A CEVLAN, LES PLANTATIONS DE THÉ ONT COUVERT TOUS LES COTEAUX
Le Congo inrcoimu.
l’I. 3. Page H.
L'ŒUVRE COLONIALE DE LA FRANCE
furent employés à faire des pépinières de théiers destinées à remplacer les plantations de caféiers, impitoyablement arrachés. En moins de dix ans, la transformation complète fut opérée. Ceylan, réputée pour ses plantations de café, ne portait plus que de vastes cultures de thé.
Mais ce n’est pas tout que de produire, il faut vendre. Il fallait faire connaître ce produit nouveau. Alors encore, unissant leurs efforts, les planteurs syndiqués organisèrent une formidable publicité à frais communs. Ce que l’on préconisait, ce quel’onlançaitàgrand renfortde réclame, cen’était pas le thé de telle ou telle plantation, c’était le thé de Ceylan, la marque collective devant profiter à chacun.
Et nul, certes, n’a perdu le souvenir de cette belle organisation qui eut pour scène le parc du Trocadéro, à l’Exposition universelle de Paris, en 1900. Là, des Indiens, en costume national, débitaient à bas prix le produit unique de la marque collective, pendant qu’une vaste publicité vantait, partout, les qualités du nouveau produit.
De fait, ce thé est de basse qualité. Nous avons eu l’occasion de le faire voir en une note présentée à l’Académie. Il a le grand défaut, contenant une quantité de tanin double de celle des thés de Chine, d’agir d’une façon très défavorable sur l’estomac, qui en général le supporte mal. Mais
qu’importe, la réclame vient à bout de tout, et le thé de Ceylan fut, depuis lors, définitivement lancé en France. Ce devint vite une brillante affaire. C’est alors, mais seulement alors, que les planteurs, aussi bien que les commerçants, reprirent leur liberté d’action et essayèrent, par une publicité individuelle, de faire prévaloir leur marque spéciale.
Ce seul exemple montre combien, chez nos voisins, la colonisation trouve d’éléments de vitalité et avec quelle méthode, quel esprit de suite ils savent mener à bien leurs entreprises.
De tels enseignements, qui ont le mérite de découler de l’examen même des faits, indiquent toute la force d’expansion coloniale que nos voisins ont su acquérir par une longue pratique de la colonisation, secondée par l’esprit d’association, et aussi, il faut le dire, par l’admiration et le respect qu’ils donnent à tout ce qui est national, sentiment qui constitue une de leurs plus grandes forces.
Admirablement aidée par le choix des colonies, esquelles correspondent exactement à ses besoins, secondée par tout ce grand courant d’émigration qui constitue pour elle un besoin social, soutenue enfin par un sens pratique très développé et auquel l’esprit de cohésion et d’association donne une puissance plus grande encore, la nation
L'ŒUVRE COLONIALE DE LA FRANCE
anglaise constitue incontestablement le peuple chez qui le sens de la colonisation le plus développé a donné les plus remarquables résultats.
Puisant dans leurs colonies leur force et leur richesse, ils ont su aussi bien les adapter à leurs besoins que s’adapter eux-mêmes aux charges et aux devoirs que leur impose leur situation de grande puissance coloniale. Le roi lui-même tient à montrer à ses colonies la solidité des liens qui les unissent à la métropole et la place qu’elles tiennent dans ses préoccupations. A peine couronné à Londres, il va se faire sacrer aux Indes souverain de son vaste empire. Chez eux les citoyens des territoires coloniaux ont les mêmes droits , les mêmes prérogatives et bénéficient des mêmes faveurs que ceux qui demeurent dans la mère patrie.
Et c’est de ce sentiment d’union étroite entre la métropole et les territoires coloniaux que sont nés les principaux éléments de la force du Royaume-Uni. Il a créé cette solidarité complète dont on a eu la démonstration matérielle lors des événements du Transvaal, alors que spontanément les colonies s’offraient de contribuer, par l’envoi d’argent, de navires et de contingents recrutés sur place, aux frais de la guerre.
Chez nous, le mouvement de colonisation est tout autre. Obéissant à d’autres causes, ayant une autre raison d’être, il doit nécessairement, pour
arriver à un même but final, employer d’autres voies et d’autres moyens.
C’est une erreur grossière que celle qui consiste à croire que la colonisation doit procéder sans cesse de la même façon. Le problème est plus complexe. Aussi chaque nation, suivant ses besoins économiques ou sociaux, suivant la nature et l’esprit de son peuple, suivant ses moyens et ses aptitudes, doit-elle chercher ses propres méthodes et les adapter à l’ensemble des circonstances qui doivent dominer son mouvement d’expansion au dehors.
Vouloir calquer sur d’autres peuples les méthodes qui les ont conduits au succès, c’est peut-être aller vers un échec complet. Gardons-nous de suivre les esprits simplistes qui concluent à ce que nous ne savons pas tirer parti de nos colonies, parce que nous n’avons pas suivi, pas à pas, les méthodes de nos voisins.
Dans une remarquable conférence, faite à Paris en 1906, Lord Hamphill, ancien vice-roi de l’Inde, disait : « Ce qui caractérise votre colonisation, c’est que vous voulez traiter toutes vos colonies sur un pied d’égalité économique et politique. C’est une erreur. Vous leur imposez des vêtements « tout faits » de la « confection » ; ils leur vont mal. Nous, nous les habillons chez « le tailleur », « sur mesure ». »
Certes, l’observation est juste, mais nous nous
iÊlÊÈIiaÊBSk.^Æ
VUE GÉNÉIIALE DE KONAKHV.