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CHAPITRE IX

Los possessions françaises. — Le Congo portugais.

Nous désignerons SOUS le nom de Congo français , toute la région comprise entre le Congo et l'Ogôoué, et renfermant le bassin du Quillou ou Niari. En réalité, il fait suite à nos possessions du Gabon (1) et nous constitue propriétaires d'une ligne de côtes s'étondant de 5° 30'sud à '2° 25' nord, sur une longueur de plus de douze cent quatre-vingt-cinq kilomètres. Trois grands fleuves traversent cette région: le Gabon, l'Ggôoué et le Quillou, qui relie Stauley- Pool à l'Océan.

A l'est, notre territoire suit la rive droite du Congo jusqu'à l'équateur ; dans ce parcours, trois grandes rivières viennent porter leurs eaux dans le Congo : le Liboko, qui relie le fleuve à Oubandji et dont M. Dolisie explore le cours à l'heure actuelle; l'Alima, qui rejoint le Congo à l'Ogôoué et les Séfîmi.

Au sud, le Tchiloango sépare nos possessions de celles du Portugal et de l'Etat libre.

La voie fluviale la plus importante du Congo français est assurément le Quillou ou Niari, exploré et reconnu par M. de Brazza et ses compagnons. Ce fleuve, large de 90 à 100 mètres, est navigable , par canot à vapeur, surtout son cours moyen, et en partie

(1) Pourle Gabon, voir : Nos Petites Colonies, par Fernand Hue et Georges Haurigot, édition. Lc^cène et Oudin, Paris, 1884.

sur son cours supérieur; il forme une route fluviale aisément praticable et de beaucoup préférable à celle du Congo et même de l'Ogôoué. De plus, cette route, dont nous possédons l'entrée par suite de l'annexion du port de Loango sur l'Atlantique, traverse un territoire français, éminemment fertile, où nous avons déjà créé plusieurs stations; elle aboutit à cent vingt kilomètres seulement de Brazzaville. Avec un service régulier de porteurs, le trajet de Stanley-Pool à l'Océan par cette voie peut aisément s'effectuer en vingt ou vingt-cinq jours.

Le second cours d'eau important du Congo français est l'Alima, qui se jette dans le Congo, au-dessus de Bolobo, c'est-à-dire dans la portion navigable du haut fleuve; c'est par cette rivière et ses affluents, le Diélé et la Passa, que M. de Brazza a relié, au moyen d'une route carrossable, le Congo et l'Ogôoué, par Francevilie.

Voici, du reste, l'opinion d'un homme dont on ne peut suspecter la partialité à notre égard, M. Stanley :

« La France est maintenant maîtresse d'un territoire ouest africain remarquable par ses dimensions, et qui ne le càde en rien aux régions tropicales les plus favorisées pour leurs productions végétales; il est riche en minéraux et il promet beaucoup dans l'avenir, pour son importance commerciale.

« Sa superficie est de 257,000 milles carrés, c'est-àdire qu'elle est égale à celles de la France et de l'Angleterre réunies ; pour pénétrer dans l'intérieur, il possède une voie fluviale de 5,200 milles; à l'ouest, se

développe une côte de 300 milles, baignée par l'Océan Atlantique; il renferme dans ses limites huit bassins fluviaux, et, sur toute son immense étendue de 90,000,000 d'hectares, on n'en saurait trouver un entièrement dépourvu de tout. »

Et ce vaste territoire, ajoute Stanley, la France l'a acquis « grâce à l'énergie et au talent de M. de Brazza, grâce au dévouement et à l'intelligence de ses agents ».

Les stations du Congo français sont :

Sur le Quillou : Bas-Quillou, Ngotou, Niari-Loudina et Philippeville.

Sur la côte : Loango et Pointe-Noire.

Sur le haut Ogôoué : Madiville, où vient de mourir M. de Lastours, un des compagnons de Brazza; en mémoire de ce dévoué collaborateur, M. de Brazza a demandé que désormais Madiville prit le nom de Lastourville; Doumé et Franceville,

c( La situation de Franceville est réellement belle, dit M. de Brazza ; elle se dresse sur la hautepointe d'un mouvement de terrain qui, après s'être insensiblement élevé, à partir du confluent de F Ogôoué et de la Passa, tombe,par une pente rapide, d'une hauteur de plus de 100 m. sur la rivière qui coule à ses pieds. L'horizon lointain des plateaux, dans un panorama presque circulaire, les alignements réguliers des villages qui couvrent les pentes basses ,1a note fraîche des plantations de bananiers tranchant sur les tons rouges des terres argileuses, font de ce point une des vues les plus jolies et les plus séduisantes de l'Ouest africain. Elle

inspire comme un besoin de se reposer en admirant, et eti même temps comme un vague désir de marcher vers les horizons qu'on découvre. »

Sur l'AIima : Diélé, Ngampo, Leketi et Mbochi; ^ettedernièreprèsduconfluentdel'Alima.etduCongo.

Nkémé, sur la rivière du même nom, un peu au-dessus de Bolobo.

Mbé, capitale de Makoko,

Sur le Liboko : Nkoundja.

Sur le Congo : Nganchouno, et enfin Brazzaville.

On se souvient dans quelles circonstances ce dernier établissement fut créé: lorsque Stanley vint à Ntamo pour y fonder une station, il trouva M. de Brazza déjà installé ; le reporter américain passa sur l'autre rive, et, en face du poste français, établit le poste de l'Association. Depuis lors, lui et ses amis n'ont cessé de répéter que M. de Brazza avait été bien mal inspiré dans le choix de son emplacement: qu'il eût pu s'établir sur les hauteurs. M. Johnston, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, donne de Brazzaville la description suivante : « De chaque côté de l'étang, les plages s'abaissenten plaines couvertes d'épaisses forêts ; la ceinture de montagnes s'élève vers l'intérieur, et, lorsqu'on atteint Mfwa ou Brazzaville, la côte est basse et presque au niveau de l'eau. C'est là que de Brazza se vante d'avoir obtenu la cession à la République française d'un terrain long de neuf milles. Brazzaville se compose de quelques huttes indigènes ensevelies sous des bananiers et bordées par une

épaisse foret. Sur la gauche, en face de l'étang, existe une petite baie dont on pourrait faire un bon port, et un îlot fertile dont les Français pourraient tirer un excellent parti ; à part ces deux avantages, il est impossible de trouver le choix de cette situation le moins du monde favorable, et même d'en arriver à une autre conclusion que celle-ci : la situation est aussi mal

choisie que possible Je ne peux supposer qu'une

chose : c'est que, en dépit de l'affection que les indigènes témoignaient à de Brazza, ils n'ont pas mis beaucoup de terrain à sa disposition, et qu'il s'est fixé là parce qu'il n'a pas pu obtenir un emplacement meilleur (1). »

C'est sans doute le dépit qui inspire ces lignes et le regret de ne pas voir le drapeau rouge de John Bull flotter sur Brazzaville, à la place du drapeau tricolore. Quoi qu'en disent M. Johnston et ses compatriotes , la station française . ne se compose pas, comme a bien voulu l'écrire ce voyageur, de quelques huttes épaisses dans les bananiers. Voici, du reste, la description qu'en donne M. de Brazza :

d Brazzaville, dont on vous a parlé si souvent, est située sur l'extrémité d'une croupe assez large qui domine le Congo et s'abaisse brusquement à cent mètres de la rive, dans un éboulementde sable argileux. Cette croupe semble être le premier obstacle contre .lequel se butte le fleuve pour aller en tournant se pré-

(1) M. H. Johnston, The River Congo.

cipiter à la première cataracte. De là le regard embrasse dans son entier l'immensité du Stanley-Pool et tout le cirque de hautes montagnes qui l'entourent. Le pays est peuplé, le sol est fertile, l'air est sain et la brise constante d'ouest y apporte la fraîcheur relative des plateaux qu'elle a traversés ».

« Quant aux avantages que présente sa situation, ils ne sont pas moins grands ; nous n'en voulons donner pour preuve que les lignes suivantes écrites par M. Stanley, quelques heures après la visite du sergent Malamine, visite que nous avons racontée plus haut, et qui lui étaient inspirées par l'examen même du terrain où s'élève aujourd'hui Brazzaville :

« Le Gordon Bennett est une rivière rapide et profonde, qui descend en cataractes, et par deux bras se jette dans le Congo, à cinquante mètres au-dessus du premier rapide dangereux.

« Si le Gordon Bennett s'était jeté dans le grand fleuve deux cents mètres plus haut (c'est-à-dire là où est Brazzaville), il eût été avantageux pour moi d'obtenir le droit d'établir un poste auprès du Gordon Bennett ; j'aurais pu ainsi m'assurer la navigation d'une étendue de plus de onze cents milles sur le haut Congo. »

Il nous semble que cet aveu est le plus juste éloge que l'on puisse faire de l'emplacement choisi par M. de Brazza, et qu'il nous évite la peine de réfuter I les critiques de M. Johnston. Etant données les ressources plus que modestes dont dispose notre compatriote, on peut dire qu'il a tiré le meilleur parti

possible de la situation; du reste, M. de Brazza n'a jamais songé, comme M. Stanley, à faire de ses stations hospitalières des établissements fortifiés, avec remparts, esplanades, canons et garnison ; ce sont des établissements commerciaux, des centres d'échange et de ravitaillement qu'il a voulu créer. Il ne poursuit pas une œuvre de guerre et ne colonise pas les armes à la main ; c'est une œuvre de paix qu'il a entreprise, et c'est la civilisation qu'il va porter aux habitants de ces régions.

Quoi qu'il en soit, nos possessions dans le bassin du Congo sontmerveilleusement situées et admirablement desservies par les routes fluviales que nous avons indiquées, et qui nous permettront de monopoliser une partie des produits venant du haut Congo.

A partir de Stanley- Pool jusqu'à la mer, le fleuve est coupé par trente-deux rapides ou cataractes : il faut donc créer une route de Stanley à Vivi, point où le Congo devient navigable ; cette route, nous l'avons toute créée, c'est la voie du Niari, qui permet de se rendre de Brazzaville à l'Océan en vingt jours, en traversant un pays d'une richesse excessive.

Sur les rives de l'Atlantique, l'Etat libre du Congo ne possède qu'une ligne de côtes de trente-cinq kilomètres de développement, y compris les bouches du fleuve, qui ont déjà dix-sept kilomètres de large, soit la moitié. Notre étendue de côte se développe, à vol d'oiseau, sur une longueur de sept degrés et demi, et nous possédons, à l'embouchure même du Quillou, d'excellents mouillages.

IGO

La mission française du Congo continue à poursuivre partout ses études et ses recherches, avec le zèle et le dévouement qui lui ont déjà permis de traverser les difficultés si grandes et si diverses du début; elle maintient danstoutrOuest africainl'influence française, le prestige qui entoure notre pavillon, à l'ombre duquel, grâce à la modération deM.de Brazza et de ses compagnons, nous avons su conquérir la confiance et l'amitié de toutes les tribus qui habitent ces contrées.

Les nations qui peuplent nos territoires sont nombreuses : c'est d'abord, au nord de l'Ogôoué, les Pahouins, Ossyebas ou Fans, tribus féroces, pillardes et, dit-on, anthropophages ; au sud, les Okandas, Bangouas, Adoumas. Dans le bassin du Niari : les Baloumbos près de la côte, et les Ballalis sur le haut fleuve. Sur les bords du Congo, les Batékés. Au nord de l'Alima, les Ba-Pfourous, les Oubanguis et les Mbocos.

Toutes ces nations ont entre elles beaucoup de similitude, au moins dans leurs coutumes ; nous les étudierons au chapitre suivant, en même temps que les autres races du Congo. Pour le moment, qu'il nous suffise de dire que leur férocité a été singulièrement exagérée par certains voyageurs, peut-être pour excuser une répression sinon inutile, du moins par trop cruelle. Lorsque M. de Brazza a pu persuader à ces peuplades qu'il n'avait rien de commun avec cet autre blanc qui avait descendu le Congo quelque temps avant lui, qu'il n'était pour rien dans les représailles

lexercccspar le voyageur américain, il a obtenu de ces s tribus tout ce qu'il a voulu, et s'en est fait non seule- ' ment des amis, mais encore des alliés et de puissants auxiliaires.

Le noir est défiant, craintif, et veut être traité avec douceur; de plus, ilest essentiellement superstitieux : tant qu'il n'a pas compris le but que poursuivent les Européens en venant s'installer chez lui, il est disposé avoir en eux de mauvais génies; dans leurs actes, C|u'il ne comprend pas, qui lui semblent surnaturels, il croit voir des maléfices. Mais, quand à force de patience, de douceur et de bons procédés, on lui a fait entendre ce que l'on attend de lui, il devient tout disposé à nous recevoir, et même à nous aider.

Le Congo portugais est maintenant compris entre les rivières Camba et Cuango à l'est ; au nord, il est limité par une ligne imaginaire qui, partant de cette même rivière Cuango, va rejoindre le Congo à Nokki, et par la rive méridionale du Congo : à l'ouest, par l'Océan, depuis la Punta. del Padrao, à l'embouchure du fleuve, jusqu'à Ambriz ; au sud, par la province d'Angola. Au nord du Congo, le Portugal possède encore un petit territoire pris sur l'Etat libre et séparé du Congo français par le Tchiloango ; sur la côte sont les petites villes de Landana, Malemba et Cabinda.

Cette possession est prospère ; depuis quatre cents ans que les Portugais sont établis dans cette région, ils y ont créé des établissements sérieux et possèdent un grand nombre de factoreries répandues dans

tout le pays. C'est grâce à certaines concessions faites par le Portugal que nous avons obtenu la reconnaissance de nos droits de souveraineté sur la rive droite du Congo ; nous avons donc un intérêt réel à conserver les sympathies de ce peuple, qui, dans cette région, a déjà tant fait pour la cause de la civilisation ; il a fondé des écoles, lancé des bateaux à vapeur sur le grand fleuve, et créé des lignes télégraphiques. Presque tout le commerce delà contrée est entre ses mains; c'est dans les possessions portugaises que les tribus de l'intérieur apportaient leurs produits ; la plupart des traitants du bas Congo sont Portugais, et, grâce à l'influence considérable qu'ils ont su prendre dans tout ce pays, ils peuvent favoriser nos projets et nous aider dans notre œuvre de civilisation.

On a accusé et l'on accuse encore les Portugais, sinon de faire la traite des noirs, tout au moins de la favoriser. Certains auteurs, de bonne foi, ont écrit que les Portugais allaient dans l'intérieur chercher des caravanes de bois d'ébène ; nous croyons que ces écrivains ont été induits en erreur et qu'ils ont pris pour des sujets du roi de Portugal des métis portugais habitant l'intérieur. Cameron, dans son voyage, parle en effet de bandes d'esclaves achetées et conduites par des Alvez, des Coïmbra et autres métis portant des noms portugais; mais ces brutes ne peuvent être pris pour des Européns ; leur nombre est, du reste, fort restreint. Nous traiterons cette question au chapitre que nous consacrons à l'esclavage.

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