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CHAPITRE XIII

Culture. — Industries. — Commerce. — Avenir de la race nègre.

Autour de chaque village, et souvent même autour de chaque case, les indigènes cultivent les légumes et les plantes dont ils se nourrissent; cette culture est, à vrai dire, des plus rudimentaires : la terre vierge demande à peine à être labourée ; le sol fécond, arrosé par des pluies périodiques et chaque nuit par une abondante rosée, chauffé par les rayons brûlants du soleil, donne, presque sans travail, le manioc, le millet, le maïs, le plantain. Il serait donc plus juste de dire que les naturels récoltent et ne cultivent pas.

Le seul travail consiste, en somme, à défricher. Si la tribu est établie dans un pays boisé, le défrichement demande une certaine peine ; si c'est dans une plaine, il se fait d'une façon bien simple: vers la fin de la saison sèche, alors que les hautes herbes sont réduites à l'état de paille par le soleil, ils mettent tout simplement le feu à la prairie; les cendres restent sur la terre. Quand vient la saison des pluies, l'eau imprègne cette couche, la fait pénétrer dans le sol et l'engraisse ; il n'est même pas nécessaire de labourer, quand vient l'époque des semis; la graine déposée sur la terre germe, pousse et produit en quelques semaines.

Les habitants ne se bornent pas à récolter les fruits

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des plantes qu'ils cultivent ; ils s'approvisionnent aussi dans la forêt vierge, qui leur donne l'huile de palme, la noix de terre, les graines oléagineuses et tous les produits qu'ils emploient à leur consommation personnelle et dont ils trafiquent.

Mais les indigènes ne se contentent pas de demander à la terre ses meilleurs produits ; ils élèvent encore des animaux domestiques : chèvres, cabris, porcs, volailles ; vivant presque tous sur les bords du grand fleuve et de ses affluents, ils se livrent à la pèche et conservent le poisson en le faisant sécher; ils traquent les bêtes fauves dans les forêts, pour s'emparer de leurs dépouilles : défenses d'éléphants, dents de rhinocéros, peaux de léopards ou délions; et les ustensiles, les armes, les canots qu'ils emploient, ils les fabriquent eux-mêmes.

Nous avons déjà dit que plus on s'avançait dans l'intérieur, plus l'habileté et l'industrie des indigènes semblaient développées. D'abord les meubles de leurs maisons sont plus confortables, plus nombreux et plus élégants : chacun a son tabouret, de forme gracieuse et orné de sculptures ; dans chaque famille, on trouve un canapé, soigneusement fait, en canne, où trois personnes peuvent s'asseoir à l'aise, et, déplus, un banc, de quatre à cinq pieds deiong, taillé d'un seul morceau dans une bille de bois tendre. Ces sièges feraient supposer un esprit éminemment sociable chez leurs propriétaires.

« Une autre pièce intéressante du mobilier se compose de la fourche d'un arbre, coupée à peu de dis-

tance du point de ramification. Les brins de celte fourchc,qiieron a soigneusement pelée et décortiquée, au nombre de trois ou quatre de la même longueur, sont posés de manière à former les patins de la tige, qui, placée deri'ière le banc ou le tabouret, sert de dossier.

Dans certaines tribus, notamment chez les habitants des bords del'Arouwimi, les hommes excellent à travailler l'ivoire ; ils en font des coins, des trompes, des pilons, des maillets, des boules, des anneaux de bras.

D'autres peuplades ont la spécialité des armes, des couteaux, des haches ; dans leurs villages, ils ont de grandes forges où travaillent de nombreux ouvriers. Le fourneau dans lequel le minerai est fondu, consiste en une masse d'argile de quatre pieds d élévation, dans laquelle on a fait un creux de deux pieds de diamètre, et d'une profondeur égale. Une large ouverture pratiquée àla base du terlre s'étend jusqu'audessous de la cuvetteetsert de foyer. Quatre conduits, également pratiqués au bras du bloc d'argile, reçoivent des appareils de terre cuite, en forme d'entonnoirs, auxquels aboutissent des soufflets.

Chaque soufflet est composé de deux sacs en peau de chèvre, ayant au bout fermé un tuyau d'argile qui pénètre dans l'entonnoir du fourneau, et se manœuvre au moyen de deux bâtons placés perpendiculairement au centre des sacs.

Avec ce simple appareil, les indigènes fabriquent des cognées, des haches d'armes, des lances à larges

fers, des colliers, des anneaux de bras et de jambes, des épées, des couperets, des couteaux. L'art du forgeron est tenu en grande estime, et chaque génération apprend à son tour les procédés traditionnels, qui sont nombreux, et prouvent que, même à l'état sauvage et réduit à ses propres ressources, l'homme est susceptible de se perfectionner et de progresser.

Les poteries, vases, plats, pots, révèlent une grande habileté de main et même, dans la forme, un certain sentiment artistique. Il en est de même pour les instruments de musique. Si, dans le bas Congo, on ne trouve que des tambours grossiers creusés dans un tronc d'arbre, des trompes fabriquées avecdes cornes d'antilopes, on voit, sur le haut fleuve, la trompe d'ivoire, le tambour à la caisse curieusement sculptée, pour appeler les guerriers au combat, et pour accompagner leurs chants monotones, la lyre à cinq cordes, dont ces sauvages musiciens tirent des sons d'une douceur et d'une mélodie surprenantes.

Les grands canots portant deux cents hommes, qu'ils montentpour leurs expéditions, ouïes pirogues sur lesquelles ils s'embarquent pour aller à la pêche, sont creusés, à la hache, dans un seul tronc d'arbre; quelques-unes de ces embarcations sont immenses. Stanley a vu un canot mesurant quatre-vingt-trois pieds de l'avant à l'arrière ; les pagaies sont longues, flexibles, et la palette est généralement creuse.

Mais les indigènes excellent surtout dans la fabrication des ouvrages de vannerie. Ils jettent sur les petites rivières des ponts suspendus, dont le tablier

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