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LA RÉVOLUTION DE JUILLET

11 serait difficile de séparer la révolution de juillet 1830 des premières tentatives faites par les sociétés secrètes et le carbonarisme en 18âO ; les partis, qui ont l'instinct des similitudes, honorent dans les fêtes funèbres les victimes de cette époque et les efforts de la propagande s'essayent d'abord à réveiller les souvenirs du carbonarisme dans le Piémont, à Naples^ en Allemagne.

. Comment se fait-il que les mêmes cabinets qui avaient combattu les principes révolutionnaires à Aix-la-Chapelle, à Troppau, à Laybach, à Vérone, acceptèrent la grande émotion de Paris presque sans difficulté?

Ceci tient à plusieurs causes ; d'abord à la fatale

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aiUtade prise par la branche atnée des Bourbons, si pleine de faiblesse, dépourvue de toule énergie à ce moment d*une crise qu*elle ne devait préparer qu'avec la certitude d'un triomphe ; puis à l'assurance fermement donnée par la nouveUe couronne que la révolution de juillet n'était qu'un accident dans la politique générale, et que le pouvoir nouveau avait aasez de prudence et de modération pour n'accepter de cette révohitioB que le noble mandat de la comprimer et de la maintenir dans des proportions d'ordre et de paix. '

Enfin, et ce qui était plus considérable aux yeux de l'Europe inquiète, c'est qu'en aucun cas les traités existants ne seraient violés; la couronne nouvelle acceptait toutes les conditions fixées par le congrès de Vienne et les traités de Paris du 50 mai 1814 et du âO novembre 1815^ Je crois que sauf les brouillons et les plus ardents , cette condition du respect des traités fut acceptée par tout le monde, les uns en vertu de la foi jurée, les autres par crainte de la guerre.

Telles furent les bases de la reconnaissance de la nouvelle dynastie (1), fait immense qui s'opéra sans angoisse de guerre civile ou de guerre étrangère* C'était sans exemple qu'un tel changement pût s'accomplir avec si peu d'agitations politiques. Mais ces promesses d'immutabilité dans les trans-

(1) Voir les preaves dans mon travail sur VSurùpe député ¥«àfénêm0n$iiiêrùiLom$'PhUippe,

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adioits européennes ponrraienUelles étne tenues dans leur stricte sineérité? Tout changement dans Tordre politique d*un État est suivi d'une eemmotion violente ; c*est inévitable, et le pouvoir n*est pas toujours maître de ses volontés.

Je crois que M. de Talleyrand était de bonne foi lorsqu'il donna sa parole, en août 1880, que Tordre européen serait respecté d'une façon absolue sans rien déranger. Mais pouvait-on commander aux passions mauvaises qui de tous eôtés surgissaient? Était-il possible de comprimer tout à coup la propagande dans ses entreprises aventureuses sous le drapeau tricolore ?

Les forces qui combattirent et triomphèrent ea juillet se composaient de plusieurs éléments : les patriotes de 91 , parti eunuque et niais, consti'luants de toute espèce, avocats faiseurs de chartes, grands dédamateurs de principes : ce parti péro* rerait beaucoup ; mais au demeurant, comme il était poltron et que la guerre lui faisait peur , il se contenterait de semer ses idées désordonnées à l'Intérieur dans les actes et les lois. C'était déjà beaucoup.

Le second parti, la vieille queue des jacobins, jeunes imitatairs sanglants ou puérils des sociétés démocratiques , remueraient à plaisir les mau* vaises passions de la société pour les jeter sur le inonde entier. Là étaient les propagandistes , les sauveurs du genre humain , les jeunes luwimes qui, en beau langage , appelaient les rois des ty*

18t tB CONGBÉS DB VIBNinS,

rans et les peuples des souverains. Ceux-ci par« laient de la guerre avec enthousiasme; ils voulaienl promener le drapeau tricolore sur tout le globe, et dans cette conOagration générale quelques-uns espéraient le triomphe du communisme, leur dernier but.

Enfin , venait un troisième parti : les bonapartistes; les uns éclopés, les antres mécontents, qui rêvaient les grands jours de la conquête et de Tempire. Pour eux les traités de 1815 étaient déshonorants; il fallait tout exposer pour repren*dre Tattitude impériale en Europe. Ils n'oubliaient qu'une .chose : c'est que les folies seules du parti bonapartiste, et nulle autre cause, avaient amené les alliés à Paris. Oui, les traités de 1815 étaient malheureusement le résultat des cent-jours; l'esprit bonapartiste abâtardi devait nous humilier â ce point , nous autres nation de Louis XIV, de voir les chevaux des cosaques bivaquer sur les places publiques de Paris. Les véritables auteurs des maux de l'invasion, c'étaient ces hommes sans foi qui , après avoir juré fidélité à Louis XYIil, allaient rejoindre les drapeaux de Bonaparte. Tristes défections qui jetèrent une fatale empreinte sur le caractère français et amenèrent la grande crise de 1815.

Patriotes de 91, jacobins imitateurs, bonapartistes soulevés , tous ces hommes exaspérés respecteraient-ils les actes du congrès de Vienne et les traités de Paris? Je crois que ces partis aban^

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donnés à eux-mêmes , à leur instinct brouillon, auraient brisé ces traités par un coup de tête; mais les sages parmi eux voyaient bien que c'était la guerre, et devait-on la vouloir et avait-on des ebances de succès? Telle était la question qui se présentait avec netteté en 1850.

Si le gouvernement respecta les traités avec sagesse et bienséance, il se forma une opinion trèshostile aux conventions de 1 SI 5 ; on eut une école d»a frontières naturelies qui se manifesta dans les journaux , les écrits politiques et la poésie même. On demanda bruyamment le Rhin , comme si, pour un État , le meilleur moyen d'agrandir ses frontières n*était pas de maintenir sa force et sa dignité par le respect de Tordre, d'entrer par les voies légales et légitimes dans les transactions européennes, de manière à ce que, lorsqu'il arrive une modification à l'ordre territorial , on songe à vous faire une part dans les lots d'une nouvelle classification. Tant qu'il existera un principe monarchique en Europe , tout gouvernement turbulent d'attitude et de paroles sera mis à l'écart; il n'aura ni alliances , ni affections , ni partage, comme une sorte d'excommunié dans l'âge politique.

Que résulta-t-il d'ailleurs de ces menaces déclamatoires de la poésie , des pamphlets et des journaux contre l'Europe? Une réaction naturelle des gouvernements : les trois cabinets, la Russie, la Prusse et PAutriche, un moment séparées sous

la restauration par des intérêts particuliers , se réunirent dans de nouveaux traités de mutuelle garantie , et ces traités nous les voyons reparaître de temps h autre dans leur application. Rien n'est changé ; nous n*avons pas détache un seul fil de la triple alliance; le traité de Cfaaumont a été renouvelé ; il est appliqué dans chaque question sérieuse. 11 est évident que les idées de la révolution française, étant opposées à celles des cabinets, préparent le jour d*une grande lutte que jusqu'id une prévoyante sagesse a conjurée avec tant de peine et de sueurs.

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