‹ Le congrès de Vienne dans ses rapports: avec la circonscription actuelle deChapitre 7 sur 34 · L^ITALIE · texte numérisé non relu

L^ITALIE

Le congrès de Vienne Irouva également Tltalie dans la situation d'un territoire conquis et occupé; les Autrichiens étaient maîtres de Venise, des marches d'Ancône, du Milanais, de Tlstrie, de la Dalmatie, du Frioul, de tout le Piémont, de la Savoie ; leurs corps d'armée s'étaient avancés même jusqu'à Grenoble.

Au centre de l'Italie, le pape Pie VII était revenu dans ses États après un long exil : quelle portion de territoire lui serait allouée dans le partage , et les faibles seraient-ils sacrifiés? Ënûn, à l'extrémité, à Naples, était Murât, mais non encore le proscrit au ban des royautés européennes ; mais Murât, à la tête d'une armée, ayant trahi Napoléon et muni de deux traités, l'un conclu avec l'Angleterre , l'autre avec l'Autriche , qui lui assuraient la plénitude de la souveraineté (1) sur Naples, sur le duché de Bénévent et de Ponle-Corvo ; je crois

(i) Voyez mon travail ^ur les (knf-Jowrt.

même qu'on lui avait ftiit espérer ane fk^action des légations romaines.

Tel était donc Tétat de Tltalie lorsque le congrès dut s*en occuper à Vienne; quelques points étaient résolus d'avance, quelques autres restaient dans le doute le plus absolu.

L'Autriche prétendait à un très-large lot de frontières dans le Milanais, et on les étendait sans difficulté dans tout le Frioul , les États de Venise, jusque dans la Dalmatie. L'Autriche ne voulait pas céder un pouce de terrain ; Vuii possidetfs était sa loi, et un traité particulier le lui assurait.

A ses côtés , elle admettait la restauration de la maison de Savoie dans l'ancienne royauté de Piémont ; et comme les possessions héréditaires de la maison de Savoie étaient rognées du côté de Ghambéry au pVofit de la France, et du côté du Milanais en faveur de TAutrlche, on cherchait une indemnité. Indépendamment de l'Ile de Sardaigne, soumise depuis longtemps à celte maison , on lui donnait tout l'État de Gènes ; concession encore contraire à bien des engagements pris par l'Angle* terre en 1814.

Les Génois et les Piémontais avaient peu de sympathie ; c'étaient deux natures entièrement opposées. Lorsque lord Bentinck parut devant Gênes pour soulever la vieille cité contre les Français, il avait promis qu'on rendrait aux Génois leur ancienne indépendance, leur nationalité commerciale, et comment concilier ces promesses avec

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reagagement qu'allait prendre le congrès d*unir Gènes et le Piémont sous une commune souveraineté?

Même difficulté pour Rome et le gouvernement pontifical ; les ÉUils du saint-^père se composaient de deux natures territoriales bien distinctes : 1<* Ce qu'on appelait l'antique patrimoine de saint Pierre; S"* les légations qui étaient comme une attenance, un appendice que l'Autriche désirait dominer au moins moralement, et que Murât voulait occuper pour sa sûreté personnelle. Le cardinal Consalvi, envoyé par le saint-père àVienne, faisait valoir les plus hautes considérations pour le rétablissement plein et entier de la souveraineté pontificale : u Déjà le saint-siége, dans le désir de ne pas compromettre la paix, sacrifiait à la France Avignon , le comtat, sa vieille propriété; était-il juste de Tamoindrir encore? Il était dans la nature de la constitution apostolique que le pape possédât tout en viager; ce qu'il recevait, il devait le transmettre; de sorte que le saint-père ne pouvait prendreaucun engagement, donner aucune parole, sanctionner aucun traité de cession d'une manière permanente et définitive. » Ces motifs triomphèrent à Vienne ; le lot de TAutriche était assez considérable en Italie, pour ne point désirer actuellement des possessions plus étendues ; il . fallait d'abord assouplir, calmer, gouverner les terres et les populations que lui assignait le congrès de Vienne^ et cette tâche devenait difficile.

LE CONGlliS DE YIBNIfE» TJS

Quant à Murât, quel intérêt pouvait-il «inspirer dans ses projets de lutte , en dehors de sa souveraineté) lorsque le principe de cette souveraineté était lui-même en question ?

Ceci m'amène à rappeler la position que M. de Talleyrand avait prise à Vienne, relativement à ]IIurat et au royaume de Naples»

Je croi^ que dans plusieurs circonstances Thabileté deJtf. de Talleyrand fut d^établir un principe général, plus ou moins exact dans sa vérité absolue, et dont il tirait les conséquences les plus favorables à sa cause. Ainsi M. de Talleyrand avait dit en 1814 : m La restauration partout, dans les idées comme dans les dynasties, tout le reste est une intrigue ou un trouble.» Delà, il concluait tout naturellement qu'au lieu de Murât, il fallait restaurer l'ancienne famille des Bourbons à Naplcs, comme elle était rétablie en France et en Espagne.

A l'aide de ce principe, M. de Talleyrand déclara qu'il n'aurait à Vienne aucun rapport avec la légation de Murât, usurpateur et irUrus aux yeux de la maison de Bourbon. Ce système ne fut point adopté par l'Angleterre et l'Autriche, qui ayant des engagements positifs devaient au moins trouver un prétexte convenable pour se dégager. A mesure que le congrès s'avançait vers ses résolutions définitives, la cause de Murât perdait du terrain ; à l'aide d'un principe, M. de Talleyrand voulait re€0BStîtuer l'ancienne politique delà mai-

M LE CONGR]^ Dfi VIENNE.

son de Bourbon, et renouer le pacle de fainille avec l'Espagne et Naples.

Ce fut la connaissance de cette attitude de M. de Talieyrand à Vienne, qui porla Murât à la folle entreprise d*envahir les Marches pontificales. li s'élança des Apennins à travers la campagne, avec le dessein insensé de faire la guerre à la France* Un mois après, les cent-jours éclatèrent.

Ceci simplifia singulièrement toutes les poshtions.

L'Angleterre etrAutriche en prirent prétexte pour briser leurs engagements envers Murât : lord Castleré^gh publia Télrange correspondance du lazzarone couronné. Le congrès désormais passa outre à l'organisation de l'Italie en dehors de la dynastie de Murât. Les articles posèrent les bases suivantes :

Le Piémont avec la Sardaigne et l'État de Gènes à la maison de Savoie.

L'Autriche avec cette large et belle possession du Milanais , des États vénitiens , du Frioul et de la Dalmatie.

Le pape avec les légations.

Naples avec la maison de Bourbon et la Sicile.

Et au milieu de cela des petits princes, qui tenaient les uns à la maison de Bourbon, les autres à la maison impériale , avec les fiefs de Toscane, de Modène, de Parme, de Plaisance.

La pensée de M. de Metternich fut alors de lier tout cela par un . pacte fédèratif oom Ae le type

en existait en Allemagne. Mais tout changement conçu dans l'organisation de l'Italie ne pouvait et ne devait se faire qu'avec Tassenliment des puissances signataires au congrès. Il est impossible de concevoir une modification dans la forme générale de l'Europe sans le concours de tous. LVBUvre d'an congrès est une constitution, un pacte synallagmatique qui crée des droits, des devoirs, des obligations réciproques. On ne pourrait pas toucher à l'indépendance d'un petit prince d'Italie sans l'intervention du comité des huit formé à Vienne comme l'expression de l'Europe. Le Piémont , Naples , États du saint-siége , duché de Modène, Massa-Carrara , Parme , Plaisance et Guastalla, Lucques, Toscane, ne peuvent être altérés dans leur territoire, dans leur dynastie , sans l'assentiment de tous. C'est en ce sens que la main mise sur Cracovie ébranle toutes les souverainetés de second ordre, et quelle garantie ontelles désormais (annese K) ?

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