‹ Le Congo, la plus belle colonie du monde; ce que nous devons faireChapitre 9 sur 13 · CHAPITRE XI Budget colonial · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Budget colonial

'Dépenses et recettes. — 3Ioye>'s financiers

L'auleur débute par faire remarquer que les chiffres qu'il cilera dans ce cha[)itre, ne serviront qu'à appuyei' les raisonnements qu'il développe. Dans ce qui suit, il se servira, comme lyi)e, des' cliilfres du budget de 1914, mais bien entendu, ces chiiîres ne sont cités qu'à titre d'exem|)le, le budget d'un pays étant toujours sujet à des variations multiples. Ces modifications ne pourront, en tout cas, changer en rien, les considérations générales et les conclusions logiques qu'il va exposer. Il allirine que, sous le régime actuel, si les recettes augmentaient et si même on j)arvenait à écjuibbrer les dépenses, cela ne serait pas dû à une pi'ospéi'ité durable, mais à des causes fortuites résultant de la guerre ou dues à des sources instables ou critiquables. Comme source instable, il signale l'augmentation des droits d'entrée et de sortie, due au cônt plus élevé des marchandises importées et à la plus-value des produits congolais sur les marchés d'Europe, ainsi que les bénéfices l'éalisés, pendant les années de guerre, par l'Union minière du Haut- Katanga, dont l'Etat est un des plus gros actionnaires. Il indique aussi le rendement des mines d'or de Kilo, dont l'Etat est propriétaire et dont le rendement peut être excessivement vari;d»le. Il se borne à indiquer une seule source critiquable, l'impôt indigène, dont l'élévation constante, si elle a continué, conduira à des dangers certains.

L'augmentation îles receltes de la colonie ne sera allribuable, en aucune façon, à la i)rosj)éi'ité causée par le développement écono-

iiii(iiie (lu Congo lirige, dans la parlie la plus (■tendue de son lerriloire. Si elle se produit, elle ne sera que le rellel d'une situation passmferc, momentanée.

Comme nous l'avons fait dans les chapitres précédents, nous ne citerons pas tous les ehilTres donnés par l'auteur pour appuyer ses raisonnements et nous nous i)ornerons à indi(|uer ceux qui sont indispensables à la compréhension de la thèse qu'il soutient.

Le déficit du projet de budget pour 1914 s'élevait à 21 millions 400,000 francs. Cetjui semble préoccuper nos parlementaires et, par conséquent, le pays tout entier, c'est de savoir si cette situation doit perdurer et pendant combien d'années.

L'auteur estime la valeur des exportations de la colonie à 31,321,621 francs en 1913 et à 26,479,998 francs en 1914; dans ces chifTres ne sont pas compris les produits miniers. Elles marquent toute l'activité des commentants avec les indigènes et ont une tendance à diminuer constamment. En revanche, les besoins des populations en articles manufacturés comportent^ depuis la reprise, une moyenne de 13,101,"0o francs. Les ressources que procurent aux indigènes les exportations étant les seules q«i leur permettent d'acheter des produits manufacturés, il faut prévoir une diminution de ces achats, proportionnelle à la diminution des exportations et, par conséquent, une baisse analogue des droits d'entrée sur les produits manufacturés. Comme on ne peut prévoir, avec les méthodes actuelles du Gouvernement, une augmentation sensible des richesses du pays, bien au contraire, il s'ensuivra que les recettes budgétaires provenant de l'importation et de l'impôt de capitation, qui ne peut être per(^u que sur le produit des exportations et des transactions intérieures, n'arriveront pas à couvrir ce déficit. Il semble certain aussi, que durant un temps assez long, les recettes des mines ou du portefeuille ne permettront pas non plus d'obtenir ce résultat. , •

Il est donc avéré que le défi(?it budgétaire est appelé à se renouveler, pendant de nombreuses années encore, avec naturellement quelques alternatives de hausse ou de baisse. Les déficits ont été, en 1916, de 22,700,000 francs, en 1917 de 16 millions et en 1918,

d'après les prévisions, de 7,051,000 francs. Si la situation budgétaire n est pas solutioiniée de façon sati.sfaisanfe, c'est-à-dire si l'intervention de la méti'opole n'est pas reconnue franchement et acquise définitivement, on peut donc prévoir lui arrêt dans le progrès de l'occupation européenne et il en résultera, par conséquent, que ces progrès ne pourront ni se continuer ni s'étendre. Il faut donc, pour que le Gouvernement colonial puisse travailler à la mise en valeur du Congo et à sa mission civilisatrice, qu'il ait à ss disposition des ressources suffisantes et assurées que la colonie ne possède pas et ne })0ssédera pas d'ici longlemrps. C'est naturellement la Belgique qui doit lui procurer ces fonds. C'est ce qui ressort des débats aux Chambresen 1914, où l'on s'est montré disposé à entrer dans cette voie, quitte à savoir naturellement l'importance de ces charges financières et combien d'années elles sei'ont nécessaires. Quelques socialistes ont prétendu aussi que ^e seraient les contnbuables belges qui finiraient par payer ces chaiges.

Pour répondre aux desiderata des parlementaires, une Commission a été créée pour étudier les mesures à prendre au point de vue financier, mais rien ne fut opposé aux dires des socialistes. Les résultats pratiques obtenus par ladite Commission ne sont pas encore connus, mais on peut prévoir que l'on ne pourra trouver des ressources là où il n'y en a pas et qu'on ne pourra s'en procurer qu'au moyen de l'emprunt. Il n'y a pas d'autre solution. On ignore, aussi si l'on pourra fournir des données précises et exactes sur l'importance annuelle de ces emprunts et leur durée. Toutefois, il est certain que si l'on continue l'expansion de l'occupation, tout en maintenant la politique économique actuelle, le déficit augmentera par l'accroissement des dépenses et la diminutiondes recettes. L'augmentation, même considérable, des huiles et amandes de palme exportées, ne rapporterait guère au budget colonial, attendu que leur peu de valeur sur les marcliés d'Europe et l'éloignement des pays de production, ne jiermetlront qu'exceptionnellement de les grever de droits de sortie, étant donné surtout qu'avec la licence qui règne actuellement, on exagère les prix d'achat à l'indigène, à qui l'on paie les amandes de palme de 150 à 200 francs à la tonne. Une baisse sensible sur les marchés d'Europe, baisse qui pourrait se produire quelques années après la conclusion de la paix, pourrait rendre impossible l'exportation de ces produits. Le Gouvernement colonial pourrait, il est vrai, tourner la ditriculté, en percevant par

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l'impôt indigène, les sommes que rapporte l'acliat de ces produits aux indiiiènes, mais ces receltes représenlcraient uniquement les fruits du travail forcé, ce qui n'esl pas admissible.

On^'u arrive donc au dilemme suivant: ou raugmentation du déficit, ou le travail forcé, ou le statu quo.

L'auleur rejette le deuxième cas. Dans le pi-emier et le troisième, la Conmiission peut estimer que dans vingt-cinq ans le déficit atteindra, y compris les intérêts intercalaires, un total de 1 milliard 5:2 millions. Si l'on aonstruit les chemins de fer projetés, le déficit sera plus ou moins de 1,1)00 millions de francs et sauf la dotation d'un réseau ferré plus imi)ortanl, la colonie «e sera yuhreplus eti réel progrès qu'actueUenicnt, puisqu'on aura ni étendu l'occupation, ni augmenté les richesses des populations africaines par une éducation pratique qui ne leur aura pas été donnée.

Tel est l'avenir que font prévoir la situation et le régime actuels.

Mettons maintenant en relief la thèse de M. Delcommune et les moyens fnianciers qu'il propose.

Tout d'abord si la Belgique veut faire entrer résolument sa colonie dans la voie du progrès, l'auteur juge indispensable, si le gouvernement veut rendre la colonie très populaire, qu'il déclare ouveitement au public belge,' pour le rassurre, que jamais un impôt quelconque ne frappera le pays au profit de la colonie. Notre colonie n'a pas besoin des sacrifices financiers de la Belgique, parce qu'elle est suffisamment ridie en elle-même, pour se procurer les ressources nécessaires à son développement et à sa prospérité, mais le crédit de la mère patrie lui est indispensable.

L'auteur examine ensuite comment le crédit pourrait se manifester, sans aucun risque pour la Belgique, devenue ainsi le banquier de sa colonie, tout en conservant par devers elle des garanties plus que suffisantes à ce crédit.

Quel sera le montant des dépenses doèmise en valeur du Congo belge pendant la période des vingt-cinq premières "années d'éducation pratique? M. Delcommune étudie d'abord, à partir de 1020, les dépenses nouvelles de la colonie, en laissant intact le budget colonial de 1914, qui pourrait se continuer de même, durant vingt-cinq ans, son déficit diminuant, par exemple, de 1 à :2 millions par an. Il évalue, d'après ses calculs, le coût annuel de l'occupation méthodique et progressive des territoires de la colonie telle qu'il lu propose, et fixe, en outre, à 4 millions par an les dépenses extraordinaires que le

Gouvernement aura à faire, |)rndanl dix ans, pour des amélioralions diverses qu'il énumére. Au bout des dix premières années, l'augmentation des recetles couvrira les dépenses extraordinaires.

Le Gouvernement belge, s'il est disposé, avec l'approbatio.n des Chambres, à soutenir la colonie de son crédit, pourra donner au Gouvernement colonial l'aulorisalion de créer, sous son contrôle, des tranches successives d'emprunt privilégié congolais, suivant les besoins annuels de la colonie. Tous les emprunts et leurs intérêts seront portés au débit du Congo belge, car la colonie, dont la valeur intrinsèque servira, ainsi que nous le verrons plus loin, de garantie au crédit que lui accordera la Belgique, doit en être grevée. Ces titres seront privilégiés pour jouir de certains avantages. Le Gouvernement belge garantira lui-même un intérêt de 6 °/o et le remboursement par tranches, soixante-quinze ans ou plus, après leur émission. Pour le paiehient des intérêts, la Belgique créerait elle-même des titres de « rente spéciale belge », convertibles quand le Gouvernement belge le voudra, mais |)as avant vingt-cinq ans, en titres de l'emprunt congolais privilégié. L'intérêt à 5 % de cette rente belge spéciale serait payé par le Gouvernement belge, qui se fera rembourser par la colonie, mais pas avant vingt-cinq ans.

D'un tableau très détaillé que dresse l'auteur, il résulte que l'ensemble des charges et dépenses annuelles de la colonie sera, dans vingt-cinq ans, de 213 millions de francs et ses recettes s'élèveront, d'après l'estimation très détaillée qu'il en fait, à 218 n>illions de francs. 11 y aura donc une légère marge, mais cet excédent sera en réalité bien suj)érieur, })arce qu'il n'a pas été tenu compte des recettes intercalaires failes dui-ant ces vingt-cinq années. Dans quinze ans, en 1934, les recettes intercalaires peuvent être estimées à 49 millions, et en 1944 à 490 millions. On pourrait profiter de ces recettes pour porter l'intérêt des emprunts congolais à 7 °/o, ce qui sera peut-être nécessaire, à cause de l'appel des capitaux qui se fera après la guerre. Hefa nécessiterait, dans vingt-cinq ans, une dépense en plus de 263 millions de francs, qui serait facilement couverte par les 490 millions de recettes intercalaires. Les sommes restantes pourraient servir à racheter les droits de propriété que possède la Compagnie du Katanga, au moyen, le cas échéant, d'un certain nombre d'annuités à 6 °/o. L'auteur signale à ce propos, que cette indication qu'il donne, au sujet de ce rachat, est son opinion toute personnelle et qui ne peut engager personne, attendu qu'il n'est le

porte-parole craiieuiie des soeiélés eoloiiiales, dont il l'ait partie du conseil d'administration. Il estime^ d'après ses caieiils, (pie la délie de la colonie sera, dans cinquante ans, de 4 milliards, la charge il'intérèls de !240 millions, (jue ses dépenses s'élèveront au maximum de 200 à 250 millions de francs et (|ue les ciiai'ges et dé|)enses pourroid être couvei'tes par des recettes alleignant, très cei'tainement au moins, la même importance.

D'ici là, la production minière aiu'a pris une extension considéralde au Kalanga, grâce à l'aide du Gouvernement. Il est dillllcile d'évaluer ce qu'elle rap{)ortera dans vingt-cinq ans. xMais il est à supposer ((u'en accumulant ces recettes, on |)Ourra, dès la soixante- (juinzième année, commencer le remboursement des tranches successives d'empirunt. Bien avant c<'nt vingt-cinq ans, si on le juge nécessaire, la colonie |)Ourra être libre de toute cljarge la grevant et le surplus de ses recettes |x>urra être cons.acré au développement continu de ses riciiesses et du bien-être de ses po|»ulations.

A propos de cette dette si élevée, l'auteur cite, à titre d'exemple, l'Australie, dont la dette en 1888, cvsi-h-û'we iin peu plus d'un siècle après le commencement de sa fondation, (-tait tie 4,160 millions de francs. En 1787, les premiei'S déportés arrivèrent en Australie, en 1807 on exportait tle Sydney en Angleterre, les 21o premières livres de laine et en 1840, 7 millions de livres de laine. Durant cette période, le Gouvernement anglais fit Iranspoi'Ier en Australie, soixante-quinze mille condamnés, qui aidèrent les colons, en (jualité de domestiques entretenus, mais non rétribués. En 1856, il y avait 175,000 hectares plantés de blé et en 1888, 1,600,000 hectares. L'Australie est, il est vrai, une colonie de peuplement, alors que le Congo, à part le sud du Katanga, est une colonie il'exploilation, mais l'auteur a voulu montrer par cet exemple la forte influence que peut avoir sur une colonie, le Gouvernement de la métropole, lorsqu'il sait pren(h*e les dispositions qui s'adaptent le mieux à la nature même du pays qu'il veut coloniser, au caractère et au tempérament des peuples qui l'habitent. Aucun document statistique ne permet de fixer les dépenses que le Gouvernement anglais a faites pour l'Australie, ni les capitaux que les colons y ont apportés, mais il est certain que les moyens financiers qui ont placé l'Australie dans l'état prospère où elle se trouve ont été extrêmement puissants. Par la force créatrice des capitaux importants qui seront mis à sa disposition, le Gouvernement colonial formera

l'éducalion jjralique des millions de Congolais qui remplaceront avantageusement les colons, qui sont, eux, nécessaires dans une colonie de peuplement. Si le blé, la laine el le bétail, les sources de richesses de l'Australie, assurent la j)rospérité de cette colonie, le caoutchouc, le cacao, l'huile et les graines oléagineuses, pour ne citer que quelques |)roduits exotiques, forment une catégorie d'articles de consommation tout aussi courante et qui constitueront d'autant plus facilement une richesse au Congo belge que les régions terrestres qui les produisent sont plus restreintes que les autres. Les résultats peuvent être plus importants encore, attendu que presque tout le territoire de notre colonie est exploitable, alors que celui de l'Australie^ quoique plus étendu, renferme de vastes superficies désertes et absolument stériles. Un député socialiste f.nticolonial, ayant avancé devant la Chambre, en 1914, que la Belgique n'était pas même propriétaire du Congo belge, l'auteur s'attache à réfuter cette opinion erronée. Le député en question a voulu faire allusion au droit de préférence accordé à la France d'abord |)ar l'Etat indépendant du Congo et reconnu ensuite par la Belgi(jue lors de la re|)rise. Ce droit de préférence consiste tout simplement en ceci, c'est qu'au cas où la Belgique voudrait aliéner à titre onéreux, tout ou partie de sa colonie, la France, en payant le même j)rix que celui oITert j)ar un autre pays, aurait le droit d'acquérir le territoire cédé. La Belgique est donc bien propriétaire, puisqu'elle a le droit de vendi'e le Congo, et si elle ne le possédait pas, elle n'aurait pas le droit de le vendre. Ce raisonnement est des plus évident et ne demande par conséquent pas une plus ample réfutation, de l'argument ainsi avancé à la légère. L'auteur se sert de ce droit de préférence j)our démontrer combien la Belgique se trouve dans une situation privilégiée comme nation coloniale. Il estime qu'elle doit savoir profiter de cette situation favorable et excejitionnelle. Comme remède à la situation actuelle, quelques coloniaux ont suggéré l'idée de la création d'une compagnie à charte, qui administrerait la colonie et se cliargerait de trouver les fonds nécessaires à cette fin. Les auteurs de cette proposition ont oublié que les compagnies à chartes ont quelquefois devaneé, amorcé l'action d'une métropole, mais ne lui ont jamais succédé. L'adoption de cette idée mettrait la Belgique en retard d'un siècle et «lie se délivrerait ainsi un brevet d'incapacité. D'autres coloniaux et même des députés, ont trouvé un autre remède, celui-ci de pre-

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micr oi'drc, c'est qu'il f;iul à la U'ic île la eolunie un lionimc de grande valeur, en un mot, un Gouvei'neup général idéal. C'est ujie erreur. Ce qu'il faut, c'est l'élaboration d'un programme détaillé, avec les méthodes iV application qu'il exige, ainsi (jue la mise à la disposition, des hommes chai-gés de l'appliqiter, des moyens financiers et autres, indispensables à son exécution et à sa réussite. Il ne s'agit pas naturellement, ainsi qu'il en a été exposé un aux Chambres en 1909, d'un programme vague et par trop général, comportant, il est vrai, de belles idées, idées qui ne deviennent que des mots, lorsque les méthodes mises en vigueur pour leur réalisation n'ont ni la beauté ni l'élévation morales qu'elles prétendent représenter. Les hommes de valeur sont incontestablement nécessaires au Congo, mais n'y feront rien, s'ils ne connaissent pas le but à atteindre, les méthodes à employer et si le Gouvernement belge ne leur fournit pas, en même temps que les directives de sa politique générale coloniale, les moyens de les réaliser. Croit-on que les vice-rois, les gouverneurs des grandes colonies anglaises de domination, les Curzon, les Cromer et tant d'autres de leurs prédécesseurs, auraient pu amener, dans des conditions bien plus dilliciles et plus délicates qu'au Congo, ces vastes contrées à l'état de pros- ' périté et de développement où elles sont arrivées, sans awir suivi de point en point la politique mûrement étudiée que leur av^it tracé le Gouvernement de la métropole. C'est dans la mise à exécution de ces directives que ces hommes' de valeur ont su apj)liquer leurs qualités, en tenant le Colonial Office au courant des modifications que les circonstances commandaient d'y apporter. Jamais ils n'ont perdu de vue le but poursuivi et ils ne s'en sont jamais départis. Mais il faut ajouter aussi, que toujours le Gouvernement anglais asu mettre à la disposition des représentants de sa politique coloniale les moyens nécessaires, sans lesquels il lui aurait été impossible d'obtenir les grands résultats qu'il est fier d'enregistrer depuis des années.

La Belgique n'en a jamais agi ainsi. 'Elle a laissé sa colonie se débrouiller seule et le Gouvernement colonial a dû, pour se maintenir, faire flèche de tout bois, soutirer le plus d'argent possible aux sociétés commerciales et on le voit aujourd'hui s'acheminer par une voie tortueuse, mais sûre, vers le travail forcé. Ce n'est pas le ministère congolais qui est en faute, c'est le Gouvernement belge lui-même. Ce n'est donc pas le Gouverneur général idéal qui amé-

liorera la sitiialioii actuelle, de plus que ses devanciers,' et il ferait exactement de morne que ces derniers, si on ne lui fixe pas de programme méthodique et si on ne lui assure pas les ressources indispensables à sa réalisation.

L'a première ai principale question à étudier, esl celle des moyens financiers à mettre à la disposition du GouNernement colonial, au moins pendant vingt-cinq ans.

La secomie, c'est de charger le Gouvernement colonial, à (|ui on donnerait les assurances financières nécessaires et dont l'esprit serait ainsi dégagé de toute préocciqMtion sur ses moyens d'existence, d'élaborer un programme de colonisation et d'exposer les méthodes qu'il compte mettre en pratique pour arriver au but désiré.

L'autoin% par une comparaison très ingénieuse, avec un particulier héritant d'un vaste domaine, au sujet de la mise en valeur duquel il a des doutes et qui s'adresse à une grande société immobilière pour se procurer par une hypothèque, les fonds qu'il juge nécessaires de dépenser, pour la mise en pleine valeur de sa nouvelle propriété, suppose que la Belgique se montre disposée à céder le Congo à l'Amérique du Nord, dans cinquante ans, pour une somme de 5 milliards, soit 2 milliards et demi pour le sol et 2 milliards et demi pour le sous-sol, ce qui n'est nullement exagéré. L'Amérique accepterait, sous la condition expresse, que durant ces cinquante ans, la Belgique dépense les quatre cinquièmes de cette somme, soit 4 milliards, à la mise en valeur du Congo. Au bout de cinquante ans, la Belgique conserverait le droit de ne pas vendre le Congo à l'Amérique, si elle ne le désirait pas, ou pourrait le lui céder, quitte à ce que la France excipe à ce moment de son droit de préférence et pave elle-même les 5 milliards. Par cette combinaison, la Belgique ne perdrait rien, puisqu'en cas de cession, elle recevrait au moins 1 milliard de plus que les dépenses qu'elle aurait été obligée de faire et si la prospérité du Congo s'est développée durant ces cinquante ans, elle aurait bénéficié de tous les revenus recueillis durant ce laps de temps. L'auteur estime que l'avenir financier étant ainsi garanti, rien ne s'opposeiMit plus à ce que la Belgique accorde à sa colonie le crédit dont elle a besoin dans les conditions qu'il a dévelo|)pées ci-avant. L'auteur examine alors quelle serait la situation de la colonie dans cinquante ans. De ses calculs, il conclut qu'à cette époque les importations qui, en 1913, étaient de 7o millions de

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francs, sï-lèvcroiil à ToO iiiilliuiis de francs. La plus grande part en reviendra à la Belgique, soit jilus de 400 millions, cliiffre plus élevé que celui que représentiiil en 18i)9 tout le commerce belgeavec l'Angleterre. Les exportations <lu Congo sevs la Belgique atteindront au winimnm 800,000 tonnes de produits indigènes d'une valeur de 6o0 millions de francs. LmsemhJe des imiioriaiions et des ejcjiortations, en ce qui concerne la Belgique seulement, |)eut donc être évalue à un chilTre • bien supérieur, annuellement, à celui des atTaires traitées par notre pays avec l'Angleterre en 1890, c'est-à-dire soixanle-dix ans a|)rès la proclamation de notre inde])endance. Etant donnés ces résultats, qui ne fei'ont que s'accroilre, on i)eut prévoir quelle sera la situation économique dans cent ans. A titre d'exemple, il renseigne qu'en 1908 le commerce extérieur de la Grande-Bretagne avec ses colonies était de 6,62o,000,000 de francs.

Si la Belgique ne voulait |)as entrer franchement dans la voie indiquée ci-dessus, soit qu'elle ait des doutes sur ses capacités coloniales et sur" l'évolution normale des populations africaines, soit qu'elle trouve les moyens tinanciers préconisés trop vastes et les résultats prévus trop grands, elle pourrait néanmoins tenter un essai avec des moyens tinanciers plus restreints, en un mol tenter quelque chose, car il faut sortir de la situation actuelle au plus vite.

Par exemj)le, au lieu de consentir à garantir des emprunts à concurrence de ToO millions de francs pour la construction de voies ferrées, qui ne sont ims d'une nécessité urgente, la Belgique pourrait utiliser ces sommes à l'occupation de sa colonie et à l'éducation pratique des indigènes, questions autrement importantes et urgentes. Cette dernière question devant amener le trafic indispensable aux chemins de fer projetés, trafic qui n'existe pas actuellement, se présente donc comme plus lu'gente que la construction de ces lignes et doit passer la première, dans l'intérêt général de la colonie. Celle-ci étant déjà reliée à la mer de trois côtés différents par des voies ferrées importantes, suffisiint pendant longtemps à ses besoins actuels et futurs, il n'y a pas nécessité immédiate à consacrer un capital aussi important, qui sera mieux employé au développement du trafic qu'à l'augmentiilion, peul-elre inutile avant longtemps, des voies fei-rées de communication.

Pour la somme de 750 millions de fi-ancs, on aura pu créer en quinze ans quinze centres d'occupation avec leurs postes et la Belgique, même avant cette époque, connaîtra les premiers résultats

obtenus et pourra se fonder sur eux poiu- ajiprécier exactement l'avenir de la colonie, les aptitudes des populations qui l'habitent et les ca|)acités colonisatrices des Belges.

Il y aura pour elle plus de gloire et de profits dans ces créations, destinées à l'éducation pratique des indigènes, que dans la construction de 4,lo0 kilomètres de voies ferrées nouvelles dont la nécessité ne se, fait pas sentir en ce moment.

Ouvrons une parenthèse. L'auteur trouve avec raison qu'il semble que les qualités essentiellement industrielles de la Belgique et qui font sa foree chez elle, influencent un peu trop ses enfants, lorsqu'ils ont à envisager l'avenir d'un pays qu'ils ne connaissent pas aussi Lien que le leur. Les uns ne pensent qu'à construire des milliers de kilomètres de cliemm de fera travers des contrées qui ne produisent encore rien, d'autres à créer des centrales électriques pour éclairer quel(|ues centaines de blancs et quelques milliers de noirs habitant la caj)itale; d'autres encore ont voulu régler i)ar des écluses et barrages... l'immense débit du Congo et de ses affluents, on a parlé 'aussi de canaliser le Congo entre Matadi et Léo ou tout au moins d'y creuser un canal latéral.

Toutes ces considérations, dont les unes sont bonnes, les autres illusoires et extravagantes, dénotent chez leurs auteurs bien peu de connaissance de la colonie ou leur ignorance de V existence de besoins réels, qui seuls pourraient rendre leurs travaux d'une utilité ]»ratique. Ils oublient que le Congo n'est pas la Belgique, qu'avant tout il faut amener au travail ses populations primitives et qu'il ne s'agit pas de construire chemins de fer, centrales électriques, canaux et écluses pour assurer définitivement la prospérité du pays. Dans un autre ordiv, d'idées, les uns doutent de la race noire et d'autres au contraire croient que les noirs congolais sont déjà des hommes civilisés. On veut aller trop vite et on oublie que l'outillage de la colonie doit marcher toujours de concert avec le développement économique des, populations. Le Gouvernement colonial doit mettre un frein aux visées un peu trop... industrielles de nos compatriotes, mais le fera-t-il, lui qui veut également aller trop vite?

Fermons la parenthèse.

Dans quinze ans la Belgique pourra décider par elle-même, d'après les-résultats obtenus, de ce qu'elle dçvra faire, ou continuer à la colonie son crédit et son appui financier jusqu'à la mise en

marche complète de son développement économique, ou s'il est préférable de la céiler à d'aulres iialioiis cMirojx'emit'S disposées à reprendre toutes ses charges — qui s'élèveront à 1 milliard de IVancs ou davantage — en même tem|)S que le Congo.

Pour donner une oonllance entière aux souscripteurs de ses emprunts congolais, l'auteur suggèi'e l'idée tpie la Belgique réunisse à Bruxelles une contV'rence des nations alliées et neutres à laquelle elle exposerait son progi'anime colonial. Elle demanderait aux |)uissances participantes si, par exemple, le Congo venait à être conquis par une ou plusieurs puissances étrangères, de s'engager à faire respecter j)ar la ou les puissances con(|uérantes les droits des |)orteurs de la rente congolaise. Elle soumettrait aussi ^à celte conférence l'importante question de la tutelle sous laquelle se trouve encore placé le Congo belge au point de vue des droits de douane et d'autres. Les grandes mesures d'humanité et de protection des populations indigènes, entre autres la défense de l'introduction de l'alcool, i)révues jiar la Conférence de Berlin, resteraient naturellement en vigueur et on ne changerait rien aux décisions de cette dernière, si ce n'est la clause relative aux droits de douane. Cette clause serait supprimée. L'auteur expose longuement les raisons militant en faveur de celte suppression.

Il explii[ue avec des détails très intéi'essants, mais trop longs pour être résumés ici, les dilïérentes mesures à prendre concernant l'émission des emprunts congolais, les dispositions utiles pour favoriser leur diffusion dans le grand public, le paiement des intérêts, le mode de souscription à employer au sujet duquel il émet des idées tout à fait neuves et auxquelles on ne peut qu'applaudir, en un mot il ne laisse passer aucun de ces points sans le traiter d'une façon complète et pratique en même temps qu'originale. Les personnes s'int^îressant à ces questions spéciales de finance et de banque liront, nous en sommes sûr, avec grand intérêt, ce qu'il expose avec beaucoup de clarté à ce sujet. Une idée nouvelle qu'il suggère et qui pourrait favorablement influencer la souscription de ces emprunts par le grand public et la rendre très populaire, serait de permettre aux clients de la Caisse d'épargne, lors de leurs versements^ d'indiquer s'ils désii'ent que ces sommes soient consacrées à acheter de l'enqirunt congolais. Il en serait fait mention à leur livret et chaque fois que ces sommes atteindraient o francs ou des multiples de 5* francs, la Caisse leur bonifierait 6 "/o d'intérêt. Lorsque ces

versements spéciaux allein.tlraient 100 francs, la Caisse remellrail le litre à son client ou le conserverait, à son choix. Lors de chaque émission, la Caisse d'épargne serait autorisée à acheter le nombre de litres demandés par le pul)lic et sa souscription serait irréductible. Le travail de la Caisse sérail rémun*^ré par les différences existant entre les intérêts actuels, qu'elle donnera à ses clients pour chaque fraction n'atteignant pas 5 francs ou des multiples de 5 francs, et l'intérêt qu'elle touchera elle-même sur l'ensemble des titres coloniaux qu'elle aura souscrits.

En ce qui concerne la solulion à domier à la question commerciale, l'auteur la résume comme suit :

« Quelle que soit la résoliUion que prendra le Gouvernement belge, qu'il se décide à développer les richesses du Congo dans le sens que nous indiquons ou dans tout antre, ou qu'il conserve le statu quo, il sera dans tous les cas indispensable qu'il modifie le régime économique de son Gouvernement colonial et fasse cesser les abus de la licence commerciale que nous lui signalons dans cette étude. C'est une question de vie on de mort pour les grands organismes commerciaux, formés, pour la plupart, de cajntaux belges. Si ceux-ci disparaissent, et les millions disparaissent rapidement au Congo, la confnnce dans les affaires coloniales 'sombrera de même. Il sera alors trop tard pour faire appel à de nouveaux capitaux et l'avenir coimnercial du Congo, en tant que colonie belge, sera irrémédiablement compromis. »

Ce résumé est suffisamment suggestif par lui-même et ce sérail le déflorer que d'y ajouter n'importe quel commentaire, même destiné à l'appuyer.

L'auteur juge indispensable que le Gouvernement belge, s'il prête son crédit et prend à ce sujet les garanties nécessaires, veille à ce que ses etforls, son crédit ne soient pas gaspillés en pure perte el qu'ils obtiennent les résultats qu'il est en droit d'en attendre.

Tout d'abord il insiste sur la nécessité de rémunérer largement les services rendus par les Européens chargés de mener celte vaste entreprise à bonne fin.

Non seulement la Cour des coiiiptes devra exercer son conlrole sur l'emploi des .fonds mis annuellement à la disposition du Gouvernement colonial, mais le Gouvernement belge devra pouvoir s'assurer constamment des i>rogrès que le Gouvernement local obliendia dans la voie qui sera tracée par le programme colonial.

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L'influence du Gourcrnenient local doit donc j^ouvoir se faire sentir et poser à V occasion, dans toits les domaines, pour le bien général de la colonie et de ses habitants, mais le Gouvernement de la métropole doit le suivre dans son action.

11 iloil aussi être leiiii au coui'ant des vues nouvelles ou des modifications que le Gouvernement colonial ]trojelle, de manière à les approuver ou à les comballi'e au besoin.

Le prin('ij)e suivant doit aussi être adopté : le Gouvernement colonial de la méirojiole ne peut créer ni lois, ni décrets, ni |)rendredes mesui-es quelcon(pies concernant la colonie, sans connaître, au préalable, l'avis du Gouvernement local. De son C(Mé, celui-ci ne peut prendre, sauf dans les quelques cas prévus par la cliarle coloniale, ni oriloiinances, ni arrêtés de nature à modilier sensiblrment la politique générale adoptée. Il doit, après en avoir délibéré avec son |)i'opi'e conseil, les envoyer, au préalable, à l'examen- du Gouvernement colonial de la métropole, lequel les soumettra à son tour au Conseil colonial.

L'auteiu' est d'avis que le Conseil colonial doit être maintenu, mais que sa mission est trop restreinte et son action insuffisante. Il croit que le jtrogramme de ce conseil devi'ait être changé, en vue des services beaucoup plus grands qu'il ])i'ut rendre, si toutefois le Gouvernement hvlçie est intentionné de modifier la polifirpie générale et de soutenir de son crédit V administration du Congo belge. Toutes les questions coloniales devraient lui être soumises : lois, décrets, ordonnances, arrêtés, règlements adminislratil's, commerce, impôts, droits d'entrée et de sortie, taxes de tous genres, agriculture, mines, industrie, instruction, travaux publics, moyens de transports, tarifs, hygiène, cultes, etc., en un mot, toutes les branches où se manifestent l'activité et la vie de la colonie. Ces multipli'S questions étant trop abondantes pour être soumises à l'ensemble des membres com|)Osant actuellement le Conseil colonial, il faudi-.iit, au début, le diviser en sections et augmenter le nombre de ses membres. Chaque section serait composée de quatre à six membres au maximum, mais il faudrait qu'ils fussent compétents. Les membres du conseil ayant des a^ititudes spéciales, inhérentes à deux ou trois sections, pourraient faire par'tie de ces sections. On pourrait leur adjoindre un nombre suffisant de j)ersonnalilés choisies dans le monde colonial. Les hauts fonclionnaii'es du Gouvernement local, en congé en Europe, médecins, missionnaires, etc., pourraient

assister aux séances de toute section iiue leur désignerait le 3IinisU-e des colonies et pourraient être consultés. Les gouverneurs généraux et vice-gouverneurs généraux en congé feraient, de droit, partie du Conseil colonial. Chacune des sections serait présidée par un directeur général ou directeur au 3Iinistère des colonies, dont les fonctions correspondent aux attributions de chaque section. Les présidents et vice-présidents des sections se réuniraient à des époques déterminées, sous la présidence du Ministre des colonies et délibéreraient sur l'adoption ou le rejet de toute proposition émanant des sections. Le gouverneur général devrait avoir auprès de lui un conseil privé, faisant pendant au Conseil colonial. 31omentanément, on pourrait y adjoindre des conseillers temporaires, pris en dehors des fonctionnaires du Gouvernement local, ainsi que fous les hauts fonctionnaires de passage dans la résidence du Gouvernement local. Les conseillers, tant en Europe qu'en Afrique, n'auraient que voix consultative, mais les conseillers d'Europe auraient le droit de présenter à leur section les propositions qu'ils jugeraient utiles aux intérêts de la colonie et de les i-endre publiques, au besoin.

Pour eontn')ler sur place les résultats obtenus par le Gouvernement local, l'auteur voudrait voir désigner, tous les ans ou tous les deux ans, par le Gouvernement belge, une commission composée de quatre à six conseillers non officiels, c'est-à-dire nommés par les Chambres. Cette commission serait chargée d'aller en Afrique se rendre compte, de visu, des résultats obtenus. Après quelques mois d'inspection, la commission rentrerait en Europe. En passant à Borna, elle ferait part de ses remarques au gouverneur général el adresserait ensuite un rapport au Ministre des colonies et au Gouvernement belge, qui en ferait part aux Chambres et le ferait publier.

Il conviendrait aussi, pour parer aux inconvénients de l'instabilité des ministres, qui sont des hommes politiques, d'adjoindre au Ministre des colonies, un secrétaire ou sous-secrétaire d'Etat, presque inamovible et choisi, autant que possible, parmi les anciens gouverneurs généraux de la colonie. Il assisterait le ministre aux Chambres et serait, en quelque sorte, avec le Conseil colonial, le gardien vigilant des institutions de la colonie. Il serait nommé et révoqué par le Roi. Son rôle serait, en somme, celui qu'assument en Angleterre certaines hautes personnalités compétentes, ayant les mêmes fonctions.

Quant au programme et aux procédi'S d'application de la politique générale coloniale, le Gouvernement belge en tracera les grandes lignes, d'accord avec son Ministre des colonies et le gouverneur général au Congo, tous deux aidés de leiu's conseils respectifs. Il les soumettra ensuite |)Our approbation aux Chambres belges.

L'auteur termine cet important chapitre en disant que les i)0|(Ulalions de notre colonie ne j)Ourront s'alTranchir de l'état de barbarie où elles végètent actuellement, qu'au moyen d'un régime libéralement compris, par une nation civilisée, décidée à entreprendre cette noble tâche, en employant \e x)lus fjrnnd Inier du monde dans toits les domaines, le crédit financier, indispensable, toutpuissant et créateur.

L\ Belgique ne peut manquer de leur donner cet appui et ce crédit, car si elle ne sème pas, elle ne peut espérer récolter un jour.

GHAPITHE XII

Résumé synthétique

et conclusions générales

Quatre giT'andes voies s\)ffreii(, à l'exanieii du Gouvernement beitte dans la compréhension de l'idée coloniale et l'avenir sera dill'érent, d'après la voie qui sera ado])tée :

La première voie est celle suivie |)nr deux grands pays coloniaux voisins, l'Angleterre et la France.

La deuxième est celle adoptée par des nations moins riches et moins j)uissantes : rEs)>agne et le Portugal.

La troisième est la continuation de la politique coloniale actuelle de la Belgique et qui n'est encore qu'un essai.

La quatrième résulte de la |)olilique coloniale exposée par l'auteur dans SCS grandes lignes générales.

Des quatre nations citées, il y a lieu d'écarter l'Espagne, car ses possessions intcrtropicales africaines sont insignifiantes.

Le Poi'tugal a des possessions fort vastes, mais il n'a pas chez lui les capitaux voulus pour m; ttre sa colonie en valeur. Elles ne prospèrent donc guère, à part ses des de l'Atlantique, qui sont pour la plupart de véritables joyaux, et où les méthodes nouvelles adoptées pour le recrutement de la main-d'œuvre pour ces lies, ne laissent plus rien à désirer.

Dans les trente dernières années, le Portugal a dépensé pour ses colonies, 330 millions de francs, ce qui représente 11 millions par an, mais les progrès ont été fort lents.

L'auteur écarte d'emblée la voie siiivie j^ar le Portugal, c'està-dire la deuxième voie, comme étant à V opposé du tempérament el de l'activité industrielle et commercicde du peuple belge.

— lOil —

L;i pi'rmiore voie, suivie piir rAiiglcIerre et la France, ne donne lieu à aucune ci'iliciue, mais ces puissances laissent au temps le soin de faire son œuvre, quant à révolution des populations noires, surtout de celles habitant l' intérieur de Ie*irs possessions. Si la Belgique adoj)te cette voie, elle devra s'armer d'une |)atience très longue et fournir à sa colonie, à l'instar de ces deux métroj)oles, les subsides annuels indispensables au maintien de son organisation, actuellement tout adniinistrative L'occupation du Congo belge . élanl beaucoup plus étendue que celle de ces deux puissances, les subsides seront considérables et le deviendront davantage encore^ suivant la progression de cette occupation. Le Congo belge se développera ainsi lentement et les j)Opulalions livrées à elles-mêmes ne sortiront de leur apathie et de leur situation sociale que dans une suite très longue d'années, peut-éire de siècles.

Mais il y a une grande différence entre ces nations et la Bflf/ique.

Toute notre colonie est régie par l'Acte de Berlin, tandis que presque toutes les colonies anglaises et françaises contiguës échappent à son action. Elle ne peut naturellement devenir protectionniste, comme la France et l'Angleterre le pourraient si elles le voulaient. Elles peuvent donc retirer de leurs colonies certaines ressources qui nous sont interdites. Nous ne pouvons non plus introduire l'alcool, qui est une source de profits pour certaines métropoles.

D'autre part, ces grandes puissances ont le temps d'attendre, ayant d'autres colonies plus considérables que leurs possessions intertropicales africaines tandis que la Belgique ne possède que le Congo.

L'auteur estime donc que : laisser le noir congolais se civiliser peu à peu, par le seul contact d'un petit nombre d'Européens, plutôt indifférents à son sort; ne pas tenter de V éduquer pratiquement en vue cV augmenter ses besoins naissants ; laisser le développement économique de notre colonie aux seuls moyefis si restreints encore de Viniliative privée, c'est vouloir retarder, pendant de bien nombreuses décade?, d'années, l'émancipation des populations indigènes et la prospérité du Congo belge.

Cette première voie n'est donc à conseiller pour noire pays que comme pis-aller.

La troisième voie est celle suivie jusqu'à maintenant |)ar la Belgique. Les méthodes du Gouvernement belge dillérent-elles tout

à fuit de celles de l'Elut indépendant du Congo? Elles ont changé de forme, mais non pas de but. Celte politique est mauvaise, ou prèle à mauvaise interprétation, ce qui peut avoir les mêmes dangers et ne pourra jamais donner des résultats tangibles, j)arce qu'elle tend, sous des dehors philanthropiques apparents, à l'asservissement d'une race, non à sonémancipation, et qudlej)araît n'avoir en vue que la recherche immédiate des ressources nécessaires à l'existence de son administration coloniale.

La politique économique du Gouvernement belge, qui favorise les petits traitants non indigènes, lèse les intérêts de ses nationaux. Elle protège des gens de passage, peu intéressants, écumant les richesses de la colonie et ne laissant derrière eux rien de profitable aux populations. Elle a pour but avoué l'augmentation des prix d'achat des produits africains, mais cache la seule préoccupation de pouvoir ainsi frapper les producteurs congolais d'un impôt de plus en plus élevé.

La politique indigène du Gouvernement belge n'a qu'un seul objectif, l'augmentation progressive de l'impôt de capitation, laissée à l'arbitraire des autorités coloniales locaks, car le gouverneur général qui doit, d'après les décrets sur la matière, fixer le taux de l'impôt, ne peut connaitre ce que le Gouvernement colonial appelle les facultés des populations, c'est-à-dire leur capacité fiscale, et doit, à ce sujet, s'en rapporter aux renseignements fournis par les commissaires de district et surtout les chefs de poste. En réalité, cet impôt est une taxe sur le travail, puisque plus le noir travaille, j^^us s'élève la taxe. Rien n'a été fait en faveur de l'indigène; on l'oblige à payer de plus en plus, mais on ne lui donne rien en échange.

Tel est le résumé bi-ef, concis et vrai des deux principaux points de vue de la politique coloniale belge.

La Belgique doit donc se faire une conception j)lus large et |)liis humanitaire de son nouveau rôle de puissance coloniale. Le Gouvernement belge doit se mettre d'accord avec son département colonial pour arriver aux desiderata suivants :

1" La réglementation et le contrôle du commerce des produits actuels domaniaux de la colonie, en vue de prendre efficacement en mains les intérêts bien compris des indigènes qui exploitent ces produits;

2° L'assurance donnée aux capitaux belges de pouvoir compter,

mais ni plus ni moins que les autres, sui- la iiicine Lieiivcillaiict' et la même soiliciliide gouveriR'munlales;

3" La (i.xalion du taux de l'impôt de caj)ilation dû par tous les hommes adidtes indigènes doit être modérée, raisonnable et uniforme pour tous.

Celui-ci doit être j)erçu régulièrement. Il ne peut être augmenté que pour deux raisons : la i)rcmière comme moyen d'action sur rindigène récalcitrant et se refusant à travailler à son profit; la seconde, proportionnellement au développement des ressources de la population lorsque les nécessités budgétaires l'exigent;

4" La création annuelle d'un certain nombre de centres et jiostes d'occupation destinés à donner l'éducation pratique aux populations indigènes;

5" Le Gouvernement belge assurera à son déparlement colonial, au moyen du crédit de la Belgique, toutes les ressources financières nécessaires à l'occupation et à l'outillage de la colonie dans tous les domaines de son activité. Il prendra les mesures de vérification et de contrôle qu'il jugera indispensables à une administration bonne, sage et prévoyante.

Cette politique coloniale constitue la quatrième et dernière voie dont nous parlons, celle cpii doit être envisagée et applicpiée tant que les populations congolaises n' auront p>as atteint un degré de civilisation suffisamment avancé. Elle a été exposée dans ses grandes lignes au cours de cette étude et répond, non seulement aux idées philanthropiques modernes^ mais elle est la solution la plus pratique qui puisse rendre ra|)idement notre colonie féconde et prospère par le travail et la régénération de ses populations.

Les premiers progrès qui seront enregislrés amèneront mconlestablement la France, l'Angleterre et le Portugal à imiter bientôt la politi(iue coloniale nouvelle inaugurée par les Belges pour le plus grand bien tle toute une race. Ce sera la plus pure gloire de la Belgique et c'est le seul moyen d'augmenter sa puissance industrielle et commerciale, car elle réussira dans celte belle et grande mission, si elle adopte cette quatrième et dernière voie.

Elle aura ainsi travaillé au relèvement d'une race et notre petit pays pourra être fier de l'avoir outillée, dans l'ordre matériel et moral, et de continuer à la diriger et à la maintenir dans la voie du progrès toujours grandissant.

L'auteur termine son travail en parodiant le mot si vrai de

— Ih2 —

Slaiiley : « Scnis (.■licmin de iVr des eataraetes, le Coiii^o ne vaut pas un penny, » en atlimnant aussi catégdriqueinent, à son lour, ces quatre autres vérités :

1" Sans la mise en application immédiate de sérieuses mesures de prophylaxie, prises en vue d'enrayer radicalement la propagation do, la maladie du sommeil qui décime les habitants du Congo belge, la densité de la population diminuera de plus en plus et il est fort à craindre ([vxavant cin(|uan!e ans l'immense superficie de notre colonie ne soit à peu près déserte;

2" Sans éducation matérielle pratique des po|)ulations adultes congolaises, sans éducation morale de V enfance noire, éducations qui doivent eti'e données entièrement par les soins du Gouvernenjent de la métropole, jamais notre colonie ne se développera i*ationnellement;

3" Sans une application nouvelle de la loi concernant la question si imj)ortante de l'impôt de capitîUion, sans une organisation réglant l'unifoi'mité de son taux, sa pi'ogression générale éventuelle et fixant les mesures de pression paternelle nécessaire à amener l'indigène africain àtravaillerà son profit, l'arbitraire etl'injustice continueront à sévir dans notre colonie, attirant au Gouvernement, à la raceblanche tout entière la méfiance, puis la haine des populations africaines;

4" Sans l'établissement par le Gouvernement iVun contrôle raisonnable du' commerce des produits coloniaux de provenance domaniale ou indigène, ne portant pas atteinte à la liberté commerciale, mais la réglementant, les intérêts des indigènes seront toujours lésés et les capitaux belges engagés dans les entreprises commerciales coloniales seront compromis.

La simultanéité dans l'exécution des différentes mesures d'application que réclame la réalisation de ces quatre questions capitales s'impose, car elles sont pour ainsi dire soudées les unes aux autres et le Gouvernement doit les mener de front, s'il veut obtenir des résultats sérieux et faire du Congo une colonie digne de la Belgique. L'auteur estime avoir fait ce qu'il jugeait être son devoir de Belge, en signalant les dangers réels de la politique générale coloniale suivie jusqu'à j)résent et en indiquant les remèdes au mal.

Il appartient aux autres Belges et aux Chambres h'gislatives de

' faire le leur en modifiant la politique générale coloniale et en lui

donnant une orientation nouvelle, en concordance avec les véi-ilables

intérêts et les sentiments les plus élevés du peuple belge tout entier.

NOTE exposant succinctement la situation économique actuelle du Congo belge, après les quatre années de guerre.

Le livre de M. Deleomimiiie ayant été éoril durant la guerre et terminé en 1917, n'a pu être imprimé que fort lentement à cause des déj)re(lalions commises par les'AIlemands dans le domaine de l'imprimerie. Cela a permis à l'auteur, avant sa publication, de recueillir, d'un certain nombre de coloniaux sérieux rentrés en Belgique durant l'armistice, les renseignements les 2^lus récents suv la situation économique de notre colonie après les quatre années de guerre. Sa note est datée de mars 1919.

En réalité et quoique en apparence la situation semble meilleure, la politique générale et les méthodes de colonisation sont restées les mêmes et la siUiation s'est empirée à tous les points de vue.

Un fait nouveau s'est cependant produit, les ))révisions budgétaires pour 1919 comporteni quelques centaines de milliers de francs d'excédent de recettes sur les dépenses et l'on serait donc parvenu à nouer les deux bouts. Ainsi que l'auteur l'avait prévu au chapilre Budget des di-penses et des recettes, celte situation n'est cpve passagère et due surtout à une augmentation exceptionnelle du revenu du portefeuille de la colonie et, seulement jjour une infime partie, à V accroissement du mouvement économique de la colonie résultant de la progression du commerce indigène, hase ^n-incipale de la prospérité du Congo belge.

D'après les nouvelles les plus récentes, la situation est la suivante :

Occupation des territoires de la colonie. — L'éducation pratique des indigènes est aussi nulle qu'avant la guerre et leur situation s'aggrave de jour en jour. On n'a rien fait pour assurer aux Congolais, noirs ou blancs, une nourriture tVaiche, saine et abondante, car la pression tnal comprise de l'impôt empêche les populations de produire des vivres en abondance, comme cela se passait dans le temps. Aussi la maladie du sommeil et la grippe

espagnole ont causé au Congo de véi'itables ravages. Tout comme les populations belges et françaises sous la domination allemande ont, à la suite des privations qu'elles ont subies, été plus éprouvées que les autres par l'éjjidémie de grippe^ les indigènes et les résidents européens, pour les mêmes causes d'insulTisance et de mauvaise nourritin-e, sont également très malmenés et meurent en masse au Congo belge. Dans beaucoup de régions, d'après des nouvelles de l'Equateur, datées de janvier 1919, on ne parvient plus à recruter un personnel sulTisant pour les vapeurs, les factoreries et les plantations, et les seiTJces de l'Etat soulTrent eux-mêmes d'un manque presque complet de main-d'œuvre.

Les autorités locales sont impuissantes h remédier à cette situation, parce que le Gouvernement belge ne les arme pas pour conibattre efficacement toute espèce iV épidémie et que le nombre de médecins est insuffisant.

La justice européenne congolaise continue à mettre sur le même pied d'égalité l'indigène et le blanc.

Elle se montre d'une sévérité extrême pour le moindre délit ou sévice commis au préjudice d'un noir, mais n'interdit pas la présence dans la colonie à des Européens qu'elle a condamnés à des peines infamantes. Personne n'a connaissance de leur casier judiciaire et ils trouvent facilenjent à se remployer dans le pays même, où ils recommencent leurs exploits.

Impôt de capitation. — L'impôt indigène, quoique augmentant constamment de taux dans beaucoup de régions, n'est encore perçu que très irrégulièrement ou même pas du tout, là surtout oix les villages sont proches des grandes propriétés privées belges. On dirait qu'on a donné l'ordre de chercher à faire disparaître ces propriétés, pour laisser le champ libre aux petits traitants non indigène?. Au sujet de la fixation du taux de l'impôt, l'arbitrante règne en mailre. L'auteur cite à l'appui de cette affirmation un passage d'un discours, prononcé le 16 septembre 1918, par le Gouverneur général Henrv, à l'ouverture du Conseil du Gouvernement, à Kinshasa, et où il annonce qu'il va proposer de fixer l'impôt à 15 millions de francs, sans naturellement indiquer en aucune façon, sur quelle base repose cette évaluation. C'est donc de l'arbitraire, toujours de l'arbitraire et nos nègres congolais ne triment plus que pour le fisc.

Régime économique. — Le ('(iniinerce s'est de plus en |)lns poi'lé sur les produits pauvres et rinlluenee lu-faste et le nombre de petits traitants éirangcrs non indigènes s'accruissenl de |)lus en plus. Le Gouvernement, pour les favoriser, a demanda' à la Banque du Congo belge et a obtenu de celte société l'établissement de vingt-((ualre nouvelles succursales dans les diflerentes régions. La moralité de^ ces petits traitants devient de plus en plus douteuse. Certains d'entre eux vont jus(prà ren)etti'e à l'indigène îles bons écrits au crayon et ces bons devenant vite illisibles, l'écriture s'étant effacée, les indigènes ont été frustrés.

Mais il y a mieux. A la suite d'un jugement acquittant un petit traitant ayant opéré sans avoir de licence, cette licence de 250 francs a été supprimée par le Gouvernement et remplacée i)ar une taxe de 2o francs, applicable à chaque acheteur noir engagé au service d'un commerçant quelconque.

Cette nouvelle mesure fit la joie des petits traitants non indigènes, (jui, pour le prix de leur ancienne licence, purent engager tlix acheteurs parcourant toute la région, ce qui fit augmenter leur chiffre d'affaires. Chaque acheteur est accompagné de six à dix \\oytenrs, emportant quelques marchandises à vendre et chargés surtout d'évacuer les produits achetés vers les points d'escale des vapeurs.

Le personnel destiné au colportage constitue une véritable amnée comptant, rien que pour le seul district de l'Equateur, plusieurs milliers d'hommes. Ces acheteurs n'étant jamais payés que d'après kur chiffre d'affaires, profitent de chaque occasion j)0ur se faire des bénéfices supplémentaires et volent l'indigène à qui mieux mieux. Ils réduisent autant qu'ils le peuvent le prix d'achat des produits et vendent aux grands prix les objets manufacturés dont l'indigène a besoin. La situation d'acheteur et même de « porteur d'acheteur » est, pour cette raison, des plus enviées, et c'est ce qui explique qu'il n'ait fallu que quelques semaines pour en VQCvwiev plusieurs milliers. En revanche, les sociétés sérieuses ne parviennent plus à recruter le personnel nécessaire à leurs factoreries et à leurs plantations.

Dans les contrées du Haut-Congo, où se trouvent des palmiers et autres produits, les capila de négoce ou plutùt les « racoleurs de produits » se rendent de plus en plus dans les villages pour y acheter les produits riches on pauvres et font des avances en argent à l'indigène, même sur sa future récolte. C'est une vraie chasse

aux produits africains, que l'on paie aux prix les plus forts, non [tas au i»rofit de l'indigène, mais à celui des racoleurs et du fisc, qui se montre |)lus insatialde que jamais.

Quant à l'indigène, il continue à vivre sans contact avec l'Eiu'opéen et à moins se vêtir que jamais^ car il ne peut |)lus acheter que les objets qui lui sont devenus à peu près indispensables, tout en travaillant de plus en plus au profit des tiers.

Au lieu de favoriser l'établissement de cpmploirs, bien fournis en articles manufacturés d'Europe, d'aider au colportage de ces articles, tant pour le bien des populations que pour le développement des débouchés des industries belges^ de créer le plus grand nombre de marchés indigènes de vivres et de produits africains, on se borne à faii'e la chasse à ces derniers, sans se soucier du reste.

On peut afîlii'mer que par ces jjrocédés, ce n'est pas la liberté commerciale qui a été introduite dans notre colonie, depuis 1912, ce n'est même plus la licence qui règne, c'est l'anai-chie qui fleurit.

Une des conséquences de ce régime, c'est le grand nombre de comptoirs qu'a dû abandonner le grand commerce.

Des chiffres fournis par les compagnies elles-mêmes, il résulte que :

La Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo a dû fermer, de 1914 au 1"' janvier 1919, vingt-sept comi)loirs sur quarante-sept qu'elle avait en 1913.

La Compagnie du Loniami a abandonné la moite de ses factoreries.

La Compagnie du Kasai, qui en 1914 comptait cinquante-cinq fij. établissements commerciaux, n'en comptait plus que trente-neuf en 1918 et on annonce en 1919 la fermeture de dix d'entre eux.

C'est édifiant !

On dii'a peut-être que malgré cela, le tonnage a considérahlemeni augmenté de\nns 1914, en faisant état du gros chifï're de 35,000 tonnes d'amandes de |)alme et de quelques milliers de tonnes d'h'uile exportés en 1917-1918. Mais ce qu'on ne dira sans doute pas, c'est que -ces tonnes de produits pauvres ont une valeur bien moindre que celle des 3,000 tonnes de caoutchouc, qui constituent la diminution que l'on constate aujourd'hui dans les exportations de ce riche produit.

Deux poids et deux mesures. — L'auteur explique qu'il quitte ici le terrain des géiiér.ililês pour examiner quelques cas particuliers intéressants.

Doux grandes propi-iélés lerrieuiies, le Bus-bloc et le Lomanii, appartenant à des sociétés helf/es, continuent, dit-il, à ne. pas jouir de bien grandes sympathies auprès des autorités locales. On prétend (jue les sociétés qut les exploitent ne paient pas sutïisamment cher •les produits ((u'clles achètent aux indigènes. Sans doute, elles ne peuvent payci- un prix aussi t^Jevé que les racoleurs, mais elles j)aient aussi cher ((u'elles peuvent et les limites cVachat, fixées sur leurs propi'iétés, sont les mêmes que pour les comptoirs situés en dehors desditos propriétés. Gela, le Gouvernement peut s'en assurer (|uand il le voudra. Quant à la liinie F^ever, l'ontlée par un sujet anglais, elle a obtenu de vastes concessions de terre, où elle peut exploiter toutes les palmeraies qui s'y trouvent.

Or, il se fait que les agents du Gouvernement, chargés d'opérer la déhmilation des terres du Bus-bloc, ont compris dans les réserves accordées aux indigènes, presque toutes les palmeraies de la région, ne laissant en grande partie à la société propriétaire que des terres incultes ou inondées. Tout le contraire se passe dans les concessions accoi'dées à la fii'me Lever.

Les petits traitants non indigènes sont engagés à aller trafiquer dans les terres du Bus-bloc et on leur donne, à cette fin, toutes les facultés désirables. On va même jusqu'à leur accorder des tarifs de faveur sur les vapeurs desservant le Lomami. Evidemment l'indigène ignore où s'arrêtent ses réserves et où commencent les terres des sociétés j)ropriétaires et il récolte des noix indifTéremment, aussi bien dans les parties lui réservées que dans celles appartenante une société privée.

L'auteur signale, à ce sujet, un jugement intéressant. Des colporteurs d'un petit traitant sont surpris par un agent de la Société anonvme belge dims les ferres du Bus-bloc. Ils étaient porteurs de quthjues s;ics de palmistes, que l'agent confisque. Le petit traitant assigne la Société anonyme belge en restitution des palmistes et en paiement de dommages et intérêts. Le jugement prononcé reconnait que les amandes provenaient bien de la propriété de la Société anonyme belge; néanmoins, sous le prétexte que celle-ci payait les amandes moins cher que le petit traitant, il condamne la Société anonyme belge à la restitution des palmistes provenant de la propriété et à 1 franc de dommages et intérêts. A ce sujet, 3L Delcommune ne peut s'empêcher de faire remarquer, que si au cours de son livre il a dû signaler que les fonctionnaires territoriaux font

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