I.E9 BACIflONS OB CAKLS6A.D , DE TROPPAU , OS LÂYBACH
ET DE VÉROïfS.
L'histoire' doit suivre les faits, le développement des idées politiques pour se faire une juste idée des
principes qui dominent encore la diplomatie. Le passé est inséparable du présent; ils s'interprètent Tun par Tautre.
Dès 1819 , l'agitation qui tourmentait l'Allemagne préoccupait vivement les cabinets. Lord Castlereagh lui-même n'était pas éloigné d'entrer dans un grand système de répression à l'égard de cette licence qui se manifestait par des assassinats au nom de sociétés secrètes. On devait d'abord s'occuper de l'Allemagne, et M. de Metternich avait songé à un congrès , idée alors qui lui était chère ; l'empereur de Russie, pensant qu'il s'agissait surtout d'une répression partielle, la réduisit à une simple réunion de ministres. Il fallait savoir si toutes les puissances voudraient envoyer également des plénipotentiaires. On savait que la France s'y refuserait si la réunion avait un caractère ofiSciel, et M. de Metternich se hâta d'écrire u qu'il ne s'agissait que de simples conférences d'intimité, qui avaient l'Allemagne pour sujet exclusif, n Chacune des puissances envoya à Carlsbad des agents secrets , qui , sous divers prétextes , et avec des caractères différents, devaient suivre les résultats de la conférence. Les cours de l'Allemagne seules s'y firent officiellement représenter ;. le roi de Prusse y vint en personne et eut plusieurs conférences avec le prince de Metternich sur l'état d'agitation des cœurs et des esprits : les universités étaient en feu, et une répression immédiate paraissait impérative.
Des propositions furent adoptées afin de contenir Fesprit révolutionnaire , et en se séparant , les ministres réunis à Carlsbad lancèrent une déclaration qui annonçait la ferme volonté des souverains de réprimer l'émeute morale qui troublait les esprits. Carlsbad ouvre une ère nouvelle de réaction ferme et résolue de la part des cabinets allemands : ils se groupent et se resserrent autour de la Prusse et de TÂutriche. L*événement qui mit TAllemagne en émoi, ce fut surtout l'assassinat du professeur Kotzebue, le savant à l'imagination si vive, qui avait préparé les conférences de Carlsbad et les mesures énergiques prises contre les sociétés secrètes.
Le second événement politique à l'extérieur, la révolution ^d'Espagne, était de nature à appeler la sérieuse attention des cabinets. Aucune des grandes cours n'avait approuvé la conduite du roi Fer- .dinand VII en 1814; toutes auraient voulu que le roi d'Espagne eût agi avec une plus grande modération, et surtout avec une plus haute habileté. Mais, en blâmant les imprudences du cabinet espagnol, les cours d'Autriche et de Prusse, particulièrement, ne pouvaient voir sans une extrême sollicitude le mouvement militaire qui avait obligé le roi Ferdinand à adopter la constitution des cortès. C'était un dangereux exemple pour les chefs des grandes armées allemandes. M. de Metternich fut frappé des conséquences que pouvait avoir cette révolution, à Naples, dans le Piémont et
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dans les États autrichiens de l'Italie. 8on intelligente capacité n'en fut pourtant pas déeouragée. Il est dans les habitudes de M. de Metternich d« ne s'étonner d'aucune crise, par la conviction où il est qu'avec de la tempérance et de rhabileté, Umt événement, quel qu'il soit, peut facilement se tourner.
Cette tactique est surtout eflScace quand il 8*agît d'une révolution d'abord effervescente et terrible, puisse divisant, s'épurant au milieu de mille obstacles et d'immenses oppositions ; c'est en s'appuyant sur tous les faits récents que M. de Metternich ouvrit des négociations avec les cabinets, sur la nécessité de la réunion prochaine d'un congrès. La France, qui jusqu'à la mort de M. le duc de Berry s'était assez directement opposée à ces grandes réunions de souverains prévues par le traité d'Aix-la-Chapelle, lesquelles ne laissaient pas toujours toute liberté aux gouvernements, paraissait un peu revenir de cette opposition, 11 ne s'agissait plus que d'entraîner l'empereur Alexandre ; M. de Metternich lui écrivit directe*roent : il exposa la situation de l'Europe avec cette clarté d'expression et cette hauteur de vues qui caractérisent le chancelier d'Autriche. L'ambassadeur auprès du czar fut chargé de presser, autant qu'il serait possible, la résolution de l'empereur Alexandre qui paraissait indécis sur la mesure à prendre ; le libéralisme le dominait encore à ce point que, sur les mémoires des réfugiés à Bruxel-
les^ i] s'était épris de l'idée qu'on pourrait substituer un prince d'Orange à la maison de Bourbon en France.
. £n Espagne c'était l'esprit de sédition militaire qui provoquait l'Europe, et cet exemple fut imité à Naples et dans le Piémont, puis même à Lisbonne. Cette époque de 1820 eut quelque chose de violent, de fanatique, plus peut-être que ne l'a été la révolution de 1850; qu'on s'imagine en effet, en une seu]e année et comme enflammées par une traînée de poudre, des révoltas militaires sans frein ; les soldats chargés de l'ordre et de la répression tournant la baïonnette contre les rois ; les stpélitz et les janissaires partout : c'était sauvage comme un retour au Bas-Empire. M. de Metternicb apprit, à son retour d'un voyage en ilongrie, la révolution de Naples ; sa résolution fut à l'instant prise ; le conseil aulique se réunit en présence de l'empereur, et il fut d^idé que l'armée autriçbi^^nne de Lombardie et du Tyrol serait mise sur le pied de guerre, u 11 faut éviter que cela s'étende, dit M. de Metternich ; c'est une affaire de carbonarisme, il y a longtemps que j'aurais dû la prévenir. » M. de GenU reçut l'ordre de rédiger plusieurs notes \ l'une, adressée à la confédération germanique, cherchait à la raffermir et à la rassurer,
u Sa M^jesié Impériale et Royale Altesse, prenant en considération les mouvements séditieux survenus dans les Deux-Siciles par suite des intrigues
des carbonari et autres associations secrètes, a Tîntention d'employer tous ses efforts pour empêcher qu'il soit porté la moindre atteinte aux droits légitimes des princes italiens. Si, malgré sa repu-gnance, la cour d'Autriche était obligée d'avoir recours à la force contre la rébellion armée, Sa Majesté Impériale est trop persuadée que les dispositions des princes de la confédération germanique sont en harmonie avec les siennes, pour ne pas être assurée que la plus parfaite tranquillité régnera dans l'intérieur de TÂllemagne. »
La note se terminait ainsi :
« Une grande gloire est réservée à rAllcmagne, si dans la prudence et le caractère ferme de ses princes, dans le maintien inébranlable de ses constitutions existantes, dans la loyauté de ses peuples et dans la puissante garantie de sa confédération, elle trouve les moyens et les forces dont elle a besoin pour conserver, parmi les orages de ce siècle agité, sa paix intérieure, ses institutions légales, son indépendance, sa dignité et son antique caractère. Sa Majesté est convaincue qu'aucun de ses nobles alliés allemands ne sera insensible à une telle gloire, et elle se trouvera elle-même heureuse d'y participer en ne craignant pas de faire trop d'efforts et de supporter trop de sacrifices pour atteindre un but si grand et si sublime. »
Ce n'était pas encore un appel aux armes, mais l'Autriche exprimait suffisamment son opinion sur l'esprit des événements qui éclataient dans les Deux-
Siciles ; elle préparait sur la plus large base la doctrine de rintcrvention.
La seconde note fut adressée aux princes des petites souverainetés' en Italie; M. de Gent; l'avait rédigée dans le même esprit et à peu près dans les mêmes termes ; la cour d'Autriche assurait à chacune de ces souverainetés leur situation, leur gouvernement et leur territoire; et tout en faisant entrevoir la possibilité d'une intervention armée dans le royaume de Maples, la note promettait que la liberté de ces États intermédiaires serait entièrement conservée. M. de Metternich se proposait ici plusieurs résultats; par ces fréquentes communications de notes, de protocoles, par cette intervention protectrice et d'amitié, il fortifiait le pouvoir et l'inQuence de l'Autriche sur l'Italie et l'Allemagne, dernier terme des vœux du cabinet de Vienne. Sur la question de Naples, le ministre autrichien invoquait, pour autoriser son intervention, un article secret des conventions de 1815 ; par cet article, l'Autriche assurait à T4aples sa royauté et sa constitution telles qu'elles étaient alors établies ; M. de Metternich concluait de cet article un droit d'intervention pour renverser les événements accomplis par une révolte violente et sans justice.
Ainsi la première conséquence de ce mouvement sauvage de l'esprit révolutionnaire fut d'amener l'intervention des Autrichiens à Naples, et de leur donner une plus grande prépondérance
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en Italie. Au congrès de Troppau, M. de Métier^ nîch domina entièrement Tempereur Alexandre, en réveillant chez lai la juste crainte de l'esprit de rébellion parmi les troupes, ce qui compromet toutes les souverainetés. Dans une conversation intime avec le prince de Metleruicb, Alexandre se résuma par ces paroles : « Que faut-il faire ? — Que la Prusse et TAutricbe se lient entre elles par an renouvellement de la Sainte-^Alliance , répondit M, de Metternich, et pour Tapplicalion de ces principes, et je réponds de Tavenir. » En disant ces mots, M. de ,M etternicb prit la plume et rédigea sur place la minute d*un protocole entre les trois puissances, par lequel elles adoptaient dans ce qu'il avait de plus large et de plus complet le principe d'intervention pour conserver en leur pleine intégralité les États, soit pour la forme de leur gouvernement, soit pour leur territoire, tels qu'ils étaient constitués lors des traités de 1815 ; elles invitaient la France et l'Angleterre à adhérer à ce principe. M. de Metternich fit suivre cette minute de protocole d'une déclaration qui devait expliquer le but déûnitif de l'alliance et »es moyens d'exécution. Cette déelaration disait :
tt Instruites des bruits faux et extravagants que des malintentionnés ont répandus sur le but et les résultats des conférences de Troppau, et que des hommes crédules ont propagés, les cours alliées croient nécessaire de faire parvenir à leurs légations près les cours étrangères des éclaircisse-
lit eoiTGnÉs M, rtÈf^iË. 119
mmis authentiques pour les mettre en état de réfuter les erreurs et les opinions fausses qui ont fait naître ces bruits. Le court aperçu ci-joint leur en fournit les moyens. Il n^est pas destiné à faire robjetd^une communication dans les formes, mais ils peuvent en donner connaissance par les voies eonfidentielks. Elles concerteront les démarches à faire à cet égard avec les ministres des deux autres puissances alliées.
u Troppau, le 8 décembre 1820.
Court aperçu ûes premiers résuiiats des conférences de Troppau»
u Les événements qui ont eu lieu le 8 mars en Espagne, le â juillet à Naples, la catastrophe du Portu^al^ ont dû nécessairement faire naître un sentiment profond d'inquiétude et de chagrin chez ceux qui sont chargés de veiller à la tranquillité des États, mais en même temps leur faire sentir ie besoin de se réunir pour délibérer en cojumuii sur les moyens de prévenir tous les maux qui menaçaient de fondre sur TEurope.
<{ Il était naturel que ces sentiments fissent une vive impression sur les puissances qui avaient récemment étouffé la révolution, et qui la voyaient de nouveau relever la tête. Il n'était pas moins naturel que ces puissances, pour la combattre une troisième fois, eusseit recours aux mêmes moyens
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dont ^lles avaient fait usage avec tant de succès dans cette lutte mémorable qui a délivré l'Europe d*un joug qu'elle a porté vingt ans.
« Tout faisait espérer que cette alliance formée dans les circonstances les plus critiques, couronnée du plus brillant succès, et affermie par les conventions de 1814, 181tî et 1818,demêmequ'elle avait préparé, fondé et affermi la paix du inonde, et qu'elle avait délivré le continent européen de la tyrannie militaire du représentant de la révolution, serait aussi capable de mettre un frein à une domination nouvelle non moins tyrannique, non moins affreuse, celle de la révolte et du crime.
«( Tels ont été les motifs et le but de la réunion de Troppau. Les premiers sont si évidents, qu'ils n'ont pas besoin de développements ; le dernier est si honorable et si salutaire, que les vœux de tous les gens de bien accompagneront sans doute les cours alliées dans la noble lice où elles vont entrer.
« L'entreprise que leur imposent les plus saints engagements est grande et difficile ; mais un heureux pressentiment leur fait espérer qu'en maintenant invariablement l'esprit de ces traités, auxquels l'Europe doit la paix et l'union entre tous les États, elles parviendront à leur but.
u Les puissances ont exercé un droit incontestable en s'eccupant de prendre en commun des mesures de sûreté contre des États dans lesquels le renversement du gouvernement opéré par la révolte, ne
LE C0N6RÂS 0B VIENNE» 191
dût-Il être considéré que comme un exemple dangereux, derait avoir poar suite une attitude hostile contre toutes les constitutions et les gouvernements légitimes. L'exercice de ce droit devenait d^une nécessité plus urgente encore , quand ceux qui s'étaient mis dans cette situation cherchaient . à étendre sur leurs voisins le malheur qu'ils s'é* iaient attiré eux-mêmes, et à propager autour d'eux la révolte et la confusion.
« Une telle position, une pareille conduite est une infraction évidente du pacte qui garantit à tous les gouvernements européens, outre l'inviolabilité de leur territoire, la jouissance des rapports paisibles qai excluent tout empiétement réciproque sur leurs droits*
it €e fait incontestable est le point d'où sont parties les cours alliées. Les ministres qui pouvaient jêtre pourvus à Troppau même d'instructions positives de la part de leurs monarques, se concertèrent en conséquence sur les règles de conduite à suivre relativement aux États dont le gouvernement avait été renversé par la violence, et sur les mesures pacifiques ou coercitives qui pourraient ramener ces États dans le sein de l'alliance européenne, dans les cas où Ton pouvait attendre une influence importante et salutaire ; ils communiquèrent les résultats de leurs délibérations aux cours de Paris et de Londres, afin que celles-ci pussent les prendre en considération...
i( Ce système, suivi de concert par la Prusse, l'Au-
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triche et la Russie, n'a rien de nouTeaa. Il eut basé sur les mêmes maximes qui ont serri de fon^ dément aux cooivenlions qui ont cimenté ralliance des états européens. L'union intime entre les cours qui se trouvent au centre de cette confédération ne peut que gagner par là en force et en durée* L'alliance s'affertmra par les mêmes Toies qu'ont suivies, pour 1^ former, les puissances auxquelles elle doit son origine, et qui Tont fait adopter peu à peu par toutes les autres, qui se sont convaincues de ses avantages plus que jamais incontestable^.
« Du reste, il n'est pas nécessaire de prouver qu'aucune idée de conquête, ni aucune iirtontioa de porter atteinte à l'indépendance des autres gouvernements dans leur administration miérkure, ni ei^u le projet d'empêcher des améliorations sages, faites librement et compatibles ai^e le véritable intérêt des peuples, n'ont aucune part à la résolution des puiœances. Elles ne désirent que de conserver et maintenir la paix, de délivrer l'Europe du fléau des révolutions et de détourner ou d'abréger les maux qui naissent de la violation de tous les principes de l'ordre et de la morale. »
De cette note résultent plusieurs conséquences ; nulle conquête ni changement dans l'ordre teriî* torial, respect des traités et de la liberté légitime ; et ce principe était aussi sacré pour les gouvernements que pour les peuples.
L'emperemr Alexandre approuva cette rédaeUoi^ et se chargea d'y faire adhérer la Prusse toute dans
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9on intérêt ; là dédaration et le protocole farent ^îgaés comme FœuTre commune des trois cours qui entraient dans une union plus ftroite à laquelle la France et TAnf leterre étaient seulement invitées à prendre part.
Il est bien essentiel de suivre pas à pas toutes ee$ déclarations de principes qui constatent l'union intime et permanente de trois grandes puissances dans le même intérêt; toujours on les voit s'entendre, se concorder pour la répression de ce qu'elles appellent l'esprit révolutionnaire, et, comme con* séquence, elles réalisent dans le présent et l'avenir les maximes de l'intervention armée.
Voici même ce qui est étrange : à Troppau, U^ de Garaman et lord Stewart n'eurent connaissaaee du protocole et de la déclaration qu'après que toutes les dispositions eurent été arrêtées, et en quelque sorte par simple communication. L'empereur Alexandre était entré complètement dans un cercler d'idées politiques en opposition avec la France et l'Angleterre surtout. Dans la conférence du soir, lord Stewart s'emporta ; il déclara à M. de Metternich qu'on avait trompé l'Angleterre, et lui dit en face qu'il avait agi avec mauvaise foi; la chose alla si loin qu'il dut y avoir une explication, un défi. Lord Stewart protesta dans une note vic^ lente; mais la négociation était allée mieux que ne l'avait désiré M. de Metternicfa {anneM R.) ; l'empereur Alexandre s'était prononcé pour le principe de l'intervention*
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Ces mêmes principes triomphent à Laybach. La réunion deLaybach a plusieurs parties et embrasse un grand nombre d^érénements ; on peut les ré-* sumer dans les cinq points suivants :
1^ L'examen de la question générale du droit d'intervention, de ses limites et de ses bases;
S» L'application de ce droit à la révolution de Naples ;
3« La tentative d'une confédératimi italique ;
4** La révolution du Piémont;
S<» Enfin l'insurrection grecque qui éclata pendant le séjour des monarques à Laybach.
Les empereurs d'Autriche et de Russie y étaient en personne ; le roi de Prusse, qui n'avait pu s'y rendre, s'y était fait représenter par M. de Harden» berg. Indépendamment de l'empereur Alexandre qui faisait beaucoup par lui-même, la Russie comptait M. Capo-d'Istrias, alors en {Mremière ligne dans la confiance du czar dont il partageait pre»* que toutes les idées d'avenir sur la Grèce, et de plus M. Pozzo di Borgo, qui venait à tous les eon** grès pour rendre compte à l'empereur de la véritable situation de la France et enfin comme se* crétaire d'État de M. Nesselrode.
M. de Metternich y représentait l'Autriche , et arvec lui le baron de Vincent, accrédité près la cour de France. lia Prusse, qui n'avait pas un grand intérêt dans la solution immédiate des questions actuellement soulevées, y avait envoyé néanmoins M. de Hardenberg, ainsi que M« Bemstorif , mi-
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«istredes relations extérieures, et M. de Krusenuirek, ministre près la cour de Vienne. Trois plénipotentiaires y représentaient la France : M« de Carauian, porteur de pouvoirs, M. deBlacas, ambassadeur à Rome, et M. de la Ferronnays, qui suivait l'empereur Alexandre dont il avait conquis Tamitié et la confiance. L'Angleterre ne voulut point d'abord envoyer d'ambassadeur au congrès, car elle gardait rancune du protocole de Troppau; ells n'y avait accrédité qu'un simple envoyé, M. Gordon, ministre près la cour de Vienne ; pub , par des motifs d'étiquette, lord Clanwilliam. Lorsque l'affaire devint plus sérieuse, et qu'il s'agit de l'occupation armée de Naples, le vicomte Gastiereagh manda â lord Stewart l'ordre exprès de se rendre à Laybach. Les conférences s'ouvrirent d'abord entre MM. deMetternicb, Gapo«d'Istrias, de Hardenberg; le principe de l'intervention à Naples fut admis entre eux sans difficulté. Lord Stewart s'était fait précéder d'une circulaire de lord Gasllereagh (annexe S ), espèce de protestation contre le principe d'intervention qu'aucun cabinet en face du parlement ne pouvait reconnaître. .. .1^'.
La France prit un système à part, mixte, entre la protestation de l'Angleterre et la résolution des alliés à Laybach ( annexe T j. M. de Metternich insistait plus que jamais sur le principe de l'intervention complètement admis, et la France alors s'y opposa quant au Piémont. Le Piémont était une de ses frontières, et sa neutralité une des garanties
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des traités de 1814 et de 1815. Ce fut aa milieu de ees débats qu'un courrier de l'ambassade antri?*chienne apporta la nouvelle de la révolution de Turin. M. de Metternich se rendit immédiatement che^ Alexandre. « Eh bien i sire, dit-il en entrant^ voici une autre révolution. *— £t où donc? dit le czar avec une inquiétude visible. — Dans le Pié* mont... £ncore du carbonarisme 1 — M. de Sainte Marsan en est-il instruit ? — Je viens de lui envoyer les lettres de son gouvernement. •>- Il faut répri* mer, il faut réprimer. -— D'autant plus, répliqua M. de JHetternieh , qu'il suffit de souffler sur ces révolutions pour qu'elles disparaissent. **- Je vais donner des ordres pour hâter la marche de mon armée sur la Gallicie, reprit Alexandre tout agitée ^ L'empereur mon maître, répliqua M. de Met-iternich, a compté sur l'assentim^it de Votre Majesté, et un ordre a été donné au caorps autrichien de la J^ombardie pour occuper le Piémont. — Aien ne peut s'y opposer, dit Alexandre en secouant la tête, il faut étouffer partout la révolution; j'y suis fermement décidé. Je vais expédier un courrier pour que mes troupes avancent à marches forcées. » J'ai besoin d*insister sur tous ces détails pour bien faire connaître l'esprit des cabinets qui n'a point changé à l'égard des révolutions produites par l'esprit d'émeute et de troubles; c'est entre eux un traité de mutuelle garantie ; ils poursuivent leur ennemie à outrance, et tel est encore le but du congrès de Vérone. C'est en vain que la
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France et TÂngleCerre se sont tenues à i*écart ; la ]IB^nce même, un moment emportée à Vérone par l'esprit royaliste de son oabinei, sollicite le principe de Fintervention dans ee qu'il a de plus large, le renversement des cortès dans la péninsule espa-^ gnole. Je ne pense pas, comme Ta écrit M. de Cteteaubriand, que la France royaliste voulût seule riaterventioii en Espagne; je crois que TAu* triche et la Russie la désiraient vivement. La Prusse put demeurer iadiffàrente, l'Angleterre de M* €aoning se montrer hostile, mais Tesprit de l'Ëurc^e était alors très-décidé pour le principe d'intervention. Quand l'Autriche faisait marcher ses troupes sur Naples et sur Turin pour comprimer les troubles d'Italie ^ il était simple que la France fit marcher les siennes sur Madrid pour briser le gouvernenœnt des cortès. M. de Villèle seul exagéra l'idée en déclarant « que, si on ne portait pas la guerre aux Pyrénées , on la ferait sur le Rhin. >» M. de Chateaubriand ne connut pas tout à Vérone s'il a pu croire que l'Europe ne voulait pas l'ioiterveQtion de. la France ; sans cela que signifieraient les notes menaçantes des trois puis^ sances aux cortès et le rappel de leurs ambassadeurs? Ces notes étaient l'expression la plus pure des maximes répressives, et le résumé du code de la Sainte-Alliance.
Le congrès de Vérone, dont la conséquence immédiate fut la marche d'une armée française en Espagne^ me parait la dernière et la plus absolue
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expression de ce principe : « que lorsquMI y a révolution sur un point, TEurope entière peut inter* venir pour la réprimer. »
Depuis 1824, la sécurité monarchique étant tout à fait rétablie, d^autres intérêts surgirent assez forts pour diviser les cabinets : la révolution na-* guère si menaçante avait été vaincue avec une fa^ cilité si étrange à Madrid qu'on en revint tout rempli de force. M. de Metternich se rassura ; on était en veine de restauration. Une fois l'émeute militaire réduite à l'impuissance, chaque cabinet dut songer à ses intérêts : on fit de la politique à part.
La Russie se laissa aller tout à fait à ses pen* chants, à ses idées relativement à l'émancipation de la Grèce, en opposition avec le prince de Metternich qui protégeait la Porte et voyait bien que les envahissements russes vers Constantinople allaient complètement briser l'équilibre européen.
L'Angleterre, sous M. Ganning, se rapprocha de la France afin d'obtenir son appui pour l'émancipation des colonies espagnoles. Cette même Angleterre, ne pouvant éviter les envahissements de la Russie vers le Balkan, se ïie avec le caMnet de Saint-Pétersbourg et la France, dans le braité du 27 juillet 18â7, qui sanctionna l'émancipation ée la Grèce. L'Autriche est inquiète, mécontente, et M. de Metternich lutte seul contre une situation désespérée ; désormais en froid avec la Russie, en froid avec la Prusse, il veut attirer à lui la France
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et TAngleterre pour peser d*aa grand poids dans la question d'Orient , et c'est l'objet des négocialions de l'année 18â9. L'Angleterre et la France sont elles-mêmes très-séparées depuis l'expédition d'AJger. A ce moment éclate la révolution de juillet, qui trouve les cabinets fort divisés sur de& questions de politique générale, comme le débar* quement de Bonaparte au golfe Juan les trouva partagés au congrès de Vienne en 181^.
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