‹ Le congrès de Vienne dans ses rapports: avec la circonscription actuelle deChapitre 6 sur 34 · S VIL · texte numérisé non relu

S VIL

LA CONSTITVTIOn DE L^LLKMAGNE.

C'était déjà un point important et résolu par le congrès en ce qui touche l'Allemagne, que la conservation du roi de Saxe dans la souveraineté d'une partie de ses» États. Désormais on pouvait dire que l'Europe avait admis elle-même ce principe : tt que le cabinet de Paris pouvait se mêler de l'organisation intérieure de l'Allemagne, » car enfin la France avait soutenu jusqu'au bout le vieux roi de Saxe, et en vertu de quel titre l'aurait-elle fait, si le droit d'intervention lui avait été refusé d'une façon absolue sur les affaires de la confédération germanique ?

De ce précédent, la légation française concluait justement : « qu'elle avait droit de s'immiscer dans le règlement définitif de rAUemagne. »

Ce droit, elle le fondait sur le passé historique; à toutes les époques , sa vieille monarchie s'était alliée aux électorals d'Allemagne , spécialement contre la politique de l'Autriche. Cette. union avec les petits princes de l'Allemagne avait fait la force de nos guerres depuis le seizième siècle ; et jusqu'en 1789, les alliances même de famille avaient

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créé des appuis au système français dans le sein du corps germanique (1).

Napoléon avait exagéré cette idée : partant da point politique de Richelieu et en secouant ses limites , il avait donné une force , une extension immense au système fédératif de T Allemagne par la confédération du Rhin. On devait à Tempereur des Français la création de la Bavière , du Wur~ temberg, de la Saxe, constitués en royaumes ; il avait posé la couronne de Westphalie au froat de son frère Jérôme ; il avait augmenté l'État de Bade, ajouté à la Saxe le grand-duché de Varsovie , et cette force centrale de TAUemagne devait dans son système maintenir, étouffer les deux puissants Etats, r Autriche et la Prusse.

Au congrès de Vienne il s^opéra nécessairement une réaction visible contre Textension dé- »

mesurée des Ëtats du centre de l'Allemagne, telle que Napoléon Tavait conçue; si l'Autriche et la Prusse n'osèrent développer en plein ni avouer hautement leur système , dans la crainte de soulever des méfiances, leur pensée fut au moins d'atténuer autant que possible l'influence des États de second ordre, pour grandir leur propre domination à la diète. On dut empêcher dans l'avenir l'action trop absorbante de la France sur ces mêmes États de second ordre ; on voulut éteindre ou amortir non-seulement les effets de l'ambition

(1) Voyes mon travail 6ur louis XV e\ Louis XYL

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napoléonienne, mais encore la politique nationale de Richelieu, dans son action militaire et diplomatique, parce qu'il était dangereux, disailH)n,pour rAutriehe et la Prusse, de voir marcher simultanément les Français , les Bavarois , les Wurtembergeois , les Badois , dans une guerre commune, et qu'il y avait également danger dé laisser la France ( dépositaire des idées libérales) semer les velléités du gouvernement représentatif trop haut et trop loin en Allemagne.

De là, résulta donc ^ Vienne un plan concerté, à savoir :

1<* Que les puissances allemandes régleraient seules l'organisation de la confédération germanique ;

â« Que cette confédération serait établie de manière qu'en aucune circonstance la France ne pût exercer l'action diplomatique ou militaire de l'ancienne monarchie ou de Napoléon qui avait dominé et brisé le corps germanique.

En face de ce cercle impérieux , tracé par la Prusse et l'Autriche, quelle attitude allaient prendre l'Angleterre , la France et la Russie , intéressées à intervenir dans tout ce qui touchait les affaires d'Allemagne? L'Angleterre y pénétrait tout natureli(îment par la création du royaume de Hanovre, par le grand-duché de Luxembourg laissé à un prince d'Orange; elle était liée à la confédé* ration par ses vieux rapports avec le Mecklembourg et par son alliance avec la Prusse. La Russie

cherchait à vaincre les répugnances de TAIlemagne pour la nationalité slave au moyen des alliances de famille ; elle se plaçait au centre ée la confédération, dirigeant, protégeant les petits princes, les petits intérêts, de manière à ce que son action fût reconnue et pleinement satisfaite.

Quant à la France, son influence en Allemagne devait résulter des services rendus aux princes de second ordre avec loyauté et désintéressement ; sa conduite avec le roi de Saxe lui avait fait un bien infini; elle avait été généreuse et persévérante; cette protection accordée aux petits contre les grands, aux faibles contre les forts , était un beau titre pour renouer les liens d*antiques amitiés* On ne sait pas tout ce qu'il y a de force dans la justice. Mais en dehors de cette influence simple , naturelle , la France fut très-peu écoutée dans ce qui tenait à la constitution générale de TAllemagne; selon le prince de Metternich , c*était une affaire de famille qui devait se régler par Faction intérieure de chaque gouvernement.

II en résulta Tinsertion dans l'acte ûnal du congrès de Vienne d'une série d'articles tous relatifs à la confédération germanique. On y proclamait d'abord l'indépendance de Francfort, cité libre , impériale ( l'article est conçu à peu près dans les mêmes tefmes que l'article relatif à la liberté de Cracovie, et Francfort, ville libre, tient désormais à un caprice {nnnesel). Vient ensuite la nomenclature des membres de la confédération,

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les diverses voix de la diète réparties entre Tempereur d'Autriche , les rois de Prusse , de Danemark pour le Holstein, et le roi des Pays-Bas pour le Luxembourg, etc. Toutes les éventualités sont réglées dans un mode invariable soit pour la guerre à Textérieur, soît pour Tadministration et la police.

Ces articles du congrès relatifs à l'Allemagne se ressentent de la réaction dont j'ai déjà parlé : Bonaparte a marché depuis 1805 à la tête d*une grande fraction de l'Allemagne contre la Prusse et TAutriche ; on veut éviter que dans l'avenir une telle situation se reproduise; on veut reformer politiquement une nationalité germanique. Ces articles constituent une des bases du congrès de Vienne, et comme la France en a signé les actes, comme le système a eu l'assentiment du comité des huit, rien ne peut et ne doit être changé dans sa base , sans le concours des puissances signataires.

Je crois donc qu'une conférence européenne devrait se réunir et délibérer s'il s'agissait jamais d'une modification dans les points suivants de la constitution germanique : l** la liberté des membres de la confédération , 2® les voles à la diète , 5° le nombre de voix , 4« l'ordre de délibération dans les changements fondamentaux, S° la défense mutuelle de l'Allemagne, 6° la liberté des alliances d'État. Si l'Autriche et la Prusse délibéraient seules pour modifier les points essentiels dans l'existence

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de la cûofédératiûn, ce ^rait encore violence, «t jamais elle n'a créé un droit (anme^J).

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