‹ Le CongoChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dcuxiôme voyage de M. de Brazza.

A la fin de 1879, le comité français de l'Association internationale africaine confia à M. de Brazza , à peine remis des fatigues de son premier voyage, la mission de fonder deux stations hospitalières et scientifiques dans les bassins de l'Ogôoué et du Congo.

ministre des affaires étrangères le chargeait d'étendre l'influence française dans ces contrées qui déjà étaient l'objet des convoitises de toutes les nations européennes ; ses instructions lui enjoignaient tout particulièrement d'établir « une priorité de droit et d'occupation sur le point le plus rapproché de l'Atlantique, à l'endroit où le Congo commence à être navigable ».

M. de Brazza quitta Liverpool le 57 décembre 1879 et se dirigea sur le Gabon, où il s'occupa d'organiser les moyens de transport et de ravitaillement entre les futurs établissements et la côte ; puis il gagna l'Ogôoué, qu'il remonta jusqu'à son confluent avec la Passa ; dans cette contrée « salubre et fertile, habitée par une population dévouée à nos intérêts », il fonda la station de Franceville, à huit cent quinze kilomètres du Gabon, et à cent vingt du point où l'Alima, affluent du Congo, devient navigable.

« Cette station, qui offre désormais un refuge res-

pecté aux noirs qui réussissent à se soustraire à l'esclavage, dispose, à un moment donné, de mille à quinze cents pagayeurs, qui peuvent armer quatrevingt à cent pirogues, et elle reçoit tous les trois mois de quatre-vingt à cent tonnes de marchandises (1) ».

Au commencement de juillet 1880, M. de Brazza quitta Franceville, se dirigeant sur Stanley-Pool, ou N'Tamo. Il eut la bonne fortune de ramener à des dispositions conciliantes les Apfourous, qui, à son premier voyage, l'avaient reçu à coups de fusil. « Sur cet itinéraire de cinq cents kilomètres en pays jusqu'alors inconnus, notre bonne réputation, acquise depuis 1876 dans le haut Ogôoué, nous valut partout, dit M. de Brazza, un excellent accueil des populations Batékés, Achicouyas, Abomas, etc.. »

Le roi Makoko, chef des Batékés, sur le territoire duquel se trouvait le voyageur, envoya un de ses grands dignitaires au-devant de lui pour lui servir de guide ; il usa de toute son influence sur la nation des Apfourous, ses voisins, pour faciliter la tâche de M. de Brazza, et terminer les négociations entamées avec ces indigènes. La haine des Apfourous pour les blancs date du passage de Stanley : ils accusent le voyageur américain d'avoir versé inutilement le sang des leurs ; or, comme ces naturels supposent que tous les blancs sont frères, ils voulaient faire payer à Brazza les rigueurs exercées par Stanley.

Après une marche pénible dans le pays des Batékés,

l\) Lettre de M. de Brazza.

LE CijNGO.

M. de Brazza aperçut, un soir, à onze heures, le grand fleuve coulant majestueusement à ses pieds « et formant une immense nappe d'eau dont l'éclat argenté allait se fondre et se perdre à l'horizon dans l'ombre des hautes montagnes. « Mon cœur de Français battit plus fort, dit-il, quand je songeai que là allait se décider le sort de ma mission ».

Le roi ayant voulu voir les blancs, M. de Brazza et son escorte firent leurs préparatifs pour se présenter dignement devant le noir potentat.

« Nous nefaisions,ma foi, pas trop mauvaise figure, écrit M. de Brazza. Tandis que le Batéké Ossia allait frapper les doubles cloches delà porte du palais, pour prévenir de l'achèvement de nos préparatifs, je fis faire la haie à mes hommes, qui, suivant l'usage du pays, portaient les armes, le canon incliné vers la terre. Aussitôt la porte s'ouvrit, et M. de Brazza pénétra avec ses gens dans ce qu'il appelle les Tuileries de Makoko, et qui n'était en somme qu'une grande case. Devant les ballots que l'explorateur offrait en présent, de nombreux serviteurs étendirent des tapis et une peau de lion, emblème de la royauté.

<î On apporta un plat de cuivre, de fabrication portugaise, sur lequel Makoko devait poser les pieds ; puis un grand dais rouge ayant été disposé au-dessus du trône, le roi s'avança, précédé de son féticheur, entouré de ses femmes et de ses principaux officiers.

« Makoko s'étendit sur sa peau de lion, accoudé sur des coussins ; ses femmes et ses enfants s'accroupirent à ses côtés. Alors, le grand féticheur s'avança

vers le roi et se précipita à ses genoux en plaçant, ses mains dans les siennes ; puis, se relevant, il en fit autant avec moi, assis sur mes ballots en face de

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