‹ Le congrès de Vienne dans ses rapports: avec la circonscription actuelle deChapitre 21 sur 34 · S XXII · texte numérisé non relu

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CONDUITE DE LK FRAIVCE ; PROTESTATlOIf ; IfÉCESSITt D*niT COIfGRÈS OU D*UIffi COIfFtREFICE.

Il faut prendre garde que certaines époques ne soient marquées d'un caractère trop spécial d^in*^ justice et de violence , car c'est un danger pour Tordre moral des sociétés. Ces sortes d'époques sont généralement signalées par la multitude des protestations.

La force superbe dédaigne trop ces actes qu'en diplomatie et dans le droit public on appelle pro* tcstation ; c'est un cri qui s'exhale du fond de la conscience, et quand les plaintes sont fondées sur la justice et le droit, elles acquièrent une force

LC CONGrAS Dis VIBIINB. 1B1

immense ; t6t ou tard ceux qui les raillent sont punis en vertu des mêmes principes qu'ils ont méconnus*

Une protestation n*est et ne peut pas être une menace; c*est une plainte, un appel à la justice, k Dieu et à Ta venir des événements ; le caractère dei protestations est donc d'être calme, réfléchi, dé faire honte à la violence par la mesure et la tempérance des expressions. Rien de déclamatoire, point d'épée tirée du fourreau; comme une pro-»testation se dépose dans les archives du temps, il faut qu'on la retrouve intacte et pure à l'époque où l'on en aura besoin, car alors elle deviendra un manifeste.

Il y a des esprits qui appellent la guerre à la moindre question, au moindre embarras, à la plus petite secousse ; ceux*Ià ne connaissent pas la balance des intérêts, l'esprit des nations. Il y a aussi des gouvernements qui, perdant leur calme accoulumé, nous disent : « Faites-nous la guerre; vous ne le pouvez pas, vos embarras intérieurs vous en empêchent. »

A ces deux classés de sophistes, nous répondrons clairement : « Nous savons tous les dangers de la guerre, et voilà pourquoi la France ne la veut pas imprudemment, par des coups de têle, et à la suite des moindres difficultés. »

Mais conclure de là que la France ne peut pas faire la guerre, c'est mal connaître ce peuple, belliqueux de sa nature, qui, au premier signal,

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se jette sur toute TEurope avec un enthousiasme sans frein. Les cabinets doivent savoir que notre nation a besoin d*ctre contenue, et non poussée par son gouvernement. Une marche en avant serait signalée par de bruyantes et joyeuses fanfares. Nous l'avons bien prouvé, et l'Europe le prouve encore par son inquiétude sur chacune de nos actions.

Gela dit, il y a deux motifs pour lesquels, dans la question actuelle, on ne doit pas faire la guerre; c'est qu'il y a impossibilité de préserver Cracovie et que l'objet, au point de vue matériel, n'est pas assez sérieux pour imposer les sacrifices que commanderait une campagne.

La question est bien différente au point de vue moral. Le fait est grave, la violation immense, et les cabinets ne sauraient trop peser les conséquences qui peuvent en surgir. Non pas que nous soyons de celte école qui croit les traités de Paris brisés par la violation d'un article du congrès de Vienne. Ceci suppose une confusion extrême que j'ai signalée ; il n'y a rien de commun entre les actes du congrès de Vienne (9 juin 1815) et les traités de Paris (50 mai 1814, 20 novembre 181î$). Ce sont deux actes tout à fait distincts et séparés.

Mais nous croyons que depuis longtemps rien n'a été fait qui puisse blesser plus fortement l'ordre public européen ; nous pensons qu'il n'y a pas une seule puissance intermédiaire du second et du

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troisième ordre qui n'envisage avec inquiétude la suppression de l'indépendance de Gracovie. On se tâte, on. se regarde. Qu'y aura-t-il désormais de légal et de sacré ?

L'ordre moral étant ainsi troublé, il est urgent, il est impérieux de le rétablir; et pour cela, le meilleur moyen est de faire examiner et juger l'acte des trois puissances par les signataires du congrès devienne. Ici sera seulement le droit, parce que toutes les formes seront strictement observées.

Les puissances protectrices ont cru que l'indé* pendance de la ville libre de Cracbvie était un motif de trouble et de tourment pour leurs propres États, comme la France a cru, en 1830 et 1831, que la séparation de la Belgique était un fait acquis pour l'ordre européen ; pourquoi dans cette nouvelle circonstance les trois puissances craindraient-elles d'exposer leurs griefs devant un congrès, ou, si un congrès fait peur, devant une simple conférence, comme cela s'est pratiqué pour les affaires de la Belgique ?

Nous savons qu'il n'y a rien d'inflexible, d'immuable dans ce monde ; le congrès de Vienne n'est pas l'acte éternel qui réglera le droit général des nations; tout change, tout se modifie; le royaume des Pays-Bas a cessé d'exister dans sa configuration de 1815; la Pologne a cessé d'avoir sa nationalité et sa constitution. La Suisse voit la sienne s'ébranler et se déchirer ; nous ne jugeons pas

dins Ml pensée l'acte qui réunit €r«o<iTie k PAn* triche; peat-étre è-t-il été néceMaifè comme là séparation de la Belgique et de la Hollande ; mai)» pour qa*ll en soit ainsi, il faut que la question soit rélotae légalement.

Si ntt congrès a trop de solennité, il a toujours d*heoreases conséquences &nr les grandes quèi»* tîMiS du monde. Est-ce qa*il n'y a pas eu assek de ebavigements dèpnis 1830 , d'assez profondes iseeons^s, pour appeler cet ekafnen calltie et Impartial des hommes d'État ? Si l'Europe est matétrieK lement tranquille^ il y a bien des matières en efi^vescence qui l'ont ébranlée; les nations Ml passé à traders de grandes épreuves et leS gouver*nements aussi. Il serait bon peut-être de remanier quelques-uns des résultats de ISll^^ et d*appr6^ prier les prineipes aut nouvelles idées : TOrteat est à la teille d'une tfise; il faut la prévoir et la régler; les populations chrétienne^ gémissent sous 16 joug ottoman. L'Allemagne travaille à sa doublé unité religieuse et politique; l'Italie a un nonve&n pontife, et un certain esprit d'innovation y péfiètt^ par les grandes voies du catholicisme. L'Espagne a vu son droit successorial se m^^ifier et la ques^ tton s'est résolue par un mariage ; il y à froideur^ irritation, entre plusieurs cabinets. En Orient, H s'opère une certaine tendance vers la civilisation européenne ; les beys et les pachas viennent étu-dier Paris, les moeurs chrétiennes et les fortes nouvelles ûtê sociétés. lies questions de 4oiian«S^ de

vk cQvcifts ftt wvriw. tas

GâJERinerce Qt d<$ chengâns d^ fer préparent un aver QÎr œystérieajk que nul n« peut prévoir encore^. Mous savoBS qu^ tc^Ue est Topinion de la Prusse ei de son roi si éclaiir^ Qu« s*est-ii donc passé dans Tc^prit du prince de M elternicb ^ lui qui plaçait le$ prinelpes éternels de- jusMce. au-4esaus de la force; lui qui dans son éducation de Strasbourg $.*Qst nourri des études impartiales du professeur de Kq<^. sur le droit public ; lui surtout qui aimait tunt c^s. réunions suprêmes où son esprit. éminent dominait avec sa puissante supériorité ?

Nq semitrce pas le cas de réunir en congrès les grands cabinets de r£urope? Nous ne dirons pas, comme un éloquent orateur de la ohambre des pairs^ H les rois, s'en vont ; » mais nous croyons que les gouvernemeotft dorment, qu'ils dorment dans iaséeiifité de leur force et de leur passé. Comme rbumunité a ses douleurs et ses labeurs inOnia, la tâcbe des gouvernements, c'est le travail; le tra* vail incessant, journalier, comme le pain que Dieu donne à Tbomma à travers les périls et les sueurs du monde.

S xxm.

PaOTSGTlOIf DES HKHIlfiS KT Mt (fATS

uiTa»N,&»iAiasa*

i l'idée d'un congrès ou d'une conférence n'é» tait point iidiuiset oommo. sieul moyen de discuter

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et d'amener la sanction légale des résolutions prises par les trois puissances, il résulterait de ce refus une bonne attitude pour la France.

Tant que, sous la révolution et l'empire , la France avait été le centre de grandes violences (la propagande et la conquête), la protection du droit pris dans son acception absolue était passée aux puissances de FEurope coalisées. Je vais même plus loin : après la révolution de 1850, la perturbation vint longtemps de nos propres idées , de Tesprit de notre politique ; et alors, jusqu'à un certain point, la protection des traités restait encore aux mains de TËurope.

Dans la circonstance présente, 1^ rôles ont changé : la violence, je dis même la révolution, n*est plus en nous, mais dans les actes de TËurope elle-même. Dès lors la protection des faibles, du droit, de la justice et des traités nous revient pleinement.

Les conséquences de Cette situation sont immenses, parce que l'Europe se compose d'États forts et d'États faibles, de grandes et de petites puissances ; et par la nature des choses, dans le système de violence adopté depuis la réunion de Cracovie, cette protection des États faibles est désormais notre mission diplomatique.

En Orient, par exemple, qui garantit la Turquie des caprices victorieux de la Russie sur la Moldavie et laValachie, et des menées plus secrètes de l'Autriche à l'égard de la Bosnie et de la Servie? 11 en

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résultera qu'à Constantinople il n'y aura plus désormais d'appui que dans la France et dans l'Angleterre. Encore en voyant lord Palm^riCoft si faible et si mou dans cette question de Cracovie., à ce point de se faire pour ainsi dire complice de l'Europe, la Turquie se tournera tout entière vers la France, et ce protectorat unique, ce n'est pas nous qui l'aurons préparé.

En Italie, qui désormais garantit les légations pontificales contre les caprices de rAutriche? Naples , le Piémont et toutes les souverainetés secondaires ont-elles d'autre protection que celle de la FraAce?

Partout la Suisse , TAllemagne, Saxe, Bavière, Wurtemberg, Bade, villes libres, viendront naturellement se placer sous nos grandes ailes, et c'est ici une belle et noble position. Tant il est vrai qu'il y a une immense force dans ce qui est juste ! Toutes les puissances intermédiaires avaient peur de la France révolutionnaire, ces mêmes puissances viendront à cette France conservatrice qui, par un souvenir des vieux temps de notre monarchie, se déclare la protectrice des faibles, et reprend ici sa position naturelle, traditionnelle.

Le cardinal de Richelieu l'avait ainsi comprise, quand il s'était fait le protecteur de l'Allemagne . contre Ja maison d'Autriche. Voyez la Suède qui proteste comme autrefois contre les actes violents de l'Europe l Louis XIV avait agrandi cette belle mission, et on la trouve encore sous Louis XV et

IW XJK C0V61ÉS te Tinin.

août Louis XVl. L'époque de la r^ubtkpie et 4e Napoléon l*avait oompromise , la reslaHraCioa IV vaît essayée ; mais faible à son origine , elle ne pouvait tout ce qu*elle voulait.

Aujourd'hui celte grande politique peut renaN tre, et pour arriver à ces nobles fins , il faut que la France s*éloigne de plus en plus des doctrines de désordre et de révolution, et voilà pourquoi Tatlilude de M. Guizot est admirable, car, il est passionné pour Tordre et le respect des traités. Il ne faut plus faire peur aux petits cabinets avec nos idées, mais leur tendre la main, les soutenir. Ce sera donc un beau rôle pour notre France que celui de chef de la ligue des Etals du second ordre, d'amie et de protectrice de tous les États intermédiaires au nom de la justice et du droit.

La mission de la France est donc aujourd'hui d'accepter entièrement ce rôle, de s'y jeter avec une certaine grandeur, avec une majesté de bienveillance et de protection, afin que les faibles sachent que , lorsqu'ils seront menacés, ils auront derrière eux une nation forte, et un .gouvernement qui peut se faire entendre par sa diplomatie, ses armées, ses finances et ses richesses publiques égales à celles de toutes les nations.

L'Europe ne doit point se le dissimuler, une ère diplomatique nouvelle commence ; il ne s'agit plus de la lutte révolutionnaire ou antirévolutionhaire, mais des questions sérieuses de prépondé^ rance, de bonne foi et d'exécution des traités. La

France se place avec justice et hardiesse dans l'exécation du texte et de Tesprit des grandes transactions européennes. £Ue ne menacera plus; elle protégera.

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