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LE C0N

Ireint d'habitants, et ce que l'on désigne sous le nom de ville n'est, à proprement parler, que la réunion de trois ou quatre villages.

Plus on avance dans l'intérieur , c'est-à-dire , plus on s'éloigne des points où a pénétré la civilisation, plus l'industrie des psuples est développée : les villages sont plus spacieux, mieux construits; les maisons sont faites avec plus d'art et les ustensiles dont se servent les indigènes dénotent une plus grande somme d'adresse et de travail.

En général, sur le haut fleuve, le village se compose d'une large rue bordée de maisons rectangulaires ; quelquefois, les voies rayonnent autour d'une place centrale : dans le premier cas, une habitation plus grande que les autres s'élève à chaque bout de la chaussée, faisant face au milieu de la rue: c'est là que se tiennent les grandes assemblées.

Les maisons sont rectangulaires; elles, s'élèvent sur un banc de terre battue, sorte de plate-forme haute d'un pied. La charpente est faite de troncs de palmiers et les murailles de lattes fines, entre-croisées et recouvertes d'une épaisse couche d'herbes sèches. Le toit, très débordant, forme, devant l'entrée de la maison, une large vérandah dont l'extrémité est supportée par deux troncs. Quelques-unes de ces demeures, entre autres celles d'Ikoundou, sont tout simplement de doubles cages élégamment faites avec la tige du panis. Chacune des cages a sept pieds de long, cinq de large et six de haut. Toutes les deux sont reliées par la toiture et ont entre elles

une pièce commune, où les deux familles se réunissent, se livrent ù Icura travaux et reçoivent leurs amis. Ces maisonnettes sont aussi confortables, aussi étanches qu'une cabine de navire.

Le mobilier est des plus sommaires: des chaises et des tabourets faits d'un seul bloc, mais plus ou moins finis, plus ou moins ornés, selon qu'on reste sur la côte ou qu'on s'avance dans l'intérieur; puis, des oreillers de bois, semblables à ceux que représentent les vieilles sculptures égyptiennes. Dans le Manyena, chez les Vouarega, des tablettes régnent à l'intérieur de la maison; elles sont destinées à recevoir le bois de chauffage, les poteries, les ustensiles de cuisine. Dans la charpente de la toiture, que la fumée a revêtue d'un enduit brillant, sont placés les menus objets, tels que la pipe, le tabac, le chapelet d'escargots enfilés sur une baguette, les drogues mystérieuses, les poudres magiques, etc..

Dans la chambre sont entassés des peaux de bêtes, des colliers de coquillages terrestres, des morceaux de bois sculptés d'une façon bizarre, des talismans sans doute. La brillante coiffure de guerre, en plumes cramoisies du perroquet gris à queue rouge, le tambour, et quelques lances pesantes à hampes de fer, occupent une place d'honneur.

On trouve encore, sur les bords du Congo, des villages composés de huttes rondes, aux toits de chaume pointus, affectant la forme d'une ruche.

Autour de l'habitation sont disposés les abris pour ]es chèvres et les moutons, les cages à volailles, puis

des jardins bien entretenus, où les indigènes cultivent les bananes, le planlin et surtout le manioc, base de leur nourriture, à laquelle ils ajoutent le poisson frais ou fumé, et des graines de toutes sortes.

Ces villages sont peu peuples : de c'eux cents à six cents habitants, en moyenne. Les habitants sont forts et vigoureux. Cela tient, entre autres choses, à ce qu'il y a chez eux une sorte de sélection naturelle : on fait peu de cas des enfants chétifs, et l'on ne prend soin que de ceux qui viennent au monde bien constitués; il en résulte que les hommes faibles et maladifs sont l'infime minorité.

Les enfants sont, du reste, soumis à un mode d'éducation tout spécial : dès qu'un enfant vient au monde, sa mère quitte la maison commune et vit à part jusqu'à ce qu'il soit sevré, c'est-à-dire jusqu'à trois ans; la mère allaite son enfant tant qu'il n'a pas percé ses dents. Quand la mère revient dans la famille avec sa progéniture, si c'est un garçon qu'elle ramène, le père se charge de son éducation, lui apprend à nager, à fabriquer un arc et des flèches et à s'en servir, à tendre des pièges à gibier, en un mot, il l'habitue à tous les exercices du corps, et le met, fortjeune, à même de suffire à ses besoins. Si c'est une fille, elle rest^ avec les femmes, qui l'initient aux secrets du ménage, et alors commence, pour la pauvre enfant, cette vie de dur labeur qui doit durer jusq u'à sa mort.

La femme est traitée par l'Africain, ni plus nr moins qu'une bête de somme ; c'est elle qui prépare les repas, laboure le champ, cultive le jardin, soigne

les animaux, tresse les corbeilles, fabrique les poteries; en route, elle porte les bagages. Etant donnés les services que rendent ces malheureuses créatures, et la paresse des hommes, on comprend que ces peuples soient polygames.

Dans la plupart des tribus, le mariage ne donne lieu à aucune cérémonie, c'est un achat, et rien de plus. Cependant, Livingstone chez les Manyenas, et Cameron dans l'Ouroua, ont été témoins de semblants de cérémonies :

« Les Manyenas, dit Livingstone, achètent leurs femmes ; une jeune fille vaut dix chèvres. Aujourd'hui, j'en ai vu conduire une au domicile conjugal. Elle marchait gaiement, accompagnée d'une servante et suivie de l'épouseur. Ils vont rester cinq jours chez eux, puis ils reviendront chez les parents de la femme, où celle-ci restera également cinq jours, après lesquels son époux ira la rechercher de nouveau. »

La cérémonie décrite par Cameron est un peu plus compliquée : la féte dura plusieurs jours. « Deux tambours battus vigoureusement faisaient tourner une douzaine d'individus ; ceux-ci étaient pourvus de grossiers pipeaux d'où ils tiraient des notes discordantes. Une foule enthousiaste joignait à ce charivari des cris perçants, accompagnés de battements de main ; et cela ne s'arrêtait pas : quand un danseur était fatigué, un autre prenait sa place.

« Dans l'après-midi du second jour, apparut le marié ; il exécuta un cavalier seul qui dura une demiheure. Au moment où ce solo finissait, une jeune fille

de neuf à dix ans, parce de ses plus beaux atours, fut apportée près des danseurs. Cette jeuae fille, qui était l'épousée, arrivait à cheval sur les épaules d'une robuste commère, où la maintenait une autre femme.

« On entoura les arrivantes ; puis la porteuse, se mettant à bondir, fit sauter la mariée, dont le corps et les bras se laissaient aller à l'abandon. Quand la pauvre enfant eut été suffisamment secouée, l'époux lui donna de petites quantités de perles et des fragments de feuilles de tabac qu'elle jeta, les yeux fermés, parmi les danseurs. Ce fut le signal d'une lutte ardente, chacune de ces bribes devant porter bonheur à celui qui l'obtiendrait.

« La mariée fut ensuite déposée à terre et dansa pendant dix minutes avec le marié, qui tout à coup la mit sous son bras et l'emporta chez lui. »

Chaque Africain épouse le plus de femmes qu'il peut, augmentant ainsi le nombre de ses serviteurs et des ouvriers qui travaillent à son bien-être ; en revanche, elles ne coûtent rienàl'homme, que le prix d'achat, c'est-à-dire une somme fort minime, puisqu'elles cultivent la terre et font elles-mêmes leurs vêtements, qui sont des plus simples.

Les hommes portent une sorte de jupe faite d'herbes sèches et teintes en brun marron ; le costume des femmes est, à peu de chose près, le même, si ce n'est que la jupe est plus longue. Dans certaines tribus, celles des Manyenas, par exemple, lejupon est remplacé par une ceinture ; chez les Kabindas, au contraire,

les femmessGclrapenfc clans uao Ioii'^ug pièce de cotonnade aux couleurs voyantes et de fabrication européenne, qui tombe des épaules jusque sur les pieds. Les enfants des deux sexes vont nus, les fillettes portant pour tout costume... un collier ou un bracelet de cuivre. Cet ornement est fort répandu dans tout le Congo, chez les hommes et chez les femmes; dans certaines tribus de l'Ouroua et du] Lovalé, le collier est rivé au cou de l'épouse par son mari; clic le porte jusqu'à sa mort.

Un jour, le lieutenant Cameron demandait à un grand chef comment, à la mort d'une de ses femmes, il s'y prenait pour retirer le collier. Le chef ne répondit pas, mais il passa son doigt étendu contre son cou, en faisant un geste significatif. On leur coupe la gorge pour ôter le collier.

Hommes et femmes se teignent les ongles en rouge; ils obtiennent cette couleur en triturant l'écorce du Baphia, qu'ils emploient aussi pour teindre leurs vêtements et se tatouer.

Le tatouage est général ; il se fait, soit au moyen de peintures blanches, jaunes ou noires, soit par des cicatrices. La cica.tr isation s'obtient en soulevant, des lambeaux de peau, avec la lame d'un couteau; on introduit ensuite dans la blessure une drogue irritante pour Fempêcher de se fermer trop vite, et pour qu'elle laisse une cicatrice plus apparente et durable. Cette opération se pratique sur la figure et sur tout le corps ; le nombre d'incisions qui balafrent les joues d'un guerrier, varie suivant la tribu, le rang ou le grade.

Il serait fortclifTicile de décrire les différentes coiffures de ces indigènes ; il y a presque autant de modes que d'individus ; en tous cas, l'arrangement des cheveux est, pour les hommes comme pour les femmes, une importante occupation. Les uns hérissent leur tête d'une foule de petites cornes faites avec des mèches de cheveux enduites de terre glaise ; d'autres n'en font que quatre ou cinq, qui sont énormes ; d'autres, au contraire, ont la tête entièrement rasée, ne gardant, comme les mahométans, qu'une touffe sur l'occiput. Un certain nombre enduisent leur chevelure de terre glaise et la plaquent de façon à lui faire prendre exactement la forme du crâne, sur le devant de la tête, tandis que derrière ils la déploient en éventail ou l'enroulent en un énorme chignon.

Les femmes ont les coiffures les plus extraordinaires, soit qu'elles élèvent avec leurs cheveux un édifice formidable, soutenu par une carcasse de jonc, soit qu'elles les tressent en une infinité de nattes minuscules qui pendent sur leurs joues. « Quand l'arrangement de la chevelure est fini, arrangement très compliqué, dit Cameron, l'ensemble est revêtu d'une couche de graisse et d'argile que l'on travaille de manière à la rendre lisse et brillante. Quelques femmes divisent leurs cheveux en une quantité de petites houppes, de la grosseur d'une cerise ; d'autres en composent des tortillons dont elles forment des boucles, tantôt séparées, tantôt réunies et mêlées d'une façon inextricable. Quelquefois, c'est une masse de grosses torsades dont les bouts sont disposés de-

manière à produire un dessin en relief d'un ou deux pouces de saillies.

« Beaucoup de chevelures sont ornées d'une lame de fer-blanc ou de cuivre décorée de trous et de découpures formant des dessins capricieux; quelques élégantes ont deux tire-bouchons qui tombent de chaque côté du visage. L'arrangement offre une grande diversité, due au goût individuel. »

La vie de ces peuples s'écoule monotone et uniforme ; chaque jour en se levant ramène, pour ainsi dire sans changement, les travaux et les occupations de la veille. Ils n'ont pas de calendrier, par conséquent, pas de notion exacte du temps écoulé; pas d'annales, pas d'histoire, mais seulement une sorte de tradition que les générations se transmettent de vive voix, en la modifiant, en la défigurant sans cesse. C'est la vie primitive, et presque bestiale : les grandes infortunes sont vite oubliées ; les joies ne laissent que de vagues souvenirs dans ces esprits vides et sans culture; les émotions profondes n'existent pas, et les affections ressemblent à celles de la brute.

Avant l'aube, ils s'éveillent, s'approchent du foyer, raniment le feu qui couve sous la cendre et, accroupis, les mains croisées sur les épaules pour se protéger du froid (1 ),ils sommeillent en attendant le jour.Tandis que les hommes se chauffent, bâillent, s'étirent et se

(1) L'heure qui précède le lever du soleil est le moment où le froid se fait plus vivement sentir sous ces latitudes.

LE COXGO.

frottent les yeux, les femmes se livrent aux travaux du ménage et s'occupent des enfants.

Le lever du soleil, qui ramène la chaleur et la vie, met un terme à cet engourdissement : le village s'anime, les femmes sortent des maisons, saluent leurs voisines et commencent les apprêts du repas ; les hommes préparent leurs engins de chasse ou de pêche, et s'éloignent pour visiter leurs pièges et leurs filets ; ou bien, ils réunissent les marchandises qu'ils doivent porter aux marchés qui se tiennent dans les grands villages.

Il est difficile de dire quelles sont les heures de repas des indigènes ; toute la journée les femmes sont occupées à préparer de la nourriture, et les hommes mangent à tout instant ; mais le repas principal doit être celui du matin, après lequel chacun va se livrer à ses occupations. Les femmes vont au champ, cultivent la terre, fabriquent les poteries ou construisent les cages pour les volailles.

A midi, tout le monde se réunit sous la vérandah ; les hommes font la sieste ou fument ; les femmes causent ou se peignent. Quand la chaleur est passée, chacun va reprendre son travail.

Le soir, après le coucher du soleil, lorsque les hommes sont rentrés au village, les groupes se forment, on cause en buvant du vin de palme ; quelquefois (le fait est heureusement rare), pour se distraire, on brûle un malheureux accusé de sorcellerie, ou on mange un prisonnier, chez les Ossyebas ou les Manycnas ; ou bien, plaisir plus innocent, on danse au

son d'un instrument bizarre. Les sortes de danses sont nombreuses ; mais M. Stanley en décrit une fort curieuse, dont il a été témoin chez les N'dungos.

Une cinquante d'indigènes dansaient devant lui « Les figures, considérées au point de vue indigène, ne laissaient rien à désirer; elles étaient exécutées avec une grande habileté; mais la finale méritb d'être notée : les danseurs se tenaient par la main, comme dans les rondes que font les enfants, et formaient un grand cercle. Deux d'entre eux pénétrèrent dans le rond ; le plus jeune grimpa sur les épaules de l'autre, puis, tirant son couteau, poussa un grand cri, répété par le chœur. Chaque fois que ce cri était jeté par les danseurs, il promenait le tranchant de son couteau sur sa langue jusqu'à ce que le sang vînt. Alors, le cercle vivant se mettait à tourner plus vite, à chanter plus fort ; imitant le mouvement des danseurs, le jeune garçon se tailladait la langue plus vite et plus fort, jusqu'à ce qu'il eût les mâchoires pleines de sang.

« Je criai : Halte ! La ronde s'arrêta, le jeune homme serra tx^anquillement son couteau, se lava la bouche avec de l'eau fraîche et vint me regarder en souriant, sans paraître autrement incommodé. »

Ce n'est que tard, dans la nuit, qu'au milieu des rires et des chants, chacun regagne sa demeure, pour recommencer le lendemain une journée en tout sem- ' blable à la précédente.

Ces populations, à l'existence en apparence si calme et si tranquille, sont dévorées par une plaie honteuse :

l'esclavage. La traite des noirs existe dans tout l'intérieur du continent ; chaque tribu a ses esclaves ^ qu'elle enlève dans ses guerres avec les peuplades voisines et qu'elle achète aux traitants arabes contre de l'ivoire et du caoutchouc, ou qu'elle leur vend en échange de poudre, de perles, de cotonnades. Sur la côte occidentale, si la traite n'existe plus, l'esclavage existe encore, d'une façon déguisée, il est vrai, mais il existe , et il existera toujours tant que les indigènes trouveront à troquer un noir, enlevé dans un village voisin, contre les produits européens; il existera toujours tant que les habitants qui ont besoin de travailleurs indigènes n'auront pu amener les naturels à donner leur travail contre une rémunération quelconque.

Sur le littoral, les Européens engagent des Krowmen et des Krowboys ; nous avons déjà dit ce qu'étaient les premiers dans nos possessions duGabon: des engagés pour un temps limité. Au Congo, et notamment dans les possessions portugaises, la dénomination de Krowmen ne s'applique pas aux individus travaillant dans les mômes conditions. Les engagés venant de la côte de la Krow s'appellent Krowboys.

Ils sont complètement indépendants, conservent, chez les nations où ils travaillent, les coutumes de leur pays, vivent en dehors des autres habitants; ils se réunissent un certain nombre, construisent une grande case et habitent ensemble. Leur temps de service terminé, ils retournent invariablement chez eux avant de contracter un nouvel engagement, ce qu'ils ne

font que lorsqu'ils ont dissipé le produit du prccérlcnt.

Lenomde Krownian,au contraire, sert àdissiniulcr celui d'esclave; ce sont en général des hommes achetés à quelque chef de tribu du bas Congo. Il y a, parait-il, un autre moyen de se procurer des Krowmcn, sans bourse délier: l'esclavage est infligé aux naturels qui se rendent coupables d'un vol, à moins , cependant, que les parents du criminel ne consentent à payer sa rançon, ce qui est rare. En sorte que celui qui est pris dérobant un objet quelconque à un blanc devient son esclave.

« L'esclavage existe sur le bas Congo , écrivait en 1883 jNI. Johnston ; la seule différence avec les temps

- passés, c'est qu'on n'exporte plus le noir Tous les

voyageurs qui visitent le Congo peuvent voir des groupes d'esclaves enchaînés, en punition d'une tentative d'évasion ; et s'ils arrivent juste au montent où, contre la promesse d'une récompense, un fugitif est ramené par les gens de sa tribu et peut-être même par ses parents, ils pourront assister à l'application du fouet sur les épaules du délinquant et voir le sang jaillir de son dos zébré par la lanière. »

Les Krowmen sont généralement bien traités, bien nourris, et peuvent avoir auprès d'eux leurs femmes et leurs enfants. Si on leur permettait de regagner leur village après un temps plus ou moins long de service, sans pouvoir les obliger à renouveler leur contrat, le système ne serait pas, en somme, très repréhensible.

La suppression de la traite étant un des buts prin-

LE COXGO.

cipaux do TAssociation créatrice de l'Etat libre du Congo, il y atout lieu d'espérer que cette plaie aura bientôt disparu de tout l'Ouest africain ; pour cela, il suffît que les traitants de l'intérieur ne trouvent plus à vendre leur marchandise humaine, et que les Européens établissent avec les chefs des tribus un mouvement commercial sufFisammentrémunérateur; n'ayant plus de débouchés pour les esclaves, les traitants n'en achèteront plus et ne porteront plus la désolation et la mort dans les contrées de l'intérieur.

Si la misère de l'esclave transporté loin de sa patrie, qu'il ne doit plus revoir, séparé de ses parents, soumis à un travail pénible et peut-être en butte à de mauvais traitements, est révoltante, que dire de la façon dont ces malheureux sont enlevés, des crimes inouïs qui se commettent au cœur de l'Afrique pour se les procurer? Livingstone estimait à un million d'hommes chaque année les victimes de la traite.

Cameron, qui a parcouru la route de Nyangoué à Bihé avec un convoi de femmes esclaves, écrit :

La somme de misère et le nombre de morts qu'avait produits la capture de ces femmes (elles étaient cinquante-huit) est au delà de tout ce que l'on peut

imaginer. Il faut l'avoir vu pour le comprendre

Pour obtenir les cinquante-huit femmes dont Alvez se disait propriétaire, dix villages avaient été détruits, dix villages ayant chacun de cent à deux cents âmes ! Un total de quinze cents habitants ! Quelques-uns avaient pu s'échapper ; mais la plupart avaient péri dans les flammes, été tués en défendant leurs familles

OU étaient morts de faim dans la jungle, à moins que les botes de proie n'eussent terminé plus promptemcnl leurs souffrances. »

Nous ne ferons pas ici le tableau de ces malheureux, enchaînés dix, quinze, vingt ensemble, portant de^ lourds fardeaux, mal nourris et forcés de fournir chaque jour une longue route sous le soleil brûlant du centre de l'Afrique. Ces horreurs sont connues, et plutôt que de les rappeler, nous aimons mieux espérer que, grâce à l'arrivée des Européens dans le bassin du Congo, cet affreux trafic aura bientôt complètement disparu.

Il est cependant un fait que nous nepouvons passer sous silence: au moment même où l'Association internationale du Congo entreprenait son œuvre d'humanité et de civilisation, l'Angleterre, quijusqu'ici s'était montrée un des champions les plus ardents de l'abolition de l'esclavage, rétablissait la traite des noirs dans le Soudan.

Désormais, le trafic des noirs est toléré comme une institution nécessaire et un instrument actif de la politique libérale anglaise sur la côte orientale d'Afrique ; les marchands d'esclaves peuvent poursuivre leur gibier récalcitrant à l'ombre du drapeau de la philanthropique Angleterre.

TYPES DE BASSUNDIS.

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