, les fit j)ublier au Bulletin de Voffice colonial d'avril 1914. Il en tut même question aux Chambres législatives, où le ministre se rallia à l'idée émise par un député de développer les cultures indigènes, maison s'en tint là.

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Non seulomenl on ne donna pas d'inslritctions à ce sujet en Afrique, mais le directeur grnt'ral de l'agriculture puhlia, dans le Bulletin agricole du Congo du premier trimestre 1914, un long arlicle où il préconisait surtout l'établissement de grandes plantations capitalistes, rejetant au second plan la culture des indigènes, sous le fallacieux prétexte que le développement de ces cultures exige, au préalable, une transformation de l'indigène.

L'auleiu' est d'un avis absolument opposé et estime, au contraire, qu'il faut développer l'agriculture indigène en diversifiant les essences à planter et h' perfectionner ensuite, dans l'intérêt général de la colonie et de ses liabitanls.

Les plantations capitalistes viendront en leur temps, mais n'auront de chances de succès ((ue lorsque V application des lois sur les contrats do travail et des sanctions qu'elles comportent donneront aux futurs planteurs la certitude d'obtenir une main-cV œuvre stable, sans le concours de laquelle il est impossible d'entreprendre quoi que ce soit de durable.

On ne saurait mieux dire et rien n'est plus exact. Dans l'état actuel des choses, où le travailleur quitte son patron et viole son contrat d'engagement quand il le veut et comme il le veut, sans <|u'on l'oblige à tenir ses engagements, les employeurs font un véritable marché de dupes et ne sont nullement en mesure de rémunérer les capitaux mis à leur disposition.

Au surplus, les plantations capitalistes, du moins dans le Haut- Congo, ne devront cultiver que des produits dont la tonne vaut plus de 1,000 francs sur les marchés d'Europe, tels que caoutchouc, cacao, coton, kapok, etc., etc. Le coût de la main-d'œuvre et des transports ne permettrait pas une rémunération suttisante des capitaux, si l'on cultivait des essences pauvres, telles que huile et amandes de palme, arachides, sésame, textiles divers, etc., etc. La Société Lever a bien entrepris dans le Haut-Congo la culture et l'exploitation du palmier élaïs, mais elle en a l'emploi dans ses importantes fabriques de savon, ce qui n'est pas le cas des autres sociétés. Il n'en est pas évidemment de même dans le Bas-Congo, où les frais de transport sont beaucoup plus réduits, par suite de la proximité de la mer. On pourrait même y exploiter l'ananas et la banane, si l'on arrivait à réduire à environ huit jours le voyage par mer et en em|)loyant des navires comportant des installations frigorifiques.

Quoi (lu'il en soit, en admettant même cent i^randes plantations ■capitalistes fondées, comportant chacune 5,000 liectares, soit en tout 500,000 hectares, employant un personnel de 300,000 hommes et femmes, à raison d'un travailleur |)ar 2 hectares, ce qui n'est pas exagéré, loinMe là, et en supposant que 200,000 autres indigènes soient employés par la force publique, les services et travaux gouvernementaux et les autres industries, il restera, puisque l'auteur prend comme base d'évaluation une population s'élevant à 5,500,000 habitants, 5 millions d'individus, donc la partie la plus grande de la population, qui resteraient dans les villages, en se bornant à produire pour leurs besoins j^ropres. C'est à ceux-là qui sont, dit l'auteur, tout aussi intéressants que les autres, qu'il faut donner la possibilité d'accroitre leur bien-éire par leur travail. Il ne s'agit pas au début, conune on le j)réleiid à tort, de cultures intensives, ni de transformation rapide de la mentalité des indigènes, ce qui serait un non-sens et une utopie. Il s'agit, au contraire, <\e montrer à l'indigène les avantages matériels incontestables (|u'il peut retirer des culliu-es nouvelles, sans heaucoiip de travail ni de peine.

Comme exemple fra|)pant de ce que l'on peut obtenir dans cet ordre d'idées, l'auteur cite les cultures de riz, qui se sont développées, d'une façon rapide et im|)ortante, dans la Province-Orientale, grâce aux fonctionnaires du Gouvernement. Il rappelle qu'il en a été de même jadis dans le Bas-Congo, où, sons l'impulsion des négociants, les noirs ont cultivé le Sf'-same et l'arachide, au point de vendre, pendant plusieurs décades, des milliei'S de tonnes de ces produits.

Ne voit-on pas partout, dans les villages indigènes, des citronniers, tomates, oignons, choux, etc., etc., importés par les Européens, cultivés par les indigènes et vendus par eux sur les marchés?

II est vrai, fait remarquer l'auteur, (|ue j)our bien peu d'Européens, qui connaissent la vie coloniale parce qu'ils l'ont vue de x>res, il en est un grand nombre qui ont passé au Congo sans pour ainsi dire rien voir et rien observer, mais qui |)rétendent pourtant connaître la question coloniale sous toutes ses faces, tant au point de vue matériel que moral. En causant de notre colonie, de ses besoins, de la possibilité de son développement, etc., etc., comme ils le font, ils causent le plus grand tort à l'idée coloniale, qu'il importe de développer en Belgique. Leur manière de voir, (|ui n'est basée sur aucune obser-

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Vîilioii srriciise, est de imliire à iiiiii'e ;ni\ |)0|iiil;ilioiis ('oiii;ol;iises.

L'aiileiii' e.\;ii»iiiie ensiiile, si riiuliiiène a avantage à devenir un petit ciiltivateiii" ou un salai-ié au service des entreprises européennes, et il conclut, avec beaucoup de i-aison, qu'il a tout inlérèl à devenir agriculteur. Un ne nianipiera iK'anmoins jamais de salariés et d'artisans de divers métiers, car l'on devra s'ellbrcer à arrivera diversifier le travail des indigènes. Toutefois, les éducate(H\s de la race noire n'oul)lieront pas que \' agriculture au Conf/o offre aux populations africaines un immense champ de travail et de 2)ros2Krité.

Comme l'auteur le démontre d'une façon péremptoire, les tluclualions inévitables du prix des produits sur les marchés d'Europe auront bien moins de répercussion sin* (juarante-cinq villages, proiluisant, par exemple, 1,000 tonnes de cacao, que sur une seule plantation capitaliste produisant cette même quantité. Une baisse de fr. 0.10 au kilo occasionne an planteur une perle de 100,000 fr. de bénéfice et atteint bien plus sensiblement la rémunération de ses capitaux, que le petit cultivateur indigène qui subira, en même temps que les intermédiaires, une perte semblable, sur les quelques kilos qu'il produit. Cette perle ne peut pas avoir d'influence néfaste sur les populations productrices^ ni sur leurs obligations envers le fisc.

F^'auteur met en garde le lecteur contre l'opinion qui pourrait iiaitre en lui, qu'il combat les plantations capitalistes. Il n'en est rien. Il expose du reste, qu'il dirige depuis plus de quinze ans une société agricole, au capital de 40 millions de francs, dirigée sur place par des Belges, et qui donne des résultats très favorables. Mais dans l'étude actuelle, il se place avant tout au seul point de vue que doit envisager le Gouvernement colonial, c'est-à-dii-e l'intérêt général de la colonie et l'émancipation progressive de la race noire.

Dans le programme exposé par le direleur général de l'agriculture, dans la bi'ocliure citée plus liant, ce haut fonctionnaire prétend <{ue le seul moyen de d('velopper l'agriculture indigène réside dans la multiplication des écoles des missions et leur transformation en écoles pralif|ues agricoles. M. Delcommiine s'élève avec raison contre cette alTirmation. S'en tenir à ce programme serait néfaste pour la colonie et remettrait aux calendes grecques le mouvement agi'icole, qu'il est indispensable de créer, le |)lus t("»f

possible, piii'iiii les populiilions indigènes. Dire (jue le missionnaire seul peut faire du noir un commerçant et un paysan, est une théorie exagérée. Le passé et le présent, prouvent le coniraire et démontrent la fantaisie de celte affirmation. L'auteur, tout en reconnaissant les grands services rendus par les missions à la colonie et l'appui qu'elles peuvent donner au développement de l'agriculture, estime avec raison que les chefs territoriaux et les chefs de poste tiennent la première place et ont sur l'esprit des chefs indigènes et de leurs sujets, une influence beaucoup plus sérieuse que qui que ce soit.

Au surplus, sans critiquer l'établissement de nombreuses écoles, ce que l'auteur conseille du reste vivement, il pense que pour l'agriculture, l'enseignement pratique doit passer avant tout. Nos tils de paysans, dit-il, apj)rennent-ils à l'école à labourer et à ensemencer leurs terres? Il faut la même chose au Congo, l'enseignement pratique dans les villages mêmes, de manière à obtenir les résultats les plus rapides. L'indigène saura tout aussi bien planter des hévéas, cotonniers, cacaoyers, caféiers, textiles divers, etc., qui ne sont pas plus difficiles à cultiver et ne demandent pas plus de travail que le manioc, la banane, le maïs, le sorgho, la canne à sucre, etc., qu'il cultive depuis des siècles. La j)ré|)aration de ces produits nouveaux n'est pas plus difficile, au contraire, que la fabrication de l'huile de palme, de la chikwangue (pain de manioc), que l'on fait dans ])resque toutes les régions de la colonie.

Il est possible qu'au début, les premières plantations laissent quelque peu à désirer; on ne peut songer à obtenir tout d'abord la perfection, mais peu à peu, sous l'inlUience, les visites et les conseils répétés de l'Européen, l'indigène arrivera à augmenter ses profits, en améliorant ses cultures et en donnant une meilleure jjréparation à ses j)roduits.

Au cours de son article précité, le directeur général de l'agriculture reconnaît lui-même que l'indigène peut facilement cultiver le caféy le cacao, le coton, l'arachide, le cocotier, l'élaïs, le riz, le maïs, le sogho, etc., etc. Cela détruit, fort heureusement, ce qu'il dit d'autre part des cultures indigènes.

Le principal rôle du service de l'agriculture sera d'indiquer, dans les différentes zones, aux chefs territoriaux et chefs de poste, les essences dont il y a lieu de recommander la culture aux indigènes, c'est-à-dire celles où ils ont les plus grandes chances de succès, en

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iPii.iiil. compte ilos coiidilioiis climalologiqucs cl liyi;i'orn('tri(|Ut's cltchaque réii;ioii.

M. Deleominuiie donne déjà ces indications dans leur's grandes lignes. Il y a tout iieu d'espérer qu'à l'heure actuelle le service de l'agriculture est en état de fournir ces données d'une façon précise. De plus, le chef de chaque poste devrait dresser une carte topographi(|ue sommaire des environs de chaque village, coiypreiiant les tei-res que les indigènes sont en état de cultiver et y faire indiquer, par l'agi-onome qui lui est adjoint, le genre de cultures qui convient |)lus spécialement à chaque espèce de terrain. En cas de doutes, quelques sondages et analyses des teires le fixeraient tout à fait sui' le genre de cultui'e à préconiser. En une semaine au plus, l'agronome devrait avoir terminé ce travail, que })lus tard on perfeclionnerait bien à l'aise, au fur et à mesure que l'extension des cultures l'exigerait.

Le deuxième rôle de l'agriculture serait de fournir aux chefs des postes, pour être remises gratis aux indigènes, les graines et semences dont ils auront besoin pour leurs cultures. Les agronomes devraient aussi être munis de manuels très simples renseignant le mode de culture pratique de chaque essence ou plante.

Son troisièn^e r(')le consisterait à créer des laboratoires pour l'élude des maladies et des jardins d'essai servant, comme leur nom l'indi(jue, à faire des essais de culture de nouvelles plantes ou essences et à produire aussi, à défaut d'autres moyens de s'en |)roc(n'er, les graines et semences" destinées aux agriculteurs.

Pour créer le mouvement agricole parmi les populations indif/ènes, point n'est besoin de savants, mais il faut avant tout des hommes d'action, des entraîneurs d'hommes. Ce rôle doit donc être dévolu aux chefs territoriaux et chefs de. poste, aidés des agronomes, qui seuls sont qualifiés pour arriver au succès désiré, parce qu'ils sont en contact constant avec les populations, connaissent les chefs soumis à lein* iniluence et sont à même d'obtenir d'eux la culture de produits nouveaux. Leur connaissance de la langue indigène leur permettra de démontrer à l'indigène les avantages qu'il recueillera de cette culture. Le grand obstacle sera sans doute, au début, de devoir planter des essences à longue croissance, mais, en revanche, de longue durée de production. Toutefois, en faisant des comparaisons judicieuses avec le palmier, le kolatier, le safoutier, etc., que l'indigène connaît depuis longtemps et dont il

apprécie fort les produits, il est à espérer que l'on aboutira vite à vaincre toute répugnance. Il faudra surtout s'attacher, en effet, à ce ({lie l'indigène se livre à des cultures arborescentes déjà reconnues cidtivables, telles que l'Iiévea, le cacaoyer, le caféier, le palmier, le in'pafou, le cotonnier, le koli, etc., qui donnent tous des produits exportables et dont la culture est la plus sini|)le et la plus facile et celle qui, après lamiseen terre, demande le moins d'efforts. Elles sont sujettes, il est vrai, aux maladies crvptogamiques et autres, mais les remèdes sont coinius et faciles à apjiliquer.

Il y aura aussi parfois à lutter contre rinlluence occulte des féticheurs, qui, malgré ce qu'ont pu faire les missions, est encore grande et forte, quoique se cachant plus que dans le tenqis, à cause de la présence du blanc. Sans passer sous silence l'inlluence que peuvent avoir les sociétés secrètes, qui existent dans quelques tribus indigènes, l'auteur s'explique plus longuement au sujet des féticlieiu's et de leur intliience. Il cite notamment le cas d'ime ligue antialcoolique fondée jadis jiar les femmes dans le Bas-Congo, et où l'influence des féticheurs joua un très grand rôle, pour obtenir le l'ésultat désiré. Il fait mention de leiu* influence aussi dans le Haut- Congo, au sujet des femmes qui sont toutes nues dans certaines ti'ibus et ne revêtent des vêtements que lorsqu'tdles se rendent dans les postes européens. De par la volonté du féticheur, ces femmes sont donc exposées aux piqûres des tsé-tsé et autivs b.étes malfaisantes et on devrait prendre des mesures sévères pour obliger tous les indigènes au port d'un vêlement quelconque et ce, par mesure iiygiénique.

Bien entendu, pour éteniire la civilisation, il faut agir progressivement et non brusquement et il faut avoir recoin-s à des méthodes appropriées à la mentalité des indigènes. Quant au féticheur, il faut chercher à l'apjjrivoiser et souvent même, puisqu'il est cupide et intéressé, à le prendre par l'intérêt et à se servir de son iiilUience et de son ascendant, dans l'intérêt général des populations. •

Les chefs territoriaux et chefs de poste devront aussi créer ime certaine émulation entre les chefs indigènes et exciter leur amourpropre, pour les amener à mieux aménager leurs iiuttes et leurs villages, à les meubler, à se vê'tirde meilleures élolïes, à augmenter leur petit bétail, etc., en un mot à employer à l'amélioi'ation de leur existence, les bénéhces de ])lus en plus grands qu'ils retireront de l'augmentation de leurs cultures. Là où l'autorité des chefs et leur

aseeiitlaiil sur Ituirs siijols aiir.iioul ('tV' iiiilci'ieui'eiiu'nl aiiiiiliil(V's ou presque par les agents du Gouveniemcnl, il y aiirail lieu de les faire reiiaitrc, par des moyens que les chefs lerriloriaux Ironvcronl lacilctnenl, dans cliaqiie cas par'liculioi'. Dans les villages bien, loniis, il y aura hienlol place pour (les artisans des divers métiers, fornii's cl fournis |);u' les centres t['éducali(»n et (jui y trouveront du Iravail, par la conslriiction ties huiles, la fabrication dt'S ni(>ubles^ i\eii instruments aratoires, la confection des vêtements, etc.'

L'expérience a démontré qu'un chef indigène, intelligent et inlliienl, sous les conseils d'un chef de |)oste énergique, patient et enlre|)renanl, encouragé et soutenu pai' son chef territorial, peut amener de grands changements, non seulement dans son village,, mais encore dans toute sa contrée, son exemple faisant tache d'huile.

Et à ce sujet, M. Delcommune examine les moyens à emj)loyer- |»oiu- stimider el récompenser les chefs, les notables et les hommes libres. Il juge que la distribution des fusils à |)ierre et de petits, canons de traite, qui font du bruit, mais sont comjilèlement inoffensifs, serait une faveur des mieux accueillie et des plus recherchéepar tous les indigènes.

Pour rassurer les timorés, il ex|)lique que l'indigène, armé d'un fusil à pierre, est bien moins dangereux poiu' l'homme armé d'un fusil à ré|)étili(m (\uc l'indigène armé de flèches empoisonnées,, lances et couleaux. J'ai entendu défendre cette opinion par des- Congolais, et non (h's mnindi'es, ayant conmiandé des expéditions, armées, dans des l'égions hostiles et qui exprimaient même cette oj)iiiion poiu' les fusils à |)iston. Et ils en expliquaient fort bien les raisons, qu'il serait trop long de dévelo])per ici. Une taxe de 2 francs pouri'ail être appliquée au p<irl de celte arme à feu primitive, qui ne serait remise qu'à ceux qui cultivei-aient un nombre déterminé d'hectares. Le commerce pourrait leur vendre la poudre et les pierres à silex. On poui'rait aussi, au début, poiu' intéresser les chefs, les autoriser à prélever sur les produits récollés dans leur village, une dime de 1 à 5 "/o, dime que l'on ferait disparaître plus lard, lorsque ce moyen ne serait plus indispensable et on le remplacerait alors par une conq)ensation à chercher en temps opportun. Là où l'autorité des chefs serait complètement nulle, sans esi)oir depouvoir être relevée, les chefs lerriloriaux réuniraient les notables le plus souvent possible et leur expliqueraient ce que l'on attend d'eux. Enfin là où on se montrerait par trop récalcitrant au travail, on.

emploieniit coiiinu' punition une augmcnhilioii de l'inipol, mais dans ce cas encore, il faudrait agir avec prudence et niod^ralion et lever la punition, aussitôt que l'indigène montrerait d^ la ])Oime volonté au travail.

L'auteur examine awssi les récompenses à accorder au personnel territorial qui se montrerait à la hauteur de sa tache : citations à l'ordre du jour, promotions, décorations et une récompense honorifique à laquelle est attachée une pension dont il a été parlé dans un chapitre j)récédent. Le service des agents territoriaux est le le plus important de tous les services coloniaux et les agents qui auront contribué à développer l'éducation pratique des indigènes et le mouvement agricole, doivent être considérés comme plus méritants et plus dignes des faveurs gouvernementales que les agents de n'importe quel autre service de la colonie. Il va de soi que les agents des divers services, chaque fois qu'ils en auront l'occasion, devront s'attacher à inciter l'indigène à développer ses cultures et à suivre, à cette fin, les conseils de ses chefs territoriaux. Rien ne semble devoir empêcher d'entamer au |)lus tôt cette éducation pratique. On fait état, contre elle, de l'échec des cultures de café et de canne à sucre aux Indes néerlandaises. Il y a lieu toutefois d'observer à ce sujet : l" que ces cultures étaient faites au profit du Gouvernement et non des indigènes; 2° que l'on avait eu le tort de se confiner à ces deux cultures, qui réclament des terres et un habitat tout à fait spécial, que l'on ne rencontre pas partout, et, 3" que l'on ne doit pas conclure d'un essai infructueux ailleurs, qu'il en sera de même au Congo. Il ne faut pas se dissimuler non |)lus que la plupart des gouvernements coloniaux ne se sont pas attachas, jusqu'ici, à l'augmentation du bien-être de leurs populations indigènes et à leur éducation pratique. Ce que les autres n'ont pas fait, rien ne nous empêche de le faire. Il suffit d'adopter un programme pratiquement élaboré et de s'y tenir avec patience et persévérance. Cette voie est la seule qui puisse fournir les éléments indispensables au développement de l'activité économique de noire colonie.

Pour mieux faire comprendre cette nécessité, l'auteur examine, en prenant comme point de comparaison la Belgique, quelle est l'occupation actuelle de la colonie, en tenant compte des postes gouvernementaux, des établissements de commerce et des missions. En conclusion des calculs auxquels il se livre, il trouve : pour une superficie égale à celle de la Belgique, qui est quatre-vingts fois

^)liis pelilc (jue la colonie, 3 postes et demi du goiivcrneiuent, l mission et demie et 8 comptoii'S commerciaux et un (|iiai'f, et ces (juelques postes doivent desservir plus de 70,000 indigènes, habitant <les villages disséminés sur une superficie égale à celle de la Belgiqiu'.

Inutile d'insister, pensons-nous, sui* l'insullisance de l'occupation €uiopéeniie. Cette comparaison est à la fois instructive et fra|)pante. On voit clairement les difficultés (|u'éprouvent les indigènes à porter leu-rs produits aux comptoirs commerciaux, la nécessité de créer des marchés intermédiaires nombreux, d'augmenter l'influence gouvernementale et des missions et l'obh'gation, pour le Gouvernement, de faciliter la création d'un grand nombre d'établissements conmier-

I iaux.

L'auieur ne croit j)as qu'au point de vue écononii(|ue et de la nécessité d'en hâter sou développement dans la colonie, il soit nécessaire de faire la compai'aison avec la Belgique, la diliférence étant évidente. Ce développement puisera sa grande force dans l'exploitation du sol par les indigènes et aura pour effet, si elle est pratiquement organisée et enseignée par les centres et postes d'éducation gouvernementaux, de nfettre en relief tous les rouages mlminislrutifs utiles à la colonie, d'accentuer l'œuvre bienfaisante des missions, de rendre prospères le commerce et l'industi'ie, ces deux facteurs qui complètent si bien la richesse d'un pays producteur, et enfin elle sera l'élément iwincipal de l'émancipation des populations indigènes.

Au début, il sera indispensable, tant (|ue les comptoirs commerciaux n'existeront pas en nombre suffisant, que le Gouvernement achète lui-même aux indigènes le sui'plus de leur pi-oduction. Il pourrait à cette fin, dans des villagiS riverains choisis d'accord avec les indigènes, créer de grands marchés à intervalles périodiques et à dates fixes où les vapeurs commerciaux pourraient se rendre et où on établirait un j)osl« de l'Étal et de grands hangars pour abriter les indigènes et leurs marchandises. Ces villages prendraient peu à peu de l'importance et des factoreries s'y établiraient certainement.

II va de soi que si on veut que le nombre d'établissements commerciaux se développe, ce qui est un signe certain de la prospérité économique de la colonie, les petits traitants non indigènes doivent être soigneusement écartés de ces marchés. Là où la concurrence commerciale jwurrait s'exercer, les prix seraient libres. En allen-

dant celte situation, on pourrait tixer des prix en rapport avec les prix des produits sur les marchés d'Europe et les frais des établissements commerciaux.

L'auteur étudie ensuite la question de l'emballage économique et pratique des produits, qui est si importante. Sans le suivre dans tous les détails et conseils si- intéressants qu'il donne Ipnguement à ce sujel^ nous dirons que les solutions qu'il préconise sont 1res heureuses et très pratiques, notamment dans ce qu'il dit au sujet de l'emballage employé jadis sur une grande échelle dans le Bas- Congo et sur ce qui se fait actuellement pour l'emballage du caoutchouc aux Indes et au Brésil. Là encore, il y aurait une petite et facile industrie ,à créer, qui procurerait un travail continu et assuré à de nombreux artisans indigènes.

Après avoii' rappelé en passant que si l'on avait suivi le conseil donnné en 1887, lors de son retour du Congo, par feu M. Dupont, le distingué directeur du Musée d'histoire naturelle, au sujet de la plantation de palmiers par les indigènes^ les huiles et amandes de palme constitueraient à l'Iieure actuelle une richesse énorme, M. Deleommune examine l'opinion émise à la Chambre, que le Congo est une terre à huile. A son avis, le Congo n'est pas une terre à un seul produit; il peut et doit donner une variété très grande de produits exotiques. Il estime à 100 millions le nombre de palmiers disséminés sur une grande partie de la colonie, car ils n'existent pas partout et sont rarement réunis en assez grand nombre. Beaucoup de palmiers, du reste, ne produisent rien, faute d'entretien, les branches sèches restant adhérentes au tronc et faisant ainsi avorter les régimes qu'elles compriment. Enfin, un grand nombre d'entre eux servent à produire le vin de palme, dont l'indigène est si friand, mais dès qu'ils sont consacrés à cet usage, ils ne produisent plus de fruits.

A défaut d'huile de palme, dans certaines régions, l'indigène emploie l'huile d'arachide, l'huile de m'pafou, la noix de koli, etc. ■Cette dernière donne une graisse valant le meilleur beurre de cacao et pourra, un jour, devenii- un produit d'exportation. Si la culture •du palmier se développe, après avou' fourni ce qu'il faut jjour la consommation de la colonie, on pourra exporter le surplus en 'Europe et si ce produit acquiert une importance sufîîsante, pour réJuire les frais d'emballage et de transport, se servir de bateauxciternes et même construire une pipe-line spéciale, comme on l'a

fait pour aiiKMier écoiionii(iuei)it'u( le prlrole du Bas-Congo au Stanley-Pool.

Au cours d'un voyago d'études fait aux Indes anglaises et néerlandaises, eu 15) 12, l'auleur a constaté que les Chinois et les radjahs de Sumatra l'ont, eux aussi, de petites plantalions de caoutchouc, au grand déplaisir des planteurs t>nro|)éens, qui ci'aignent d'élre volés par leur jtersonnel iningène. Otte crainte n'a qu'une imj)ortanee relative, mais ces plantations chinoises et natives sont faites à si peu de frais et à prix de revient si faible, que, si elles se (h^veloppent, les plantations européennes risquent foi't de ne pouvoir lutter avec elles. Ils voudront donc, si c'est possible, empêcher les plantations de l'espèce. Au Brésil, au contraire, dans la |)rovince de Para, le Gouvernement favorise de tout son pouvoir la culture de l'hévea par \^ poindation de l'Amazone. Il doit en être de même au Congo, ce qui permetira à notre colonie de lutter avantageusement avec les autres pays producteurs.

Il y a lieu de remarquer, toutefois, que si ces perspectives de grande produclion se réalisent, le caoutchouc, malgi-é seà innombrables emplois et ceux qu'on lui ti'ouvera encore, pourrait certainement diminuer de valeur et, en tout cas, ne plus atteindre les hauts prix de jadis.

Le cacaoyer a besoin pour prospérer d'une humidité suffisante, sinon les fleurs tombent et les fruits se foi'ment mal. Là où des cultures de l'espèce, comme dans le Mayumbé, ont à souffrir du manque d'eau et, au surplus, j'our permettre la culture de celte essence dans les régions de l'espèce, le Gouvernement devrait intervenir, comme à Java, |)our faire des travaux d'irrigation, qui permettraient d'irriguer quelques instants par jour les pieds des plantes, comme cyla se fait dans la culture des orangers.

L'auteur combat" aussi une o|)inion émise par le Ministre, à la Chambre des représentants, d'où il résulterait que {'humus congolais se transfoKine bien vite en sable.

Cela ne s'applique, dit-il, qu'à la partie superficielle de certains sols, n'est du reste pas général, et ne peut avoir d'influence que sur les cultures de surface et non sur les cultures arborescentes qui s'exercent en profondeur. S'il en était autrement, comment ex|)liquer la continuation des jardins potagers que l'on voit partout et l'admirable venue des arbres les plus divers. Evidemment, les terres congolaises, comme toutes les autres terres, s'appauvrissent par la

répélition des cultures annuelles, mais on ne doit pas exagérer, comme on l'a fait, celle déperdilion de foi'ce, si connue, qui n'est pas spéciale au Congo, et cette déclaration, faite sans restrictions, du liaTit de la tribune ministérielle, a jeté la consternation dans l'esprit de coloniaux con\"aincus.

« Cette objection disparail, ajoute le ministre, si l'on jtarvient à élever le bétail. » Mais cet élevage ne pouri'a se faire, dans la plus grande parlie de la colonie, que lorsque par la culture, on aura éliminé les mouches Isé-lsé, (jui occasionnent, là où elles existent, la mori du gros bélail.

Cela conduit l'auteur à examiner en détail la (jueslion des engrais. Il explique longuement ceux que l'on" peut trouver et fabriquer, dès maintenant, sur place et entin comment on pourrait faire venir, d'une façon n'-guliére, les engrais chimiques de Belgique au Congo. Ceux de nos lecteurs que celte question intéresserait plus spécialement, la trou\eront li'ailée sous toutes ses faces, dans l'ouvrage de M. Delcommune.

L'auteur termine cet in)portant cliaj)ilre de l'agricuKure indigène en démontrant, chitTres à l'appui, quels peuvent éti'e les résultats à espérer. Des calculs nombreux et variés auxquels il se livre, nous ne donnerons que les résultats, qui sufliront amplement à montrer les brillants résultats que l'on est en droit d'esfiérer.

Comme base de ses calculs et de ses raisonnements, il admet que l'on fondera chaque année, dans des régions fertiles, cinq centres d'éducation, dirigeant chacun, suivant leur situation, 8, 6 ou 5 postes d'éducation. Chacpie centre étendra son action sur 10 à lo,000kilomèlres carrés, comportant une popidation d'environ 27,500 habitants, t'éparlis entre cent villages de 250 habitants chacun, le reste constituant les artisans de divers métiers, etc., ^tc. Chaque aimée, cha'cun des villages mettra en culture 1 hectare, soit d'hévea, de cacao, d'arachides, de café, de colon, "de palmiers. La première année il y aura donc, par centre, 100 hectares mis en culture. On augmentera chaque année de \ hectare par village et en cinq ans, on aura donc |)ar village 5 hectares, par centre 500 hectares et pour les cinq centres créés la première année 2,500 hectares. Comme à la sixième année, les j)laiitalions arboi-escenles commenceront à rapporter, cela excitera naturellement au travail la plus grande parlie de la [)opulalion. Sans exagération aucune, on peut donc estimer qu'a])rès dix atis, il y aura 100 hectai'es de plantés par village. Cette

— Oî) — ^

Stipei-licio, qui ri'|)i'(''S('iilt' 1 kiloiiirtrc e;ii',('', n'est pns exagérve. et ne eonsliluo pus un li';i\iiil bien dm*, piiis(|n(', l'aulciii" eslitne h i liet'hii'e l(» Iravnil d'iiii lioninie ou d'une l'cuinie par an, ol ipie pour 100 licclari'S, il n'y aura, dans ocs condilions, {|ii(' la moitié de la.populalion cmijlow'o.

Au sujet des conseils à donner j>ar les a!j,ron(»mes aux indigènes pour réiablisspment de lem-s cullui'es, 31. Delconuiuine Hécrit les recommandations à ieiu' l'.dre au suji'l des diverses plaiilalions et indique même des mélliodes qu'il a vu employer avec succès dans d'autres pays li'opicaux.

Il aflirme que dans vingt-cinq ans la siipi i-fK-je ainsi cullivée par les indigènes, dirigés par 100 centres, soit 10,000 vilhigcs à 100 hectares chacun, comportera 1 million d'hedai-es.

Sans tenir compte des rendements intercalaires, dans vingt-cinq ans, ce ndllion d'hectares l'apportei'a 400 millions de kilos de ja'Oduils divers en se basant sur une production très niinime. I^es prix payés à l'indigène atteindront 60. millions de francs. Les intermédiaires divers touchei'onl 38 millions. La valeur de ces 400,000 T. de produits en Europe sera de 32'2 millions. Les droits de sortie perçus par le Gouvernement, soit 15 "/o sur les pi"oduits riches, s'élevei'ont à 33 millions. La diflërence entre leur prix d'achat avec les frais divers et le prix de vente sera de 70 millions, représentant le bénéfice commercial.

En admettant (|ue pour rétnunérer les capitaux des sociétés commerciales à '^0 °/'o, il faille 45 millions, il restera 25 millions tle superbénéilce qui (loi\"ent revenir au Gouvernement, en droits de sortie portés alors à 22 ou 26 °/o, ou en augmentation de rinq)ot de capilalion, si c'est l'ni ligéne qui a protité de ce superbénéilce par les |)rix lui payés, ou on taxes régionales diverses et en taxes diverses sur les bénéfices des sociétés dépassant 20 "/o^ A noter (jue le taux des droits de sortie cité ci-dessus est loin d'atteindre le taux ailmis dans diverses colonies, où il s'élève parfois à bien plus de 100 "/o sur cerlains articles d"impoi'lalion.

M. Delcommune insiste sur la nécessité, surtout dans les débuts, de surveiller sérieusement l« s agissements des sociétés commerciales et de sévir radicalen)ent contre celles qui enfreindraient les ordres des agents de l'autorité, notamment au sujet des prix minima fixés pai' le Gouvernement.

Les droits de sortie serviraient de l'égulateur pour compenser les

Ikioluations de prix se produisant sur les marchés d'Europe. En cas de baisse, tous les autres éléments de calcul restant les mêmes, les droits de sortie seraient diminués, le coût des transports également et les bénéfices des sociétés ramenés à 10 "jo-

Cela permettra ainsi au commerce du caoutchouc, par exemple, de continuer à se développer au Congo, même si le ])rix de vente tombait à U'. 3.50 le kilo, ce qui est peu probable et alors qu'à ce jirix les plantations des Indes ne pourraient plus lutter. Le Gouvernement ne devi'a laisser les opérations commerciales avec les indigènes conixUetement libres, que lorsque ceux-ci sei-ont suffisamment éduqués, pour qu'on laisse à leur pro|)re initiative la défense de leurs intérêts. Il cherchera alors à diminuer les droits de sortie, dont V exagération est toujours mauvaise xmur les jMys producteurs. Dans ces conditions, fera-t-il encore assez de recettes pour oouviir les dépenses des c<'ntres d'éducation ? Oui, car il a en main un moyen équitable, qui est l'impôt indigène, qu'il pourra augmenter pnogressLvement |)our compenser la diminutien éventuelledes droits de sortie, même si cette climinution n'était pas nécessaire. L'impôt étant fixé à 6 francs (il est actuellement variable entre o francs et 12. francs), dans dix ans pourra être porté à 12 fr. et dans vingt-cinq ans au maximum de "25 francs fixé actuellement par la loi, si, naturellement, les ressources de l'indigène le permettent. Des calculs auxquels l'auteur se livre, il résulte que dans vingt-cinq ans le revenu brut moyen de chaque travailleur peut être évalué à 7o francs, on pourra donc lui appliquer sans danger un impôt de 25 francs et après ce prélèvement il lui restera environ 50 francs par léte, soit pour un ménage libre (homme et femme) 125 francs. Ces chiftres paraissent infimes si on les compare aux salaires européens, mais on doit tenir compte des besoins encore très restreints des populations. L'auteur cite d'ailleurs comme exemple le revenu moyen d'un |)aysan indoii, qui est de fr. 32.50 d'après lord Curson et de fr. 15.50 d'après le socialiste Keir-Hâi*die.

Les ressources de l'État dans vingt-cinq ans seront de 104 millions, s'il ne se produù pas de baisse, et de 74 millions, s'il se produit une baisse sérieuse. Si, dans ce dernier cas, les recettes étaient insuffisantes, on aurait encore la ressource d'augmenter de 12 francs l'nnpôt indigène sans qne l'habitant soit par trop pressuré par cet impôt. Si, au contraire, la situation se maintient, mais que l'éducation qui sera donnée aux indigènes soit suffisante pour

les .'affranchir de la tutelle gouvernementale, dans leurs transactions commerciales, le superbénéfice de 25 millions dont il a été question |)lus luiul, passera vraisemblablement aux iudigènes par suite de la Qoncurrencc et alors cela représentera un revenu brut moyen de 87 francs par létc d'habitant. Le revenu net sera de 59 francs par tète et de 146 francs par ménage libre. L'indigène congolais sera donc bien mieux partagé que le paysan des Indes. Les recettes du Gouvernement s'élèveront à 97 millions, somme plus que suffisante à couvrir les dépenses des centres d'éducation pratique.

On voit que ces divers résultats sont des" plus brillants. Puisque dans vingt-cinq ans, le Gouvernement percevra les sommes nécessaires à l'occupation de la moitié de la colonie et à l'éducation pratique de la moitié de sa population.

M. Delcommune insiste tout parliculièrcment sur la nécessité de ne faire aucun crédit ou avance aux indigènes, car cette manière de faire ne produira que des déboires. A la suite d'abus qui se sont produits dans cet ordre d'idées, une ordonnance du gouverneur général a défendu, en 1917, de faire ces avances; fin 1918, l'auteur a appris que cette ordonnance reste lettre morte et que les capitas de négoce multiplient leurs visites aux indigènes producteurs, leur faisant des crédits en argent ou en marchandises, à retenir sur leur future production. G'est, dit-il, à celui qui arrivera le premier et qui olTrira le plus haut ])rix. C'est tout à fait analogue à ce qui s'est passé en Belgique, dans nos campagnes, durant la guerre et dont nous avons été et continuons à être les victimes. Jusqu'ici le noir ne comprend que le troc et l'achat et la vente au comptant, et ce n'est »iue bien plus fard qu'il saisira le mécanisme du crédit et ses obligations, l'intérêt de l'argent, la commission, etc., ce n'est donc que dans cinquante ans ou peut-être avant, lorsque l'enfance aura reçu une instruction commerciale suffisante que l'on verra le noir remplacer le petit traitant non indigène, fonder des magasins de vente et d'achat dans son village natal, devenir représentant des sociétés européennes de commerce ou de banque. Le danger d'une licence commerciale ne sera plus à craindre comme aujourd'hui, car le Gouvernement aura armé V indigène, qui saura prendre lui-même la défense de ses intérêts.

En ce qui concerne la quantité de 4<J0,000 tonnes de produits, prévue par lui dans vingt-cinq ans^ l'auteur fait remarquer qu'elle est bien inférieure à celle que le ministre a attribuée à Sir W. Lever,

qui estime la procluclion du Congo à 2 millions de tonnes dans trente ans. Il serait possible, pense l'auteur, d'arriver à cette production en faisant de notre Congo une immense palmeraie et si It'S indigènes plantaient i million d'hectares de l'arbre cher à M. Renkin et à'Sir W. Lever. Mais il l'ait remarquer que ce serait une erreur très grave de se lancer dans cette voie. On arriverait ainsi h constituer un monopole dangereux, monopole (pie le Gouvernement peut et doit empêcher. D'autre part, il est reconnu qu'un pays ne produisant qu'un seul produit est en état d'équilibre économique instable. Avant un siècle, on peut certes arriver à cette production de palmistes qui représente 1 milliard de francs, mais il faut qu'elle soit accompagnée de millions de tonnes d'autres produits. Il est à craindre du reste, qu'une trop grande produclion de produits oléagineux n'avilisse les i>rix de vente, au point d'enqiéchcr toute exportation des régions éloignées du Haut-Congo. L'auteur est donc d'avis qu'il ne faut pas trop multiplier les palmeraies et qu'il est préférij,ble de planter, dans ce million d'hectares, des hévéas, cacaoyers, caféiers, cotonniers, kapoks et tant d'autres essences exotiques qui croissent très bien dans nôtre colonie. Los hévéas notamment, plus faciles à travailler que le palmier, donnent un rendement plus riche que le sien.

Dans plusieurs parties de son ouvrage, M. Delconmune montre à diverses reprises au Gouvemement colonial l'importance capitale que peut avoir, au point de rue' du développement économique, l'application bien comprise de trois éléments : le prix du travail de l'indigène, l'impôt de capitation et les droits de sortie.

Il exi)ose--à ce sujet-^s idées nouvelles qui valent la peine d'être reproduites dans leur entièreté :

« Los salaires des indigènes doivent être raisonnables afin que la » main-d'œuvre soit attirée. Ils doivent également s'^ever progres- » sivement — dans la mesure du possible s'entend — proportion- » nellemenl à l'augmentation du rendement du travail et des » 'besoins des ouvriers noiVs, besoins que les milieux européens » développeront incontestablement de plus en plus. Mais il est » illogique de forcer les prix d'achat, tant des denrées alimentaires » que des produits destinés à l'exportation, que ces derniers soient » spontanés ou qu'ils proviennent des cultures indigènes. L'accrois- » sèment des besoins réels des populations qui trafiquent ou tra-

» fi(|n('i'on( (le ces vivres el produils {^1 l'iiiignienliition de leur traviiil » ne |)euveiit i)as, en eiïel, s'aecenlner ni (ont de suite ni 1res vile, » |)!U'('e (jne pendant longtemps encore elles ne seront pas dans les » mêmes conditions de milieu que les unii's vi\anl dans l'enlourage » imniéliaé (les Européens.

» Cela se conçoit aisément.

» Si l'impiM de capitalion IVappanl le noir snlarir, retombe » toujoin's sur l'emplovem' europi'en, il ne peut en être de même » de l'impôt qui touche l'indigène liubitant et li'avidllant dans son B village.

» Ce dernier supporte seul le poids de toute augmentation de » l'impôt de ca|)itation.

» Non senli'ment il ne peut à présent comprendi-e la v.iriation de » celle mesure fiscale, mais il sera mécontent chaque fois qu'il » constatera un accroissement de ses charges à l'égard du fisc, » même si l'on parvient à lui faire saisir que l'accentuation de ces » charges est en raison directe des j^rix forts auxquels on paie son » ti'avail.

B Actuellement la politique indigène que le Gouvernement colo- B niai belge a instaurée dans un pays aussi neuf que le Congo, » consiste à prélever chez ces noirs un impôt pouvant s'augmenter » suivant l'opinion des autorités locales. Elle est en réalité basée B non seulement sur la capacité fiscale des noirs d'après l'impor- B tance de leur travail, mais aussi sur ime augmentation des prix » d'achat de leurs produits par les Européens. Dans ces conditions, B l'on comprend très bien que la politique économique gouverne- B mentale favorise de préférence les acheteurs qui peuvent payer les B prix forts, c'est-à-dire les petits traitants non indigènes.

B Ces deux politiques constituent, la jiremière une vexation » constante à l'adresse des indigènes, la seconde une erreur écono- B miqu(\ que nous avons déjà démontrée.

» Il faut donc déti'uire cette variabilité dans rim])ôt de capitalion B et la remplacer par une mesure plus équitable, celle de la per- » ception des droits de sortie — frappant même ks produits pauvres » si c'est nécessaire — dont les tarifs, variables ceux-là, absor- B beront au |)rofit du Gouvernement, l'écart qui se produii'ait entre B l'exagération du prix d'achat des produits africains et la modé- » ration raisonnable qu'ils doivent avoir.

B 11 est cent fois préférable pour l'éducation commerciale et

l'augmentation progressive des besoins de l'iniligène, de continuer à payer les 200 kilos d'amandes de palme — qu'il récollera par exemple en un an — à raison de fr. 0.10 le kilo, soit 20 francs — et de le frapper d'un impôt invariable pendant longtemps, de 6 francs l'an par exemple, à condition qu'il sache que toute augmentation de sa production est à son profit, que de lui payer tantôt fr. 0.15 le kilo, tantôt k. 0.20 le kilo et de le taxer d'un impôt également variable, lui enlevant tout le bénéfice de l'augmentation de son travail,

» Le fisc n'y perdrait rien, au coniraii'e, car si les prix de vente en Europe permettent d'augmenter le prixd'achat de ces 200 kilos d'amandes de fr. O.Oo ou de fr. 0.10 au kilo, le Gouvernement percevrait par des droits de sortie non seulement tout ou partie de cette différence de fr. 0.05 ou de fr. 0.10, mais bénéficierait également des mémeS' droits swv Y augmentation de la production de- l'indigène.

» Si nous disons qu'il percevra tout ou^ar^iede cette différence, c'est qu'il doit savoir lui-même borner ses appétits et laisser se produire les bienfaits d'une concurrence commerciale intelligente, dont l'indigène profitera inévitablement. Celui-ci, sachant que l'impôt de 6 francs qu'il paie au Gouvernement ne peut pas être augmenté — du moins pendant longtemps — portera l'accroissemciit'de ses ressources que lui donne l'augmentation de sa production, vers la satisfaction de ses besoins toujours grandissants, si., bien entendu, les éducateurs qui lui seront donnés savent s'y prendre et le diriger dans cette voie, même par la pression de l'impôt.

» L'application de cette politique nouvelle permettra de frapper indirectement \qs ressources de l'indigène non salarié sans qu'il s'en aperçoive, par conséquent, sans vexation. L'éducation pratique qui lui sera donnée lui inculquera la com|)réhension déplus en plus grande de la valeur de l'argent, qu'il ne connait que très peu aujourd'hui, qu'il ne sait pas apprécier exactement parce que ses besoins, comme on l'a vu, sont encore très restreints et qu'il le dilapiderait en futilités sans profit reeZ pour lui-même ni pour son émancipation.

» Certains Européens, même coloniaux, se plaisent à comparer les noirs à de grands enfants. Nous ne savons sùrqaoi se base cette assertion, car l'enfant primitif devient plus vite homme que

» renl";iiil civilist', In vie (|iril inAno oblige on (luchjiie sorte son » corps el son esprit h mùvlv plus iMpidemeiit. Cette <'Oiiip:ir;iison ne » peut être devenue i^ai-liellenieiit vi'aie que tout récemment, et au » point de vue de la valeur de l'ai'gent, que le noir de l'inlérieur ne » sait pas encore bien se représenter. Comme renfani blanc, il est » capable d'otTrir un prix exorbitant pour une futilité ((ui lui plaira » momentanément.

» Disons, d'autre |)art, que ceux qui prétendent qu'il faut » toujours payer le travail du noir le plus haut prix possible, sont » aussi ignorants des nécessités économiques de notre colonie et de » la psychologie du noir, que ceux qui affirment qu'il n'a pas de » besoins. Ce seront peut-être les mêmes critiques coloniaux qui » émettront ces deux affirmations quoiqu'elles soient en contradic- » tion flagrante, puisque la seconde est à l'opposile de la première.

» La prise en considération de l'une ou l'antre de ces théories » jtar le Gouvernement mènerait^ la première à un gaspillage d'ar- » gent tout à fait inutde et même dangereux pour l'avenir, la » seconde à un recul indéfini dans le développement de la vie éco- » nomique chez ces peuples arriérés.

» Pour bien faire saisir le danger que présente toute exagération » des prix d'achat, rappelons que dans l'éducation pratique des » populations (voir chap. III), nous conseillons d'instituer dans les » villages indigènes, des amusements variés, des jeux multiples. » Si les vivres, les boissons fermentées, indispensables à ces fêtes, » coûtent cher, bien peu de noirs pourront participer à ces rêjouis- » sauces. Tout étant relatif et s'enchainant dans la vie économique, » si l'on habitue ces populations à recevoir pour leur travail insi- » gnillant, une rémunération surfaite, tout deviendra également » d'un prix excessif, comme cela se produit déjà actuellement. Ce » sera, avant la fm de la barbarie^ le commencement des misères » que doit engendrer toute vie matérielle exagérément chère, dans ^> un pavs où le travail n'est pas encore entré dans les habitudes des » populations.

» Que l'on se souvienne que si, de tout temps, les populations » africaines ont dû lutter i)Our leur existence propre conti-e l'escla- » Viige et la mort, elles n'ont pas la même eompréhension que nous, » de ce que nous appelons le striiggle for life. Elles ne le connaissent » pas et elles ne le connaitront que progressivement, puisqu'elles » n'en sont encore qu'à leurs premiers essais des besoins et des

» nécessités que crée tout coiumoiieenient de civilisai ion. Ces besoins

» ne deviennent de plus en plus imp('i'ieux, qu'au fur et à mesiu'e

» qu'augmente l'habitude du confoi't, du bien-être et des jouis-

» sances nialérielles et inlellecluelles de la vie. »

L'auleur termine ce si intéressant et si important chapitre de l'Agriculture indigène, qui laiss(î entrevoir de si belles perspectives pour l'avenir, en insistant encore une l'ois sur la nécessité absolue, si l'on veut obtenir des résultats satisfaisants, de donner l'éducation pratique sur place aux indigènes, de s'intéresser journellement à leurs travaux, en les encourageant, en les guidant sans cesse, avec patience, persévérance et au moyen tie stimulants apxwopriés.

CHAPITKE IX De la Main-d'œuvre au Katanga

La question de la main-d'œiivi'e incliyène au Kalaiiga a aussi été soulevée à la Chambre en 191 i, et on y a discuté les avantages que j)oun-ait évenlueilemenl j)i'oeiuvr l'introduction de la main-d'œuvre chinoise et indoue. L'auteur se tlemande pour(|uoi l'on doit chercher (le la main-d'œuvre à l'étiMUgei', alors qu'on peut, si on le veut, se la procurer dans la colonie. Inutile d'insister sur les graves inconvénients de la main-d'œuvre jaune. La façon dont elle s'est conduite dans nos régions dévastées, dej)uis l'armistice, ne tiemande pas, pensons-nous, de commentaires et engagera le Gouvernement colonial et les sociétés intéressées à renoncer à son emploi d'une manière définitive. Le Katanga est, en etTel, fort i)eu peuplé à cause de la traite qu'a pratiquée, en grand, le f;uneux M'Siri, que M. Delcommune a connu, lors de son exphn-alion en l(S9i. Mais, en revanche, au nord existent des régions où la population est j)lus dense et peut fournir aisément toute la main-d'œuvre nécessaire au travail des mines et à la création de cultures vivrières, pour les besoins des Européens et des travailleurs noirs. La Bourse du travail qui a été créée à cette fin dans le Katanga a donné de bons résultats, mais insuffisants, parce qu'elle n'a pas été secondée par le Gouvernement. L'auteur se demande pour(|uoi le Gouvernement n'organiserait pas lui-même ce service de recrutement et n'amènerait \yas, 2)ar ses soins et sous son contrôle, les travailleurs reci-utés dans les régions plus au nord. A cette fin, le Gouvernement auj'ait à sa disposition les chemins de fer des Grands Lacs, les biefs navigables et le chemin de fer Bukama-Elisabethville. Il indique en détail le^ mesures à prendre pour faire voyager les hommes sans fatigue ni jn'ivalions, préconise

la création de gites d'élape en nombre suflisanl, qui plus lard pourraient être transformés en postes d'éducation. On y construirait les abris voulus pour logement, les cuisines et infirmeries nécessaires et on y ferait des cultures vivrières. Les cai'avanes seraient accompagnées par un blanc expérimenté et un médecin. Les voyages de rapatriement se feraient de façon identique. La Province-Orientale, qui est conliguë à une grande partie du Katanga et où on a recensé actuellement un million de contribuables, c'est-à-dire d'hommes adultes, fournirait sans peine les travailleurs nécessaires. La topographie étant accidentée, dans le genre de celle du Katanga, les hommes en provenant s'y acclimateraient bien plus facilement que ceux provenant de pays de plaines ou de forêts. Des calculs auxquels se livre l'auteur, il résulte que l'installation des cinquante gites d'étape nécessiterait une dépense de 1 million de francs, représentant un intérêt de (30,000 francs, et qu'un recrutement de cinq cents hommes coulerait environ 90,000 francs, soit 180 francs par homme, que les sociétés minié?'es, ayant besoin de personnel noir, rembourseraient au Gouvernement.

M. Dcieommune cite à ce sujet l'exemple de l'ile de Sao-Thomé, où un organisme sous le contrôle du Gouvernement fournit aux planteurs des travailleurs recrutés dans les territoires de l'Angola, de Mozambique et de Quilimane. Il indique toutes les précautions prises actuellement pour ces recrutements, qui au début avaient laissé à désirer et cile le chitïre de fr. 399. 0'2, comme montant moyen des' frais de recrutement et de voyage, aller et retour, des hommes, durant la période de 1909 à 1914. Ces hommes, engagés prin)itivenient pour un an, ont consenti ensuite à s'engager pour deux et même trois ans.

Les recrutés, avant leur déi>ai't de la Province-Orientale, devraient connaître leui'S conditions d'engagement, que le Gouvernement se chargerait de faire respecter. Ils recevraient, à titre de prime, quelques elTels d'habillement et une couverture, le tout d'une valeur d'environ 10 francs au minimum. Les maîtres des esclaves engagés recevraient un mois de salaire à titre d'avance. Les recrulés seraient de préférence accompagnés de leur femme. Le salaire mensuel serait payé, par quinzaine, moitié au travailleur et moitié versée à une caisse dite de « rapatriement ». Les versements seraient insoits au livret de l'homme, qui contiendrait sa photogra|)hie. A son dé|)art, le dujilicata de son livret serait

envoyé à son clief lon-i(orial el celui-ci, à son an-ivce, lui voi'serait ou à son niailre, les sommes restant à loucher, soit la moitié de son salaire. Les chefs indigènes seraient avisés îles sommes ainsi remises el auraient à en faire pari à leurs sujets. Si l'on veut que les recrutements marchent, il faut qu'à sa rentrée à son village, le travailleur ou son maiire se li'ouve à la tète d'un petit pécule; il faut de même (ju'en cas de décès les sommes restant dues à l'homme et com|)Osanl sa succession soient, par les soins des chefs territoriaux, versées aux ayants droit. Le Gouvernement doit veiller continuellement à -ce que les em]jloyeurs observent strictement toutes leurs obligations à l'égard des engagés, leur donnent une nourriture saine et abondante, à composition fixée d'avance, et se rapprochant le plus possible de celle de leui- pays d'origine ; à ce que leur logement soit convenable, propre et hygiénique; qu'ils disposent, à proximité, d'un petit jardin que l'homme aidé de sa femme pourra caitiver à son |)rorjt, et qu'enfin des hôpitaux suffisants existent à chaque siège minier, de façon (|u'en cas de maladie il reçoive tous les soins nécessaires. Il faut, en un mot, que le noir rentrant dans son village puisse pousser ses concitoyens à s'engager aussi et qu'il donne lui-même rexem|)le en se rengageant. Pour procurer aux hommes la nouri'iture à laquelle ils sont habitués dans leur pays, il faut qu'on crée, à proximité des mines, de grandes cultures vivrières. Et à ce sujet l'auteur signale qu'il ne partage pas l'opinion des personnes qui ont critiqué les essais de culture tentés au Katanga par le service de l'agriculture de la colonie. Ces essais n'ont, il est vrai, donné que des résultats négatifs, mais l'expérience, dans cette matière comme dans toutes les autres, ne s'acquiei't ni sans déboires, ni sans tâtonnements.

L'auteur insiste sur la sollicitude que les sociétés devront témoigner aux recrutés. Il faut traiter ce personnel comme formé d'hommes que Von veut attirer au travail et non de hêtes auxquelles on veut l'imposer. Il est très possible ((u'au début, le noir congolais ne donne pas le rendement du noir de la Rhodésie, déjà entraîné à ce genre de travail^ et que, dans les premiers temps, il ne supporte pas un travail ardu et continu, auquel il n'est pas habitué, mais peu à peu il finira par acquérir le maniement des outils et l'endurance, surtout si on l'excite au moyen de primes en argent, qui ont fait leurs preuves et rendu de si grands services lors de la construction du chemin de fer au Congo. Peut-être pour-

rail-on aussi iiislaurer le système de primes tie repos qui a tlonrié de si bons résultats dans certaines plantations et qui consiste, lorsqu'tnie brigade de travaillem'S a accompli la lâche journalière raisonnable (jui lui a été assignée, à permettre aux hommes qui en font j)artie de disposer à leur gré du reste de la joiUMiée. L'auteur faisiint une comparaison avec les salaires payés dans les mines de cuivre des autres pays, notamment les mines américaines, et qui sont beaucoup plus élevés, pour un travail de huit à douze heures/ que celui qui sera payé au noir congolais, estime qu'en conséquence, on ne devrait pas les faire travailler la joui-née entière. Dans ces conditions, il est vrai, la main-d'cx'uvre indigène devrait être plus nombreuse, mais comme elle ne coûte guère, cela ne présenterait pas de graves inconvénients et cela faciliterait de beaucoup les l'ccrnlements. Au surplus, bientôt il arrivera que des noirs demanderont à Iravaillcr sup|)lémentairement; s'ils savent qu'ils peuvent se procurer ainsi un sup|)lément de salaire et l'exemple de quelques-uns fei'a vile tache d'huile.

Mais pour réussir, il faut que le Gouvernement n'ait pas peur d'exposer (|uel(|ues millions, (ju'il récupérera du reste très vite. Il faut aussi (pi'il charge de la direction de ces recrutements des agents de premier ordre, connaissant bien et aimant l'indigène, (jui auront à pi'endre les précautions les plus minutieuses pour ne recruter que des hommes bien valides, et pour les soins de toute nature à leur donner au cours du voyage, précautions et soins dont peut dépendre le succès (\e> recrutements. Il faut de plus qu'il fasse surveiller constamment la façon dont sont traités les travailleurs et qu'il exige que les enq)loyeurs accoi'dent aux hommes tout ce à quoi ils ont droit et les Irailent humainement sous tous les rapports. Le cas échéant, les surveillants délégués à cette fin par le Gouvernement aunuit à intervenir sans tarder pour mettre fin aux abus qu'ils constateraient, prendre d'urgence toutes les mesures nécessaires et en aviser sur-le-chanq) les auloriléi dont ils dépenden'.

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