CHAPITRE IV
LE CONGO, SA POPULATION, SON ASPECT
Coup d’œil d’ensemble sur les résultats acquis par les explorations de 1875 à 1900. — Populations fétichistes et musulmanes. — L’aspect du pays. — L’estuaire du Gabon, la région du littoral. — Loango. — Le Mayombe. — Brazzaville. — Le Congo. — La Sangha. — L’Oubangui, — Les territoires du Tchad.
La série d’événements que nous venons de passer en revue a eu pour conséquence de placer sous la domination de la France des territoires immenses et dont désormais les limites étaient définitivement atteintes, car elles viennent de toutes parts en contact avec les frontières des terres soumises à l’influence d’autres nations européennes. Des traités et conventions successifs ont assigné à chacune d’elles la part qui leur est dévolue.
La caractéristique de l’action de la France, c’est que son œuvre est le résultat d’une conception raisonnée, mûrement réfléchie et patiemment menée à bien. Artisan dévoué exclusivement à l’inté-
rêt primordial de la nation, chaque chef de mission a eu devant les yeux, non pas l’ambition d’accomplir une œuvre personnelle, mais uniquement de contribuer, dans les limites de ses forces et de ses moyens, à l’édification de ce vaste empire formé par la réunion, en un tout compact de l’ensemble de nos colonies africaines. Chaque mission n’a donc été qu’une des pierres de ce vaste et imposant monument. Et, jetant les yeux sur l’ensemble des faits accomplis, la France peut s’enorgueillir des résultats acquis. Ils sont bien, on ne saurait trop le redire, non pas la conséquence de ce que trop souvent on se figure être le voyage d’exploration, c’est-à-dire une course d’aventures pleine de mystères et de faits fantastiques, mais une œuvre dont chaque acte doit être mûrement étudié. L’exploration doit être, avant toute chose, une action réfléchie, voulue, longuement préparée à l’avance, dans laquelle la moindre part est laissée à l’imprévu, et il est rare que même la volonté la mieux trempée, que l’énergie la plus ferme, comme l’habileté ou la diplomatie la plus avisée, suppléent à une organisation minutieusement préparée. Si nous n’avions craint de nous laisser entraîner au delà des limites que nous nous sommes assignées, nous aurions pu faire voir avec quels soins scrupuleux tous les grands voyages qui ont été couronnés de succès ont été préparés. Ces détails feraient
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ressortir la véritable caractéristique des voyages de l’exploration française, dont les traits dominants ont été, d’une part, d’user jusqu’à l’extrême limite des procédés essentiellement pacifiques et, de l’autre, de rapporter de ces voyages un faisceau de documents scientifiques qui permettent de jeter immédiatement après les bases d’une mise en valeur économique des territoires parcourus. A cet égard, aussi bien que sous le rapport des résultats politiques acquis, le voyage de M. F. Foureau peut être cité comme exemple. Les documents publiés à son retour ont une valeur considérable et que peu d’autres voyages ont pu égaler.
On le voit, par la lecture des chapitres qui précèdent, la formation de notre vaste colonie équatoriale aussi bien que la réalisation du projet de réunir toutes nos colonies africaines soi.t le résultat d’un quart de siècle, d’efforts opiniâtres soutenus avec une admirable persévérance. On peut dire que l’ensemble de ce mouvement, d’une majestueuse ampleur et d’une portée considérable, n’a pas eu cependant, en France, la répercussion qu’il aurait mérité de provoquer. Certes on a applaudi avec enthousiasme aux actions d’éclat, comme on a pleuré, avec une tristesse profonde, la mort des héros tombés en cours de route. Les ovations, les apothéoses qui ont salué les retours des triomphateurs leur ont laissé au cœur un puissant ré-
confort et les ont payés, en une heure, des mois ou des années de peine et de souffrance. Oh! non pas que ces cris d’enthousiasme les aient grisés de joies orgueilleuses, mais bien parce qu’ils leur ont fait voir que leurs sacrifices étaient utiles et qu’ils avaient bien mérité de la Patrie. Et n’est-ce pas là la suprême joie et le suprême orgueil ?
Mais, chez nous, hélas ! pourquoi ne pas le dire, les enthousiasmes, même les plus grands, comme les plus sincères, ont peu de lendemains. Quel grand événement prend-il l’opinion tout entière au delà d’une semaine, de deux au plus ? Et puis une autre actualité vient déferler par-dessus la première, comme la vague mugissante recouvre la vague qui meurt, et tout s’atténue et passe vite. Aussi peut-on dire que, après avoir su concevoir, puis réaliser ce rêve grandiose, nous n’avons pas su, avec assez de hâte, en tirer toutes les conséquences heureuses, en organisant, de suite, ce que nous avions su si bien conquérir.
A la manière française d’explorer nous aurions dû ajouter la manière américaine de tirer parti des nouveaux territoires soumis à notre influence.
Après 1900, après le grand succès remporté sur Rabah, nous entrons de nouveau dans une période qui, au lieu d’être toute d’activité et d’entreprises nouvelles, est marquée par un temps d’arrêt, d’inaction, presque d’indifférence. Nous perdons
UNE BELLE GABONAISE.
LES GABONAISES DE LIBREVILLE.
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PI. l.S. Pa^v
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ainsi l’avantage de l’avance considérable que nous avions prise sur les autres nations, lesquelles aussi se hâtaient vers le Tchad. Nous marchandons les crédits. Nous réduisons au minimum notre contingent dans les provinces nouvelles, et il ne faut pas moins que les événements cruels d’Abecher, survenus par notre faute, et que la mort de Moll, pour nous faire sortir de notre torpeur, née d’une quiétude coupable, et ramener l’opinion au sentiment des obligations et des devoirs que nous avons contractés le jour où nous avons dit aux populations opprimées par des Rabah : « Partout où vous verrez flotter le pavillon aux trois couleurs, venez vers lui, il vous protégera et vous donnera la liberté ! »
Il semble non douteux qu’une des raisons qui ont déterminé après 1900 ce ralentissement de notre activité dont la cause initiale a été le manque de crédits mis à la disposition de la colonie, c’est le fait de croire qu’une fois notre terrible adversaire Rabah disparu, nous pourrions faire des peuples de ces régions de véritables alliés. D’aucuns même, séduits par les apparences d’une civilisation plus avancée, se manifestant par des costumes brillants, par un ornement moins primitif, ont vu dans ces peuples des auxiliaires futurs de notre domination dans toutes les régions de l’Afrique centrale. C’est là une de ces erreurs, un de ces mirages
aussi séduisants que dangereux qui nous ont coûté bien cher et que, si nous n’y prenons garde, nous payerons encore de notre sang.
On s’est figuré que l’on tiendrait toutes ces régions nouvelles comme depuis dix ans on tenait les contrées du Bas et du Moyen-Congo. Là, sans doute, un poste composé d’un ou deux blancs et d’une dizaine de tirailleurs sénégalais est un poste fort. N’avons-nous pas eu pendant toute cette période un poste à Lyranga,à l’embouchure de l’Oubangui,et l’autre, à Bangui, au coude nord, à près de 800 kilomètres plus loin — et entre ces deux points, rien. Ortoute cette région de l’Oubangui est exclusivement peuplée d’anthropophages les plus avérés. Qu’est-il arrivé pendant toute cette période de dix ans ? Mais rien. Pas une révolte, pas une attaque, pas un meurtre d’Européen. C’est que l’on est là en pleine population fétichiste très primitive, très divisée, à peine armée, et chez laquelle le blanc exerce facilement un ascendant considérable.
Mais c’est folie que de penser qu’il peut en être de même chez des peuples islamisés. Du jour où, par la force le plus souvent, ils sont entrés dans l’islamisme, les Africains, à quelque race qu’ils appartiennent, sont, à tout jamais, devenus nos irréconciliables ennemis, car les différences d’origine, de race, de nationalité peuvent s’atténuer et
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disparaître, mais les rivalités nées de sentiments religieux fanatisés subsistent et subsisteront toujours aussi longtemps que ces sentiments euxmêmes. Or on peut poser en fait qu’il n’est pas, ou à peine, de musulmans indifférents. Quand on est musulman, on en accepte même les signes extérieurs et, du coup, toutes les exigences d’une pratique étroitement suivie. Parmi ces sentiments que prend l’adepte, en même temps que les pratiques rituelles, est la haine du roumi. Aussi, quoi que l’on en ait dit, il ne peut à aucun moment y avoir entre nous et les peuples musulmans placés sous notre domination une associationpolitique. Certes, partout où ils seront les moins forts, ils feront tout pour nous laisser croire qu’ils sont avec nous en communauté d’idée et pour arriver, par ce moyen, à nous inspirer confiance. Mais le jour où, par une œuvre patiente, ils seront arrivés à faire naître cette confiance, nous en subirons toutes les conséquences, si nous avons eu le malheur de nous départir, pour un instant, des mesures rigoureuses de défenses dont nous devons ne nous séparer jamais.
Quelque rigoureux que puisse paraître ce jugement, il n’est malheureusement que la déduction de tout un ensemble de faits observés et que nous ne devrions jamais oublier. Notre installation en Algérie, qui date déjà de plus d’un demi-siècle,
a-t-elle modifié cet état d’esprit? Qui oserait l’affirmer? Demandez à quiconque a administré ce pays s’il pense que nous pourrions impunément, à l’heure actuelle, non pas retirer notre garnison, mais seulement la réduire et, sans nul doute, il vous répondra que ce serait là la dernière des imprudences. Pour le penser, il faudrait avoir oublié l’attitude des indigènes au moment de la guerre de 1870, ou bien les troubles de Marguerite et tant d’autres événements que l’on pourrait citer. Cet esprit est-il propre seulement aux Algériens? Nullement. Nous le retrouverons partout ou nous trouverons des musulmans. Tout dernièrement encore, notre Tunisie si paisible, réputée si peu fanatique, n’a-t-elle pas, à propos de la guerre italo-turque, ébauché un mouvement de révolte, profitant de ce que la garnison avait été momentanément diminuée ?
Au lieu de mouvements d’ensemble, veut-on des faits isolés? On n’a, là, que l’embarras du choix. Parmi les plus caractéristiques, citons-en quelquesuns. Ils sont instructifs à connaître, intéressants à commenter, utiles à ne pas oublier.
Lorsque Flatters partit pour sa première mission saharienne, il se préoccupa d’avoir un guide exercé. Sûr, il le serait toujours, puisque dans son esprit, il l’a dit,lesChaamba ne trahissaient jamais. Il prit avec lui Srirh Ben-Cheik, qui avait accompagné Louis Say dans ses voyages sahariens. Lors
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de la première mission, Flattersprit contact avec les Touareg, qui lui manifestèrent une telle hostilité qu’il crut prudent de battre en retraite. Mais, au second voyage, largement équipée, la mission offrait un butin important. Alors, avec cette patience inlassable, le guide chamba, servile, obséquieux, imposant la confiance à son chef, sut attendre l’heure propice où enfin il fit tomber toute la mission aux mains des Touareg. Il n’est pas douteux que, depuis des années, cet homme préparait sa trahison, mais il voulait porter un grand coup et profita du moment favorable.
Nous avons parlé déjà de l’assassinat de Grampel et en avons conté les circonstances. Nous avons dit la mort de De Béhagle; qu’on se rappelle encore l’attaque de la mission Fourneau, et l’on verra que, dans la période moderne, toutes les missions qui ont échoué, tous les assassinats qui ont été commis et surtout toutes les trahisons qui se sont produites sont toujours le fait de l’hostilité islamique. On dira peut-être : ils se défendent contre notre envahissement, c’est leur droit. Soit, mais alors, sachons que ce sont nos ennemis, que rien, ni la confiance ni les bons procédés n’arriveront jamais à nous concilier. On l’a cru cependant. Et cela a été une des lourdes fautes commises par M. de Brazza, alors qu’il était gouverneur du Congo, que d’avoir fait venir quatre marabouts d’Algérie pour isla-
miser les populations fétichistes, pensant que la civilisation islamique pouvait être considérée comme un échelon entre l’état de barbarie fétichiste et notre civilisation à nous. Fort heureusement cette faute ne fut pas continuée, et les marabouts furent ramenés en Algérie.
Une des raisons principales, en dehors même du fanatisme religieux, pour laquelle nous apparaissons aux musulmans comme d’irréconciliables ennemis, c’est que nous ne tolérons pas l’esclavage, qui est la base de la société coranique. Or on peut dire que le seul esclavage dont les peuples africains aient réellement à souffrir est celui qui est pratiqué par les musulmans. Ce n’est pas qu’une fois réduit à la servitude le noir soit très mal traité. Ses propriétaires ont pour lui les égards que l’on a pour une bête de somme à laquelle on attache un certain prix, une certaine valeur, mais ce qui est particulièrement odieux, c’est le prélèvement de ces esclaves, c’est cette chasse à l’homme, dans laquelle tout ce qui n’est pas jeune comme tout ce qui résiste est impitoyablement mis à mort. Tous ceux qui ont suivi les traces des grands conquérants musulmans savent l’horreur des massacres qui accompagnent la prise de force de tout élément valide. Nous avons nous-même parcouru des régions désolées par ces prélèvements d’esclaves, dans le bassin du Tchad, et ce
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n’étaient partout que désolations et que ruines.
Les riantes et fertiles vallées où les peuples fétichistes se livrent en paix aux cultures méthodiques font subitement place aux terres ruinées, où meurent les dernières plantes cultivées autour des dernières cases incendiées.
Jamais, à aucun prix, nous n’avons toléré l’esclavage; c’est là ce que l’islamisne ne peut ni oublier ni admettre. Et il rêve encore, et toujours, au jour de la revanche. Dans leur esprit, le jour reviendra où ils seront les maîtres du monde. Quand? Il n’importe, car chez eux l’idée survit aux hommes. Fidèlementtransmise,patiemmentsuivie, elle devra trouver sa réalisation, un jour... quand Allah voudra le permettre. Pour le musulman, le temps n’est rien, car il vit dans l’éternité. Sous une forme adaptée à son tempérament, il saura supporter les épreuves avec une résignation apparente, que son habileté habillera des dehors les plus séduisants ; mais, en réalité, il n’oubliera pas l’offense que lui-même, que ses ascendants directs ou ses aïeux auront dû subir. Lui, son fils, ou ses arrièrespetits-fils sauront attendre l’heure, et elle se présentera toujours, où ils prendront leur définitive revanche.
C’est là, pourrait-on croire, une des vertus dominantes de l’islamisme. Elle le serait sans doute, caria persévérance supplée à bien d’autres qualités.
mais elle est, en l’espèce, appliquée à une bien mauvaise cause.
L’esclavage chez les musulmans touche de près et se confond souvent avec l’état social auquel le musulman réduit la femme; c’est là, à notre sens, une des causes du déclin de cette race.
Un peuple, en effet, qui rabaisse la femme au rôle de la bête de somme et de la complice de sa débauche ne peut qu’être voué à une décadence rapide. Les lois physiologiques elles-mêmes ne sontelles pas là pour l’exiger ? L’enfant ne tient-il pas plus encore de l’être qui l’a conçu dans ses flancs, qui lui a donné son sang et dans l’intimité étroite duquel vont s’écouler ses premières années et se développeront ses premières impressions, plutôt que de celui à qui les hasards d’une vie amorale ont dévolu le rôle de père ?
Les musulmans eux-mêmes semblent l’avoir reconnu quand, par une sorte d’illogisme inexplicable, ils donnent la succession du pouvoir non au fils du chef de famille, mais à l’aîné des mâles de la soeur du chef.
Prostituée hier, d’autant plus estimée que le trafic de ses charmes lui aura permis d’accumuler une plus grosse dot, épouse et mère aujourd’hui, elle sera demain servante ou proxénète quand les fatigues de la maternité, précédées d’une vie de débauche et suivie d’un allaitement épuisant, qui
Le Cong'O itiécuriim.
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dure parfois des années, auront flétri ses charmes et l’auront fait répudier de la couche du maître. Dès lors, les rôles les plus dégradants lui seront confiés.
Et c’est avec ces exemples sous les yeux que grandira le fils et que se formera l’homme.
Peut-on ne pas voir, là, la cause principale de la décadence d’un peuple qui fut puissant, mais dont les principes d’une autre époque restent rigides et immuables même devant les progrès des temps modernes. La religion coranique, très belle en elle-même, meurt de la rigidité même de ses principes que les hommes n’ont pas voulu faire fléchir pour les adapter aux exigences de l’heure présente et dont surtout ils ne veulent retrancher les excès qui tolèrent leurs vices et entretiennent la haine du roumi.
Tels sont les peuples que nous avons retrouvés là, dans la région du Tchad. A ceux-ci, les méthodes et les procédés suivis dans tout le reste de la colonie du Congo ne sauraient s’appliquer, car tout autre est l’indigène fétichiste qui peuple toutes les régions du littoral de l’Océan et s’étend jusque dans les parties profondes de notre vaste empire équatorial. Sur celui-là, l’action exercée par les blancs a une puissante autorité. Généralement d’un naturel craintif, toujours mal armé et divisé en peuplades assez peu nombreuses, il est
facilement dominé par nous et devient aisément notre auxiliaire, pour peu que l’on resteà son égard bon et juste. Souvent bruyant et démonstratif, il est cependant rarement batailleur, et les petites guerres que se font les tribus entre elles sont accompagnées de faibles effusions de sang.
On l’a souvent dépeint comme étant extrêmement sanguinaire et cruel, et la cause principale de cette accusation, c’est que beaucoup de ces tribus pratiquent l’anthropophagie. Celle-ci, qui constitue à nos yeux, et avec juste raison, le crime le plus abominable qui puisse être, se pratique chez ces peuples d’une façon bien différente de ce que l’on se figure généralement et de ce que souvent on l’a dépeinte. Tout d’abord, il faut dire qu’ils ne se mangent pas entre eux. Ce qu’ils mangent généralement, c’est l’ennemi tué à la guerre. Peut-être pratiquent-ils de petites guerres, entre tribus voisines, exclusivement dans l’espoir de tuer des ennemis qu’ils mangeront ensuite. Qui saura jamais le fond de la pensée d’un noir? Parfois, mais plus rarement, ils achèteront un homme pour le tuer et le manger. Nous nous sommes vu, nous-même, réclamer chez les Bonjos, dans l’Oubangui, en échange de fruits ou de légumes provenant de leurs cultures, un homme, et comme nous demandions pourquoi ils le voulaient, il nous fut répondu : « Mais pour le manger ! » Et ils ne comprenaient
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pas que nous ne voulussions pas faire cet échange de vivres frais. Généralement les femmes sont épargnées comme ayant plus de valeur.
Cependant les anthropophages ne constituent pas des tribus particulièrement redoutables, et l’on peut vivre avec elles dans les termes les plus conciliants sans avoir absolument rien à redouter. C’est ainsi que, lorsque nous avons poursuivi les meurtriers de Crampel et que nos tirailleurs furent tués, les peuplades anthropophages au milieu desquelles nous vivions respectèrent nos morts de la façon la plus absolue. Aussi peut-on dire qu’en général ils ne mangent que l’ennemi. Si un des leurs, en expiation d’un crime, est condamné à mort, il sera certainement mangé ; c’est, pourrait-on dire, l’art d’accommoder les restes poussé jusqu’à ses dernières limites.
Vu sous son vrai jour, l’anthropophagie, pour répuguante qu’elle reste, devient plus explicable, surtout si l’on songe que toutes ces peuplades, très avides de viande, n’ont aucun bétail domestique. Celui-ci se réduit, au maximum, à quelques petites chèvres et à des chiens qu’ils mangent, mais ni bœufs, ni moutons, ni porcs, et il n’est pas douteux que, du jour où nous leur aurons importé du bétail et où ils trouveront à s’approvisionner régulièrement de viandes fraîches, ils ne se feront plus la guerre entre eux pour s’en procurer. Et
ce sera le meilleur moyen pour nous de supprimer une pratique barbare que les circonstances excusent peut-être dans une certaine mesure. Ce ne sont pas, dans tous les cas, des races que l’on ne pourra pas amener à la civilisation et qu’il faut détruire comme on a osé le dire parfois. On aurait voulu les tuer pour leur apprendre à vivre ou tout au moins à ne pas tuer leurs semblables.
Dans tous les cas, il n’est pas inutile de dire que les scènes de cannibalisme telles qu’on les a décrites parfois, et même dessinées, n’existent pas. Ces indigènes ne se livrent pas à des actes de cruautés comme le font les musulmans, qui mutilent les cadavres ou même font subir aux prisonniers d’effroyables tortures. C’est ainsi qu’il est prouvé que l’explorateur belge Hodister, pris par les musulmans dans les régions du Haut-Oubangui, fut attaché à un arbre et, vivant, on lui coupa les bras, que les musulmans donnèrent aux anthropophages, qui ne furent en l’espèce que des complices inconscients. D’ailleurs, il est inexact que les cannibales africains se livrent, dans ces circonstances, à des fêtes joyeuses, en faisant rôtir un être humain à la broche. Ils se contentent, en effet, de réduire toujours toute chair en petits morceaux et de la faire cuire avec des légumes variés : c’est un véritable ragoût.
Quelque répugnant que soit le sujet, nous avons (172)
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voulu montrer les faits sous leur véritable jour, lequel atténue peut-être un peu, nous semble-t-il, la responsabilité de ceux qui se livrent à ces abominables pratiques, puisque le besoin de vivre, de manger de la viande, en est la principale cause, et qu’ils ne l’entourent d’aucune pratique cruelle. Nous ne voudrions pousser les rapprochements trop loin, mais cependant on peut se demander où il y a plus de cruauté, entre l’indigène qui mange son ennemi tué à la guerre et le paysan qui élève dans sa chaumière un mouton ou une oie, qu’il soigne, que les enfants caressent, auquel on a donné un nom, que l’on soupèse pour voir si la bête engraisse bien et que, finalement, l’on mangera à Noël ou à Pâques?... Conclusion : importons beaucoup de boîtes d’endaubage ou du bétail dans l’Oubangui, et l’anthropophagie cessera.
Quoi qu’il en soit, toute notre domination dans les régions du Bas-Congo, du Moyen-Oubangui, de la Sangha, a toujours été facile, pour la raison que nous avons eu affaire aux peuplades fétichistes. Les difficultés réelles, exigeant une action militaire, n’ont commencé que le jour où nous nous sommes rencontrés avec les musulmans. Au point de vue politique, il n’est donc pas douteux que toute la partie occupée par les fétichistes présente, pour nous, infiniment plus d’intérêt que la région musulmane. Nous l’avons vu par le fait que, jusqu’au
jour où nous sommes arrivés dans la partie centrale, nous n’avons pas eu besoin d’envoyer de troupes régulières dans toutes les régions fétichistes. Nous tenions une contrée vaste comme deux fois la France avec un ou deux bataillons de tirailleurs sénégalais. Alors qu’avec deux ou trois régiments nous aurons de la peine à asseoir définitivement notre autorité dans les régions tchadiennes. Encore, même après la conquête, devrons-nous bien nous garder d’affaiblir à un moment quelconque notre contingent d’occupation, sous peine de voir, immédiatement, se produire des révoltes d’abord, le soulèvement de tout le pays islamique ensuite. Il en sera là comme il en est en Algérie, en Tunisie, ou en toute autre contrée soumise à l’influence musulmane.
Il existera cette différence, toutefois, qu’il s’agit là de populations venues depuis peu à la foi coranique et mélangées de tribus fétichistes qui ne demandent pas mieux que de secouer le joug qui les opprime et de venir à nous en toute indépendance. Il se produira ce que l’on a constaté dans notre Soudan occidental, où les populations se sont ralliées à nous dès que nous les avons affranchies des tyrans aux cruautés desquels elles étaient livrées sans merci.
Notre vaste colonie ainsi constituée et représentant un territoire plus grand en surface que trois
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fois la superficie de la France, a pu être organisée sur des bases administratives nouvelles. On ne pouvait songer à gouverner depuis le littoral du Gabon des régions éloignées de 2000 ou 3000 kilomètres, non reliées encore par aucun moyen rapide de communication, et aussi tellement différentes sous le rapport des populations qui les occupent.
Déjà, un décret du 28 septembre 1897 réglait l’organisation administrative de la colonie du Congo français. Aux termes de ce décret, la colonie était administrée par un commissaire général du gouvernement ayant sous ses ordres un lieutenant Gouverneur du Congo, un lieutenant gouverneur de rOubangui et des administrateurs. L’administrateur de la région du Chari portait le titre de commissaire du Gouvernement. Des pouvoirs suffisants étaient dévolus à chacun de ces hauts fonctionnaires pour leur permettre d’administrer d’une façon indépendante quant au règlement de toutes les questions d’administration locale.
Cette organisation fut parachevée, peut-on dire, par le décret du 15 février 1906, lequel transportait à Brazzaville la résidence du commissaire général du Gouvernement et de toute l’organisation administrative. Le territoire fut dès lors divisé en trois colonies, chacune administrée par un lieutenant-gouverneur. La première, comprenant toute la région littorale jusqu’à Sétté Cama, prit le
nom de colonie du Gabon ; la seconde, formant la colonie du ' Moyen-Congo, s’étendait depuis le littoral du Loango, comprenant les régions du Niari-Kouilou, la rive droite du fleuve Congo et les territoires arrosés par la Sangha et l’Oubangui, jusqu’à Bangui. Enfin tous les territoires compris dans la région centrale formèrent la colonie de rOubangui-Chari, comprenant, d’une part, toutes les contrées arrosées par ces deux cours d’eau ; d’autre part, les territoires militaires du Tchad. Chacune de ces colonies avait, dès lors, acquis son autonomie administrative et financière.
Enfin, le 18 janvier 1910, parut un décret transformant notre ancienne et vaste colonie du Congo. Cette transformation portait sur son appellation elle-même, en même temps que sur son organisation administrative. La colonie recevait le nom d’Afrique Équatoriale Française. Presque égale en surface à notre Afrique Occidentale Française, elle était en quelque sorte assimilée à celle-ci quant aux moyens administratifs. Une autonomie plus grande allait lui permettre de s’organiser sur des bases plus larges, et tout laissait espérer que, sortant enfin d’une trop longue période de torpeur, elle pourrait, après les vigoureux efforts faits pour la conquérir, entrer résolument dans la voie de l’utilisation économique. Car la France ne s’est pas donné des colonies pour la vaine gloriole de possé-
Le Congo inLM'onnu.
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der de vastes territoires et de couvrir, sur les cartes, de larges étendues de ses couleurs. En faisant œuvre de conquête, elle a su préparer et réserver l’avenir. La formation de colonies peut paraître, parfois, un placement coûteux au début, mais la plus-value qu’il donne bientôt montre tout l’avantage que l’on peut tirer de semblables conquêtes. On peut comparer l’occupation que fait une nation des territoires nouveaux aux placements que font les particuliers qui, bien avisés, achètent des terrains dans les centres en formation. Nous avons vu nous-même ces terrains, acquis à quelques centimes le mètre, aux portes de Tunis, au moment de l’occupation, être revendus, après quinze ou vingt ans, à près de 100 francs le mètre. Des spéculations aussi heureuses se sont produites plus tard dans le Sud-Tunisien, en Algérie et même au Sénégal, où les terrains de Dakar ont plus que décuplé de valeur en quelques années. Dans un avenir plus ou moins rapproché, il en sera ainsi dans toutes nos colonies, et le Congo n’échappera pas à cette règle.
Comme nous l’avons dit, son évolution a été lente au début ; c’est un fait que l’on ne peut contester, mais il convient d’en connaître les vraies causes. On sait, en thérapeutique, que l’on ne soigne bien une maladie qu’à la condition
expresse d’en connaître les origines. Il faut poser un diagnostic et se garder de faire de la médecine de symptômes. Essayons d’agir ainsi à l’égard de notre Congo , et recherchons quelles sont les causes pour lesquelles sa colonisation a été si lente à se dessiner.
Ces causes sont de deux natures. Nous avons montré les premières, au début de ce volume. Mais il en est d’autres qui s’appliquent spécialement à notre Congo. Nous allons essayer de jeter un coup d’œil rapide sur ces dernières.
Nous l’avons dit : à côté d’indiscutables qualités, nous avons aussi, au point de vue colonial, des défauts graves, dont nous portons lourdement la peine. Au nombre de ces raisons qui nous empêchent de peupler rapidement une contrée et d’en tirer parti est, avant tout, notre répugnance pour les voyages lointains.
Or le Congo paraît effroyablement loin. Il l’était, en effet, il y a bien peu de temps encore, puisque des bateaux mal aménagés, au service plus ou moins lent et capricieux, ne mettaient pas moins d’un mois environ pour nous conduire au Loango. De là, pour se rendre dans l’intérieur, il fallait affronter les 600 kilomètres qui séparent la côte de Brazzaville, le centre de toute la région intérieure. Or, ces 600 kilomètres, il n’était d’autre moyen de les franchir qu’à pied, car le
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portage en hamac était un moyen très coûteux, très fatigant et peu pratique, réservé aux malades. On ne fait jamais un tel parcours sans de grandes fatigues, surtout quand il n’y a pas de route frayée, mais que, à la file indienne, on suit des sentiers mal tracés, qui escaladent des pentes escarpées, franchissent des rivières à peine guéables ou des torrents que l’on traverse sur un tronc d’arbre jeté en travers, et cependant, jusqu’à la construction du chemin de fer belge, c’était là leseul moyen de se rendre dans l’intérieur. On comprend, dès lors, qu’un semblable voyage n’avait rien de bien engageant. Il y a donc là une faute très lourde commise dès le début, que l’on peut résumer par ces seuls mots : absence de moyens de communication.
Il faut avoir parcouru ces régions, à ce moment, pour avoir une idée jusqu’où allait ce manque absolu de moyens de transport. Il existe encore, et la colonie continue à en souffrir. C’est là la cause initiale et profonde du manque de développement de notre possession équatoriale. Nous avons montré avec quelle rapidité s’est développée notre colonie de la Guinée, et nous en avons indiqué la raison. Elle se trouve tout entière dans l’activité de son gouverneur, ce même docteur Ballay, qui, aux côtés de Brazza, avait si puissamment contribué au succès de ses missions.
Son premier soin a été de créer la « route du Soudan », qui a été le drain amenant vers la côte le flot de la population de l’intérieur, dont les indigènes n’étaient jamais venus si loin de leurs villages; mais, trouvant une route facile, une sécurité complète, la possibilité d’apporter leurs marchandises jusqu’aux factoreries de la côte, ils ont vite pris l’habitude de venir nous vendre leurs denrées et de s’approvisionner de nos marchandises.
Et bientôt, là aussi, la concurrence s’établit, et les factoreries se sont transportées au-devant des caravanes. Des établissements se sont construits tout le long de cette artère centrale, véritable canal par lequel s’écoulaient les denrées naturelles vers la côte, vers les ports, vers les bateaux qu’ils alimentaient d’un fret abondant. Le chemin de fer est né de ces circonstances elles-mêmes. Il en est devenu la conséquence logique, inéluctable, et du jour où il a été construit, avant même qu’il ne soit arrivé à son point terminus, et alors qu’il n’était encore qu’en construction inachevée, les tronçons livrés à la circulation ont, dès la première année, donné un fort excédent de recettes. Il en a été ainsi d’ailleurs partout où nous avons construit des voies ferrées dans notre vaste et prospère empire de l’Afrique Occidentale. On ne sait pas assez en France que le chemin de fer qui
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donne le plus grand écart entre ses frais d’exploitation et son rendement, c’est celui de Dakar à Saint-Louis. Il coûte, en effet, environ 4 000 francs par kilomètre et en rapporte 12000. Et, fait singulier, ce revenu énorme n’est pas seulement fait par le transport de marchandises qui abondent et qui sont la preuve indiscutable de la possibilité de produire sitôt qu’on estassuréd’écouler, mais aussi par le parcours des voyageurs. Les indigènes, au début, si systématiquement et si énergiquement opposés à la construction de la voie ferrée, en sont devenus les meilleurs clients. Quand ils ont gagné quelque argent, alors ils se présentent aux guichets d’une gare et disent : « Donne-moi un billet pour une gourde (5 francs).» — « Pour où ? » demande l’employé. «Maispour cent sous! » Que leurimporte où ils iront, ce qu’ils veulent, c’est faire une promenade par ce chemin de fer qu’ils admirent et de ne dépenser que ce dont ils peuvent disposer.
Partout où l’on créera des routes d’abord, des voies ferrées ensuite, il en sera de même en Afrique. Aussi est-ce là très lourde faute de n’avoir pas ouvert ces routes et ces chemins de fer. Il n’en existe absolument pas encore dans notre vaste possession du Congo. Autour de Libreville même, les chemins s’arrêtent à peine à quelques kilomètres. La région des monts de Cristal, là, tout près de Libreville, est à peine connue. On en est
encore à ce qu’en a dit du Chaillu, il y a quarante ans. De Libreville à rOgôoué,la distance est faible et peut être parcourue en deux jours de marche. Là encore, pas de route. Tout déplacement, dans ces régions, devient un voyage plein de hasard, d’imprévu et, par suite, ne peut se faire sans dangers. Voilà pour le Gabon. Pour le Congo, c’est la même chose, parce que cela ne peut être pis. Et cependant le chemin de fer belge, que nous avons laissé construire, est dans un état de prospérité absolue.
A qui revient la responsabilité de ces fautes ? Pour une part très grande à ceux qui ont eu pour mission d’organiser la colonie. On objectera qu’ils n’avaient pas de moyens, de capitaux mis à leur dispoition. Il fallait s’ingénier à en créer par des droits frappant les produits naturels à l’exportation, puis par les impôts de capitalisation qui se perçoivent aisément et donnent des ressources à la colonie. Mais la plus grande faute réside dans le fait de n’avoir pas réalisé des emprunts qui constituent le moyen normal de développement d’une colonie naissante, sitôt que, par ses premiers revenus, nés des ressources inhérentes à la richesse de son sol, que par ses douanes, ou ses impôts, elle est à même d’en assurer les garanties. Une colonie ne peut grandir et se développer qu’à la condition de disposer de ressources importantes.
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Sitôtdonc que l’ère des explorations est close, sitôt que l’organisation commence, il lui faut de suite, avant toute autre chose, songer à créer l’outillage économique : ports, routes, chemins de fer, etc. Où la colonie trouvera-t-elle l’argent nécessaire ? Sont-ce des subventions de la métropole qui devront les lui assurer? C’est là un moyen aussi faible que mauvais. Ces subventions sont toujours très parcimonieusement mesurées ; elles ne permettent aucune vaste entreprise, et elles jettent, au total, un jour très peu favorable sur la colonie qui les reçoit.
L’emprunt, au contraire, constitue la forme normale de crédit, et la métropole peut, sans hésiter, accorder sa garantie, bien sûre qu’elle est que celle-ci ne jouera qu’un rôle moral. Tous les emprunts réalisés par nos colonies africaines avec la garantie de l’État n’ont jamais rien coûté à la métropole.
Parle moyen des emprunts, on peut, dès le début, vivifier le sol nouveau. Le rail se créant une route à travers des régions fertiles y porte le travail, l’activitô, la vie. La richesse naît sous son influence bienfaisante. La civilisation pénètre partout; elle s’équilibre sur toutes les parties du territoire. C’est le plus puissant moyen que possède l’homme pour faire sienne une contrée nouvelle.
On peut affirmer que si, dès le début, on avait
mieux compris la nécessité de faire suivre l’exploration par la construction de la voie ferrée, notre vaste et belle colonie n’aurait jamais subi l’outrage de l’affreuse mutilation qui annihile tant d’héroïques efforts, tant d’énergies, tant de dévouements aux intérêts de la cause nationale.
La grande faute initiale est là. Notre vaste colonie ignorée de tous dans sa réalité, connue seulement par des récits de voyages d’explorations, lesquels ont retracé les épisodes de ces parcours à travers des régions sauvages, où l’homme noir n’avait pas encore vu le blanc, où tout est imprévu, où chaque jour révèle des difficultés nouvelles qu’il faut vaincre, et qui ont laissé dans la pensée de tous des impressions qui ont classé ces contrées au rang des régions les plus inhospitalières. Et, si nos voyageurs se sont généralement attachés à étudier surtout le pays et ses ressources et à montrer les contrées sous leurs aspects véritables, d’autres récits, où dominent lesfaits extraordinaires, les aventures les plus terrifiantes et les prouesses les plus hardies, ont surtout attiré l’attention du grand public et l’ont laissé sous une impression complètement fausse. Trop souvent, on a présenté ces régions comme V Afrique mystérieuse, recouverte de ténèbres, dont seuls quelques privilégiés avaient osé soulever quelques coins du voile.