‹ Le Congo méconnuChapitre 17 sur 30 · GUERRIERS SABANGAS DANS LE II AUT-OUBANGUI · texte numérisé non relu

GUERRIERS SABANGAS DANS LE II AUT-OUBANGUI

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LE CONGO, SA POPULATION, SON ASPECT

bien taillée, sans lèvres épaisses, les éloignent du type nègre auquel nous sommes habitués et les rapproche des populations de l’est de l’Afrique. Ils semblent former comme une pointe de pénétration des races venues des régions orientales en suivant les grands cours d’eau.

Si, maintenant, nous quittons les rives de l’Oubangui pour remonter vers le nord, nous allons trouver un groupe de peuplades différentes encore de celles que nous avons rencontrées jusque-là. Les Langouassis, les N’Gapous, les Dakouas forment un groupe qu’il faut rapprocher des Niam-Niam décrits par Schweinfurth (1), et qu’il a rencontrés plus à l’est, mais suivant le même degré parallèle. Ce sont toutes des peuplades anthropophages, et pourtant ce ne sont pas des sauvages ignorants de toute chose, comme les populations du Bas-Oubangui. Chez eux, au contraire, les cultures sont très en honneur, et ils se livrent aux travaux du sol avec infiniment de méthode et de précision.

Comme chez les populations qui habitent notre Soudan occidental, on les voit débrousser la forêt pour lui substituer les champs de culture. Ils savent que c’est là où l’arbre a crû que le sol est le plus fertile. Il est rare de voir une culture seule

(1) Schweinfurth au cœur de l’Afrique.

occuper la terre, mais au contraire, avec une méthode qui surprend chez des peuplades aussi primitives, ils combinent les plantations pour tirer du sol cultivé le plus qu’il peut rendre. C’est ainsi qu’ils sèment ensemble le mil et le maïs. Ce dernier donne ses graines en trois ou quatre mois ; ils l’arrachent alors, et le mil reste seul et parachève sa croissance. Bien souvent encore, ils couvrent la terre de cultures accessoires intercalaires, telles que celles de concombres, de courges ou de patates. C’est un véritable assolement. Ils le complètent encore en déplaçant les cultures et en abandonnant les terres qui ont porté plusieurs récoltes pour remettre en culture d’autres surfaces nouvellement débroussées.

Souvent, pendant des journées, on chemine ainsi au milieu de champs cultivés qui entourent les villages et conduisent, sans transition, jusqu’à d’autres cultures avoisinant d’autres groupements de cases.

Tout cela serait pour le mieux, car il n’est pas douteux que ces coutumes dénotent, de la part des indigènes qui les pratiquent, des aptitudes culturales dont il nous serait aisé de tirer parti le jour où ces régions seraient accessibles, si jusqu’à présent elles n’étaient, au point de vue pratique, complètement isolées du monde civilisé par leur éloignement et par le manque absolu de tout moyen

LE CONGO, POPULATION, SON ASPECT

de communication avec les régions de la côte.

Ici, comme chez tous les peuples cultivateurs ou pasteurs de l’Afrique centrale, règne la coutume, les pluies ayant cessé, d’incendier les chaumes des prairies desséchées. L’herbe a poussé grande et robuste pendant la saison humide. Ses brins sont souvent résistants comme des roseaux et hauts de 2 ou 3 mètres. Tout est noyé, alorSj dans cet océan d’herbes qui a remplacé la forêt et dans lequel disparaît la troupe qui passe, comme le gibier qui fuit ou le fauve qui guette une proie facile. Chaque village est isolé, emprisonné qu’il est dans ce flot de verdure.

Aussi avec quelle impatience l’indigène attend-il le moment où enfin il pourra, l’herbe s’étant desséchée, l’enflammer et faire brûler cet incendie qui va, favorisé par l’ardeur du soleil qui a évaporé toute l’humidité et un vent souvent très fort, réduire en cendre tous ces obstacles. Car, après, ce sera l’espace libre, l’horizon vaste, rendu à la vue; la prairie qui repousse attirera les troupeaux de gazelles et d’antilopes, désormais faciles à atteindre. L’indigène ne se sent pas en sécurité tant que l’herbe grande lui dérobe l’espace à la vue; il est à la merci d’une surprise et, pour lui, l’heure où il pourra faire le brûlage est attendue comme le moment de grandes réjouissances. Il va en effet organiser, avec le concours de tous les vil-

lages de la région, de grandes chasses qui vont lui fournir une ample provision de niama, et niama, c’est la viande dont il est tant privé, n’ayant pas de bétail. Et tout ce qui vit va fournir cette viande, depuis l’éléphant qu’il attaque, lorsqu’il est en nombre, en un courageux corps-à-corps, depuis l’antilope de toute taille, — et il en est de la dimension d’un cheval et de minuscules guère plus grosses qu’un lièvre, — jusqu’aux gros rats, aux écureuils, aux serpents et même aux sauterelles, qu’il consomme volontiers.

Mais si ces incendies sont pour l’indigène un moyen puissant, dont il sait tirer largement parti, on doit, au point de vue général, considérer cette pratique comme absolument déplorable, car elle est la cause initiale de la disparition progressive des grandes réserves que les siècles ont accumulées et qui, rationnellement employées, devraient assurer à tout jamais la fertilité et la richesse de ces contrées.

L’incendie des herbes, en effet, non seulement détruit toutes les matières organiques qui forment la base réelle de la productivité du sol, car c’est une erreur de croire que les cendres résultant du brûlage donnent à la terre la quintessence des produits que le feu a réduits en poussière, mais cet incendie a surtout un effet désastreux, car il s’attaque aux arbres, dont il affaiblit d’abord la

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