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CHAPITRE XII

lîcligion. — Funérailles. — Superstition. — Légendes. —

Sorciers.

On ne peut appeler religion ou culte, les pratiques superstitieuses auxquelles se livrent tous ces indigènes; ils n'ont qu'une croyance : l'influence continuelle des mauvais esprits sur toute leur vie ; tous leurs el'forts tendent donc à les écarter.

Infirmités, malheurS;, maladies, maux de toutes sortes, sont le résultat de maléfices ou de sortilèges jetés par un ennemi, souvent invisible, contre lequel ils ne peuvent se défendre: leur existence se passe dans des craintes continuelles.

Pour conjurer les mauvais esprits et aussi pour accomplir certaines cérémonies secrètes, il y a deux sortes de sorciers ou féticheurs : les N'kimbas et les N'gangas.

Les premiers ne sont pas positivement des féticheurs; ce sont plutôt les membres d'une confrérie dont on ne connaît pas exactement le but et l'organisation. Cette franc-maçonnerie se compose de jeunes gens de douze à quinze ans, et quelquefois d'hommes. La période d'initiation, qui compte trois ou quatre degrés, dure deux années indigènes, c'est-à-dire douze mois ; après quoi le N'kimba rentre dans la vie commune. •

T.r coxGO. 13

Pour se distinguer des autres, ces hommes sont tatoués d'une façon particulière : leur corps est entièrement recouvert d'une couleur blanche qu'ils fabriquent au moyen d'une terre spéciale; pendant les six premiers mois de leur noviciat, ils ne se lavent pas une seule fois, de crainte d'enlever cet enduit, qu'ils ont au contraire la précaution de renouveler souvent. Durant toute la durée de leur initiation, ils sont nourris aux frais de leurs concitoyens.

Les N'kimbas ne vivent pas en contact avec les profanes, ils évitent surtout la rencontre des femmes et des enfants, qui, ne pouvant être initiés, sont considérés comme des êtres impurs. Lorsqu'ils voyagent et se rendent d'un village dans un autre, ils annoncent leur présence par des roulements de tambour continuels; ceux qui ne font pas partie de la confrérie sont obligés de s'éloigner et de laisser le chemin libre. Si quelqu'un refusait de se conformer à cette coutume, il serait fustigé d'importance par les N'kimbas.

Outre la couche de blanc qui les distingue de leurs concitoyens, les initiés se couvrent la tête d'une couronne, en forme de cage, d'où pendent des bandelettes d'étoffe et où sont fixées les plumes d'oiseaux aux couleurs voyantes. Autour de leurs reins, une large ceinture de laine soutient un long jupon d'herbes sèches tombant jusqu'aux chevilles ; des baguettes disposées en cercle élargissent ce jupon, comme une crinoline. Souvent aussi, deleur cou et de leurs épaules pendent de grosses touffes d'herbe; mais cet ornement est

l'insigne d'un grade dans cette franc-maçonnerie. Pendant leurs cérémonies, ils parlent une langue spéciale, connue d'eux seuls, et qu'au grand jamais une femme ne doit comprendre. C'est sans doute le M'Pongwé, idiome des habitants des rives du Gabon, qui a pénétré jusque dans l'Afrique centrale, et qu'emploient les chefs, les féticheurs et les traitants.

Le N'ganga a des attributions plus étendues, et surtout plus connues et mieux définies que son confrère le N'kimba. Il est chargé, dans certains cas, de rendre la justice; il est souvent appelé comme arbitre pour régler les contestations entre deux hommes d'une même tribu; il réunit les palabres, prédit l'avenir, fait des incantations, soigne, nous ne disons pas guérit, les malades ; ensuite, et c'est là son grand rôle, il désigne celui qui, par un sortilège quelconque, a donné la maladie, ou fait mourir le patient.

Le N'gangaestvêtud'un longjupon d'herbes sèches ; à son cou pend un énorme collier fait d'éclats de gourdes,decrânesd'oiseauxetdemorceaux de boisgrossièrement sculptés, ayant la prétention de représenter des têtes de volatiles ; en guise de ceinture, il est entouré d'un trousseau de clochettes de fer qui tintent quand il se remue; il en tient encore deux ou trois à la main qu'il agite constamment. Généralement, il est suivi de deux femmes : l'une portant la calebasse où est enfermée l'idole ; l'autre, la natte sur laquelle le féticheur s'assied pour accomplir ses fonctions.

Dans leur ignorance et leur naïveté, ces peuples ne

sauraient attribuer les accidents, la maladie, la mort à des causes naturelles; ils ne voient là que la manifestation d'un esprit, excité par un ennemi; aussi, ont-ils un démon pour chaque maladie, le démon de la dyssenterie, de la fièvre, de la petite vérole; surtout celui-là, car les épidémies de variole sont fréquentes dans ces régions. C'est le N'ganga qui est appelé à donner ses soins à la victime du sortilège.

Ces sorciers n'ont aucune notion de l'art de guérir; leurs connaissances médicales se bornent à la fabrication de quelques poudres extraites de l'écorce d'arbres et de potions dont la formule est inconnue. Ces remèdes ne s'administrent pas en raison de leurs vertus curatives, mais à cause de leur puissance magique. On inflige souvent aux malades un traitement tel que s'ils guérissent, c'est assurément en vertu de ce principe : un mal en chasse un autre.

Chez les Okandas, par exemple, le malheureux atteint de la petite vérole est plongé à plusieurs reprises dans un bain aussi froid que possible ; si la maladie ne cède pas à cette médication énergique, on noie tout simplement le patient.

Le rôle du N'ganga ne se borne pas à administrer ses drogues : pendant que, sur son ordre, les parents et les amis du malade font dans sa maison un vacarme épouvantable pour chasser les esprits, le sorcier cherche quel est celui qui a excité cet esprit; il trouve toujours un coupable, le désigne, et son jugement est sans appel.

Celui qui est convaincu par le N'ganga d'avoir jeté

un sort à un cle ses semblables, est condamne, s'il est riche, à payer une forte amende, dont le devin empoche la meilleure part; s'il est pauvre, il est soumis à l'épreuve du poison ou casca (1), qui peut tuer selon la dose à laquelle il est administré. S'il y a mort d'homme, le cas est plus grave : pour chaque personne qui meurt, une autre est faite « Ndokki » (possédée du démon), et c'est encore le N'ganga qui est chargé de désigner le malheureux et de lui administrer le casca. Si la dose est faible, le poison produit l'effet de l'émétique, et, avec plus ou moins de bile, le coupable vomit le démon. Si la dose est trop forte, il en meurt. Quelquefois, il arrive que le possédé ne rend pas le démon, et cependant ne meurt pas; dans ce cas, les assistants se précipitent sur lui, le taillent en pièces avec leurs couteaux, ou bien encore, le font cuire à petit feu, le soir à la veillée.

Malgré cette façon de traiter les malades, la mortalité n'est pas plus grande chez ces indigènes que chez d'autres.

Le sorcier dit encore la bonne aventure aux femmes, en leur crachant au visage ; vend des amulettes, des talismans, consulte les augures avant que les indigènes ne partent en guerre, n'entreprennent un voyage ou même n^aillent à la chasse. Ces talismans sont ordinairement une corne remplie de boue et d'écorce, dont l'extrémité inférieure porte trois petits

(1) Le casca est extrait de l'écorce épaisse et dure d'un arbre haut de 40 à 100 pieds : Erythrophœum Guiense.

cornillons. Les marchands d'esclaves ont tous un de ces amulettes qu'ils frottent à chaque instant de terre et d'huile, afin de se rendre favorable l'esprit qui l'habite, et d'empêcher les esclaves de s'évader.

Il est bien entendu qu'aucune des fonctions de N'ganga n'est gratuite; il se fait même payer fort cher et d'avance.

Cameron raconte les cérémonies d'incantation accomplies par un féticheur pour préserver le camp contre les incendies.

« La cérémonie eut lieu un peu avant le coucher du soleil ; on apporta au sorcier une poule, une chèvre, un grand vase rempli d'eau, un panier, de la boue, une branche dépouillée de feuilles, des couteaux et une auge d'écorce. Le sorcier était accompagné d'un acolyte, un jeune homme, apprenti féticheur sans doute.

« L'acolyte alla s'asseoir sur l'auge, au midi; le féticheur s'assit du côté opposé, lui tournant le dos et faisant face au nord. Ainsi placés, ils se frottèrent mutuellement les bras en prononçant des paroles mysti • ques... Après cette opération, le féticheur traça sur le soL avec le pied, une croix dont l'un des bras désignait le couchant; il prit une poignée de poudre d'écorce, en souffla une partie vers le soleil et le reste dans la direction contraire.

(( A la place où la croix avait été faite, on ouvrit une tranchée, dans laquelle fut déposée l'auge magique. Le féticheur y versa un peu d'eau et aspergea le sol, au nord d'abord, puis au midi L'acolyte, placé

au nord de l'auge, exécutait en même temps et strictement les mêmes actes. Puis tous deux allèrent s'asseoir, le féticheur à l'est, l'acolyte en face de lui. Une fois assis, ils prirent la poule ; l'enfant la tenait parles pattes et par les ailes; le sorcier saisit la tête, qu'il frotta avecde l'argile blanche, et coupa la gorge du volatile,en ayantsoin de faire lomberle sang dans l'auge.

« La même cérémonie eut lieu pour la chèvre, que deux assistants aidèrent à maintenir et dont le cadavre, placé au nord, regardait le couchant. Après s'être lavé la figure avec de l'eau mêlée au sang des victimes, le magicien prit dans sa bouche un peu de cette eau ensanglantée et la projeta d'abord au couchant, puis vers le levant. Il se frotta ensuite la poitrine et les mains avec l'eau du sacrifice.

« Toute cette cérémonie, évidemment, s'adressait au soleil, qu'elle avait pour but de nous rendre propice. ')

Les tribus ne sont pas toutes également superstitieuses ; on cite même les Ba-Yanti comme n'ayant pas de féticheurs. Quand son ministère est exigé pour trancher un différend, on prie celui d'une autre tribu de venir rendre son jugement, on le paie et on le renvoie.

En somme, ces populations n'ont pas de religion ; mais comme elles ont un vague sentiment de la vie future, elles ont une espècede culte pour les ancêtres, que semblent prouver les cérémonies qui accompagnent les funérailles d'un des leurs.

Lorsqu'un homme meurt,, son corps est exposé à

l'action H'un feu doux, pour le dessécher, jusqu'à co que la chair soit réduite à l'état de parchemin collé aux os ; les mains seules sont exceptées de cetto cuisson.

Cette opération terminée, ce qui fut la figure du cadavre est point en rouge, en jaune et en blanc ; le corps est recouvert d'une épaisse couche de rouge ; autour du nez et de la bouche on roule des bandes d'étoffe, et le mort tout entier est emmailloté de bandelettes de coton : toujours à l'exception des mains qui restent libres.

Ainsi préparé, le cadavre est placé, assis, dans unefosse creusée sous une hutte ; si c'est un chef, la demeure est ensuite abandonnée ; si c'est un simple mortel, ses femmes y restent enfermées pendant cinquante jours, le visage barbouillé de poudre de charbon, et se livrant à toutes les démonstrations d'une grande douleur. Dans la fosse, le corps est soulevé et recouvert de pièces d'étoffe de coton, qui, dans le pays, ont une grande valeur.

Etant donnée l'idée vague que ces peuples ont de la vie future, ils supposent que le monde des esprits est une pâle reproduction de notre monde sublunaire: c'est pour cette raison qu'ils déposent, près du cadavre, une foule d'objets usuels, afin qu'en arrivant dans l'autre monde, le défunt trouve tout ce qu'il lui faut. Ils y mettent donc des vêtements, des poteries, des armes et des vivres ; si c'est un roi, on y ajoute des esclaves préalablement pendus. Les poteries sont brisées, les couteaux tordus, les vêtements lacérés ;

i E CONGO.

on les tue, en un mot, afin qu'eux aussi, étant morls^, passent avec leur maître dans le monde des esprits.

Les Wabuma ont un endroit spécial pour ensevelir les chefs de leur nation : les rois et les reines sont enterrés dans l'île de Kermeh, ou île sainte, àl'ombre des grands arbres dont cet îlot est couvert.

Stanley donne des détails sur un massacre d'esclaves à l'occasion des funérailles d'un chef Bakuti ; c'est un de ses agents de la station de l'Equateur qui fut témoin de ce fait.

« Un grand chef étant mort, on décida d'immoler quatorze esclaves en son honneur. Les parents du défunt se mirent aussitôt en quête de victimes; comme ils ne pouvaient en réunir un nombre suffisant, ils vinrent à Equateur-station pour acheter des employés noirs de rx\ssociation, qu'ils prenaient pour des esclaves. Le lieutenant Vangèle les fit chasser.

« A force de recherches, ils réussirent à se procurer quatorze hommes dans l'intérieur. Les condamnés furent amenés sur la grande place du village, où se tenait réunie toute la population. On les fit mettre à genoux, les mains liées derrière le dos ; la corde fut ensuite passée sur la maîtresse branche d'un jeune arbre et des hommes la halèrent, de façon à courber la branche; l'extrémité de la corde fut ensuite attachée au cou de la victime. Dans cette position, la corde était très tendue, de sorte que, pour n'être pas étranglé, l'homme levait la tête et allongeait le cou.

« Un indigène, armé d'un couperet tranchant, décapita l'esclave d'un seul coup ; l'arbre, se redressant

subitement, fit sauter en l'air la tête, qui vint retomber sur le sol. Le même supplice fut infligé à tous les esclaves successivement. Les corps furent jetés au fleuve, et les tètes, bouillies et décharnées, plantées sur des piques autour du tombeau. Quant au sol, saturé de sang, on lo recueillit soigneusement, et on le mit dans la tombe du défunt. »

Il n'existe pas, que nous sachions, de rite spécial pour l'enterrement des femmes ; cependant Cameron raconte qu'étant chez le roi Kassonngo, il resta sept jours sans pouvoir être reçu parle souverain, parce que celui-ci, ayant perdu une de ses épouses, « avait dû rester une semaine couché avec son cadavre ».

Pour les esclaves, on ne fait pas tant de cérémonies : on abandonne leur corps dans la broussaille, où ils deviennent la proie des fauves, ou bien on les jette dans le grand fleuve, qui les emporte dans quelque cataracte où ils se brisent, à moins que les crocodiles ne les arrêtent au passage pour les dévorer.

De cette croyance aux esprits, que les naturels voient partout, résulte nécessairement l'idée que ces êtres malfaisants ont des demeures spéciales : c'est d'abord les souterrains de M'kama, sur les bords du lac Tanganika, dont l'intérieur est formé de voûtes et de colonnades d'une grande beauté; la superstition des indigènes a peuplé ces grottes d'habitants bizarres 'et surnaturels ; du reste, le lac inspire une crainte superstitieuse à plusieurs tribus environnantes : c'est ainsi que les chefs de l'Ogarou sont persuadés que s'ils voyaient le Tanganika, ils mourraient à l'instant.

Voici la légende que racontent les pêcheurs et les traitants indigènes, sur la formation du Tanganika:

« A l'endroit, disent-ils, où vous voyez ce lac, se trouvait, il y a longtemps, bien longtemps, une immense plaine habitée par beaucoup de nations qui possédaient de nombreux troupeaux. Dans cette plaine on voyait une grande ville, dont toutes les maisons étaient entourées d'enceintes très hautes, formant des cours où le bétail passait la nuit. L'une de ces enceintes renfermait une source abondante qui alimentait un joli petit ruisseau, le seul qu'il y eût dans le voisinage.

Il y avait dans la source d'excellents poissons, qui fournissaient au propriétaire une nourriture copieuse ; mais l'existence de ce trésor ne devait être connue que des membres de la famille, sous peine des plus grands malheurs.

Un jour, la femme du propriétaire, qui aimait un homme de la ville, lui envoya du poisson de la source merveilleuse. La chair était si bonne, le goût si nouveau, que l'homme voulut savoir d'où venait ce mets délicat, meilleur que du mouton ou de la chèvre. La femme résista pendant longtemps ; puis son mari eut affaire dans l'Ouvinnza. Au moment de partir, il recommanda à son épouse de ne laisser voir la fon taine à personne ; elle promit de garder le secret.

Lorsqu'elle jugea que son mari était loin, elle alla chercher celui qu'elle aimait, et lui donna à manger ce qu'elle avait de meilleur. Après le repas, où la chair inconnue avait abondé, l'ami renouvela ses ins-

tances. Elle le conduisit alors près de la fontaine. Jamais il n'avait rien vu de semblable ; il regardait avecravissementles poissonsétinceler, se poursuivre, sauter, plonger, quand un craquement terrible se fit entendre: la terre s'ouvrit, la plaine enfonça, enfonça tellement que les lignes les plus longues ne pourraient l'atteindre.

La source déborda, emplit lagrandefente. Le bétail, les champs, les maisons, les jardins, les hommes, tout fut recouvert par les eaux; le lac était formé.

Quand l'homme eut fini ses affaires, il se mit en route pour revenir chez lui. Tout à coup, il trouva des montagnes qu'il ne connaissait pas ; lorsqu'il fut au sommet, il vit le lac à la place de la ville et des champs ; il sut alors que la fontaine avait été regardée, et que tout le monde avait perdu la vie par la faute de sa femme.

Voilà ce que nous ont dit nos vieillards au sujet de Tanganika. »

Cameron cite la légende relative à la formation du lac Dilolo ; elle est surtout curieuse parce qu'elle rappelle le récit de la Bible à propos de la Mer Morte.

A la place où est aujourd'hui le lac, il y avait autrefois un grand village où l'on était heureux. Tous les habitants étaient riches; ils possédaient tous beaucoup de chèvres, de volailles et de cochons, du grain et du manioc en bien plus grande quantité qu'ils n'en est maintenant accordé. Ces gens riches passaient leur vie à boire et à manger, sans s'occuper du lendemain.

Un jour, un homme très âgé vint danecet heureux village. Il était las et affamé; il demanda aux habitants d'avoir pitié de lui, car il avait encore une longue route à parcourir. Loin d'écouter sa demande, les hommes riches le chassèrent et engagèrent les enfants à lui jeter des pierres, de la boue et des ordures.

Mourant de faim, les pieds déchirés, il sortait du village^ quand un habitant, plus généreux que les autres, l'emmena dans sa case, lui présenta à boire, tua une chèvre et plaça devant lui une bouillie de grain et un plat de viande ; puis, quand le vieillard fut rassasié, le villageois lui donna sa propre demeure pour dormir.

Au milieu de la nuit, le vieillard se leva, alla réveiller l'homme généreux et lui dit :

— Vous avez été bon pour moi ; je veux à mon tour vous rendre service ; mais ce que je vais vous confier ne doit pas être connu de vos voisins.

L'autre promit le secret. Sur quoi le vieillard lui dit:

— Avant peu, il y aura pendant la nuit un grand orage ; dès que vous entendrez le vent souffler, levez-vous, prenez tout ce que vous pourrez emporter et fuyez au plus vite.

Et le vieillard s'en alla.

Deux nuits après, l'homme généreux entendit pleuvoir et venter comme on ne l'avait jamais entendu.

— L'étranger a dit vrai ! pensa-t-il.

Et se levant aussitôt, il partit avec ses femmes, ses chèvres, ses esclaves, ses poules et tout son avoir.

Le lendemain matin, à la place où était le village/ s'étendait le lac Dilolo. 1

Il nous reste maintenant à parler d'une accusation souvent portée contre les habitants du Congo, et qui ne parait que trop fondée : nous voulons parler de leur cannibalisme.

Livingstone ahésitéà les déclareranthropophages ; Stanley ne doutepas un seul instant qu'ils ne mangent leurs semblables ; il va même jusqu'à dire qu'en l'attaquant sur le haut fleuve, les indigènes voyaient dans sa capture un moyen de se procurer de la « viande fraiche ». Quant aux Ossyebas, il n'y a pas à douter qu'ils mangent l'homme.

Nous n'avons pas l'intention de prendre la défense de ces sauvages; nous voulons même admettre qu'ils sont anthropophages. Cependant, nous devons constater que M. Stanley, qui est leur plus violent accusateur, n'a jamais assisté à leurs honteux festins ; dans certains villages, il a vu des crânes plantés sur des piques, et des maisons ornées d'ossements humains : cecin'est pas une raison concluante, car luimême, dans un autre endroit, a pu constater que ces débris humains sont des fétiches, et que les crânes des esclavestuésen l'honeurd'un chef défunt sont exposés ainsi autour de son tombeau.

Pour être anthropophages, les habitants du Congo n'ont pas les mêmes raisons que les insulaires de rOcéanie : ils élèvent des chèvres, des porcs, des volailles ; leurs forêts regorgent de gibier, et les prisonniers de guerre sont vendus comme esclaves.

LE CUNGU.

Nous croyons donc que les actes cle cannibalisme sont excessivement rares; que les naturels ne dévorent un ennemi, de temps à autre, que par vengeance, mais qu'ils ne mangent pas l'homme par goût.

Ilestbien entendu que nous exceptons les Ossyebas, chez lesquels M. Marche a trouvé des preuves palpables de leur coutume horrible de se nourrir fréquemment de chair humaine.

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