‹ Le Congo méconnuChapitre 5 sur 30 · DES PLAGES ROCHEUSES PRÉCÈDENT KONAKRY · texte numérisé non relu

DES PLAGES ROCHEUSES PRÉCÈDENT KONAKRY

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L'ŒUVRE COLONIALE DE LA FRANCE

empresserons d’ajouter : gardons-nous bien de les habiller chez le tailleur anglais. Avec notre manie d’admirer sans réserve tout ce qui vient de l’étranger, et souvent de trop dénigrer ce qui est fait chez nous, nous serions enclins à imposer à notre colonisation le système anglais tout entier, nullement en rapport ni avec nos besoins, ni avec nos aptitudes.

On peut dire que le vice de notre colonisation découle de ce fait que, généralement, le mouvement d’expansion a, de beaucoup, précédé la possibilité de régler ce mouvement lui-même et d’en tirer un parti immédiat. Nos désirs ont souvent dépassé nos moyens. Nous verrons cependant que, avec cette souplesse merveilleuse qui est la caractéristique de l’esprit français, nous avons malgré tout, avec le tassement des choses et des idées, su, d’une façon générale, mettre à profit les circonstances qui ne nous ont pas toujours paru favorables au début.

Car il date de loin, notre mouvement de colonisation. Et la période que nous vivons à l’heure présente, cette période décisive parce qu’actuellement toutes les questions territoriales doivent se régler d’une façon définitive, dans le monde, n’est en réalité pour nous qu’un recommencement.

Ce sera certes une des gloires les plus pures de la Troisième République d’avoir su, en l’espace

d’un quart de siècle, reconquérir ce que les régimes précédents avaient si pitoyablement laissé perdre. Il n’est pas exagéré de dire que, si nous avions su conserver le patrimoine que nous avaient acquis nos premiers mouvements d’expansion, nous serions, à l’heure actuelle, la première nation coloniale du monde.

Il nous faut, de ces événements, tirer une sévère et grave leçon, car, si nous avons su, si nous avons eu les moyens de réparer nos fautes, c’est que notre mouvement de régénération s’est produit alors qu’il en était temps encore, c’est-à-dire alors qu’il restait, de par le monde, des « terres libres ». Aujourd’hui cette période est close. Et ceux qui nous criaient : « Mais que faites-vous à conquérir sans cesse des territoires nouveaux? Mieux vaudrait mettre en valeur ceux que vous détenez déjà », ne se rendaient pas compte de la valeur des gages d’avenir que nous prenions.

Chaque chose est venue à son heure pour nous. Nous avons su acquérir, c’est là notre grand et incontestable mérite. En le faisant, nous avons donné à la France le moyen de prévoir tout mouvement d’expansion, tout développement, toute adaptation à nos besoins présents et futurs. Et c’est en quoi la Troisième République, par l’œuvre accomplie à la fin du xix®, comme au seuil du xx® siècle, se sera acquis une gloire définitive aux yeux des

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générations à venir. Car administrer, c’est prévoir, et en occupant de vastes contrées, nous avons tout prévu, même la possibilité des « échanges », qui peuvent constituer une méthode, à la condition qu’ils soient judicieusement faits.

Il faut donc, dans l’œuvre d’expansion de la France au dehors, considérer deux points distincts, indépendants même l’un de l’autre ; c’est, d’une part, la conquête ; de l’autre, la mise en valeur, c’est-àdire la colonisation proprement dite.

Que nous ayons su conquérir, c’est un fait que nul ne songe ni à contester ni même à discuter, car l’on se trouve en présence des faits accomplis et des résultats acquis. Ce que l’on nous accorde moins volontiers, c’est que nous ayons su tirer parti de nos conquêtes, etl’onnousdénieou, pourmieux dire, nous nous refusons de nous reconnaître à nousmêmes une aptitude colonisatrice suffisante.

Il nous paraît utile de nous expliquer sur ces deux points.

Ce qui est particulièrement remarquable dans notre œuvre de conquête, c’est qu’elle s’est accomplie si rapidement, avec si peu de bruit d’armes ou de poudre, qu’elle s’est parachevée sans que presque on y prenne garde. Et cela est tellement vrai que, chez nous-mêmes, on s’est à peine rendu compte de l’immunité de l’œuvre accomplie. C’est presque là l’inconvénient de ce mode de conquête,

c’est qu’il n’a pas attiré sur lui toute l’attention nécessaire. Il n’est pas douteux que, si l’on avait mené tout ce mouvement, à grand orchestre, on aurait provoqué un élan d’enthousiasme dont serait née une marche en avant plus rapide.

Mais les conditions modestes dans lesquelles s’est accomplie la grande œuvre d’expansion coloniale de la France ont été dominées par les circonstances mêmes dans lesquelles elle a pris naissance.

Au lendemain de nos désastres, la France meurtrie, repliée sur elle-même, semblait être vouée au recueillement et au silence. Ceux-là mêmes que tenaillait l’ambition des choses grandes ne pouvaient jeter les yeux vers la muraille de fer qui, pour trop longtemps, devait arrêter tout élan. Et c’est alors qu’ils s’en sont allés par le monde porter leurs efforts, mus par le seul désir de rendre à la France des gloires nouvelles et de réparer, dans une certaine mesure, par l’adjonction de territoires nouveaux, la grave mutilation subie. Ainsi a pris naissance ce mouvement qui devait nous conduire à jeter les bases de cette belle action de patriotisme et de suprême prévoyance qu’est la création de « la plus grande France ».

Elle était dure, ardue, pénible, la tâche, car rien ne la soutenait! Certes quelques mouvements d’enthousiasme et de fierté se produisaient

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