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CHAPITRE II

LES ORIGINES DU CONGO FRANÇAIS

Les premiers voyages dans le golfe de Guinée. — Des navires français visitent la région congolaise au xvi® siècle. — Les missionnaires portugais. — Occupation du Gabon. — Fondation de Libreville. — Les explorations de P. du Chaillu, Serval, Griffon du Bellay. — Voyages d’Aymès. — • Marche et le marquis de Compïègne. — Le D' O. Lenz. — Les explorations de P. de Brazza, ses conséquences.

Des documents d’une incontestable valeur, tels que ceux des tabellionages de la Haute-Normandie, établissent que les armateurs expédiaient de 1541 à 1546 plusieurs navires vers le golfe de Guinée et la région du royaume d’Angola.

Il semble donc non douteux que, déjà à ce moment, notre marine marchande visitait les contrées qui devaient devenir, bien plus tard, notre colonie équatoriale. Pas un d’eux n’eut souci cependant d’établir, en un point quelconque, un comptoir ou un poste de ravitaillement. La navigation

à voile, difficile et capricieuse, par suite de l’instabilité des courants et aussi des grands calmes qui régnent souvent pendant de longues périodes, devait, pour longtemps, isoler ces régions du reste du monde. Ce fut jusqu’à la fin du siècle dernier le continent mystérieux. Tout semblait en devoir défendre l’accès. Les fleuves, aux immenses embouchures, qui paraissaient, par l’importance même du débit de leurs eaux, constituer de grandes routes conduisant jusqu’aux régions centrales, sont tous, à une faible distance de la mer, barrés par de formidables bancs rocheux qui, jalousement, en défendent l’accès. Les populations, que des siècles d’isolement avaient rendues férocement sauvages, repoussaient, impitoyablement, tout contact avec des hommes dont la couleur, les cheveux plats, le nez proéminent leur apparaissaient avec un aspect étrange et dont les armes et les équipements les épouvantaient.

La crainte, l’instinct de défense, leur donnaient à notre égard une attitude d’hostilité qui, le plus souvent, n’avait d’autre origine que la frayeur que nous leur inspirions.

Que de fois ne l’avons-nous pas constaté nousmême, au cours de nos explorations, la cause initiale de tous les conflits et, par suite, de l’échec de nombreux voyages de pénétration est la crainte instinctive que nous inspirons, au début, aux

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indigènes. Tel l’animal le plus doux et le plus paisible griffe et mord lorsqu’on le capture, tel l’indigène, qui se croit menacé lorsque soudain se dresse devant lui l’être étrange que nous sommes pour lui, songe avant tout à se défendre. Tous ceux qui ont compris ce sentiment instinctif du noir ont su s’entendre avec lui et réussir dans leurs entreprises.

Nous aurons l’occasion de le constater maintes fois, au cours du coup d’œil rapide jeté sur les diverses missions d’exploration qui ont conquis ces vastes contrées, les deux causes principales de l’échec de certains de ces voyages proviennent ou bien du manque de ménagement, pourrait-on dire, du sentiment de crainte instinctive que nous inspirons aux indigènes très primitifs, très sauvages, de toute la région fétichiste de l’Afrique équatoriale, ou bien, et pour une plus large part encore, de la confiance exagérée que certains explorateurs ont voulu accorder à celles de ces tribus qui ont l’apparence d’une civilisation bien plus avancée, bien plus élevée, et qui constituent l’élément islamique des populations africaines.

Ce qui a contribué, enfin, à rendre, pendant si longtemps, ces régions si difficilement pénétrables, c’est que, se défendant déjà par la configuration et la nature de leurs cours d’eau, elles opposent encore une résistance impitoyable par la densité

de leur peuplement forestier. Souvent la forêt vient jusqu’au rivage, et les flots amers de l’océan baignent l’inextricable réseau des racines enchevêtrées des palétuviers, formant, sur de vastes étendues, une clôture défensive impénétrable.

Dès le débarquement, le voyageur trouve les difficultés accumulées, bien faites pour le rebuter, et l’on comprend, lorsque l’on s’est rendu compte par soi-même de l’aspect de ces contrées, les raisons pour lesquelles on les a, pendant longtemps, entourées d’une atmosphère de crainte mystérieuse. Peu à peu, le voile s’est déchiré et, derrière ces défenses, est apparue, bientôt, la nature telle qu’elle est. Superbe dans sa luxuriante végétation, elle renferme d’incalculables trésors, que les défenses de la région côtière semblaient avoir pour mission de protéger contre l’activité des peuples conquérants.

Et alors, vue de plus près, examinée non pas par le touriste inconscient des richesses qu’il côtoie, mais par l’homme averti, préparé à sa mission par de patientes études, la nature apparaît étrangement belle. Tout surprend, car tout est nouveau. Cette forêt intense est faite d’arbres qui nous donneront leurs bois, merveilleux éléments de construction ou d’ébénisterie, leur sève aux précieux extraits, leurs feuilles aux principes actifs, leurs fleurs aux parfums pénétrants et subtils, leurs

l’embouchure de l’ogooué.

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