‹ Le Congo méconnuChapitre 6 sur 30 · DES CARAVANES NOMBREUSES FRÉQUENTENT LA ROUTE DU SOUDAN · texte numérisé non relu

DES CARAVANES NOMBREUSES FRÉQUENTENT LA ROUTE DU SOUDAN

Le Coîiffo jnécoinui.

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quand quelques feuilles quotidiennes venaient annoncer nos succès sur les terres lointaines de rindo-Chine ou du continent noir ; certes les bravos ne manquaient pas, pour saluer le retour des vaillants pionniers, mais avec quelle amertume, avec quelle répugnance et parfois avec quelle systématique opposition, l’opinion accueillait toute demande de crédit pour soutenir l’œuvre entreprise, et surtout, nul ne voulait admettre le sacrifice nécessaire de quelques poignées de braves qui s’en allaient au loin défendre nos droits établis et asseoir définitivement nos conquêtes. Et ceux qui, dans une vaste conception d’avenir, osaient soutenir la nécessité de ce mouvement d’expansion lointaine, y ont vu sombrer leur renom en un mouvement de réprobation populaire ! Un courant nettement anticolonial était né. On ne pardonnait pas à quelques hommes d’Étatla hardiesse d’avoir soutenu par les armes l’œuvre de nos explorateurs, et les moindres revers, même plus apparents que réels, les vouèrent à une réprobation, à une haine qui les suivit jusqu’à leur mort.

Cependant les événements eux-mêmes se chargèrent de ramener les esprits, sinon encore vers une conception plus précise de la nécessité de notre mouvement d’expansion, du moins à un sentiment d’équité et de justice envers ceux qui, dans un grand élan d’abnégation patriotique, avaient

soutenu, quand même, malgré l’amertume de l’épreuve imposée, notre œuvre de conquête. Et en attendant que le recul de l’histoire, qui permet d’embrasser d’un coup d’œil plus précis et plus juste l’ensemble des événements, rétablisse dans ses proportions exactes, aussi bien la part de gloire qui revient aux uns que les responsabilités qui pèseront sur les autres, dans un vaste et beau mouvement de patriotique enthousiasme, la nation tout entière s’unit pour rendre un définitif hommage à celui sur lequel on avait voulu faire peser le plus lourdement la responsabilité de ce que l’on appelait nos désastres coloniaux. Car une brume épaisse avait obscurci les esprits et les empêchait de juger sainement des événements. Et quand cette brume se dissipa, que les réalités apparurent dans toute leur ampleur, alors un irrésistible élan d’équité et de justice rendit à celui qui en avait été l’artisan la gloire pure qui lui était due. Jules Ferry, l’homme honni et réprouvé, celui que, ironiquement, on avait baptisé le Tonkinois, et qui revendiquait lui-même ce surnom comme son plus beau titre de gloire, a son nom définitivement inscrit dans la grande et belle page quel’histoire réserve au mouvement d’expansion coloniale de la Troisième République.

Vigoureusement amorcée d’une part en Afrique, de l’autre en Extrême-Orient, notre œuvre de colo-

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nisation grandit rapidement. Nos pionniers partirent nombreux Civils et militaires rivalisèrent de zèle, de courage et d’abnégation. Ils s’en allaient au loin, quittant bien-être, foyer, patrie, avec au cœur une foi profonde et, dans les yeux, le regard ardent de l’apôtre, remplir leur « mission » et planter, chaque jour plus loin, le drapeau aux trois couleurs. Et les nations rivales contemplaient d’un regard d’étonnement et d’envie cet ardent mouvement de marche en avant que rien ne semblait pouvoir arrêter. Il y eut quelques heurts. Quelques fautes commises faillirent avoir les plus lourdes conséquences, et la paix de l’Europe fut menacée. Mais la France fortifiée déjà, sûre de son droit, put entrer dans la deuxième phase de ses conquêtes, celle des délimitations. C’est qu’en effet son vaste et rapide mouvement d’expansion avait amené ses explorateurs jusqu’aux extrêmes limites des « terres libres ».

Des commissions mixtes entre peuples voisins sur le sol africain furent nommées. Elles firent la part des nations. Celle de la France était considérable. L’œuvre, qui, dans l’esprit même de ses artisans, semblait à peine réalisable, était cependant accomplie. La France pouvait désormais, au nord de l’Afrique, relier par des routes, des voies ferrées, des lignes télégraphiques toutes ses possessions de l’Ouest et du Centre. Avec une ténacité

sans exemple, sous l’influence bienfaisante de ce groupement d’hommes éminents et de patriotes éclairés que fut le Comité de l’Afrique Française, l’accomplissement du rêve de Crampel, la jonction de toutes nos possessions par le Centre-Africain, par le Tchad, fut poursuivie et, en une dizaine d’années, parachevée. Successivement chaque mission apporta sa pierre à l’édifice commun. Prenant l’œuvre de Brazza pour base, une à une, les missions ouvraient chaque jour plus avant la route que jalonnent maintenant bien des tombes de braves. Mais, si le drapeau tombait un moment sur le sol, pressé dans un patriotique et dernier élan de celui qui lui sacrifiait sa vie, bien vite plus nombreux et plus forts accouraient ceux qui voulaient se disputer l’honneur de le relever et de le porter plus loin, plus loin encore.

Enfin cette merveilleuse épopée, sans précédent, et sans lendemain possible, car l’ère des grandes conquêtes pacifiques, des grandes explorations est à jamais close, fut terminée, soulevant dans le monde un vaste mouvement d’enthousiasme et d’admiration.

Nous avons voulu, en quelques lignes, retracer l’origine de nos conquêtes; il importe d’en préciser les conséquences générales.

Ce vaste mouvement semble avoir précédé chez nous les besoins économiques ou sociaux

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dont nous avons parlé. Il n’est pas douteux, — et nous en conviendrons aisément, — que c’était là bien plus une œuvre de prévoyance et d’avenir que le besoin impérieux du moment. Il nous sera aisé de faire voir jusqu’à quel point, par suite de la transformation de la vie moderne, amenée, par une évolution rapide, à modifier ses besoins, ces vastes contrées étaient nécessaires à notre commerce et à notre industrie ; mais nous voulons tout d’abord répondre à une grave objection de principe, que l’on a tellement répétée, — souvent, il faut le dire, sans se donner la peine d’en vérifier la justesse, — qu’elle a pris toute la force d’un dicton populaire : « Nous ne savons pas coloniser, repète-t-on, sans cesse, et au surplus nous sommes trop bien chez nous pour chercher à nous en aller au loin. » Ce sont là deux aphorismes dont il est aisé de montrer toute l’inanité. Tout d’abord le fait d’être bien chez soi n’exclut pas l’idée des voyages et même des séjours en pays lointains. Et il est vraiment surprenant de constater combien quiconque a goûté de la vie coloniale y revient presque nécessairement. Ceux-là mêmes qui sont les plus récalcitrants à décider un départ deviennent bien vite des adeptes ardents de cette vie tout autre, moins étriquée, moins mesquine, qu’est celle que l’on passe aux colonies. Puis on se sent grandi par cette existence nouvelle, où l’on s’appartient

davantage, débarrassé d’exigences sociales parfois bien inutiles et bien vaines, toujours encombrantes. La nécessité d’agir, de diriger, de décider, faitnaître en nous un sentiment d’autonomie et de commandement, qui devient bientôt un impérieux besoin. f Le Français qui a vécu aux colonies se reconnaît sans peine. Il est devenu plus décidé et, que l’on nous passe l’expression, plus « débrouillé » . Nous avons beau être bien chez nous, la vie coloniale nous attire parfois, mais elle retient toujours ceux qui en ont goûté. C’est une maîtresse que l’on n’abandonne pas aisément, car nulle autre ne possède les mêmes charmes, les mêmes attirances, ^les mêmes attraits.

Ce que l’on a le plus de peine à vaincre, c’est ce lien solide qui nous retient quand même au foyer. Notre éducation entière n’est pas dirigée vers la vie coloniale. Ces deux sciences fondamentales, qui doivent former la base de l’éducation coloniale, ne sont pas, dès le début de notre éducation, suffisamment enseignées. Nous voulons parler de la géographie et des sciences naturelles. Quelle faible place elles tiennent dans nos études ! Une réforme profonde s’imposerait pour rendre l’éducation de nos enfants plus conforme aux exigences de l’heure présente. On formerait alors une génération d’hommes qui, préparés par une instruction adaptée, iraient plus volontiers porter au loin les

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ressources d’une intelligence ouverte à trouver la solution de si nombreux et si captivants problèmes, que la nature nous pose à chaque pas, lorsque nous vivons en contact avec elle, dans son intimité complète. Que de bienfaits elle nous réserve en récompense du culte que nous lui vouons. Tant de choses nouvelles apparaissent que nous ne pouvons plus, semble-t-il, que courir aux plus pressées, laissant encore pour les générations futures d’inépuisables moissons.

Si notre colonisation a été hésitante au début, si du même coup elle a joui d’un si mauvais renom populaire, c’est qu’elle a été faite d’éléments qui, peut-on dire, ne lui étant pas destinés, n’étaient nullement préparés aux fonctions auxquelles ils devaient être voués.

C’estqu’en effet chaque peuple a ses aptitudes natives. Bien souvent celles-ci trouvent leur origine dans l’organisation sociale et dans l’éducation familiale. Que le goût des voyages soit chez nous peu développé, c’est là un fait que nul ne songera à contester. Certes, dans les classes élevées, parmi les favorisés de la fortune, le goût du tourisme se développe, mais celui-ci prend pour objectif bien plus les curiosités du monde que le fait utile d’aller visiter et étudier quelque coin de nos possessions lointaines. C’est dans la classe moyenne, parmi ceux qui ont de quoi vivre, suivant l’expres-

sion consacrée, que l’on trouve le moins d’adeptes aux entreprises coloniales.

Ce qui a pendant longtemps, et jusqu’en ces dernières périodes, fourni l’élément dominant de la colonisation, c’est la classe des déshérités. Élément détestable, parce que désabusé et souvent aigri, sans confiance même dans l’avenir et dans la tâche à entreprendre. Voilà pour le moral. Détestable encore au point de vue physique, parce que non résistant et apte à contracter tous les germes de maladies qui trouveront en lui un terrain admirablement préparé, l’homme mal portant ne peut résister au climat des pays chauds.

Souvent, il faut le dire bien net — car c’est là l’exacte vérité, — ceux qui partaient, il y a de cela dix ou vingt ans, pouvaient être considérés comme de véritables épaves de la civilisation moderne. Épaves cahotées sur les océans que les flots jetaient sur une terre ou sur une autre, au hasard des courants, etqui se dirigeaient ici, parce qu’elles ne se dirigeaient pas ailleurs.

Et c’est avec ces éléments que notre colonisation a commencé partout. Et ce que l’on peut constater avec étonnement, avec stupeur, c’est que, malgré tout, presque partout, elle a réussi, Certes, il y a eu du déchet, beaucoup de déchet même, mais le résultat général, le mouvement pris dans son ensemble a été favorable. On en peut

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conclure qu’elle est bonne cette terre, et accueillant ce climat tant décrié cependant, pour permettre à eux, colons nés du hasard, de l’aventure, de réussir quand même.

Il faut dire que l’administration des Colonies a pris parfois sa large part de responsabilités dans cette colonisation d’aventure. Il existe en effet encore quelques documents imprimés, et qui furent distribués à profusion, où les conseils les plus dangereux étaient donnés sans ménagement. Nous n’aurons pas la cruauté de trop préciser. Cependant il est de ces faits qu’il est impossible de taire, car ils montrent les conditions malheureuses et néfastes dans lesquelles la colonisation a reçu sa première impulsion. On dira : «Mais c’était au début» Eh ! sans doute, et c’est ce en quoi la faute est plus grave encore, car c’est lorsque l’enfant est encore à la mamelle qu’il lui faut accorder le plus de soins, sous peine de le voir périr. Une œuvre administrative ne doit pas, n’a pas le droit d’être erronée sous peine de faire encourir à ses auteurs de graves responsabilités. On reproche assez à notre administration d’être lente et tatillonne, du moins qu’elle soit précise et que sa parole soit comme le critérium de la vérité scientifique.

Et si des fautes graves ont été commises, on en trouve la raison, mais non l’excuse, dans l’ignorance trop générale et trop complète des principes

mêmes de la colonisation chez ceux qui dirigent nos destinées coloniales. On ne veut pas se donner la peine de comprendre par quels enchaînements, par quelles étapes successives, doit passer nécessairement toute colonisation naissante, et, ce qui le démontre, c’est la part trop faible que l’on fait toujours aux études d’ordre agricole. Il est vrai de dire, — et cela est une autre faute non moins grossière et non moins lourde dans ses conséquences, — que l’on pense que l’agriculture n’a besoin ni d’être enseignée ni d’être apprise. Tout au plus pense-t-on qu’elle s’apprend par la pratique en tenant les mancherons d’une charrue.

Tout le prouve, et nous ne pouvons résister à l’envie de citer à cet égard une anecdote qui, pour exagérée qu’elle puisse sembler être, n’en est pas moins d’une authenticité absolue. Il existe, dans notre Afrique occidentale française, un service d’agriculture d’ensemble que l’on peut considérer comme le type du genre. Bien des organes étrangers, — il vaut bien mieux citer l’opinion des étrangers que de nos nationaux, car « nul n’est prophète en son pays », — l’on souvent reconnu. Or un haut fonctionnaire colonial revenant un jour d’un voyage d’inspection dans ces régions, nous lui demandâmes comment il avait trouvé l’organisation des services d’agriculture de cette colonie. Et lui de nous répondre : « Comment je l’ai

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trouvée? Mais détestable! Comment, j’arrive à Dakar, je demande à visiter le service de l’agriculture, et l’on me conduit d’abord dans un laboratoire, ou je vois des fourneaux et des cornues ! Mais aussi j’ai donné l’odre de fermer ce laboratoire, inutile et coûteux ! »

Rien ne peut être plus caractéristique que ce fait. Les études d’extraction des substances utiles, de transformation et d’utilisation des matières premières, de tout cela, au début du xx® siècle, un haut fonctionnaire n’en comprend pas la portée, il ose le dire, et, ce qu’il y a de pis, il peut, pour un moment (car il est à peine besoin de dire que le laboratoire fut rouvert), fermer ce laboratoire agricole, où les recherches les plus indispensables sont poursuivies. Et il n’a pas compris que ce laboratoire constituait avec les jardins d’essais, les champs et les fermes d’expériences, l’inspection des cultures, etc., un tout dont chaque rouage est indispensable.

Ce fait démontre jusqu’à l’évidence le besoin de donner à toute notre administration coloniale une compétence technique suffisante pour permettre que de semblables erreurs ne puissent se renouveler.

Les exemples qui prouvent la nécessité de donner aux services coloniaux une technicité suffisante sont nombreux. Nous en citerons un

encore, car il est nécessaire que l’on sache la nature des fautes commises afin qu’elles ne se renouvellent pas à l’avenir.

Chez nous plus peut-être encore que nulle part ailleurs, ce qui est dit par l’administration est pris en haute considération. Quand c’est écrit, cela prend force de décret, et, si c’est imprimé, oh ! alors, ce devient une loi! Que l’administration use donc de la force que lui donnent les documents officiels, mais qu’elle n’oublie pas que les conséquences de fautes ou d’erreurs soutenues par l’estampille officielle sont lourdes de conséquences. Or, dans un geste dont on peut louer l’inspiration, l’administration voulut, pour aider au mouvement de colonisation, distribuer des brochures montrant tous les avantages que pouvaient retirer ceux qui consentent à partir au loin pour s’adonner à la culture du sol colonial.

Une de ces brochures fut consacrée à la Nouvelle-Calédonie. On y démontrait qu’avec un capital de 6 000 francs une famille pouvait, se rendant dans cette colonie, entreprendre une culture de caféiers et en tirer en quelques années de brillants résultats. Au bout de dix ans, c’était la fortune. Et, pour encourager ce mouvement d’émigration, l’on accordaitpassage gratuit à ceux qui justifiaient de la possession de cette somme. Immédiatement les candidats furent nombreux, et on dut

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même limiter le nombre des passages de faveur.

Qu’arriva-t-il de ce mouvement officiellement provoqué? Un formidable et retentissant échec. Et nous dirons qu’il en a été ainsi, parce qu’il ne pouvait en être autrement.

Qu’est-ce à dire? Le climat de la Nouvelle- Calédonie ne convient-il pas au caféier; s’était-on trompé sur la possibilité d’y établir cette culture? Nullement. Il existe en cette colonie des plantations superbes, et le café produit est de tout premier ordre, assimilable aux meilleures sortes. Alors, que s’était-il donc passé? On avait simplement oublié d’éclairer la lanterne.

Nous n’insisterons pas sur le fait que la somme de 6000 francs était notoirement insuffisante : à cela on aurait pu parer en accordantdescrédits;non plus sur le point si important cependant que les centres de colonisation n’étaient pas toujours bien choisis: on aurait pu y porter remède dans une certaine mesure en donnant des terres meilleures ou en organisant mieux ces centres eux-mêmes. Mais la lourde, l’irréparable faute venait de ce que ceux que l’on envoyait ainsi au loin, pour lesquels l’État payait le passage et, la colonie, les frais d’installation, n’étaient nullement préparés à la tâche qu’ils allaient entreprendre. On n’exigeait en effet de ceux qui émigraient aucun certificat d’aptitude.

Rien n’est curieux, non, rien n’est triste comme de consulter ces listes d’émigrants et de constater par quel métier exercé antérieurement ils s’étaient préparés à cette colonisation agricole. C’étaient des médecins, des avocats, des j oürnalistes, — voilà pour les professions libérales, — et pour les métiers nous lisons : paveur, pomblier-zingueur, etc. La voilà la préparation agricole de ces futurs colons. Pas uns d’eux, sans nul doute, n’avaitjamais vu, même en gravure, un pied de ce caféier qu’il allait cultiver. Cela poussait-il comme des haricots ou comme des pommes de terre ? Le savait-il ? Mais bah ! il l’apprendrait sur place, au risque de planter la racine en l’air et la tige en terre !

Mais c’est un principe admis : l’agriculture ne s’apprend que par la pratique. Quiconque a échoué partout est encore bon pour faire de l’agriculture et, à plus forte raison, de la colonisation.

Ce sont là des principes admis et que l’on aura bien de la peine à déraciner, car ils ont poussé, vigoureux et tenaces, comme toute mauvaise herbe.

Eh bien, non, l’agriculture ne s’improvise pas. On l’a compris en France, où tout un enseignement admirablement complet a transformé notre production et l’a rendue exceptionnellement prospère. Mais il faut que l’on comprenne encore qu’à la base de toute colonisation prospère il y a l’agriculture coloniale, — que cette agriculture

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est tout autre que celle de. la métropole. Elle repose sur d’autres principes, sur d’autres règles physiologiques. Il faut nécessairement la connaître si l’on veut réussir et si l’on veut s’éviter de pénibles déboires.

Il faut dire que ces notions commencent peu à peu à faire leur chemin. Nous n’en voulons la preuve que dans le succès chaque jour plus grand qu’obtiennent deux écoles que nous nous honorons d’avoir créées : l’École coloniale d’agriculture de Tunis et l’École supérieure d’agriculture coloniale de Nogent. Et, certes, ce ne fut pas sans peine que ces deux organismes virent le jour; nul ne voulait croire ni à leur utilité ni à leur succès.

Aujourd’hui que les années ont passé, les événements se sont chargés déjà d’en démontrer l’indispensabilité. Ce seront dans l’avenir les bases d’une colonisation solide, parce qu’elle sera rationnelle, méthodique et, disons-le, scientifique. Ce mot qui faisait si peur, auquel on opposait celui de pratique, est enfin, dans sa juste portée, plus généralement compris. On reconnaît mieux chaque jour, que n’a de valeur que ce qui repose sur la science. Et il en est de la colonisation comme du reste : elle aussi doit avoir une base étudiée, c’est-à-dire scientifique.

Mais, si nous avons tenu à faire voir nos erreurs,

causes de tâtonnements, d’hésitations et de retards dans la marche en avant, nous n’en prétendons pas moins que, quoi que l’on en ait dit, il existe chez nous un admirable instinct de la colonisation. Tout est relatif ici-bas, et, lorsque l’on vient soutenir que nos voisins ont seuls le savoir de tirer parti de nos possessions lointaines, nous y pouvons opposer des faits qui démontrent clairement le contraire. Et, puisque nous n’avons pas hésité à signaler les fautes commises, car il importe d’en éviter le retour, nous devons, par contre, montrer des cas où notre esprit administratif a su triompher de difficultés réelles et arriver à des résultats tangibles, qui, opposés à ceux qu’ont pu obtenir, à côté de nous, l’Angleterre ou l’Allemagne, démontrent que nous avons souvent su faire mieux, plus vite et à meilleur marché.

Il nous a été donné de nous rendre, dans ces vingt dernières années, plusieurs fois au Congo et dans les colonies de la côte occidentale d’Afrique. Nous avons pu ainsi suivre, pas à pas, le développement de tout ce chapelet de possessions françaises, anglaises ou allemandes, qui s’égrène depuis le cap Vert jusqu’à l’Angola.

Nous en avons gardé non seulement le souvenir en notre mémoire, mais des notes et des clichés photographiques qui résument et précisent les impressions successivement ressenties. C’est ainsi

LES RAPIDES DE LIVINGSTONE BARRENT LE COURS DU CONGO EN DESSOUS DE BRAZZAVILLE.

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qu’en 1891 nous avons, pour ainsi dire, assisté à la naissance de notre colonie de la Guinée française. Ce territoire, récemment encore désigné sous le nom de Rivière du Sud et rattaché au Sénégal, venait de prendre son autonomie.

C’est sur sa pointe extrême, qui s’avance vers les flots de l’Océan, la presqu’île de Konakry, que l’on venait de bâtir quelques constructions provisoires, logement du gouverneur et bâtiments d’administration. Avec deux factoreries, une allemande, l’autre française, c’était tout ce que les Européens possédaient en ce point. La presqu’île, recouverte d’une forêt de palmiers à huile, abritait deux ou trois groupements de cases indigènes. A marée basse, on gagnait, à pied sec, la terre ferme, couverte d’une forêt assez dense et se relevant bientôt en un massif montagneux dont de loin on aperçoit les sommets. Et puis c’était tout un arrièrepays, admirablement pittoresque et sauvage, coupé de rivières et de torrents roulant des flots mugissants au milieu d’éboulis de roches immenses, ou bien se précipitant, en filets d’argent, de hauts plateaux jusque dans le fond de vallées fertiles, et reprenant alors un cours calme et paisible. C’est à juste titre que l’on a nommé, dès longtemps, cette belle contrée : la Suisse africaine.

Mais, depuis que René Caillé, en 1827, partait de la côte pour gagner le Sénégal et de là se lancer,

en un mémorable voyage, jusque dans la traversée du Sahara, rien n’avait changé en cette période de plus de soixante ans. C’était la brousse, les cases paisibles au toit longuement conique qu’empanache une lente fumée du feu de bois vert entretenu à l’intérieur pour chasser les moustiques, le coin de terre cultivée, le « lougan » qui fournira les quelques légumes que l’indigène sait produire, le sentier qui serpente, évitant les obstacles, et relie les habitations entre elles, mais rien encore de ce qui fait pressentir une colonisation naissante, une vie civilisée.

L’organisation nécessaire de cette contrée fut confiée aux soins du docteur Ballay, l’homme actif, simple et bon qui, pendant dix ans, consacra toute son énergie à former, de ce rien, un tout admirable. Son caractère bienveillant, mais ferme, sa grande habitude de la vie noire lui concilièrent de suite et la sympathie des indigènes et une grande autorité sur eux. Nous le retrouverons, dans ses débuts de la vie africaine, aux côtés de M. de Brazza, organisant les premières missions de pénétration au Congo.

Il sut, en une période de dix années, arriver, en Guinée, à un ensemble de résultats merveilleux. Nous eûmes l’occasion, à cette époque, de visiter plusieurs fois sa colonie. A chaque fois, c’était pour nous une surprise nouvelle. Ce fut d’abord une

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grande route qui traversait, de part en part, la presqu’île reliée maintenant à la terre ferme par un pont métallique. Puis on la prolongea à travers tout l’arrière-pays. Franchissant les vallées, serpentant au flanc des coteaux, passant sur les torrents, elle conduisait jusque sur le plateau soudanais. Et, par ce large drain, les caravanes s’acheminaient nombreuses, apportant vers les factoreries de Konakry, dont le nombre allait s’accroissant sans cesse, des éléments d’activité et de richesse. La presqu’île se transformait. Les maisons se construisaient partout, et les toits se rapprochant des toits donnaient déjà l’aspect d’une ville naissante, mais non pas d’une de ces villes faites de hasards, sans ordre ni méthode, mais d’une véritable cité américaine, les avenues coupant les rues à angle droit avec des places publiques, des jardins, avec l’eau amenée de près de 40 kilomètres, jaillissant en de nombreuses fontaines, et partout l’activité, le mouvement que donne un commerce chaque jour plus intense.

Et, pendant que la ville naissait, le gouverneur portait déjà ses yeux plus loin. Il songeait à organiser la colonie tout entière. Des missions partaient. Elles créaient des relations avec les almamys des régions voisines, les amenaient à nous et installaient notre autorité dans tout l’arrièrepays. La route, jalonnée à travers le Fouta, devint

le tracé d’un chemin de fer, qu’un homme d’une rare énergie, le commandant Salesse, sut commencer et terminer, le conduisant jusque sur le bord de la grande artère du Soudan, notre beau fleuve, le Niger,

Mais toute œuvre est relative. Que devenaient pendant ce temps les colonies voisines ? Alors que Konakry n’était, en 1890, qu’un coin de brousse, nous avions vu, à côté, Sierra-Leone présenter déjà l’aspect d’une véritable ville, avec un port, des quais solidement construits, son imposant palais du Gouverneur, et l’aspect actif que donnent généralement les colonies anglaises. Née plus d’un demi -siècle avantnotre Guinée, ayant assis son commerce sur des bases sérieuses, avec ses nombreuses factoreries, le mouvement relativement intense de son port, où tous les navires faisant la côte occidentale relâchaient nécessairement, car ils trouvaient aisément à y renouveler leurs provisions de vivres frais, la possession anglaise semblait devoir créer à tout jamais une concurrence redoutable à notre colonie naissante.

L’intelligente activité de notre gouverneur de la Guinée donna aux événements un cours tout autre. La colonie grandit sans relâche. Résolument son chemin de fer s’avançait vers le Soudan, et en même temps, nous l’avons dit, des missions soumettaient à notre influence tout l’arrière-pays.

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reliant bientôt son territoire, par le Soudan, à celui que nous avaient donné les belles explorations du capitaine Binger et qui constituaient déjà notre colonie de la Côte d’ivoire. Si bien que, lorsque la colonie anglaise songea à pousser plus avant son chemin de fer, elle fut arrêtée par notre zone d’influence. De^ce fait, sa voie se trouve à tout jamais placée dans des conditions d’exploitation d’une infériorité marquée sur la nôtre.

Et la conséquence économique de ces dispositions ne tarda pas à se faire sentir. Aujourd’hui Free-Town a singulièrement diminué d’importance. Son port n’est plus visité que par les navires anglais, alors que Konakry est devenu l’escale obligée de tous les vapeurs. Bien mieux, la plupart des factoreries anglaises se sont transportées à Konakry, relié directement à tous les grands marchés du Soudan.

Et, puisque l’on veut sans cesse comparer notre œuvre coloniale à celle denos voisins, que l’on n’oublie pas cet exemple. Il montre, jusqu’à l’évidence, ce que peuvent la persévérance et la ténacité d’un gouverneur habile qui, pendant dix ans, se consacra avec une patriotique ardeur à la constitution d’une colonie vouée aujourd’hui au plus brillant avenir.

Veut-on, après ce coup d’œil d’ensemble, un point de précision et de détail ? Que l’on compare les deux chemins de fer, celui de la Guinée et celui

de Sierra-Leone. Situés l’un et l’autre dans des régions qui nécessitaient de nombreux travaux d’art, ils ont été, l’un et l’autre, poussé avec activité. Ce sont donc deux œuvres essentiellement comparables, avec cette seule différence que, tandis que le nôtre a une largeur d’écartement du rail d’un mètre, celui de la colonie anglaise n’a qu’une voie de 76 centimètres. Cependant le chemin de fer de Konakry au Niger a coûté moins de 90 000 francs le kilomètre, tandis que celui de Sierra-Leone représente une dépense d’environ 125 000 francs pour la même longueur.

Rien, à notre sens, ne peut mieux démontrer notre aptitude à tirer parti de nos territoires coloniaux que cet exemple trop peu connu du développement heureux de notre colonie de la Guinée française. Nous voulons cependant en citer un autre, qui a l’avantage de mettre, cette fois, en parallèle une colonie allemande avec une colonie française.

Nous voulons parler du Dahomey et du Togo. .Nées vers la même époque, présentant une grande similitude de surface, d’aspect et d’aptitude productrice, séparées seulement par une frontière conventionnelle, ces deux colonies foi’ment au premier chef deux entités essentiellement comparables. Ce sont deux bandes de terre relativement étroites (le Dahomey n’a que 125 kilomètres

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de côtes sur l’Atlantique) qui s’enfoncent dans l’intérieur des terres jusque vers le Soudan occidental, Leur principale richesse provient du produit du palmier à huile, qui y vient spontanément et que les indigènes exploitent avec soin. Il donne, comme l’on sait, un double produit : l’huile de palme, que fournit sa pulpe, et la graine de palmiste, qui est son amande, l’une et l’autre constituant un corps gras fort recherché dans l’industrie.

Malgré tous ces points de similitude, déjà, à l’origine, le commerce général se développe plus rapidement chez nous que dans la colonie allemande. Il est en effet en 1890 de 9 406 000 francs au Dahomey et seulement de 6 171 000 francs au Togo, Douze ans plus tard, en 1902, cette différence s’est accentuée encore, et respectivement les deux colonies nous donnent 30 959 000 francs pour le commerce général de notre colonie et 13 042000 francs pour le Togo.

On voit tout l’avantage qui nous reste dans l’activité commerciale de ces régions. Veut-on comparer, non plus des chiffres statistiques de douane, mais les budgets même des deux colonies ? Get examen va nous fixer sous le rapport de leur administration, et cette comparaison ne sera pas sans valeur, puisque trop souvent on nous refuse toute aptitude et toute habileté administrative.

Comparons donc les chiffres des recettes et ceux des dépenses. Nous verrons que ces derniers s’élèvent pour le Dahomey à 2200000 francs en chiffres ronds et à 2 807 000 francs pour le Togo, pendant que les recettes sont de 3 414 000 francs pour le Dahomey, laissant donc un excédent de 1 200 000 francs environ et de 1 400 000 francs seulement pour le Togo, donnant un déficit de 1 400 000 francs environ.

Cette brève et sommaire comparaison ne répondelle pas à bien des objections, à bien des critiques que l’on entend sans cesse formuler ? Sans preuve, sans démonstration, on s’en va répétant : « Nous ne savons pas coloniser; notre administration coloniale est déplorable ; nos colonies nous coûtent, elles ne produisent rien, etc., etc....» Ce seraient autant d’erreurs grossières si, le plus souvent, elles n’étaient voulues. Car nombreux sont encore ceux qui n’ont pas compris toute la portée du rôle économique de nos colonies. Et cependant même les nations, qui, au début, n’ont pas su faire des réserves d’avenir et acquérir, pour les besoins de leurs nationaux, des territoires alors libres, sont amenées à convoiter ceux que d’autres, plus avisées, ont su soumettre à leur influence. Ces peuples aux pas plus pesants, à l’esprit plus lourd, ne savent plus opposer que la force au droit. Cette fois-ci encore l’une primera-t-elle l’autre ?

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C’est que, il faut bien se rendre à l’évidence et reconnaître la nécessité, pour tout peuple qui vit, prospère, grandit, d’avoir des territoires qui lui fournissent ce qui est devenu l’indispensable complément des moyens d’existence insuffisants que lui donne le sol national. Rien ne peut, à notre sens, mieux fixer les idées sur ce point qu’un coup d’œil rapide sur l’influence qu’exerce chaque jour, à chaque moment de la vie, cette importation de l’appoint colonial sur notre manière même de vivre.

Les jeunes générations ne se demandent même pas ce que serait la vie si ces ressources faisaient défaut. Elles n’ont pas le point de comparaison que donne le passé. Et cependant il n’est pas si loin de nous, le temps où tout se présentait autrement. Qu’était l’alimentation il y a seulement trente ans; comparons-la à ce qu’elle est aujourd’hui, et nous verrons l’énorme différence. Et les exemples les plus vulgaires nous en donnent la preuve la plus tangible. Quelle était, par exemple, l’alimentation en légumes verts dans la saison hivernale ? A part les choux, les pommes de terre et quelques racines, il n’y avait que les produits de la culture forcée, denrées réservées, en raison de leurs prix extrêmement élevés, aux tables de grand luxe. Aujourd’hui, on trouve partout, à vil prix, tous les légumes verts que l’on peut désirer et que, cha-

que jour, des bateaux, à chargement complet, apportent d’Algérie. C’est là que s’est transportée toute notre activité de production pendant l’hiver, et nous ne nous contentons pas de fournir, jusqu’aux populations des campagnes, une nourriture saine et agréable, mais notre commerce métropolitain y a trouvé lui-même un élément nouveau d’activité par l’expédition de ces denrées dans l’Europe entièi'e. De même que l’Afrique du Nord était, dans l’antiquité, le grenier de Rome, elle est de nos jours le jardin de tout l’Ancien Continent.

Mais ce n’est là qu’un point presque de détail, pourrait-on dire, en regard de l’importance que présentent toutes les autres matières d’origine coloniale, dont on se sert désormais sans se rendre compte de leur provenance et qui, cependant, exercent la plus grande influence même sur notre vie sociale, car elles constituent l’élément principal de nos industries. Si, là encore, on veut bien comparer le passé et le présent, on se rendra aisément compte de la transformation qui s’est produite en un demisiècle.

Contentons-nous de citer comme exemple une ou deux de nos industries. Prenons celle des corps gras, qui prend chaque jour une importance croissante. Ce qui en formait la base, autrefois, c’étaient nos cultures métropolitaines, dans lesquelles l’œillette et le colza tenaient la plus grande place.

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Cette production à faibles rendements a presque complètement disparu. On ne consomme plus, on n’emploie plus, dans l’industrie, que des huiles d’origine coloniale, parmi lesquelles les huiles de coton, d’arachide et de cocos tiennent la plus large place. Il en est de même dans l’industrie textile. Que sontlelin oulechanvre àcôtédu coton, du jute, de l’abacca, du phormium, etc., etc. ? Rien ou presque rien. Ils sont réservés aux tissus de luxe, et ce n’est pas le luxe qui fait la grande industrie.

Et, si nous voulions jeter les yeux autour de nous, nous nous rendrions compte que tout, ou presque tout, est colonial, dans notre alimentation comme dans tout ce qui est le complément indispensable de la vie quotidienne. Faut-il citer nos boissons hygiéniques, thé, café, cacao, le riz, le tapioca, les graisses alimentaires, le sucre, qui serait exclusivement colonial si des droits ne venaient donner des primes au sucre de betteraves, et tant d’autres produits accessoires : poivre, vanille, aromates, etc., etc.? Faut-il, dans l’ordre industriel, citer le caoutchouc et la gutta-percha, sans lesquels aussi bien l’électricité que la locomotion moderne n’existeraient plus, et les bois coloniaux, et les pâtes à papiers, réserves d’avenir indispensables. Mais ce sont là notions vulgaires, et chacun les a présentes à la mémoire.

Sous quelque angle qu’on l’envisage, l’expansion

coloniale est l’œuvre de prévoyance indispensable à la vie des peuples d’Europe. Cette notion a, peu à peu, pénétré même les esprits les plus lents à s’adapter aux exigences de l’avenir. Ceux qui n’ont pa su prévoir veulent aujourd’hui opposer la force brutale aux droits basés sur des efforts d’un quart de siècle, qui n’avaient d’autres guides et d’autre mobile que le dévouement à la Patrie et dont la conséquence a été la constitution de la plus grande France. Gardons le souvenir des sacrifices consentis et sachons défendre ce patrimoine, qui est l’espoir et l’avenir de la nation.

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