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CHAPITRE VI

Troisième voyage de M. de Brazzn.

Le 19 mars 1883, M. de Brazza s'embarquait à Bordeaux, à bord du Précurseur ; il partait avec le titre de commissaire de la République française. Au commencement d'avril, il atteignait Dakar, où il embarquait cent trente laptots, et le brave sergent Malamine.

< Dans les premiers jours d'avril, dit M. de Brazza, nous touchions à Dakar. 130 laptots — toute notre force armée — montaient à bord^ et parmi eux. mon brave sergent Malamine, rentré depuis quelques mois de Brazzaville, sur l'ordre de M. Mizon. Mélange de sang arabe et de sang maure, ce Malamine, dont on vous a si souvent parlé, est un homme de haute taille, solidement musclé. Son profil est presque européen et sa physionomie respire une virile fierté. On sent immédiatement en lui l'homme capable de remplir intelligemment des ordres, en les interprétant suivant les circonstances. Quand, en 1880, je le laissai seul à la garde du pavillon français sur le Congo, sans ressources et à 500 kilomètres de notre plus voisine station, je savais à l'avance àqui je confiais ce dangereux honneur. Hardi défenseur des faibles, Malamine fut vite aimé des indigènes, auxquels il apprit à aimer la France. — Avec lui plusieurs de mes vieux serviteurs d'autrefois avaient voulu m' accompagner

a Nous prenions encore quelques Krowboys dans le golfe de Guinée, et le 22 avril 1883, après une excellente traversée,nousjetionsrancreen radedu Gabon, d

Une avant-garde, commandée par M. de Lastour, partie de France au mois de janvier, s'était rendue directement sur le bas Ogôoué, où elle attendait l'arrivée du chef de la mission.

A Libreville, M. de Brazza était arrêté par le débarquement de ses marchandises : vivres, effets, munitions qu'on ne put abriter sous les hangars du gouvernement, et qui, pendant plusieurs semaines, restèrent sur le quai, exposées au soleil, à la pluie et aux attaques des voleurs.

Le 30 avril, M. de Brazza se rendait dans le bas Ogôoué et au cap Lopez, pour s'assurer que le chef de station avait bien exécuté les instructions données; puis il retournait au Gabon.

Pendant qu'arrêté à Libreville, M. de Brazza terminait les derniers préparatifs de son expédition, le lieutenant de vaisseau Cordier, commandant le Sagittaire, s'emparait de Loango, à l'embouchure du fleuve Quillou et de Ponta, Negra, sur la côte. Il rencontra ; une vive opposition de la part des négociants anglais ! et portugais établis sur ce point; ils refusèrent même de vendre des vivres à nos marins, qui souffraient de la fièvre ; mais une circonstance fortuite vint le tirer d'embarras.

Une des embarcations du navire français VOriflamme avait chaviré dans la barre; aussitôt les matelots s'élancèrent à son secours, et, pour être plus libres

LE CONGa.

de leurs mouvements, retirèrent leurs vêtements, qu'ils laissèrent sur la plage. Quand ils revinrent, après la besogne terminée, les effets avaient disparu, volés par les indigènes, qu'excitait un des chefs. Le roi de Loango, dont ce chef n'était que le vassal, lui retira ses territoires pour le punir et, en compensation des objets volés, les concéda à la France. La prise de possession de ces deux points de la côte nous rend maîtres de deux mouillages importants, qui seront la base de toutes nos opérations dans l'intérieur.

Après avoir visité cette partie de la côte, M. de Brazza gagna l'Ogôouéetse rendit à Lambaréné, d'où l'expédition devait partir; puis, remontant le fleuve, il fondait les établissements deNJolé, Achouca, Madiville (ville de l'huile), et arrivait le 22 juillet à Franceville.

Un avis du docteur Ballay l'ayant rassuré sur l'attitude des indigènes, et prévenu que Makoho attendait son arrivée avec impatience, M. de Brazza se mit en route et gagnaleCongoàlSO milles au-dessus de la station de Bolobo ; puis, redescendant le fleuve, il atteignit Nchangouno, d'où il se dirigea par terre sur la résidence de Makoko. Accompagné de M. Ballay, le commissaire du gouvernement français arriva sans encombre à Mbé, résidence du roi. Au-devant de lui, accouraient, portant le drapeau français, tous les chefs des deux rives , heureux de revoir le voyageur.

■ Après quelques jours consacrés au déballage des cadeaux, M. de Brazza, son frère, le docteur Ballay

et M. de Chavannes se mirent en route, précédés d'un piquet d'honneur, de musiciens, de porteurs de dais et de féticheurs; le représentant de la France s'avançait au milieu du cortège flanqué de hallebardiers.

« L'arrivée du plénipotentiaire français fut saluée par le vacarme assourdissant des tam-tam. Au bout d'un quart d'heure d'attente, la porte du palais de Makoko s'ouvrit et livra passage aux familiers du souverain et à ses femmes, portant chacune, qui la pipe de Makoko^, qui son verre à boire, qui la cloche qui sonne quand il boit, qui l'étoffe dont il se couvre pendant cette cérémonie, — car c'est une véritable cérémonie que la façon dont les chefs boivent ici, — qui son tabac, son briquet, les fétiches, etc. Derrière ce flot de monde assez mêlé et très peu vêtu, s'avançait le Makoko souriant à M. de Brazza, et marchant gravement sur la pointe des pieds, ce qui est le comble de la distinction. »

Makoko prit place un instant sur sa peau de lion, où M. de Brazza avait fait déposer des tapis et des coussins de velours rouge, qu'il lui apportait; puis, se levant, il tendit la main à notre compatriote, le prit à bras le corps et lui donna une vigoureuse accolade Les transports de joie un peu calmés, le roi africain, se tournant vers ses sujets, leur dit une chanson improvisée en l'honneur de M. de Brazza , dans laquelle il faisait allusion aux faux bruits que le& intéressés avaient fait courir sur son compte, auss\ bien en Afrique qu'en Europe :

— Nganiou, Ngagnio (cequeje vais dire est vrai).

Et le peuple répondait en chœur :

— Ngngnioame la (oui, c'est vrai). j

« Vous tous qui êtes là, voyez !

« Celui ({u'on avait dit pordu^ il est là !

<r Celui qu'on avait fait mort, il est revenu!

« On avait dit qu'il était pauvre, regardez ses

riches présents !

a Ceux qui ont dit cela sont des menteurs! »

Et le peuple répétait en chœur :

« Ceux qui ont dit cela sont des menteurs ! »

Le surlendemain, un grand palabre réunissait tous les chefs, qui devaient assister à la remise du traité.

Assemblés autour de Makoko, sous un immense vélum de laine rouge, chaque chef était assis, tenant devant lui le grand fétiche de sa tribu, quelque chose comme un dieu lare apporté pour donner plus de solennité à la cérémonie.

« C'était un spectacle bien étrange que cette nombreuse réunion, foule compacte accroupie, où, dans la bigarrure des étoffes à couleurs vives, le mouvement d'une lance ou le déplacement d'un fusil faisait passer des éclairs. Çà et là, tranchant sur le reste, quelques pagnes de satin ou de velours nous indi- ^quaientque des générosités étrangères avaient de- 'vancé les nôtres et que tous n'avaient pas eu, comme le grand chef, le courage de refuser.

. « Makoko trônait sur ses peaux de lion, négligem-

ment accoudé sur des coussins, entouré de ses femmes et de ses favoris. En face, à quelques pas de lui, M'pohontaba, l'un de ses premiers vassaux, et les autres chefs assis à terre sur des peaux de léopard, attendaient que le souverain donnât le signal du palabre. Nous étions entre les deux groupes, un peu sur le côté.

« Makoko, sans se lever, souhaita la bienvenue à tout son monde; il expliqua en quelques mots le but de la réunion, puis, chaque chef, M'pohontaba en tête, vint à genoux protester de sa fidélité à Makoko, seul vrai chef, disaient-ils, seul propriétaire et souverain de tous les territoires batékés. Tous se déclarent, comme autrefois, heureux et fiers d'être placés sous la protection de notre drapeau, et le jurent sur les fétiches et par les mânes de leurs pères.

« A mon tour, je rappelai le passé en quelques mots; mes hommes présentaient les armes, on sonna aux champs, et je fis à Makoko la remise des traités au nom de la France. Procès-verbal de la cérémonie fut dressé et signé, et on se rendit sous le « hall » improvisé, où se trouvaient, exposés à Tadmiration de tous, les présents destinés à chacun et étiquetés à son nom. Les cris de surprise, les marques de joie, les remerciments, jetèrent leur note bruyante et gaie dans le vaet-vient d'une foule curieuse; puis, chacun emportant ses nouvelles richesses, on se ditgaiment au revoir. »

Après quelques jours passés chez Makoko, de Brazza descendit le Congo jusqu'à Brazzaville; arrivé là, il voulut se mettre en rapport avec les agents de

Stanley établis à Lcopoldville, de l'autre côté du Stanley-Pool; ses avances furent repoussées avec une certaine hauteur : les agents de l'Association internationale du Congo ne pouvaient pardonner à notre compatriote d'avoir conquis à la France de si grands et de si beaux territoires; leur jalousie surtout était excitée par le dévouement de Makoko à notre cause; ils éprouvaient un secret dépita voir leurs avances repoussées. Ne pouvant rien par les promesses ouïes menaces, ils usèrent de la calomnie.

Pendant que, remontant le fleuve avec une troupe de deux cents hommes armés de fusils à tir rapide, M. Stanley faisait de la colonisation à main armée, arrachait par la force ou la peur des traités à tous les rois nègres du haut fleuve, ses agents ne restaient pas inactifs : ils envoyaient en France des nouvelles déplorables sur l'état de nos établissements.

« Je me permettrai, écrivait-il dans une lettre reproduite par les journaux, d'appeler l'attention de M. de Brazza sur les nombreuses tonnes de provisions et sur les marchandises qui moisissent et se perdent derrière lui;, à l'embouchure de l'Ogôoué. Qu'il s'occupe aussi un peu de ses voies de communication, qui sont assez menacées entre l'Ogôoué et Brazzaville ; qu'il achève les routes entre les stations qu'il a fondées à N'ganchouno et au confluent duPékéti. J'aurais pu, ajoute Stanley, indiquer aux Français un territoire mieux approprié à leur entreprise que le pays de Makoko ; mais je sais qu'on eût mal interprété mon ingérence. »

Ces moyens ne suffisant pas, ils répandirent le bruit de la mort de M. de Brazza et de son frère.

Heureusement M. Dutreuil de Rhins, ancien compagnon de M. de Brazza, et représentant à Paris de la mission de l'Ouest africain, était en mesure de démentir ces calomnies et d'indiquer clairement leur source. On ne s'en inquiéta pas outre mesure en France, et jamais on n'a cessé d'avoir la plus grande confiance dans le succès de l'oeuvre entreprise par notre compatriote

Après avoir installé M. de Chavannes à Brazzaville, le chef delà mission retournait, le 1" juin 1884, auprès de Makoko; celui-ci, apprenant les ennuis de M. de Brazza, lui offrit immédiatement de le mettre à la tête d'une armée; notre compatriote eut bien de la peine à lui faire comprendre que sa mission était toute pacifique, et que d'ailleurs il n'y avait pas matière à combat.

La fin de la mission de M. de Brazza approchait ; nous lui laissons raconter lui-même les derniers travaux sur le continent africain :

« A ce moment-là, 1" décembre 1884, nos droits établis à Brazzaville nous assuraient, par avance, la possession prochaine de Quillou, et noire influence allait s'étendre sur la rive droite du Congo, en amont du confluent de l'Alima. Il restait désormais à faire certaines explorations importantes que je n'avais pu entreprendre jusqu'alors, faute de monde ; il restait également à produire une action aussi loin que possible sur le haut Congo, pour avoir en main, à l'heure

voulue, des éléments cle compensation. C'était la seconde partie du programme, la plus intéressante, mais non la plus facile, étant données l'exiguïté de nos ressources et la faiblesse de nos moyens d'action.

« Avant de me consacrer à cette partie nouvelle de la tâche, il fallait laisser derrière moi une situation aussi nette que possible, rassembler les éléments des expéditions futures et les pousser devant moi. J'employai près de trois mois à ce travail ; trois mois pendant lesquels je courus d'un point à l'autre, réglant une difficulté à Loango, causant politique à Vivi, veillant au ravitaillement de tous, donnant partout des conseils ou des ordres et surveillant les préparatifs de mon propre départ.

« Cent cinquante porteurs de Loango, recrutés par mes soins, montaient à Franceville en longeant l'Ogôoué sous la conduite du maréchal des logis Weistroffer. On était au commencement de mars. Dix jours encore furent consacrés à mes derniers préparatifs, et, pour la seconde fois, je me lançai à l'intérieur, décidé à aller loin, si rien ne venait entraver mes projets.

« L'Ogooué semblait fou cette année-là; une crue énorme survenue à la meilleure époque de l'année avait causé, dès les premiers jours, la perte de plusieurs pièces importantes de la canonnière démontable le Djué. Il fallait redemander en Europe le double des pièces perdues.

a En attendant la baisse des eaux, je m'arrêtai à

à chaque agglomération de villages riverains pour aciîcver Timportanie organisation indigène dont j'avais jadis jeté les bases et que M. de Lastours avait poussée suivant mes vues ; ce n'était pas là perdre mon temps.

« Je fus retenu à Madiville, station des Adoumas, par la crue persistante du fleuve. M. de Lastours organisait la première des expéditions projetées à la tête de laquelle il devait partir. Cette expédition quitterait rOgôoué pour gagner directement le bassin de laBénoué, en se maintenant autant que possible sur la crête qui sépare le bassin du Congo des autres bassins côtiers du nord.

« Enfin, les eaux de l'Ogôoué ayant baissé de plusieurs mètres en quelques jours, la navigation devenait normale; en une semaine je fus à Franceville, où je trouvai M. Decazes qui se rétablissait d'une lièvre. Les nouvelles qu'il me donna du Congo et de l'Alima étaient bonnes. M. Dolisie, en deux voyages successifs, avait découvert et reconnu le Mossaka et le Shanga, puis le cours supérieur de l'Oubangui- N'Kundja, et avait fait de nombreux traités avec les tribus riveraines dans le haut cours de ce fleuve et fondé de nouveaux postes.

« M. Decazes, avec le tact patient qui est le fond de son caractère, dirigeait tout son monde, aimé de tous; sous sa direction, notre influence s'était beaucoup développée chez les Batékés et, avec cette influence, la facilité d'obtenir des ressources soit en vivres, soit en hommes. Le service des porteurs était

si bien organisé, que notre vapeur le Djué, dont le poids passait 30 tonnes, avait été transporté en moins d'un mois de l'Ogôoué à l'Alima.

« Comme j'allais quitter Franceville et poursuivre avec tout mon monde, de mauvaises nouvelles apportées par un exprès vinrent me retarder encore.

« Deux des nouveaux membres de la mission, MM. Taburet et Desseaux, venaient de succomber à la côte, et M. de Lastours, pris d'un accès de fièvre pernicieuse au moment où il allait se mettre en marche, me suppliait de descendre en hâte à Madiville, recevoir ses dernières volontés.

c< S'il est une situation cruelle, c'est bien celle de se voir placé entre le cœur et la raison, entre les devoirs d'humanité et le devoir absolu de poursuivre sa tâche sans regarder derrière soi.

« Un de mes plus zélés collaborateurs se mourait et me suppliait de l'assister à ses derniers moments; le courant de foudre de l'Ogôoué pouvait me porter près de lui en moins de deux jours ; j'hésitai un instant, puis, le cœur l'emportant sur la raison, je sautai en pirogue, et arrivai à temps pour serrer encore une main qui semblait vouloir se souder à la mienne dans une dernière étreinte, pour fermer des yeux qui s'éteignirent dans les miens.

« M. de Lastours était un Français dans toute l'acception du mot, un de ces dévoués aux grandes idées, un de ces hommes au chaleureux courage, qui aiment leur patrie par-dessus tout.

4 Puissent aujourd'hui ces paroles payer à ceux

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qui dorment là-bas le juste tribut de regrets qu'on n'est pas en droit d'accorder au cours de l'œuvre ! Ce n'est qu'après la lutte qu'on peut songer à compter ses morts et à les pleurer. Les nôtres gardent éter- |neliement, sur les rives de l'Ogôouéctdu Congo, le nom de la France, martyrs de la foi patriotique et du dévouement au pays, muettes sentinelles endormies dans les plis du drapeau national.

«c Aussitôt les derniers devoirs rendus à notre pauvre ami, je fis violence à ma tristesse et me hâtai vers Franceville. J'espère qu'on m'aura pardonné cette perte de temps de quinze jours, sacrifiée à une faiblesse de sentiment dont je n'avais pas su triompher. Si je n'avais pas travaillé durant ce temps-là, j'avais du moins beaucoup souffert.

« Quand j'arrivai à Franceville, M. Decazes et mon brave Roche me consolèrent de leur mieux.

« En quittant les Adoumas et faute d'avoir d'autre Européen immédiatement sous la main, j'avais chargé mon frère de conduire l'expédition dont AI. de Lastours allait prendre le commandement au moment où il succombait. II eût été profondément regrettable de ne pas utiliser immédiatement les éléments pré- ' parés pour ce voyage et qui se fussent sans cela désa- 'grégés en pure perte. Mon frère partit donc,accompagné d'un camarade profondément dévoué qui l'avait suivi partout, M. Pécile.

« Nous étions déjà au 15 juillet 1885 ; il semblait que ce fût tard pour entreprendre un voyage de longue haleine. La nouvelle de la Convention du 5 février

entre la France et l'Association, et le résultat de la Conférence de Berlin, qui vinrent me trouver alors, rendaient inutile l'action projetée dans le haut Congo. La Compagnie d'auxiliaires indigènes que je conduisais, allait me servir du moins, pensais-je, à continuer l'exploration de la N'Kundja-Oubangui. On pousserait aussi loin qu'on pourrait dans cet affluent, pour tâcher d'atteindre la limite de son bassin et de reconnaître les nœuds orographiques qui déterminent, à proprement parler, le bassin du Congo, du côté du nord. Je rêvais de ces hypothèses quand vint me surprendre l'ordre de rentrer en France.

« La mission de l'Ouest africain était déclarée terminée, et l'Administration de la marine prenait la suite de mes travaux : je devais rentrer au plus vite.

« Deux lignes de retour s'ouvraient à moi : revenir sur mes pas par l'Ogôoué, où je n'avais rien à faire (des ravitaillements plus que sufïisants s'y trouvaient accumulés et tout y était organisé et tranquille), ou bien poursuivre par l'Alima et le Congo et rentrer par Brazzaville directement à la côte.

u J'optai pour ce dernier parti, qui me permettrait de me rendre compte de visu de la situation politique et matérielle de nos possessions du Congo, d'où j 'étais absent depuis longtemps. En outre, il était de mon devoir de ne pas rentrer en Europe sans avoir donné une direction aux moyens et aux forces que j'avais amenées, non sans difficultés, sur l'Alima , c'eût été sacrifier, en pure perte, un premier résultat. Je descendis donc avec M. Decazes, auquel j'allais

remettre, en partant, la direction de tout l'intérieur.

« Le jour même où notre flottille de quinze pirogues atteignit le poste du bas Alima, M. de Chavannes y arrivait ; la vue de nos pavillons en berne lui annonça de loin qu'il allait apprendre de tristes nouvelles. Lui aussi nous en apportait : le quartier-maitre Le Briz venait de succomber sur le Congo. En brave marin, il était mort comme il l'eût fait sur le pont de son vaisseau, un jour de bataille. Quand vint la dernière minute : « Je m'en vais, dit-il d'une voix ferme en- « core; vous direz à M. de Brazza que j'ai toujours « fait mon devoir. » Il semblait ne regretter de la vie que la satisfaction du devoir accompli !

« Ah ! Messieurs, que de grandes choses on ferait avec de tels hommes et de tels dévouements !

« M. de Chavannes, que j'étais heureux de retrouver après une longue séparation, me mit vite au courant des affaires du Congo, et nous reprîmes tous notre route. M. Decazes allait droit nous attendre à Brazzaville, pendant que je montais càl'Oubangui.

« L'ordre de rentrer au plus vite ne me permit pas de rester aussi longtemps que je le désirais dans ces pays que je voyais pour la première fois et où mes collaborateurs avaient établi notre influence aussi bien et aussi sagement que j'eusse pu faire moimême. M. Dolisie était de retour d'une troisième expédition dans l'Oubangui, poussée jusque par 3 degrés environ au-dessus de l'équateur. Sur ces nouvelles rives, il avait jeté les bases d'une future organisation.

« Ayant fait une visite à nos postes de Bonga et

de N'Kundja, je quittai à regret ces parages où m'avait précédé une pacifique renommée ; je pressentais tout le parti à tirer de ces populations neuves, analogues par leur race, leurs mœurs et leur langage, à certaines peuplades turbulentes de l'Ogôoué.

« Un court séjour au milieu de ces populations d'Oubangui avait fait naitre en mon esprit l'espoir d'unifier quelque jour ce nouveau domaine avec l'ancien par une organisation similaire. Plaise à Dieu que ce résultat soit un jour atteint et que ces contrées, jusqu'ici vierges, puissent, en un nombre restreint

d'années, se transformer au contact de notre civilisation ; elles paieront alors leur dette de gratitude à la France, en devenant pour elle une source de développement et de richesses. »

Le 18 novembre 1885, M. de Brazza était de retour à Paris.

La réception faite à M. de Brazza à son arrivée à Paris, les applaudissements qui ont salué le récit de son voyage, dans la conférence faite par lui le 21 janvier 1886, ont prouvé que la France entière lui sait gré de la façon dont il a accompli sa mission, et le désignent d'avance au poste de gouverneur du Congo français.

Pendant ce dernier voyage, le rôle de M. de Brazza a été uniquement celui d'administrateur et d'organisateur : il a fondé de nouvelles stations sur le cours de l'Ogôoué, sur la côte, le long du Quillou et sur le Congo; ces stations, il les a organisées, leur a donné des chefs, a assuré leur ravitaillement; il a conclu des

traités avec les tribus indigènes vivant sur ces territoires, il s'est assuré leur concours et a inauguré parmi elles un système de service obligatoire qui assure à notre possession du Congo l'aide et le secours de sept mille indigènes. Cette espèce de recrutement est fondé sur les mêmes bases que l'inscription maritime : les hommes doivent à la station française un service d'un certain temps, soit comme soldats, soit comme pagayeurs ou porteurs.

Pour résumer ces travaux, nous ne pouvons mieux faire que de citer textuellement les paroles prononcées par M. de Brazza rendant compte de sa mission :

0 Qu'avons-nous fait durant ce voyage ? comment ai-jc profité, dans l'intérêt du pays, des pouvoirs et des ressources pécuniaires qui m'onô été confiés ?

« Au point de vue géographique, de nombreux tracés ont été faits ; les travaux de MM. de Rhins, Dufourcq, etc., ont complété mes anciens travaux sur rOgôoué; le bassin de l'Alima est donné par les travaux de MM. Ballay, de Chavannes, Decazes, de mon frère Jacques et les miens propres ; ces travaux, qui se contrôlent, offrent donc certaines garanties d'exactitude.

« Deux expéditions marchent aujourd'hui parallèlement dans le blanc de la carte, situé au nord de rOgôoué et de l'Alima : l'une est conduite par mon frère Jacques, je l'ai dit plus haut ; l'autre par M. Dolisie, aidé de M. Froment, un homme jeune et tenace, qui venait de passer plus d'un an au milieu des populations de l'Oubangui. Ces deux expéditions

sont comme le couronnement de la tâche et ne sauraient manquer d'amener des découvertes importantes à tous égards.

« Des données astronomiques ont été fournies pour fixer les points géographiques^ et avec elles ont été effectuées des observations de météorologie, de minéralogie, de géologie. De belles collections d'histoire naturelle ont été réunies, grâce au concours de tous, par les soins spéciaux de mon frère ; elles doivent arriver très prochainement à Paris. A ces collections viennent se joindre une quantité de croquiS;, de dessins, de photographies et de notes ethnographiques d'un grand intérêt.

« Tous ces travaux ont été exécutés au milieu d'occupations imposées par la création de huit stations ou postes dans le bassin du Congo, de huit autres dans celui de l'Ogôoué, et de cinq sur la côte ou dans la vallée du Quillou.

« A côté de ces résultats scientifiques se placent des résultats économiques plus importants encore.

« Le premier est d'avoir conquis sur les populations cette influence définitive qui doit, à mon avis, constituer l'élément primordial essentiel de toute création de colonie. Tirer parti des indigènes, fondre , leurs intérêts dans les nôtres, en faire nos auxiliaires naturels, c'était là, suivant moi, l'un des plus hauts objectifs de ma mission.

« A l'heure présente,les anciennes tribus de l'Ogôoué sont complètement dans nos mains. Par les traités qui les lient, leurs hommes nous doivent annuelle-

ment un temps déterminé de service; en dehors de leur salaire, elles trouvent, dans de sérieux avantages économiques et dans notre protection, une compensation au temps qu'elles nous consacrent.

« Les Pahouins eux-mêmes, ces tribus cannibales que de puissantes migrations conduisirent autrefois sur les bords de l'Ogôoué, et que leur sauvagerie comme leur instinct de pillage avaient longtemps éloignés de nos vues, y arrivent enfin. Ces mêmes Pahouins, qui depuis vingt ans sont en révolte constante et ouverte contre l'autorité du Gabon, ont été amenés, par les intérêts que nous leur avons créés, à traiter avec nous sur les mêmes bases que les autres peuplades. Ils ont dû, eux aussi, consentir à nous fournir des auxiliaires, et c'est là une garantie considérable au point de vue de la tranquillité ; peut-être est-ce même le seul moyen de maintenir une sécurité complète dans un pays qui est absolument — j'allais dire heureusement — hors de la portée des canonnières. Ces nouvelles recrues sont venues sans trop de répugnance s'encadrer dans les rangs de nos premiers auxiliaires: Adoumas, Okandas, Apingis, Okotas, Bangoués, toutes tribus dont les avaient toujours éloignés aussi bien une inimitié instinctive que des intérêts faussés et mal compris.

d Peu à peu ces Pahouins viendront doubler et tripler le nombre de nos auxiliaires ; leurs aptitudes naturelles, leur force physique, leur sobriété extrême, les rendent merveilleusement propres à nous seconder dans ces contrées neuves.

« C'est ainsi que se constitue l'hom Dgénéité des éléments maniables de l'Ogôoué; tous ces hommes, réunis par les mêmes intérêts dans un même sentiment de dépendance à notre égard, sont aujourd'hui liés à nous par une organisation dont l'idée première m'a été donnée par l'inscription maritime de la France.

« Pagayeurs, porteurs ou soldats, suivant les besoins, ces hommes manœuvrent nos pirogues dans les rapides, transportent nos marchandises et sont toujours prêts à suivre et à défendre notre drapeau.

« C'est enfin là la solution d'un problème que j'ai mis dix ans à résoudre.

« Dix ans pour arriver, dans ces contrées, à un embryon d'organisation à la fais économique et politique, peuvent sembler un temps considérable aux personnes étrangères à cet ordre de questions. Eh bien ! Messieurs, je vous affirme qu'il y a dix ans je ne croyais pas obteniren si peu de temps un pareil résultat. Il n'a fallu rien moins que le concours intelligent de mes collaborateurs et des soins constants, pour aboutir à la solution actuelle qui est, je crois, la seule possible. Ce que la patience et la persévérance ont fait en dix ans, la force n'eût pu l'accomplir, même au prix des plus grands sacrifices.

« Ailleurs que dans l'Ogôoué, sur les plateaux Batékés qui séparent le bassin de cette rivière de celui du Congo, nous avons, dans les groupes de villages voisins de la route, plus de .S, 000 hommes qui, pour n'être pas encore précisément enrôlés et disciplinés.

n'en effectuent pas moins honnêtement et régulièrement nos transports.

« Les Batckés du haut Alima ont commencé à devenir nos pagayeurs, et à l'ouest de Brazzaville les Ballalis, en attendant de devenir nos porteurs, nous fournissent plus de travailleurs qu'on n'en saurait utiliser.

« Dans le haut Congo, enfin, chez les peuplades encore barbares, notre action est trop récente pour avoir pu produire de semblables résultats; je ne doute pas , toutefois, que nous ne les obtenions par la patience. Les immolations humaines, qui sont dans les coutumes de ces peuples^ deviennent moins fréquentes. Si nous avions voulu les moraliser par la force, nous n'aurions pas obtenu ce commencement de progrès qui nous a dédommagés de lents et pacifiques efforts.

« En un mot, à différents titres et dans des contrées différentes, depuis l'indigène transformé en soldat et qui passe un an sous les armes, jusqu'à celui qui porte un ballot pendant sept jours, environ 7,000 hommes sont employés annuellement par nous. Ils perdent à notre contact les vices de leur sauvagerie primitive; notre langue et notre influence se répandent dans leurs familles et dans leurs tribus, et ce groupe qui représente une population d'environ cinq millions d'âmes, se forme progressivement à l'école du travail et du devoir. Une influence ainsi basée doit être stable et féconde, et je puis en donner une preuve. Il y a douze ms, le seul commerce du haut Ogôoué était

la traite des esclaves ; le chiffre total du commerce du Gabon atteignait àpeiiie deux millions ; aujourd'hui le commerce licite a remplacé l'ancien trafic, et le chiffre des transactions atteint environ quatorze millions de francs.

« Enfin, nos possessions, qui jadis ne comprenaient qu'une bande étroite et insignifiante de côte, entre le cap Saint-Jean et le cap Sainte-Catherine, sont actuellement plus que centuplées. Elles ont aujourd'hui pour limites : au nord, la rivière Campo ; à l'est, l'Afrique centrale, puisque la Convention du 5 février 1885 nous donne le bassin de la N'Kundja-Oubangui ; au sud, enfin, elles touchent le Cacongo, limite qui bornait au nord les prétentions d'une nation amie. Cette limite, historique plutôt que réelle, nous avions tenu toujours à la respecter, nous en avions donné le gage ; le Portugal voudra certainement, à son tour, la respecter aujourd'hui.

(' Il nous a fallu, au D'" Ballay et à moi, dix ans pour atteindre les résultats que je viens d'exposer. Dans ces dix années, nous avons dépensé deux millions deux cent cinquante mille francs. Notre crédit moral auprès des indigènes et notre manière d'agir ont été pour nous l'équivalent des sommes considérables qu'a dû dépenser l'Association internationale africaine. Notre lenteur même a valu à notre autorité de s'établir dans ces contrées sans coûter du sang ni à l'Europe ni à l'Afrique, et sans amener aucun froissement ni aucun trouble dans la politique générale de la France.

« Laissant maintenant le passé pour l'avenir, je mo demande ce qui reste à faire encore.

« Ces contrées de l'Ouest africain qui constituent notre nouvelle colonie sont loin d'être toutes parfaitement étudiées, complètement organisées, et ne peuvent entrer en exploitation que le jour où des voies de communication auront relié à la mer l'immense réseau navigable de l'intérieur. Il reste donc à poursuivre notre œuvre d'étude et d'organisation, et, pour la continuer dans les meilleures conditions possibles, il suffirait d'y employer une cinquantaine d'Européens et à peu près deux cents noirs, soit une dépense annuelle d'environ un million : c'est prêter à un avenir que je crois solvable, mais il serait de toute nécessité d'établir un sérieux programme d'ensemble. Il faudrait, tout d'abord, que des crédits successifs fussent, dès aujourd'hui, assurés d'année en année. Sans un avenir ainsi garanti, un programme complet d'exploration et d'organisation ne saurait être exécuté, ni même préparé. — J'ajoute que ce programme doit absolument s'inspirer des vues et des procédés que nous avons employés, seule sauvegarde de la sécurité et du sage développement commercial du pays, seul garantie du maintien de nos moyens d'action et de l'économie dans nos budgets futurs.

« L'avenir du bassin du Congo, considéré d'une façon tout à fait générale, dépend en partie des voies do communication à créer. Dans les obscurités actuelles de la question, je ne sais ni où, ni quand, ni comment ces voies seront établies ; mais je puis afiir-

mer qu'elles le seront quelque jour. Plus ou moins tôt, plus ou moins tard, cela dépendra plus encore clos procédés que du reste. Par là, je m'éloigne peutêtre de certaines opinions qui, trop légèrement émises, ne font pas assez la part du temps et des circonstances. Ces opinions diffèrent encore des miennes en ce sens que je considère l'Ouest africain et le bassin du Congo comme un pays dont l'avenirdépend du commerce et de la culture indigènes, non de la colonisation par l'émigralion.

« Nous sommes là en face d'un problème économique et social fort ardu. Pour travailler aie résoudre, la science n'aura pas trop de toutes ses notions.

«Voilà une contrée neuve encore, où s'acclimateront individuellement quelques Européens, mais où l'Européen en général, surtout celui du Nord, se trouvera dans un milieu défavorable à son tempérament. Cependant on convient que les richesses naturelles de ce pays merveilleusement arrosé . sont considérables ; mais il faut les aller chercher au cœur du continent, en former de grands courants et les diriger vers la côte. Il faut compter aussi que certaines cultures convenablement établies s'ajouteraient encore à ces richesses naturelles, sous une latitude qui, tout en étant plus à portée de l'Europe, est celle de Sumatra, de Bornéo et du Brésil.

« Sans parler ici de l'ouverture des voies de communication, à laquelle il y aurait à pourvoir d'une manière spéciale, la récolte des produits du sol, l'éta-

blissement des cultures, représente une main-d'œuvre considérable , qu'on ne peut demander ni aux Arabes, ni aux Chinois, ni surtout aux ouvriers de race blanche.

« Or cette main-d'œuvre, nousla trouvons sur place, dans des populations fort primitives, il est vrai, mais non point inintelligentes, et qui sont assez maniables pour qui sait les manier, ne pas les heurter, apporter dans les relations avec elles beaucoup de fermeté, une bienveillance sans faiblesse et une patience sans limites.

« En voulant leur imposer brusquement nos réglementations, nos manières de faire, de voir et de penser, nous arriverions infailliblement à une lutte ou nous les conduirions à l'anéantissement. A part même la question d'humanité, la protection des indigènes me semble être, en ce cas, l'hygiène la plus sûre pour la poule aux œufs d'or.

« Aussi bien que personne, je connais les difficultés de création d'une colonie sans en forcer le développement, sans vouloir qu'elle rentre dans un type déterminé. Que la haute administration, que le haut commerce prennent garde de vouloir mettre trop vite en coupe réglée une possession qu'à vrai dire nous connaissons encore insuffisamment et dont les indigènes ne sont pas encore initiés à ce que nous voulons d'eux.

« Ainsi donc notre action, jusqu'à nouvel ordre, doit tendre surtout à préparer la transformation des indigènes en agents de travail, de production et

de consommation ; plus tard viendra l'Européen avec le simple rôle d'intermédiaire.

«Je ne saurais assez le répéter ici : préparer un pays à la colonisation est œuvre de temps et de patience. Ce qu'il reste donc à faire, c'est d'étendre à nos possessions du haut Congo l'action qui s'exerce actuellement sur les rives de l'Ogôoué, et cette tâche ne saurait être ni l'œuvre d'un jour, ni celle d'organisateurs qui auraient tout à apprendre, quels que soient leur intelligence et leur bon vouloir.

« L'influence personnelle est grande maîtresse en ces questions; aussi, à des influences changeantes et variées il faudra préférer l'action continue et persistante des mêmes hommes, qui conduit à tous les résultats chez les peuplades primitives. Ces peuplades aiment d'abord le drapeau pour celui qui le porte, et la plupart du temps personnifient en ceux qu'elles connaissent l'idée vague du pays lointain dont on leur parle. Voilà pourquoi il faudrait, autant que possible, les mêmes volontés à la même tâche, sur les mêmes lieux, les mêmes dévouements aux mêmes intérêts. Faute de similitude dans les procédés dont on use envers eux, les indigènes perdent rapidement confiance ; et de la méfianceà la peur età la méchanceté il n'y a qu'un pas.

« Outre que la force est un mauvais moyen, il est impossible de l'employer actuellement dans les contrées de l'intérieur. La présence de nos canonnières du Gabon dans le Remboé et le Comô sont bien loin d'avoir civilisé ou pacifié le pays. Les rapides de l'O-

LE COXGO.

gôoué soiitdu reste, pour ces engins de guerre, une barrière infranchissable.

«Ce qu'il faut redouter par-dessus tout, c'est de renverser en un jour l'œuvre de dix années, car l'intervention de la force dans une œuvre préparée par la patience et la douceur peut tout perdre d'un seul coup.

a Les territoires assez vastes déjà que les traités passés pa." moi avec différents chefs avaient placés sous 'l'influence française, le Congrès de Berlin leur a donné plus d'ampleur encore. Il a inscrit sur la carte d'Afrique, à côté des possessions portugaises, deux États nouveaux: le Congo français,plus étendu que la France elle-même, et l'État indépendant du Congo. Par la vertu des protocoles, ces deux immenses contrées, peuplées d'enfants de la nature, sont comme entrées dans le concert des États civilisés. Je veux dire par là que, suivant les circonstances et bon gré mal gré, ils pèseront plus ou moins sur leurs métropoles. L'État indépendant du Congo, voisin du Congo français, relève nominalement du souverain d'un royaume avec lequel la France entretient les meilleures relations. Ces relations seront certainement les mêmes sur les rives du Congo, car je ne doute pas que les nobles vues auxquelles le nouvel État libre doit ses origines, ne continuent à présider de haut son développement. »

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