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de bourse, d*a8surancQs,compte8*<îouraots, changea, arbitrages, elc.,. et n'affecter alors que deux AimÉES à reoseignemepit de la comptabilité proprement dite, ce qui suffira amplement.
Une TROISIÈME ANNÉE d^études complémentaires pourrait être ajoutée à cette branche, mais seulement dans les écoles supérieures de commerce. Et alors, dans cette dernière année, — au lieu d'achever .l'instruction de l'élève au moyen de méthodes théoriques d'une valeur plus ou moins contestée, au lieu de l'exercer sur de» opérations fictives plus ou moins ingénieusement imaginées et présentées, — c'est le vif d'opérations réelles qu'il faudrait aborder.
Rien ne serait plus facile à réaliser. Les écoles de commerce sont toutes patronnées et soutenues par des commerçants et des industriels notables qui s'empresseront de leur fournir des monographies aussi détaillées, aussi complètes qu'il sera nécessaire ; ou même, ce qui serait bien préférable, des séries de livres de comptabilité de maisons de commerce, de banque et d'industrie liqui-
De même que l'on fait de l'anatomie, de la chimie, de la gram- . maire comparée , on pourra faire alors , au grand profit des^ études, de la comptabilité comparée^ et cela sur des livres et des documents authentiques.
Nul doute pour nous que les honorables négociants, qui,, depuis 1871, ont compris la nécessité de multiplier les écoles de commerce, au prix de nombreux sacrifices^ ne saisissent cette occasion de servir d'une façon vraiment efficace cette partie essentiellede notre enseignement commercial, laquelle, réformée dans le sensque nous indiquons sommairement ici, serait dès lors en mesure de préparer au pays une pépinière de comptables, de négociants et d'industriels réellement instruits en comptabilité, c'est-à-dire. (capables d'aborder et de soutenir les grandes luttes nationales et internationales du commerce de l'avenir, lequel ne s'annonce pas sous^ couleur de rose pour les ignorants.
L'étude comparative des diverses formes- que prend la comptabilité, à laquelle s'adjoindrait naturellement celle non moins utiledes bilans, remplirait efficacement, sans préjudice des autres facultés, le cours de troisième année des écoles de commerce, d'où sortiraient aussi désormais, — et c'est un point capital, — d*excellentsprofesseurs spéciaux qui rendraient les plus utiles services à la propagation de la science des comptes. Rien en effet ne s'opposerait alors à la création des chaires de comptabilité dont l'absence estsi préjudiciable à l'enseignement des élèves des ëgoles d'arts et métiers, de l'Ecole centrale, de l'Ecole polytechnique, de l'Ecole des-
LE GOMGRàS DES COMPTABLES.
MlNES^ de L*ECOLE DBS PONTS ET CHAUSSÉES, de L*EgOLB DE DROIT, elc.
Car enfin, ainsi que nous i*ayons dit et répété à|diverses reprises, et M. Lefèvre, que nous citons toujours avec plaisir, le constate Qvec nous : « L'enseignement industriel est actuellement incomce plet Chacun sait que nos ingénieurs, si habiles dans la pratique H des arts mécaniques, physiques ou chimiques, sont beaucoup ^< moins familiers avec les notions économiques et commerciales <i qui font le succès d'une entreprise. Combien peu savent établir " « un prix de revient avec tous les éléments dont, à notre époque, <f il faut nécessairement tenir compte ! »
Nous sommes certainement le peuple le plus spirituel de la terre, ttiais non moins certainement le plus routinier. Le progrès lent de la comptabilité et surtout de la vulgarisation si essentielle de son enseignement en est une preuve de plus. Personne ne conteste Tu- Litité, disons plus, la nécessité si évidente de cette vulgarisation, on tombe d'accord, du moins nous aimons à le penser^ que la comptabllité est la seule branche de renseignement professionnel qui ne demande aucun outillage spécial, aucune mise en œuvre coûteuse, celle qui, en raison des services qu'elle rendrait à tous indistinctement et au pays, devrait par conséquent figurer dans le programme de toutes les écoles sans exception, et cependant le temps fuit derrière nous sans que rien ne se fasse. Qui donc prendra l'initiative? 4]uicontinuerarœuvre ébauchée de M. Duruy? On vient de réformer les programmes de l'enseignement et la comptabilité n'y a pas été introduite. Cet oubli n'implique t-il pas pour le ministre du commerce la nécessité de ne plus se désintéresser dans la question, mais bien au contraire de la prendre en main, et d'en faire ressortir toute rimportance aux yeux de son collègue de l'instruction publique? Ces ijeux mots « enseignement commercial » indiquent d'ailleurs d'euxmêmes que la chose est du ressort des deux ministères. D'où il semble ressortir que rien de sérieux ne se fera sans une entente pi'éalable et une action simultanée des deux ministres? Le nœud de la question est là. Le ministre du commerce qui mènera à bien In réforme de l'enseignement commercial, et le ministre de Tinsli'uction publique qui nous donnera la popularisation de la ^comptabilité par les écoles des différents degrés, auront tous deux bien compris les nécessités de leur époque et rendu un immense service au pays.
Puisque nous venons de parler de la réforme de l'enseignement «commercial, nous ne pouvons éviter d'en dire quelques mots, cette
question fait corps d'ailleurs avec celle de la comptabilité, dont nous I nous occupons plus spécialement ici.
i , Le développement tout récent de renseignement commercial e» ! France a été une conséquence des douloureux événements de 1870i 1871. Lorsque éclata cette guerre, les Allemands, qui étaient I eniployés en grand nombre dans nos maisons de banque et de comt i merce, furent contraints de retourner dans leur pays. Les vides qu'il* I laissèrent ne purent être immédiatement comblés, et à la reprise I des affaires on reconnut la difficulté de les remplacer. C'est qu'en effet les Allemands, et particulièrement les israélites nés de l'autre I côté du Rhin, ont des aptitudes natives et des qualités qui en font I d'excellents employés, peut-être même les premiers cambistes et arbitragistes du monde, habitués qu'ils se sont trouvés, dès leur I enfance, à comparer toutes les monnaies, — si différentes chez eux i de noms , de poids et de titre, — qui leur passaient par les main» I dans les transactions courantes de ville à ville, et même de village à village ^
Malgré l'unification monétaire actuelle, qui tendra naturellement à affaiblir cette aptitude naturelle pour le change et la banque, il est probable que Torganisation scolaire des Allemands leur conservera longtemps encore à cet égard la prépondérance dont les événements de 1870-1871 nous ont fait comprendre le danger, et dont le commerce français cherche aujourd'hui à s'affranchir.
En 1871, on comptait en Allemagne 38 académies et 74 écoles spéciales de commerce, en tput 112 établissements, recevant annuellement 9 à 10,000 jeunes gens '*.
En France, au moment de la guerre, il n'existait encore que deux écoles dites supérieures de commerce : l'une fondée à Paris,- vers^ 1821, dont l'économiste A. Blanqui avait été longtemps directeur, et qui avait été cachetée en 1869 par la Chambre de commerce de Paris; l'autre qui datait de cinq ou six ans, avait son siège à Mulhouse et allait se trouver supprimée par le fait de l'annexion.
On enseignait un peu de comptabilité dans les grandes écoles municipales de la ville de Paris, au collège Chaptal, aux école& Turgot et Golbert, qui, d'après leui's programmes, s'adressent à cette partie de la jeunesse qui se destine au commerce et à la banque.
1. En 1872, au moment de Tunification, il circulait encore en Allemagne' iO monnaies d'or, 73 monnaies d*argent 38 monnaies de billon.
â. Mémoire$ aux CiMmbrei de «ommertftf, par le D' A. Ricard, profisseur à TAcadémie de commerce de Prague. Toulous", i871.
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l4 LE CONGRÈS DES COMPTABLES.
Enfin, la tenue des livres et quelques notions de change avaient été introduites dans renseignement secondaire spécial qui fut constitué vers 1866, comme nous Tavons vu plus haut, par M. Duruy, alors ministre de Tinstruction publique.
Tel était Tétat des choses, lorsque la retraite plus ou moins momentanée des employés allemands fit sentir au commerce et à la finance la nécessité de pouvoir compter sur un recrutement de leur personnel dans le pays même.
Le mouvement fut très vif ; dès 1871 les commerçants de Rouen souscrivirent 230,000 francs, ceux du Havre 220,000 pour établir chez eux des écoles supérieures de commerce.
Lyon offrit une splendide hospitalité au personnel de l'école de Mulhouse, que la guerre avait arrachée à la France, en votant 1,200,000 francs pour la fondation d'une nouvelle école destinée à remplacer cetle que nous venioas de perdre.
En 1872, Marseille fonde également une école de commerce en y affectant un capital de 450,000 francs ; Lille réorganise l'Institut industriel et commercial du nord de la France avec une division spéciale pour le commerce; Bordeaux constitue également son école supérieure du commerce au moyen d'une subvention annuelle de 50,000 francs.
La ville de Paris fonde deux nouvelles écoles municipales, celles de J.-B. Say et de Lavoisier (1872).
Toutes les pensions et les institutions ajoutent à leurs enseignes les mots « Études commerciales » . De tous côtés se créent des cours pubHcs sur la comptabilité, la législation et la géographie commerciale, etc., etc.
On ne s'arrête pas là. Du moment où Ton croit avoir satisfait à toutes les conditions de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur commercial, voici qu'on vise un but plus élevé.
Au congrès de l'Athénée oriental tenu en 1876 à Saint-Etienne ; on émet le vœu qu'il soit fondé en France un Institut des hautes études commerciales dans lequel on va jusqu'à demander « un <t cours de philosophie commerciale (!) exposant l'influence du <c commerce sur la civilisation, sur les idées, sur les mœurs, sur la f< puissance d'un pays, et tendant à développer chez les jeunes gens « les qualités intellectuelles etjmorales qui ennoblissent la profession « de négociant, »
La Chambre de commerce de Paris, déjàen possession de l'excellente Ecole commerciale de l'avenue Trudaine, qui correspond à l'enseignement primaire, de V Ecole supérieure du commerce que l'on considère comme un établissenient d'enseignement secondaire,
va répondre au vœu émis par le congrès .de Saint-Etienne en fondant une Ecole des hautes études commerciales o\xY oti se propose de « former des négociants, comme TËcole centrale des arts et manufactures forme des ingénieurs et des industriels ».
Cependant, à travers ce mouvement si vif pour le développement de rinstruction commerciale, on s'aperçoit qu'on n'est pas complètement prêt à satisfaire des aspirations si prononcées.
En 1874, sous le patronage de M. Bambergeretavec le concours de MM. Aynard, Bréal, Duruy, Leroy-Beaulieu, Penot, Robert, Siegfried et Vannier, il se forme à Paris un comité en vue d'encourager renseignement commercial au moyen de la fondation de bourses. Le comité constate que « la plupart de nos écoles de « commerce disposent de moyens d'action considérables ; mais, « d'après le témoignage des hommes les plus compétents, elles « rencontrent un obstacle : le nombre insuffisant de professeurs « qui joignent à la vocation pédagogique des connaissances spé- « GIALES. »
Et le comité se propose de « former des professeurs qui donnent en France un enseignement égal à celui des premières écoles de V étranger. »
Il est assez étonnant que, si le commerce est quelque chose d'enseignable, on ne trouve pas chez nous de professeurs pour l'enseigner. Nous avons déjà vu plus haut que .lorsqu'il s'est agi d'introduire dans l'instruction publique un cours de comptabilité, les professeurs de sciences s'y étaient prêtés de mauvaise grâce, et que, finalement, on avait dû rattacher cette partie de l'enseignement à Vagrégation littéraire et économique. C'est là un grave symptôme, qui semblerait prouver que dans les connaissances nécessaires au commerce^ à la banque ou à la finance, il n'y a rien d'assez net^ d'assez précis et d'assez cohérent pour mériter de faire l'objet d'un enseignement scientifique ; et que c'était tout au plus bon pour des littérateurs sachant seulement un peu d'arithmétique.
Cette manière de voir, il faut en convenir, n'est pas sans quelque fondement.
« Est-ce que l'étranger, dont on nous offre les écoles pour modèle, <( est réellement plus avancé que nous ? demande M. Lefèvre. Est-ce « qu'il y a en Allemagne une science du commerce qai n'aurait pas « pénétré ea France? Si elle existe quelque {part, qu'on nous la « montre *. »
i. Ce qu'on appelle dans les Académies de commerce allemandes handelt^
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle n'existe pas à Anvers, don l'inlitut a servi de type à toutes les écoles supérieures de com merce qui se sont créées chét nous depuis 1871.
On ne peut cependant pas imaginer des écoles supérieures oi des écoles des hautes études commerciales sans une scieuce di commbrgM, que les économistes ont bien entrevue, mais qu'ils ont oté jusqu'ici dans l'impuissance de construire.
En quête des premiers éléments constitutifs de cette science, d une grande portée pratique, M. Lefèvre dit excellemment :
ft Si nous observons comment est organisée une maison de com- « merce d'une certaine importance, nous y voyons figurer trok ii groupes d'employés plus ou moins distincts, suivant que la division 1' du travail y est plus ou moins parfaite.
« Les uns sont préposés aux achats et aux ventes ;
K Les autres sont préposés aux recettes et payements;
a Les troisièmes sont attachés à V enregistrement plus ou te moins méthodique des opérations faites par les deux premiers i< groupes.
i< Si nous consultons le commerçant sur l'importance relative « qu'il attribue à ces trois sortes de fonctions, dont il s'efforce d'ail a leurs de maintenir les individus aussi séparés que possible les un? il des autres, nous verrons qu'il les classera précisément dans l'ordre « oii nous les avons mises. Il se réserve presque toujours pour lui- « même les achats et les ventes, au moins en gros; il considère etii il paye un bon acheteur etun bon vendeur mieux qu'un calculateur it cambiste ou arbitragiste, et celui-ci plus qu'un comptable.
li Chacun de ces trois groupes d'employés a, plhr conséquent. « besoin de développer des aptitudes spéciales, auxquelles corre*- V pond un art particulier, qui a lui-même pour base une certaine iUllll i^ science ou un ensemble de connaissances.
« L'art du commerce en général comprend donc trois branches «f principales:
tt [^ L'art d'acheter et de vendre, ou le commerce proprement li dit ;
a 2° L'art de payer «t de recevoir, ou la banque ;
(f 3° L'art d'enregistrer les opérations, ou la comptabilité.
witsentchatl, on science dvL commerce, nous paraît te réduire à très peu Je .chose, car c'est seulement dans la classe supérieure {oberehue^ qa*on aborJe la tectue des livres en parties doubles, avec le musUr comploir ou comptoir madèle. Les classes précédentes étant principalement consacrées aux d«scri,tion^ des divers instruments commerciaux, la méthoie D*y est pas apparente.
Cette première division, qu'il suffit d'énoncer pour que chacun reconnaisse Télat naturel des choses, doit ou devrait se retrouver dans l'enseignement commercial, dans un ordre inverse, bien entendu.
Or, quand on examine les programmes de renseignement spécial du commerce, on reconnaît qu'il s'en faut de beaucoup qiie cette condition fondamentale y soit remplie. .
Mais avant de procéder à la critique, nous devons entrer plus profondément, avec M. Lefèvre, dans l'analyse des trois grandes divisions que nous venons d'indiquer :
- Ei'ari d'ii«beCer et de vendre comporte deux ordres de connaissances : 1" la .connaissance des marchandises ; 2o la science des procédés au moyen desquels s'en fait la négociation.
Cette distinction n'avait pas échappé aux auteurs du siècle dernier. Ainsi Samuel Ricard, qui a écrit un Traité général du commerce^ extrêmement remarquable pour l'époque, dit expressément : «La manière de travailler du négociant et celle du mar- « chand sont essentiellement dilTérentes. Celui-ci doit connaître « parfaitement Ja marchandise dont ii fait commerce; il faut qu'il « la voie,. qu'il la goûte, qu'il la prépare, et veille à ce qu'elle soit « entretenue en bon état ; qu'enfin il la vende lui-même.
« Le négociant, au contraire, n'a besoin ni de voir ni de connaître « INTUITIVEMENT les marchandises qui font l'objet de ses spécula^ « tions; il suffit qu'il en connaisse théoriquement les qualités prin- « cipales : il en fait ordinairement la vente par un courtier ou un « commissionnaire affidé. »
Adolphe Blanqui, qui a dirigé pendant si longtemps l'École supérieure de commerce de Paris, dit aussi quelque part, « qu'il y « a un art d'acheter et de vendre qui ne ressemble en rien auxpro» « cédés delà boutique, »
Ainsi, un certain commerce exige une connaissance complète, intuitive de la marchandise, connaissance qui ne s'enseigne pas, qui s'acquiert seulement par la pratique, et dans laquelle le commerçant est obligé de se spécialiser étroitement. Personne ne peut prétendre à bien connaître toutes les marchandises, ni même les matières premières, avec les infinies variétés qu'elles comportent^ et dont le nombre va toujours en augmentant.
L'enseignement ne peut donc donner, on ce qui les concerne, que des connaissances, utiles sans doute, mais sur la valeur desquelles il importe de ne pas se faire d'illusions.
Car, selon M. Lefèvre, non seulement les procédés à Taide desquels s*opère le commerce de la plupart des marchaodises, soit en gros, soit surtout au détail, ne sont pas enseignables, mais, dans beaucoup de cas, ils ne sont pas même avouables *. Le trafiquant se propose naturellement d'acheter au|meilleur marché possible et devendre le plus cher qu'il pourra. Un tel précepte, même en le combinant avec la fameuse loi de l'offre et de la demande, n'est pas susceptible de constituer une science .
Au contraire, ces marchandises, dont Samuel Ricard dit qu'il suffit de connaître théoriquement les qualités principales, se négocient d'après certains procédés, toujours les mêmes, qui sont susceptibles de constituer une véritable science. Dans cette classe,^ poursuit notre auteur, sont comprisesles matières d'or et d'argent ^^ les monnaies, les changes, les valeurs mobilières et quelque» denrées dont le commerce se fait d'après des types parfaitement définis, comme le sont aujourd'hui les farines^ les huiles, les sucres, les alcools, les cotons, etc., etc.; et il faut remarquer que la tendance du commerce consiste à constituer de plus en plus des tt/pes ou des marques de marchandises sur la quahté desquelles il ne puisse y avoir aucune espèce d'erreur ou de fraude tant de la part du vendeur que de l'acheteur, de façon que les transactions y soient parfaitement loyales.
En même temps que la connaissance spéciale de ces sortes de marchandises devient de moins en moins nécessaire, les procédés à l'aide desquels on les négocie deviennent, par contre, de plus en plus délicats, en raison de l'extrême rapidité avec laquelle se nivellent les prix d'une même marchandise sur les divers marchés.
Aux notions empiriques d'autrefois doit donc venir se substituer aujourd'hui une théorie mathématique du commerce^ permettant de déduire tous les phénomènes économiques et pratiques d'un pe-
I. Il est évident qu'on ne peut pas enseigner l'art &^ étrangler mu malhenreux iadustriel ou un petit fabricant, lorsque les circonstances les mettent à la merci du commerçant qui dispose de quelques capitaux et qui les fait travailler à perte jusqu'à ce qu'ils soient complètement ruinés. Ce qu'on appelle des ocea^ êions dans le commerce constitue souvent de véritables vols accomplis au détriment de la masse des créanciers du vendeur, et dont l'acheteur, tacitement complice, se frotte les mains : il a fait une bonne affaire et peut annoncer des- $olde$ de marchandises notablement au-dessous de leur prix de revient. Il est non moins évident qu'on ne pourrait enseigner à frelater les denrées, science particulière d'où le commerce tire cependant aujourd'hui des profits considérables.
lit nombre de faits généraux, de sorte que le raisonnement y tienne désormais plus de place que la mémoire.
Cette théorie, qui fait absolument défaut dans les livres destinés à renseignement, M. Lefèvre croit l'avoir construite dans un ouvrage auquel il met la dernière main, et dont les lignes qui suivent font présumer Timportance et Torlginalité :
« Commerce par arbitrage. — G*est dans le trafic des changes, <c monnaies et métaux précieux, que Ton trouve le type le plus parti fait du commerce par arbitrage, qui consiste essentiellement à « acheter des marchandises sur une place pour les revendre au « même moment plus cher sur une autre place, profitant ainsi de <c la différence des cours; et c'est pourquoi, à toutes les époques, te la banque a été considérée comme la véritable école du comc< tnerce^ puisque toute marchandise s'évalue ou se transforme en <( monnaie, et toute monnaie en change.
« Mais aujourd'hui, en raison de l'extrême facilité des commu- « nicationa, les arbitrages de changes, si fructueux jadis, laissent <( très peu de marge. Car un bénéfice étant assuré du moment que c< certains écarts se produisent, et ces écarts étant immédiatement « connus de tous, le nombre des concurrents qui se précipitent pour « le cueillir lé réduisent presque aussitôt à rien.
« Il n'était pas rare, au siècle dernier, et même au commenceu ment de celui-ci, de réaliser sur un arbitrage de banque ou sur « une opération de monnaies 4 à 5 %, tandis qu'on s^estime heu- « reux aujourd'hui d'y faire un bénéfice de 4 à 5 7oo.
« Plus nous allons et plus on s'aperçoit que les moyens défaire < un commerce facile^ fructueux et certain^ deviennent rares aussi « bien dans le détail que dans le gros. Le commissionnaire lui- « même tend à disparaître. Ainsi, le courtier de change, qui préle- « vait naguère 1/16 ou 1/32 sur le papier qu'il plaçait comme in- « termédiaire, est obligé aujourd'hui ^'arrêter les afi'aires pour « son compte.
« Et il en est de même, la plupart du temps, de l'officier minis- « tériel, c'est-à-dire de l'agent de change, pour le commerce de <( valeurs, malgré la loi et les règlements qui l'interdisent.
« Néanmoins, quoique leur utilité pratique se réduise de jour en « jour, en raison de la rapidité avec laquelle les niveaux s'établis- « sent sur les différentes places, les arbitrages de banque propre- « ment dits constitueront toujours les modèles les plus simples et « les plus nets de ce qu'on appelle les comptes simulés^ et leur
âo
» étude, qui est le corollaire de la théorie des changes, forme un « des éléments fondamentaux de toute instruction commerciale.
« Gon%fnerce par spéculation, — Partout et de plus en plus le » commerce par spéculation tend à se substituer au commerce par ii arbitrage ; et c*est justice qu*un bénéfice ne puisse résulter que " d'un travail effectif, ou d'un risque encouru, et non pas seule- (c ment d'un petit calcul d'i^rithméliquc qu»e tout le monde peui it faire.
« Le type actuel des marchandises qui font aujourd'hui l'objei ti du grand commerce international sont les valeurs mobilièrea dont les marchés sont les grandes Bourses d'Europe et d'Araé- « rique; car ce sont les valeurs mobilières internationales quicoD « courent actuellement, pour la plus grande partie, à fournir le» « soldes de ce qu'on appelait autrefois la balance du commerça
a Lorsque nous avons eu, il y a quelques années, plus de m\ » milliards à payer à TAllemagne, c'est comme si la balance è- " notre commerce s'était trouvée à découvert de pareille somme.
«A-t-on envoyé cinq milliards en Prusse? Pas le moins di « monde; voici ce qui a élé payé en numéraire:
Or français 273 millions
Argent français 239 millions,
En tout. 512 millions;
^c soit un peu moins d'un dixième de la rançon totale ; le reste a éi » soldé principalement en valeurs françaises (emprunt 5 %) qn " sont ultérieurement revenues au pays d'origine, et en valeur? ^ étrangères *•
« Sans les valeurs mobilières, les lettres de change auraient élf " presque aussi introuvables que l'or et l'argent, et les Prussien' i( seraient peut-être encore chez nous.
« Lorsque nous avons besoin de demander à l'Angleterre ^ a crédits sur l'Amérique pour payer les manquants de notre récolle, <i est-ce que nous envoyons de l'or à Londres? Pas du tout : le^ '< cours de la livre sterling nous avertissent que si l'on y envoie de^ i< métaux précieux c'est, en tout cas, en bien petite quantité. (Juc « font les banquiers ? Ils y envoient des valeurs qui font du change: « et réciproquement quand l'Angleterre devient notre débitrice.
I. Voyez le beau rapport de M. Léon Say, sur le payement de Tindemnil'' de gueree, &it au nom de la commission du budget de IS76.
« Mais les valeurs mobilières ne se traitent pas comme le papier « de commerce. Ouvrons, par exemple, le Journal officiel de la ¥. République française qui reproduit le cours authentique de la « Bourse, et extrayons-en simplement la nomenclature des diverses « opérations auxquelles donnent lieu tous les jours nos fonds d'E- « tat; nous y voyons figurer: ;
en liquidation courante, en liquidation prochaine, d'une liquidation à Tautre.
, T^ , t au comptant \
!• Des reports l *^ (
( d'une liquidation à l'autre.
2» Des opérations d'achat et vente lerme en liquida- ( au comptant.
tion et fin courant (à terme.
i( dont 23
Pour ÛQ courant | dont... . 50
( dont ... i »
( dont ... 25
Pour fin prochai. I. ..... } dont... . 50
( dont.... 1 »
« Si nous nous transportons à Londres, à Amsterdam, à Berlin, « à Francfort, etc., etc., nous voyons que des opérations plus ou <c moins analogues se font sur toutes ces places. Si nous consultons « les grands banquiers qui font le commerce des valeurs internatio- « nales, et en particulier ceux qui ont pris part à Timmense mou- (( vement financier qui a abouti en si peu de temps à la libération « du territoire français, tous nous diront qu'on n'aurait pu en con- « cevoir la possibilité sans l'existence d'un mécanisme particulier, « dont ces différentes manières d'acheter et de vendre constituent « les rouages essentiels.
<( Et si maintenant nous entrons plus avant dans l'étude de ce « mécanisme, nous ne tardons pas à reconnaître qu'il atteint une (( complication telle, que les moyens ordinaires de le faire com- « prendre par la parole ou par les chiffres sont absolument insuffi- <( sants, et qu'il faut recourir à des procédés spéciaux pour le « décrire '.
« Or, cet art nouveau d'acheter et de vendre que les siècles pré- « cédents pouvaient à peine soupçonner, et qui atteint tout d'abord « son développement à la Bourse des valeurs, comnience à s'éten- « dre à des matières cîf à des denrées bien autrement importantes à « l'existence sociale, c'est-à-dire aux blés, aux farmes, aux hui-
1. Ces coosi dérations remarquables frapperont évidemment le lecteur, et l'amèneront à conclure comme nous, que l'étude rationnelle des pkénomènês eommereiaux est bien digne de fixer l'attention des savants.
LE CCmCfeES DBS COMPTABLES.
H less aux cotons^ aux alcool*^ etc., etc. Et Fart à* acheter et de A vendre est destiné à atteindre dans ce grand commerce, où Vali- « mentation publiqus est en jeu, an degré de complication bien « autrement intense que celui qu*il présente à la Bourse elle- M même.
« Prenez le Journal officiel du lundi, et parcourez le bulleUa " agricole qui s*y publie chaque semaine : vous y verrez qu'il se *' fait sur un certain nombre de produits et, par exemple, sur les «' farines, des opérations d^achat et de vente en disponible et pour it fin courant, pour fin prochain^ pour la fin du deuxième mois, ** pour quatre mois à partir du jour de la négociation ^ pour le? € quatre premiers mois de Vannée suivante^ etc., etc.
« Or, la Bourse des marchandises est encore à Tétat naissant, i* surtout en France. Les grands capitaux ne s y portent pas voIodi< tiers comme à la Bourse des valeurs; les procédés de liquidation i' y sont rudimentaires ; les reports s'y sont à peine introduits ; on <* y fait de temps en temps quelques piimes. C'est un marché qui « n'a pas trouvé sa voie en raison de certaines difficultés maté- « rielles et de crédit dont on aura raison un jour ou Tautre.
« Mais si les opérations qui se font sur les rentes, et qui n'em- « brassent que deux mois à la fois, sont déjà très compliquées, *•. que sera-ce quand, dans le commerce des marchandises, elles f' s'emboîteront les unesles autres dans des intervalles de six, sept, M huit mois et plus ! et quand il faudra les faire à la fois sur les -^ places de Paris, de Londres, d'Amsterdam et de New- York ! »
C'est — conclut M. Lefèvre — dans ces procédés, auxquels la nature de certains produits donne spontanément naissance, que Tart d'acheter et de vendre atteint sa plus haute expression, et «fue se réalise l'idéal même du commerce :
ACHETER TOUJOURS AU-DESSOUS DU COURS, VENDRE TOUJOURS PLUS CHER QU'ON N'a ACHETÉ *.
Tel est le résultat constant que permet d'obtenir le mécanisme
1. 0» va nous demander naturellement ici quel est le sort de la contrepartie de ceux qui achètent toujours meilleur marché que le cours et qui yendent plus cher qu^ils n*ont acheté. Si cette contre-partie, composée elle-même de commerçants, était simple, il est clair qu^elle ne réaliserait que des pertes^ et que le mouvement s'arrêterait bientôt; mais cette contre-partie est double et chacune de ses moitiés trouve profit à se soustraire elle-même, par des opérations inverses, aux chances aléatoires qui peuvent peser sur elles.
C*e8t ce que nous avons démontré d'une façon irréfutable dans nos Principes de ta science du commerce, piblrés en 1874, chez Delagrave, éditeur.
QUESTIONS ACTUELLES DE CCMPrABlUTÉ. â3
si remarquable des nouvelles formes d'opérations qui diminuent autant que possible les chances aléatoires, et auquel une analyse superficielle a donné le nom d'opérations de spéculation, sinon de jeu.
Le public, ni les commerçants, ni même les économistes, ne se rendent pas encore un compte bien net de la nécessité de ces grands marchés par lesquels, au fond, s'assure plusieurs mois à V avance Vexistence d'une société. Combien y en a-t-il, à l'heure qu'il est, qui comprennent réellement le procédé au moyen duquel toute la masse flottante d'une marchandise ou d'une valeur peut rester suspendue sur le marché, prête à suffire à tous les besoins probables et même possibles, et dans un état d'équilibre instable que vienne;it seulement troubler les grandes catastrophes politiques ?
Les économistes, qui cherchent depuis un siècle à constituer une science de la production, de la circulation et de la consommation de la richesse, ont-ils scruté ce mécanisme si remarquable des marchés aléatoires, destinés précisément à correspondre aux conditions aléatoires auxquelles l'existence humaine, individuelle et collective est constamment soumise? Si c'était ici le lieu de traiter cette haute question de philosophie expérimentale, nous ferions voir que ce ne sont pas dans les arguments des disciples d'Adam Smith que se trouvera cette conciliation si désirable et si désirée du capital et du travail, mais bien dans les procédés qui sont nés spontanément du commerce, qui s'élaborent lentement comme le font toutes les grandes institutions humaines, et dont l'évolution aboutit à la solution pratique des grands problèmes qui préoccupent le monde moderne.
« La connaissance et l'étude de ces procédés font l'objet d'une « véritable science, et pour manœuvrer ces grandes accumulations « de produits et de capitaux qui se forment et se concentrent de plus « en plus depuis le commencement du siècle, il ne suffit pas de « quelques notions sommaires d' arithmétique et de comptabilité ^ « qui constituent jusquici à peu près tout le bagage des négo- « ciants et des financiers, >
Cette conclusion attendue est irréprochable, et les hommes qui dirigent nos écoles commerciales feront bien de la méditer sérieusement. Elle leur trace tout un programme d'études laborieuses à entreprendre, s'ils veulent sortir leur enseignement du cercle par trop étroit où il se meut et s'anémise. Car enfin on ne peut nier que les écoles de commerce se soutiennent à grand peine : elles agoniseraient n'étaient les subventions qu'elles reçoivent. Leur marasme p revient évidemment de la faiblesse des études purement
ai LE CONGRES DES COMPTABLES.
commerciales que les élèves y font. Ces écoles possèdent d'excellents professeurs de chimie, de physique, de géographie, voire de technologie, de langues étrangères, etc., mais le cours de comptabilité ne saurait être considéré comme un cours de science commerciale, la comptabilité n'étant ni Fart d'acheter et de vendre, ni Tart de payer et de recevoir. Sans se rendre bien exactement compte des choses le public ne se laisse paspourcela prendre longtemps aux mots et aux programmes, si pompeux qu'ils soient; son critérium de jugement lui est fourni en déflnitive par les résultats. Avant de placer son fils dans une école, le père de famille s^enquiertde la renommée de cette école. Or, il y a toujours un courant moyen d'opinion, diagnostic accablant pour les maisons d'instruction où Ton n'est pas suffisamment pénétré de cette vérité que le temps de l'élève est un capital précieux, un capital d'avenir dont on n*a jamais trop de^souci.
On a donc eu les meilleures raisons du monde de songer à créer une sorted'Ecole normale de Commerce, qui élèvera le niveau des études et qui deviendra une pépinière de professeurs de science commerciale. Aussi nous associons-nous à M. Lefèvre, lorsquli dit:
Nous espérons que TCcole des hautes ét«d«s «•mmer-
«lales qui se fonde en ce moment, saura porter Y art d'acheter et de vendre à une hauteur digne d*une telle institution.
li'art de payer et de reeevelr, continue M. Lefèvre, est beaucoup plus facile ^ Toute opération de recette ou payement, se fait:
. . ^ , . , i Immédiatement. ( En une fois.
Au point de vue du temps, s . ^ i c^ i • r •
'^ * ( A terme ( En plusieurs fois.
/ Sur place ...... / En monnaie du lieu où Ton se
Au point de vue du lieu.. . ) J trouve.
( A distance ( En monnaie étranger '.
L'art du commerçant consiste à savoir ramener, par des calculs d intérêts ou de change, tous ces cas à un seul : celui d'une recette ou d'un payement effectué en une seule fois sur la place oii Ton se trouve, et en la monnaie de cette place.
Et, cecifait, à effectuer ce payement ou cette recette sans déplanement de numéraire, par l'intermédiaire de banquiers, dont la
1. VArt de payer et de recevoir^ le change et la banque, un vol. in-8, chez Delàgrave, éditeur. Ouvrage trè» remarquable.
réunion constitue un clearing-house. et au moyen de l'instrument de virement appelé chèque.
Toutes les connaissances nécessaires à Vart de payer et de recevoir sont comprises dans Yart d'acheter et de vendre, mais la réciproque n'est pas vraie, et dans la division du travail, qui est aussi nécessaire dans le commerce que dans une industrie quelconque, il est indispensable que les fonctions soit nettement séparées.
Ainsi les anciens banquiers, dont il reste encore des types en Angleterre, n'étaient pas autre chose que des caissiers communs, exclusivement préposés aux recettes et payements des commerçants dont ils étaient les comptables dans la véritable acception du mot; car comptabilité signifie proprement Tobligation de rendre compte des sommes ou des valeurs confiées, et, comme conséquence, de tenir les livres et de conserver les documents nécessaires à la justification du comptable.
L'art du banquier proprement dit, qui n*est autre, poursuit M. Lefèvre, que celui de payer et de recevoir, comporte donc la connaissance des monnaies et usages des divers pays, ainsi que la science des lois du change et des arbitrages.
Certains grands praticiens, comme Nathan Meyer de Rothschild qui faisait l'admiration du Stock-Exchange par la rapidité avec laquelle il conciliait une aflaire d'arbitrages, avaient sans doute à leur disposition des formules empiriques, qui se transmettaient peut-être par tradition dans les anciennes familles de banquiers Israélites, et qu'il devient d*ailleurs facile de déduire aujourd'hui d'une théorie mathématique des changes.
Quoiqu'il en soit, ïart de payer et de recevoir constitue une véritable science, dont le tableau reproduit ci-dessus, auquel un enseignement rationnel devra se conformer, indique suffisamment Tensemble.
L'art d'enregistrer les opérations. — Nous avons dit que tout comptable des deniers, des valeurs, des marchandises d'autrui, était obligé de tenir note de ses opérations pour en justifier à qui de droit et à un moment donné.
L'art d'enregistrer les opérations avec clarté et méthode est devenu le complément Indispensable de ces opérations elles-mêmes. Mais, en raison de son extrême simplicité, il est arrivé beaucoup plus vite à la perfection que les arts dont il dépend *. C'est au point
!• Dans la pratique, oui ; dans renseignement, non.
If
LE CO!CGfiKS DES COMl'TABLES.
ijiie ceux-ci semblent s'èirc effacés devant lui, et, ce qu'il y a de «remarquable, c'est que renseignement public a consacré cet enva- Jûssement des fonctions supérieures par le rôle subalterne, quoique indispensable, des teneurs de livres.
De rinstruction publique officielle, cette confusion et cet empiê- 4ement de fonctions ont passé dans renseignement g-énéral et eu {>articuUer dans celui des Ecoles supérieures de commerce, où c'est le professeur de comptabilité qui marche en tête du personnel.
La raison de cet empiétement de fonctions, à part qu*elle s'explique, comme le dit H. Lefèvre, par l'absence dans les programmes de ces écolesd'une science du commerce, s'explique encore en >cu que « Textréme simplicité » d'un art qui repose « sur ce seul et unitiue procédé : créditer qui donne, débiter qui reçoit » est plus apparente que réelle. Nous pensons qu'il ne faut pas confondre l'art 'du teneur de livres avec la science du comptable. C2ette dernière est beaucoup moins empirique, beaucoup mieux définie, mais tout umssi complexe que celle d'acheter et de vendre, de payer et de recevoir.
Le temps est bien passé où les maiti'es d'écriture, qui s'intitulent aujourd'hui professeurs de calligraphie, pouvaient par surcrait ^enseigner la tenue des livres, devenue de nos jours <' la comptabilité. » La science du comptable a pris en ce siècle un relief qai explique donc jusqu'à un certain point, à défaut surtout d^une science du commerce à développer aux élèves,-. l'importance atirîbaée dans les Ecoles commerciales au professeur de comptabilité.
Cette restriction faite, disons que des données précédemment
^^xposées, H. Lefèvre dégage un plan général d'enseignement com-
ntcrcial à la fois rationnel et pratique qui s'impose à l'attention des
hommes spéciaux et que^ nous voudrions voir adopté, sinon à la
'JiiUlre, du moins dans son esprit.
Il est évident que l'art du commerce comporte un ensemble de connaissances théoriques et pratiques qui s'enchaînent logiquement eJitre elles, se déduisent les unes des autres et constituent une véritable science, enseignable en dehors de la profession elle-même^ a laquelle elle apporte les procédés rapides qui lui ont manqué jusqu'ici.
Tandis que, selon M. Lefèvre, le commerce ^arbitrage forme ime application très intéressante de l'algèbre ordinaire, lecotntnerce de spéculation est obligé d'emprunter à la géométrie analytique un mode d'explication de combinaisons dont il est impossible de se faire une idée nette avec l'arithmétique, l'algèbre ou le langage \uigaire. Enfin, comme on Ta déjà entrevu plus haut, c'est dans ce
commerce de spéculation que l'économie politique trouvera la théorie de la circulation des richesses, qui forme un des objets principaux dé ses méditations.
CONCLUSION
Les écoles pratiques de commerce, Tauteur que nous citons le remarque avec justesse, ne se trouvent pas dans les mêmes conditions d'enseignement que les autres écoles professionnelles. Dans les écoles de dessin et de musique, on fait de vrais dessins et de vraie musique; dans les écoles d'ingénieurs, on voit de vrais ponts, on descend dans de vraies mines, on fait fonctionner de vraies ma- •chînes ; dans les écoles de médecine, on dissèque de vrais cadavres, on soigne où l'on voit soigner de vrais malades, on fait où Ton voit faire de vraies amputations, etc. , etc.
Mais dans les écoles de commerce nous ne pensons pas qu'on ait jamais l'idée de donner à manier aux élèves de vrais capitaux* de vraies marchandises ou de vraies valeurs.
C'est l'institut supérieur d'Anvers que les écoles supérieures de commerce fondées en 1871 à Rouen, au Havre, à Lyon, à Marseille et à Bordeaux, ont pris pour modèle. Le principal attrait de -cet institut, celui qui parait avoir séduit les fondateurs de l'Ecole de Mulhouse et à leur suite ceux des nouvelles écoles de France, c'est le bureau cofAmercial. Il y a un cours de bureau comnaer- €ial ; il y a des professeurs de bureau commercial^ dénomination étrangère que l'on aura peine à acclimater en France.
Simple question : — Est-ce que les professeurs de bureau com* wi ^rcz a ^ pratiquent ou ont pratiqué le commerce? Car enfin, d'ordinaire les maîtres d'arts s]^écmnx pratiquent leur art en même temps qu'ils l'enseignent. Ne serait-ce pas plutôt, à peu d'exceptions près, des hommes assurément fort honorables qui enseignent théo- WyK^wew^la pratique d'une chose qu'ils ne font pas et qu'ils n'ont peut-être jamais faite, ni jamais vu faire? N'est-ce même pas précisément à cela qu'il faut attribuer, d'après M. Simonin, cette opinion d'une partie des négociants d'Anvers qui « persistent à penser que leur école est à peu près inutile pour l'enseignement pratique *, » opinion qu'il faut craindre de voir se répandre en France, car c'en serait fait des écoles de commerce.
1. Revue de» Deux^Mondet, iS72. Les écoles de commerce en France et à Vé^ tranger, L. Simonin.
LE CO:VGRÊS DES COlirTABLKS.
« Nous croyons, dit M. Lefèvre, que Técole d'Anvers, comm « celleft qui l*ont prise pour modèle, ont un certain degré d'utiiiti ; « mais la confusion qui résulte de leurs programmes, entre h « théorie et la pratique, est telle qu'une idée nette de Tune etd « l'autre ne saurait sortir de leur enseignement. Le progamme asse; « détaillé du bureau commercial de TEcole supérieure de Rou^^n « la première qui parait avoir été fondée en France d*après le typ «, belge, est un exemple remarquable de Tabsence complète du « classement quelconque ; Tordre des matières révèle le plus par- « fait désordre des idées.
« A Lille, le prospectus annonce que « la plus large pari e' « faite dans la distribution des cours à la science commerciale pa- « excellence y à la véritable pratique des affaires, » Voilà la « pratique qui devient la science par excellence : c'est à n'vrier « comprendre.
« Au Havre, le bureau commercial e^i professé par le direcleuf ii lui-même, M. Hippolyte Vannier, qui a pris soin de publier unr « partie de son cours dans un livre intitulé : Les changes et arh- « trages rendus corrects et faciles (1877).
« Or, l'auteur, ce que nous savions déjà, n*a aucune esp^^ « d'idée d'une méthode rationnelle ni même pratique ; car il a b « prétention de réfformer des usages commerciaux qu'il n'a jamais « pu comprendre, par exemple celui du nivellement du cours de- « changes sur lesquels il donne les idées les plus fausses, ce qui !' « conduit à des calculs erronés par un procédé à la fois difficile fi « incorrect. Quand on fait un traité des changes, il est évîdentqui « faut commencer par le cas le plus simple, comme celui desrof- « ports de deux places entre elles. Mais M. H. Vannier ne pen?^ « pas ainsi, il croit plus facile d'examiner d'abord le cas de trot « places : cela suffit pour juger l'ouvrage et le professeur.
« Les autres écoles de commerce de Lyon, de Bordeaux, d^ « Marseille, ont, comme les précédentes, adopté le bureau corn- « mercial à l'instar de l'Institut d'Anvers. Autrefois c'étaient leî « Belges qui nous contrefaisaient, voilà maintenant que nous non? « mettons à les contrefaire ! L'est sans doute le commencement <i^ « l'annexion de la France à la Belgique.
« Nous ne sommes pas surpris que les négociants des deux « trouvent que leurs écoles commerciales ne répondent pas à leurs « espérances ; mais ils se trompent en leur reprochant de « viser» « faire des savants plutôt que des praticiens », car la science ne « s'apprend qu'avec une méthode et un plan d'enseignement, or « ce n'est pas par là que brillent les nouvelles institutions.
« L*Inslilut d'Anvers délivre des diplômes de licencié es sciences « commerciales^ nous supposons qu'on réserve le titre de cfoc^eur « à ceux qui auront fait rapidement fortune dans les affaires, ce « qui, en matière pratique, est la sanction de la capacité. »
En somme on enseigne beaucoup de choses, d'excellentes choses dans les écoles de commerce, nous trouvons dans leurs programmes l'arithmétique, la législation, l'histoire, la physique, la chimie, les langues, le dessin ; mais nous n'y trouvons pas la science théorique du commerce, nous n'y trouvons ni l'art d'acheter et de vendre, ni l'artdepayeretde recevoir. On n'y enseigne même pas un commerce type quelconque ; et quant à l'art d'enregistrer les opérations, bien qu'on y consacre beaucoup de temps,- nous avons vu que cette branche laisse beaucoup à désirer, et qu'on ne peut considérer comme enseignement de la comptabilité proprement dite un cours théorique de tenue des livres plus ou moins bien fait.
L'enseignement général de l'Ecole supérieure de commercé de Paris est réparti, nous l'avons dit, en trois années, et chaque division porte le nom de Comptoir, Eh bien, il nous semble, comme à M. Lefèvre, qu'il y avait dans ce mot même de Comptoir, appliqué aux divisions de l'Ecole, le germe d'une idée pratique d'enseignement commercial. Il est regrettable qu'elle n'ait pas été suivie et elle mérite d'être reprise.
L'Ecole supérieure de commerce est une école professionnelle. On ne saurait avoir la prétention d'y enseigner toutes les sortes de commerce, mais il faudrait au moins y présenter les trois types principaux et hiérarchisés du marchand^ du commerçant et du négociant. Chacun des trois comptoirs devrait correspondre à l'un de ces types autour desquels devraient être groupés, dans un ordre méthodique, les connaissances qui sont nécessaires à chacun d'eux.
Voici comment M. Lefèvre développe Cjf.tte idée :
« Le premier e^iuptelr serait celui du marchand qui opère c< dans son propre pays. Indépendamment des notions générales « indispensables à tous, l'élève devrait essentiellement acquérir, « dans ce premier comptoir, la tenue des livres complète, la pra- « tique des règles d'intérêt, d'escompte, d'alliages ou mélanges et « de société, qui constituent à peu près tout le bagage scientifique « nécessaire au simple marchand.
<( Le type de ce commerce élémentaire est celui du chaug^ear, « faisant le change menu sur les monnaies réelles, achetant ou