‹ Le CongoChapitre 18 sur 20 · LB OON OO, IS · texte numérisé non relu

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les fruits sont si recherchés: le palmier de toutes les espèces, cocotier, palmier dattier, palmier à huile, et une sorte de palmier dont le fruit jaune, de la forme et de la grosseur d'une pomme, contient un noyau dur et blanc comme de l'ivoire ; les éléphantsont une véritable passion pour ce fi^uit. Citons encore le bananier, la canneàsucre, quecultivent les indigènes, etlemanioc; cette dernière plante mérite une mention particulière.

La racine de manioc, que Ton pourrait appeler le pain de tous les habitants des pays tropicaux, est de deux sortes: l'une contient un poison violent qui doit être éliminé par un trempage prolongé dans l'eau : c'est le cas du manioc du Congo; l'autre est parfaitement anodine, comme celle de la Guyane. Voici comment se prépare le manioc :

On réduit la racine en une poudre très fine, comme de la farine, et on le met à tremper dans l'eau pour enlever son principe vénéneux; pendant cette opération une pulpe très légère remonte à la surface de l'eau : c'est le tapioca. On retire ensuite la farine de manioc du bain, et on la fait sécher sur des plaques de tôle, ou simplement des pierres chaudes ; elle est ensuite pétrie comme du pain ; ou bien, on la laisse fermenter, et quand elle forme une espèce de pâte, on la coupe par tranches minces, que l'on apprête de différentes façons, en les faisant friredans du beurre, par exemple.

A ces productions du sol, ajoutons les légumes : pommes de terre, choux sauvages, ananas, noix de terre, maïs, tabac, café sauvage, plantes textiles de toutes sortes, arachides, plantes oléagineuses, puis les

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plantes à gomme, entre autres la Landolfîa forida^

3xcessivement abondante. M. Stanley assure qu'en une

seule année le produit de cette gomme fournirait les

fonds nécessaires à la construction d'un chemin de fer.

La faune du Congo n'est pas moins riche que sa flore.

C'est d'abord l'éléphant, très abondant dans toute cette contrée, peut-être parce que les indigènes le chassent peu ; les magnifiques défenses, qu'ils échangent dans les comptoirs européens contre des produits de nos manufactures, ne sont pas enlevées par eux sur les grands pachydermes ; ils les reçoivent des tribus de l'intérieur avec lesquelles ils trafiquent. Peu inquiété, l'éléphant ne s'éloigne guère des établissements ; le soir, au coucher du soleil, il n'est pas rare de voir une bande de ces monstres marchant en file indienne, se diriger vers quelque frais ruisseau dont ils ont fait leur abreuvoir. La nuit, surtout quand la lune brille, c'est au Congo qu'ils viennent pour se baigner. Le matin, on peut suivre, par les dégâts qu'ils commettent sur leur passage, le chemin qu'ils ont pris pour rentrer dans la sombre forêt.

On estime à deux cent mille le nombre des éléphants habitantles forêts du Congo, dontles défenses, aucours moyen de l'ivoire, représentent une somme de cent vingt-cinq millions de francs.

L'hippopotame est un des mammifères les plus communs du Congo, il abonde littéralement dans le fleuve et ses grands affluents. Pendant le jour, ces animaux se tiennent de préférence sur les bancs de

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sable couverts par les eaux ; la tête seule émerge au dessus des flots, et la vue de leurs immenses mâchoires qui s'ouvrent et se ferment pendant leurs fréquents bâillements est vraiment effrayante. La nuit, ils quittent le fleuve, et par bandes de huit ou dix vont, dans les prairies voisines, brouter les hautes herbes ; ils y restent jusqu'au lever du soleil.

La femelle de l'hippop'otame aie sentiment maternel très développé : pendant les premières semaines qui suivent la naissance de son petit, elle reste avec lui sur les rives du fleuve, sans y entrer : peut-être parce qu'elle craint que son bébé hippopotame ne soit une proie trop facile pour les crocodiles.

Quelquefois, un vieux mâle quitte ses compagnons et va vivre seul, en solitaire ; alors, il devient méchant, et on dirait qu'il prend plaisir à détruire tout ce qui se trouve sur son passage. M. Johnston en a vu un qui s'était établi dans le voisinage de M'suata. « Cette méchante bête^ dit-il, était la terreur des indigènes de tous les villages avoisinants ; le soir, au crépuscule, caché dans de hauts buissons, il guettait le retour des pêcheurs rentrant au logis ; il se dirigeait alors vers eux, nageant entre deux eaux, et renversait leur canot.

« Pendant que j'étais à cet établissement, nous envoyâmes une pirogue porter des lettres à Stanley. Le canot, parti au point du jour, fut renversé, près de la station, par cet hippopotame, et undes hommes qui le montaient fut emporté par un crocodile.

« En résumé, l'hippopotame peut être considéré

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comme le plus terrible ennemi de Thommc sur lo Congo (1). »

Le lion est très commun sur le haut Congo ; on commence à l'entendre aux environs de Stanley-Pool, et plus loin, dans l'intérieur, il doity en avoir beaucoup. La plupart des grands chefs de tribu ont des peaux de lion. C'est assis sur une peau de lion que Makoko reçut de Brazza, à sa première visite. Beaucoup des villages de la rive droite du Congo se barricadent soigneusement, en vue d'attaques possibles de la part du roi des animaux, et, chaque nuit, les troupeaux sont mis à l'abri dans la forteresse. Du reste, Stanley, pendant son voyage, en rencontra plusieurs fois.

Parmi les félins, citonsle léopard, que les indigènes appellent « seigneur » ; quand un de ces animaux est tué ou pris dans une trappe, tous les villages environnants célèbrent un jour de fête, pendant lequel les esclaves sont exempts de tout travail ; — puis deux ou trois espèces de chats tigres, qui font aux volailles une guerre acharnée.

Notons encore la hyène et le chacal.

Sur les rives du fleuve, vit une sorte de buffle, plus petit que celui de l'Afrique méridionale, mais tout aussi dangereux, quoique, par instants, il fasse preuve d'une douceur surprenante, témoin l'aventure qui arriva à Stanley, entre Vivi et Isangila .

Il marchait à la tête de sa caravane, et venait, sous un soleil brûlant, de gravir une haute colline. Comme

(1) Johnston, The River Congo.

il atteignait le sommet, et que, exténue de fatigue, il s'apprêtait à se laisser tomber sur l'herbe couvrant le sol, il se trouva tout à coup face à face avec un buffle rouge qui le contemplait d'un œil profondément étonné. Déjà, il s'avançait sur Stanley, la tête basse, les cornes en arrêt, quand celui-ci l'ajusta et fit feu; mais, bien qu'il ne fût qu'à dix mètres du but, l'émotion le fit trembler, et il manqua la bête. A la grande surprise de l'explorateur, le buffle lui tourna le dos et s'en alla tranquillement.

L'antilope, si commune dans toute l'Afrique, est assez rare au Congo ; il n'y a pas de vraies gazelles. Laseule espèce un peu nombreuse estl'antilope cobus, que l'on rencontre surtout au bord des ruisseaux. Les sabots sont fort longs et pointus. Cet animal, qui est d'un brun roux avec des raies blanches, habite surtout les terrains marécageux, dans le voisinage des petits cours d'eau. Ses cornes sont employées par les indigènes pour en faire des trompettes.

La famille des singes est largement représentée; quelques voyageurs prétendent que le gorille existe au Congo, mais la question est très discutée.

L'espèce la plus répandue est le soko, sur lequel Livingstoneadonnéd'intéressants détails, quoique, à première vue, ils paraissent un peu fantaisistes; il le prend à tort pour un gorille.

« Le soko, dit-il, marche souvent debout; mais alors il se mettes bras sur la tête, comme pour faire équilibre. Vu dans cette position, c'est un animal très gauche... Le jaune clair de sa figure fait ressortir ses affreux

favoris et ses quelques poils de barbe. Son front est vilainement bas, flanqué d'oreilles placées très haut, et surmonte un visage qui est fort éloigné de valoir le grand museau du chien. Ses dents sont légèrement humaines; mais les canines montrent la bête par leur énormité. Les mains ou plutôt les doigts sont pareils à ceux des indigènes. La chair des pieds est jaune....

« ....Il est tellement avisé et a la vue si perçante qu'il est impossible de l'approcher par devant; mais ce n'est pas une bête formidable, car il est rare qu'il fasse usage de ses longues canines.... Le soko ne mange pas de viande ; so nourriture consiste en fruits sauvages ; il fait ses délices de petites bananes, mais ne touche pas au maïs. Quand il a coupé les doigts de l'ennemi, il les crache immédiatement; après avoir mutilé le chasseur, il le soufflette. Blessé, il arrache la lance qui l'a frappé^, mais n'en fait pas usage ; il prend ensuite des feuilles et les met sur sa blessure pour arrêter le sang.

«....Ce grand singe vit en société d'une dizaine de couples. Un intrus, venant d'une autre bande, est chassé à coups de poings et à grands cris. Le père porte souvent le petit, surtout dans la traversée des clairières ; rentré dans la forêt, il remet l'enfant à sa mère. »

Coléoptères et lépidoptères abondent sur les rives du fleuve ; les papillons surtout sont innombrables et de toute beauté. Malheureusement, à côté de ces jolies insectesviventd'affreusesbôtes, telles queles blattes, qui répandent partout leur odeur écœurante. Près du mal

le remède : les fourmis rou^^es, qui dévorent ces puantes bestioles par milliers ; parfois, le remède est pire que le mal : des bandes innombrables de fourmis rouges, les maji moto (eau chaude) des habitants de Zanzibar, font des ravages inappréciables ; quand une maison se trouve sur leur route, elles l'envahissent, et le propriétaire n'a rien de mieux à faire que de se sauver, et d'abandonner son domaine à la bande pillarde. Après ces terribles envahisseurs, viennent d'autres espèces de fourmis qui, pour être petites, n'en sont pas moins terribles ; elles s'attaquent aux vivres, aux sucreries de préférence, et, à moins de se résoudre à manger une compote de fourmis, le mieux est de leur abandonner leur proie, et de prendre ses précautions pour une autre fois.

Puisvientla série, inévitable dans les pays tropicaux, des moustiques, maringouins, chiques, et autres tourmenteurs de l'homme, et surtout du blanc; des mouches de toutes les espèces, et pour les détruire, un nombre incalculable d'araignées de toutes les couleurs et de toutes les grosseurs.

Un fleuve comme le Congo est naturellement très poissonneux; il ne possède guère d'espèces qui lui soient propres, et ses habitants sont à peu près les mêmes que ceux du haut Nil. Malheureusement, ce ne sont pas les seuls hôtes du grand fleuve : outre les hippopotames dont nous avons déjà parlé, on y rencontre encore de nombreux crocodiles, qui sont pour le voyageur un danger incessant; au moindre accident pendant la navigation, on est certain de voir leurs

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têtes hideuses éclairées par dcuxyeux glauques s'avancer, en quête d'une proie, quœrens quem devoret. Les indigènes prétendent quependantla saison pluvieuse, quand soufflent sur le Congo les tempêtes violentes, les crocodiles suivent le canot ballotte par les flots, dans l'espoir qu'il chavirera avant d'atteindre la rive.

Il est assez curieux de remarquer que, dans cette région, le crocodile se contente d'enlever une jambe ou un bras de sa victime, lalaissant, mutilée, atteindre le bord ; à moins, cependant, qu'un autre de ces animaux ne se trouve à portée et n'enlève un second membre au malheureux. En agissant ainsi, le crocodile du Congo fait preuve d'une certaine intelligence : il préfère se contenter d'un morceau enlevé à la hâte, et s'enfuir avec cette proie au fond du fleuve, plutôt que de risquer les chances d'une lutte avec sa victime ; en effet, quand un indigène est pris par un crocodile, s'il pêut se retourner, il enfonce ses pouces dans les yeux de son adversaire, ou lui plonge son couteau dans le ventre, auquel cas l'animal lâche sa proie.

Quelqueétonnant que cela puisse paraître, il y a des hommes qui, ayant laissé un bras dans les terribles mâchoires du saurien, ont eu assez de courage et de force pour lutter contre la douleur et le courant, et atteindre la rive à la nage.

La queue du crocodile est, on le sait, une arme terrible : d'un coup de cet appendice, il peut tuer un homme, quand il nage, ou, d'un bond, le précipiter dans le fleuve. Voici un exemple de ce fait:

Dans la province d'Angola, sur la rivière Quanza, le

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steamer qui fait le service était amarré contre la rive; des Krowmen déchargeaient le navire, et, pour atteindre le bord, passaient sur une planche peu élevée au-dessus du banc de sable formant la berge. A la nuit tombante, un crocodile, qui depuis longtemps probablement guettait sa proie, choisit le moment ou un Krowman pesamment chargé était au milieu de la planche, pour luiasséner un vigoureux coup de queue ; le malheureux fut envoyé du choc dans le fleuve. On se précipita au secours de l'homme : mais déjà le crocodile lui avait ouvert le ventre d'un coup de dent, et le portefaix n'atteignit la rive que pour mourir.

Il est parfaitement exact que le crocodile est accompagné et protégé par un petit oiseau qui pousse un cri d'alarme quand un danger menace le saurien endormi au soleil sur un banc de vase ; c'est une espèce de pluvier ,\e lobivanellus albiceps, que les Egyptiens appellent zig-zag. Il vit avec le crocodile sur le pied de la plus grande intimité, perchant sur le dos dumonstre, quand il est hors de l'eau. Souvent, on s'est demandé comment le crocodile payait son protecteur ailé ; quelques savants zoologues ont affirmé que le zig-zag avait le privilège de remplir auprès du crocodile le rôle de cure-dent. D'autres, ne prenant pas cette assertion au sérieux, ont prétendu que le petit oiseau se contentait de manger les vers qui foissonnent sur les parties molles de la mâchoire du monstre. Malgré notre peu de compétence en la matière, nous osons mettre en doute ces deux opinions, et nous croyons bien plutôt que le pluvier zig-zag se nourrit

des larves et des vers de vase qui s'attachent à la carapace du crocodile.

Beaucoup de lézards, de brillante couleur et de forte taille, surtout lorsqu'ils sont jeunes ; ils se nourrissent d'animaux vivants; quelques-uns sont assez forts pour tuer un chien de grosseur moyenne ; ils se défendent bravement contre l'homme, se servant avec adresse et vigueur de leur queue flexible.

Au contraire, les serpents sont rares, et il y a peu d'espèces dangereuses ; certains voyageursprétendent même que l'on peut traverser le Congo dans toute son étendue sans en rencontrer un seul ; c'est peutêtre beaucoup dire; mais il est certain qu'on en voit rarement. Cependant, à Vivi, en 1885, un officier suédois, attaché à la mission, est mort en deux heures, de la morsure d'un serpent.

Excepté le vautour qui n'existe pas au Congo, on y rencontre toutes les espèces spéciales à l'Afrique; les oiseaux aquatiques sont surtout fort nombreux.

De tous les animaux domestiques élevés au Congo par les habitants, le plus commun est la chèvre : un animal trapu, bas sur jambe et très gras ; elles donnent un excellent lait, mais qui se tarit rapidement, ce dont se soucient fort peu les indigènes, qui trouvent que le lait est une boisson répugnante.

Le mouton n'existe guère sur le haut Congo ; cependant, il est partout connu; il appartient au type africain : il est chevelu, avec de petites cornes ; le bélier a une magnifique crinière qui va de l'échiné à l'estomac et ressemble beaucoup au mouton sauvage

du nord de l'Afrique ; la brebis n'a pas de crinière.

Le bœuf d'origine indigène est absolument inconnu.

Dans tout le haut Congo, le chien, qui est très abondant, a une certaine ressemblance avec celui des Indes et avec le chien sauvage de Sumatra : tête fine du renard, oreilles droites et pointues, pelage fauve et queue légèrement relevée. Ces chiens n'aboientpas, ils donnent l'éveil par un long hurlement ; ils ont peu de sympathie pour les Européens, mais montrent un grand attachement à leurs maîtres indigènes, qui le leur rendent bien. Leur chair estconsidérée commeun mets tellement délicat et savoureux que l'usage en est, parait-il, réservé aux grands chefs seulement.

Haut perchés sur des jambes malingres, les chats sont très laids, mais ils rendent de grands services aux indigènes en les aidant à se débarrasser des petits rats noirs qui envahissent les villages à cer- taines époques de l'année.

L'élevage duporcdomestique est une des industries des indigènes, et sert à leur nourriture. Il est noir, avec de longuesjambes, etressemble unpeuau cochon irlandais.

Les volailles pullulent dans les villages ; elles sont petites et très productives; les indigènes mangent rarement les œufs et laissent les poules couver tous ceux qu'elles pondent: aussi leur nombre est-il considérable. Les canards, de l'espèce dite russe, se rencontrent aussi à l'état domestique ; on dit qu'ils ont été introduits dans le bassin du Congo, au dixseptième siècle, par les Portugais.

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