‹ Le CongoChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Population.

Quoique se divisant en une infinité de peuplades et de tribus, les habitants du bassin du Congo font partie d'une race unique, qui diffère absolument des noirs, habitant les autres parties de l'Afrique : c'est la race Bantou. Les individus appartenant à d'autres familles, entre autres ceux rencontrés par Stanley sur les bords du Loualaba, sont des esclaves enlevés dans des tribus souvent fort éloignées.

Malgré leur origine commune, les différentes nations qui constituent le grand peuple Bantou ont entre elles^ tant au physique qu'au moral, de nombreux points de ressemblance: ceux qui habitent dans le voisinage des rives de l'Océan ont perdu, au contact des Européens, une partie de leur cachet original; leur type s'est modifié ; ils ont abandonné les coutumes et les usages de leurs ancêtres ; beaucoup, du reste, surtout dans les possessions portugaises, sont convertis à la religion chrétienne. Les tribus que Ton rencontre sur le cours du bas Congo, si elles n'ont pas encore entièrement subi l'influence des blancs qui viennent s'établir sur leurs territoires, ont cependant déjà modifié leur manière d'être.

Sur le haut Congo, au contraire, les indigènes sont restés de vrais « sauvages », c'est-à-dire de véritables

enfants de la nature, ignorant jusqu'à rcxistcnce de la civilisation, ayant tous les vices et toutes les qualités de l'homme primitif.

La race Bantou se distingue par une grande pureté de formes : les hommes sont de haute taille, bien bâtis, avec des extrémités fines et délicates ; la figure est belle, le nez peu ou point épaté, la chevelure abondante, crépue mais non laineuse; la barbe est longue et bien fournie.

Sans être absolument jolies, les femmes sont cependant loin d'être aussi laides que les négresses en général; comme les hommes, elles sont bien faites, leurs traits ont une certaine régularité, et la plupart, surtout quand elles sont jeunes, sont fort gracieuses.

Plus on approche des rivages de l'Atlantique, plus ces caractères distinctifs diminuent, et même disparaissent. Sur certains points du littoral, on assiste à un phénomène d'absorption qui mérite d'être signalé; il est surtout remarquable dans la partie septentrionale du Congo français, sur la rive gauche de l'Ogôoué, et dans notre colonie du Gabon.

Les peuplades qui habitent le littoral ne sont pas originaires de la côte; elles viennent de l'est, et, comme la plupart des nations riveraines, elles semblent avoir obéi à une grande loi de migration qui pousse les nations du centre vers la mer. Ces déplacements s'opèrent avec lenteur, mais fatalement, et toujours au préjudice des premiers occupants. Parti du centre de l'Afrique, le trop-plein d'une tribu s'avance vers les rives de l'Océan, poussant devant

lui d'autres tribus; celles-ci, à leur tour, se mettent en marche et absorbent les nations qu'e'los rencontrent; elles-mêmes finissent un jour par être absorbées et confondues dans la foule d'un autre peuple qui arrive. C'est le cas des Pahouins qui, venus des territoires de l'Est, chassent devant eux les Kakalais.

Ce travail d'absorption est puissamment aide, d'ailleurs, par la transformation qui s'opère au contact des Européens sur la côte. A notre fréquentation, ils dépouillent en partie leurs croyances superstitieuses et leurs coutumes barbares, mais ils perdent aussi leur vigueur native. Primitivementrobustes, ils s'abrutissent par la boisson et s'usent dans les excès.

Ce phénomène de migration n'est pas nouveau : au XV* et au xvi^ siècles, les Jaggas ou Giaggas, une grande nation habitant les territoires qui s'étendent au sud du Tanganika, entre les sources du Zaïre et du Zambèze, s'avança comme un flot envahissant jusqu'aux rives de l'Océan Indien. Sous la conduite d'un chef nommé Zimbo, ces hordes pillardes ravagèrent Montbaze, Zanguebar et Quiloa, se répandirent dans le pays des Cafres, puis, revenant sur leurs pas, elles envahirent le grand royaume de Congo et menacèrent son puissant monarque jusque dans sa capitale de 3an-Salvador.

Nous diviserons les peuples qui habitent le bassin du Congo en trois classes : tribus de la côte et du bas Congo; tribus vivant sur les territoires français; tribus du haut Congo.

Outre ces trois divisions, nous pourrions en ajouter

une quatrième comprenant les hommes de races diffé-

GDERRIER BATÉKÉ.

rentes, qu'ils soient venus s'établir au Congo comme esclaves, ou qu'ils y soient à titre d'engagés temporaires, comme les Krowmen ou les Krowboys.

Les habitants de la cô(c ou du bas Congo, c'est-àdire de la mer à l'cqualcur, sont : les Ba-Congo, les Kabindas ou Ka-Congo, les Muchirongo et les Basundi.

Ceux du haut Congo sont : les Wa-buno, les \Vabuma, les Bang-ala, les Baroua, les Yambari ; les peuplades qui habitent rOurrega, le Manyenaetl'Ourona, connues seulement par les rapports de Stanley et de Cameron.

Dans le Congo français : les Bakalais, les Okandas, les Batckés, les Ba-pfourous et les Oubandji.

Nous ne décrirons pas ces tribus séparément ; elles ont entre elles de grandes ressemblances, tant au physique que dans leurs coutumes, leur religion et leurs industries ; nous nous bornerons à indiquer les différences qui distinguent chacune de ces peuplades.

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