I . Déclaration du 31 mars
La France n'a eu aucune raison de se plaindre du Traité de Paris. Ce Traité a réconcilié la France avec l'Europe, il a satisfait à tous ses véritables intérêts, lui a assuré tous les biens réels, tous les éléments de prospérité et de gloire qu'un peuple appelé à une des premières places dans le système européen pouvait raisonnablement désirer, et ne lui a enlevé que ce qui était pour elle, sous les dehors trompeurs d'un grand éclat national, une source intarissable de souffrances, de ruine et de misère. Ce Traité était môme un bienfait immense pour un pays, réduit par le délire de son chef à la situation la plus désastreuse1.
Les Puissances alliées eussent trahi leurs intérêts et leurs devoirs si, au prix de tant de modération et de générosité, elles n'avaient pas, en signant ce Traité, obtenu quelque avantage solide; mais le seul qu'elles ambitionnaient était la paix de l'Europe et le bonheur de la France. Jamais, en traitant avec Buonaparte, elles n'eussent consenti aux conditions qu'elles accordèrent à un gouvernement, lequel, en « offrant à l'Europe un gage de sécurité et de stabilité, les dispensait d'exiger de la France les garanties qu'elles lui avaient demandées sous son ancien gouvernement \ Cette clause est inséparable du Traité de Paris; l'abolir, c'est rompre ce Traité. Le consentement formel de la nation française au retour de Buonaparte sur le trône, équivaudrait à une déclaration de guerre contre l'Europe; car l'état de paix n'a subsisté entre l'Europe et la France que par le Traité de Paris, et le Traité de Paris est incompatible avec le pouvoir de Buonaparte.
Si ce raisonnement avait encore besoin d'un appui, il le trouverait dans l'offre même de Buonaparte de ratifier le Traité de Paris. Ce Traité avait été scrupuleusement observé et exécuté ; les transactions du Congrès de Vienne n'en étaient que les suppléments et les développements; et sans le nouvel attentat de Buonaparte, il eût été pour une longue suite d'années une des bases du droit public de l'Europe. Mais cet orde de choses a fait place à une nouvelle révolution; et les agents de cette révolution, tout en proclamant sans cesse « qu'il n'y a rien de changé s, » conçoivent et sentent eux-mêmes que tout est changé autour d'eux. Il ne s'agit plus aujourd'hui de maintenir le Traité de Paris ; il s'agirait de le refaire. Les Puissances se trouvent rétablies envers la France dans la même position dans laquelle elles étaient le 31 mars 1814. Ce n'est pas pour prévenir la guerre, car la France l'a rallumée de fait, c'est pour la terminer que l'on offre aujourd'hui à l'Europe un
1. « L'Empereur, convaincu de la position critique où il a placé la France et de l'impossibilité où il se trouve de la sauver lui-même, a paru se résigner et consentir à l'abdication entière et sans aucune restriction. « Lettre du maréchal Ney au prince de Bénévent, en date de Fontainebleau, 5 avril 1814. (Voy. Moniteur du 7 avril 1814.)