DU CONGRÈS DE VIENNE SUR LA POLOGNE
APRÈS l'insurrection.
Ce qui a fait le plus de mal aux nationalités indépendantes, c'est la propagande révolutionnaire ; elle a tout brisé, parce qu'en semant de folles espérances, des projets sans réalisation possible, elle a créé le droit souverain de la force victorieuse, et c'est ce qui est arrivé pour le grandduché de Varsovie.
Depuis 1814 les empereurs de Russie protégeaient la Polpgne aux dépens de leur popularité contre l'esprit moscovite qui voulait l'effacer de la carie. Alexandre fut même menacé dans sa personne pour avoir réalisé une nationalité polonaise, qu'il avait lui-même imposée dans les actes du congrès de Vienne. Le texte de l'article \^ du congrès' de Vienne déclare le duché de Varsovie réuni à l'empire russe et lié irrévocablement par sa constitution. Le second paragraphe, relatif à une représentation et aux institutions nationales^
est commun aux sujets polonais de la Rss le, de la Prusse et de rAutriche. Il est dit : que ces institutions seront réglées d'après le mode d*existence politique que chacun des gouTernements jugera convenable et utile de leur accorder. Ainsi, pour le grand-duché de Varsovie et les provinces du partage, tout reste un peu libre et arbitraire dans les mains des souverains. G*eùt été une chicane mal fondée que de discuter une faculté entièrement réservée aux trois puissances et sur laquelle toutes trois se sont entendues. Je pense qu*à ce point de vue toute protestation sérieuse n'aurait eu aucun objet; les actes de Vienne quant au duché de Varsovie n'avaient rien d'impérativement obligatoire.
Les insensés qui criaient à tue-tête vite la Pologne ! ne voyaient pas qu'ils précipitaient encore les fatales destinées de cette nationalité. La chambre elle-même dans ses votes irréfléchis et répétés, dans ses lamentations annuelles sur la nationalité polonaise, ne faisait que gêner les négociations en supposant qu'elles eussent été possibles. Je ne sais, mais tout le monde éprouve une sorte de contrariété à voir qu'un étranger veut se mêler de vos propres affaires, et je suis certain que chaque fois qu'un vote de la chambre venait avec tous ses bruissements frapper à la face l'empereur et les vieux Russes, ceux-ci redoublaient leurs efforts pour effacer de plus en plus la nationalité polonaise.
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Il faut bien distinguer les articles du congrès sur le g;rand-duché de Varsovie d'arec les stipulations sur l'indépendance de Gracovie, qui sont explicites, entières, formelles, et dont j'aurai plus tard à m'occuper. Je crois que, d'après le texte du congrès, la Russie, après l'insurrection du mois de novembre 1830, a élé parfaitement libre d'organiser les Polonais du grand-duché comme elle l'a voulu ; elle Fa fait peut-être arbitrairement, sans humanité, sans grandeur, mais l'insurrection était un fait de guerre et de violence, suivi d'une répression par la victoire; elle seule a prononcé. La France n'a pu intervenir, ni par le droit ni par la force militaire. L^insurrection avait tué la Pologne et une protestation sur ce point eût été inutile.
Je ne sache pas de question historique sur laquelle on ait plus déraisonné que sur la Pologne. On a dit et répété à satiété que c'est la-làcbeté du gouvernement de Louis XY qui a perdu la Pologne; ce qui a perdu ce malheureux pays, ce sont ses débats intestins, ses diètes déclamatoires, les complots de ses grands, de ses rois, amants des czarines. Le gouvernement de I^uis XY agit au contraire avec une haute habileté et un sentiment très-national. Ce qui valait mieux qu'un vain secours jeté à la Pologne, car la France se faisait conGrmer la réversibilité de la Lorraine, après la mort de Stanislas nous gagnions une province, et je ne sais pas si nous perdions au change. Le grand partage de la Pologne se fit sous la Gon-
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vention nationale, en plein 1795, après la prise de Varsovie par Suwarow. La république fut plus faible, plus abaissée que Louis XV !
L*Angleterre, qui dans le parlement et dans quelques journaux faisait mine de vouloir défendre la nationalité polonaise, en disait à peine un mot à Saint-Pétersbourg, et la mission de lord Durham eut pour objet les affaires commerciales et la question d'Orient, rien au delà ; l'Angleterre est trop sérieuse pour fairp des questions inutiles un objet capital.
L'Autricbe et la Prusse, loin de se montrer mécontentes de ce que la nationalité polonaise disparaissait, en étaient pleinement satisfaites, parce que cette idée les gênait toujours. Il fallait en effacer les derniers vestiges, et en 1815, TAutriche et la Prusse s'étaient opposées à la constitution d'un royaume de Pologne. Elles avaient peur que la nationalité polonaise ne devint une affaire russe, une agglomération nouvelle et menaçante.
Ici on doit remarquer que si les arrangements de la Belgique se firent à cinq au lieu de huit, toutes les transactions qui touchent à la Pologne se firent à trois ; les traités secrets ou publics ne sortirent pas du cercle de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse. Le principe des intérêts domine encore, et c'est dans ce sens qu'est interprété le congrès de Vienne. Si l'on renouvelle le traité de mutuelle garantie militaire ou de police, c'est tou-
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jours « trois ; on se comnmntqQe des notes, âe^ protocoles, des articles poar les douanes et les extraditions, toujours à trois ; nnlle autre pais^ sance n*y prend part. C'est eneore une modification aux actes de IBllS^ mais une modification qui s'explique par la théorie des intérêts. Il ne s'agit piss des signataires du congrès de Vienne, mais des puissances copartageantes.